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Théâtre en Normandie

Jeanne d'Arc ne reviendra pas à Rouen !

Jeanne d'Arc ne reviendra pas à Rouen !

L'Historial Jeanne d'Arc qui doit occuper une grande partie de l'archevêché de Rouen révèlera des lieux jusque-là interdit au public et montrera par le jeu de projections, d'images virtuelles, et un certain nombre de documents et de témoignages que sont en train de collationner une équipe de spécialistes, la vie de la sainte mais aussi mettra en valeur l'importance qu'elle garde dans la mémoire collective et ce qu'elle peut encore lui apporter.

Cette réalisation voulue par Laurent Fabius et relayée par la CREA devrait voir le jour en 2014 et apporter à la ville de Rouen les éléments historiques et humains qui manquaient à la présence de l'héroïne (ou de la sainte, c'est selon la place qu'on veut lui accorder) dans la ville qui vit son martyre.

L'iconographie – en dehors des grâces sulpiciennes un peu figées qui fleurissent dans toutes les églises de France – ne suffit pas à se faire une idée du personnage. Si on la connaît mieux par l'approche intellectuelle et mystique que révélent les minutes de son procès, physiquement elle reste étrangement absente comme si l'aura – ou la légende – qui l'entoure suffisait à rendre palpable sa réalité humaine.
Partant de ce constat qui laisse les portes ouvertes à l'imagination, on se doute bien que les artistes se sont emparés du sujet. Bernard Buffet est de ceux-là et la création de l'Historial remet en mémoire sinon en question l'affaire des sept toiles qu'il a consacrées à Jeanne d'Arc et qui furent l'objet pendant des années d'une bataille feutrée entre la ville de Rouen et Maurice Garnier., dépositaire de la totalité de l'œuvre du peintre.

C'est à la suite d'une rencontre avec André Danet que l'idée naquit chez le galiériste d'offrir à la ville de Rouen sept séquences de grande envergure allant des « voix » au « bûcher » et relatant les grandes étapes de la saga johannique.

Des pourparlers furent alors engagés du temps de Jean Lecanuet qui bien que n'étant pas un admirateur inconditionnel du peintre estima le projet tout à fait intéressant.

Maurice Garnier vint à Rouen et , en plus du maire, rencontra André Danet adjoint à la culture de Rouen et président de la commission des Affaires culturelles au Conseil général, Roger Parment, adjoint plus spécialement chargé du patrimoine et François Bergot, directeur du musée des Beaux-Arts.

Or, parmi les conditions qui accompagnaient cette donation, l'une d'elles stipulait que les toiles fussent accrochées au musée dans la section « art moderne » ....laquelle n'existait pas encore. En effet, le projet d'agrandissement du musée passait initialement par le déménagement de la bibliothèque municipale. On sait ce qu'il en advint : la bibliothèque est toujours là et ce faisant les murs du musée n'offraient plus aucune possibilité d'accueillir les toiles de Buffet. On pensa même un instant installer les « Jeanne » dans la salle des « Jouvenet »... une solution qui, aussitôt qu'elle fut émise apparut comme par trop radicale et totalement inopportune.

De plus, la maison venait d'être repensée de fond en comble par la designer Andrée Putman et François Bergot voyait mal son musée se trouver à nouveau bouleversé pour des oeuvres pour lesquelles il ne se sentait qu'un intérêt mitigé.

Il fallait donc trouver un endroit pour accueillir cet encombrant cadeau. On fit le tour des monuments rouennais depuis la cathédrale à l'abbatiale Saint-Ouen en passant par Saint-Maclou, Saint-Vivien ou l'école des Beaux-Arts sans qu'aucun ne soit acceptable du fait de la dichotomie que présentaient, à l'époque où le mariage des genres n'étaient pas totalement admis, la très forte facture et le style bien particulier des œuvres avec l'harmonieuse beauté des lieux visités.

Bref, rien ne semblait convenir et rien ne conviendra.

Il faudra attendre 1997 pour que les choses rebondissent quand Hubert Gence, président de l'association des amis du Parlement de Rouen se mette en quête d'une exposition pour la salle des Procureurs au palais de Justice.

Avec l'accord appuyé d'Yvon Robert et de Jean-Robert Ragache, adjoint à la ulture, les « Jeanne » revinrent si l'on peut dire en force pour une exposition qui eut un grand retentissement. 12.000 personnes défilèrent devant elles et les commentaires sur le livre d'or qui avait été ouvert disaient assez l'enthousiasme des visiteurs pour qu'on puisse penser dans la foulée qu'une solution allait être trouvée.

Il n'en fut rien. Le problème de l'espace se posait toujours d'une manière récurrente et les choses en restèrent là..

Un préfet de Région, Jean-François Carenco, pensera même en 2006 récupérer les toiles pour le hall de la Préfecture mais son bref passage (un an !) ne lui laissa pas le loisir d'aller plus avant dans son projet.

Depuis, Maurice Garnier, en désespoir de cause s'est résolu, la mort dans l'âme à dénoncer le legs. Les sept toiles appartiennent désormais à une fondation « Bernard Buffet » qui s'est donné pour objectif de créer un musée consacré aux oeuvres du peintre.

Tout cela relève d'un mauvais concours de circonstances et d'une certaine défaveur des milieux artistiques officiels pour le peintre. Il faut dire les choses tout cruement: même si dernièrement une de ses toiles à été adjugée à Drouot pour 260.000 euros, Buffet n'a plus la cote..

Dans cette affaire, Rouen a manqué le coche.. La série a rejoint les réserves de Maurice Garnier, avenue Matignon, en compagnie des quelque 300 autres toiles qui forment déjà le fonds du futur « Musée Buffet ».

Rouen a manqué son rendez vous avec Jeanne.

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