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Théâtre en Normandie

« Les lettres d'amour » au CDN Les soubresauts du corps et les mouvements de l'esprit

10 Janvier 2017 , Rédigé par François Vicaire

Les « héroïdes » est un travail de reconstruction littéraire et sentimentales à travers des lettres dans lesquelles Ovide imagine une correspondance des grandes héroines de la mythologie à l'adresse de l'être séparé.

Dans cette suite sans réponse de déplorations sublimes, l'exacerbation des sentiments hisse les douleurs humaines au niveau d'un tragique dont le paroxysme est porté par un style d'un lyrisme à l'étonnante modernité.

 

Et c'est certainement ce qui a incité Evelyne de la Chenelière à s'intégrer dans ce qui échappe à « l'art d'aimer » pour devenir celui des amours contrariées et qu'elle développe d'une manière résolument contemporaine tout en lui restant relativement fidèle.

Prenant pour argument quelques unes des plus belles lettres de ce recueil dans lequel Phèdre, Didon, Pénélope, Ariane s'abiment et ne se remettent pas de l'absence, elle a construit un long monologue qui se développe dans les circonvolutions haletantes d'un « Quand tu m'as dit, je ne t'aime plus» qui devient en quelque sorte le leitmotiv du spectacle. L'idée est intéressante et trouve sa cohérence dans le travail remarquable de Macha Limonchik qui joue avec une palette de sentiments qui la fait passer de la tendresse à l'imprécation avec une grande aisance et une grande sensibilité comme elle sait aller d'un style à un autre sans que les différences d'intention et de ton s'en ressentent vraiment.

Il faut dire que le lien qui unit les différents éléments de ce procédé quelque peu artificiel se fait grâce à un époustouflant travail aux sangles dans lequel Anthony Weiss allie tout à la fois une beauté hiératique formelle à la grâce et la souplesse à la sensualité.
On retrouve là la « patte » de David Bobée qui ne se départit jamais de faire jouer les soubresauts du corps avec les mouvements de l'esprit dans une même exigence.

Dans cette mise en scène qui fait la part belle au tempérament de la comédienne dont les projections videos n'épargnent rien d'un investissement très sollicitant, la musique a son rôle à jouer. Elle le joue presque trop bien et d'une manière très présente.

Le groupe « Dear criminals » confère à ce spectacle une note très actuelle mais qui d'une certaine manière vient en décalage d'une mise en cène qui s'emploie, justement, à trouver une unité de pensée, voire d'action. Elle la souligne avec une certaine insistance et casse parfois la magie des mots et la force des intentions. Il faut attendre la toute fin du spectacle pour qu'avec quelques accords de guitare elle revienne au registre plus intime dans lequel ce beau spectacle mériterait de rester.

Cela dit « Les lettres d'amour » créé à l'Espace GO de Montréal la saison dernière dans la mise en scène de Bobée offre un grand moment dans lequel l'intériorité et l'expression corporelle se rejoignent et se complètent parfaitement.

On peut encore en profiter aujourd'hui, au Théâtre des Deux-Rives, mercredi 11 et jeudi 12 à 20 heures et samedi 14 à 18 heures. Quant à « Dear criminals »,qui est au demeurant une excellente formation, il sera en concert à la chapelle Saint-Julien de Petit-Quevilly mardi 17 et mercredi 18 à 20 heures

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