Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Théâtre en Normandie

Un directeur pour trois salles : Verdict le 9 juillet

28 Juin 2013

Un directeur pour trois salles :  Verdict le 9 juillet

Jeudi dernier Gérard Marcon disait adieu à sa maison. Il avait succédé en 1997 au duo Lesur-Joulin et avait su donner à « Maxime-Gorki » devenu la « Foudre » un ton de liberté qui n'excluait pas pour autant les rigueurs d'intention .

Il avait fait de la salle de Petit-Quevilly, chargée d'histoires héroïques qui remontaient aux années 68, une de ces maisons de théâtre qui ont donné à la périphérie, si longtemps restée en souffrance, ses lettres de noblesse culturelle.

A l'origine du projet de rassemblement des trois salles de l'agglomération, il avait décidé de prendre le large dès que la succession au projet se poserait. Fidèle à sa parole et à son style, Gérard Marcon s'est effacé avec élégance et émotion à la veille de voir dans quelques jours la naissance de cette nouvelle structure réunissant « La Foudre », les « Deux-Rives » et le « Centre d'Art et d' 'Essai » de Mont-Saint-Aignan sous le vocable de Centre Dramatique National.

Il avait d'ailleurs précédé le mouvement en prenant d'une seule main Petit-Quevilly et Mont-Saint-Aignan. Aujourd'hui, les Deux-Rives vient s'adjoindre à cette expérience dont on peut espérer qu'elle réussira. Toutefois, aussi ingénieuse que soit la solution, on ne peut s'empêcher de penser, malgré tout, que le principe ne se substituera pas à la véritable grande salle qui fait toujours défaut à Rouen

Trois entités pour un tout cohérent

Mais le principe étant adopté, il va falloir « faire avec » et ces trois entités bien distinctes sont appelées à faire un « tout » cohérent. Ce sera le travail du nouveau directeur (ou directrice, la ministre de la Culture ayant insisté pour que la « short list » soit répartie harmonieusement entre deux hommes et deux femmes) de s'atteler très rapidement à la tâche en maîtrisant d'une seule rène trois équipes techniques différentes et de l'autre construire une saison en trois volets.

On connaît depuis un certain temps déjà les quatre « champions » en lice : Elizabeth Maccoco qui au théâtre des Deux-Rives occupe une position qu'elle estime être celle de l'outsider. A ces côtés, deux normands, l'un de Haute-Normandie, Paul Desveaux qui est une des valeurs sûres du théâtre de création. Jeune metteur en scène intelligent, solide, sans complaisance, très ouvert aux auteurs contemporains, animateur d'une compagnie, « L'Héliotrope » qui dépasse très largement le cadre régional, il tient une place qu'on peut qualifier d'intéressante. C'est un homme de consensus – qualité éminemment nécessaire pour la circonstance – qui connaît bien la région et les salles concernées pour y avoir présenté, chez les trois, certains, et non des moindres, de ces spectacles.

Quant à David Bobée, le bas-normand, il est le benjamin du lot – il a trente cinq ans – mais en quelques années avec sa compagnie « Rictus » il a su imposer un style qui n'appartient qu'à lui-même. Provocateur sans être iconoclaste, inventif et curieux de tout, il fait appel à tous les modes d'expression, du théâtre à la musique en passant par la danse. Il est d'une certaine manière celui qui pourrait répondre à l'éclectisme d'intentions qui devrait doter d'une multiple exigence trois salles aux styles différents. Lui aussi connaît les théâtres de la région pour y être souvent associé.Il n'est donc pas en terre inconnue

Il y a enfin Véronique Bellegarde. Elle baigne dans le creuset de l'écriture contemporaine en participant, entre autre, aux « Moussons » (d'été et d'hiver ) installées dans la superbe abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson en collaboration avec la Maison Européenne des Écritures contemporaines.

Auteur, metteur en scène, directrice de compagnie, elle est impliquée à fond dans le travail autour des textes de notre temps et serait, parmi les quatre postulants, une des mieux placées dans le domaine de la création auquel un Centre Dramatique National doit, en priorité s'attacher. Elle peut être cet « oeil neuf » dont le théâtre rouennais a besoin.

Le cocher d'une nouvelle troïka

Mais quel qu'il soit, le cocher de cette troïka nouvelle manière va devoir s'attaquer à des problèmes multiples et de surcroît au grand galop pour être fin prêt à la rentrée 2013.

L'intéressé devra, non seulement, mettre en place une programmation qui évite une certaine « interchangeabilité » en ayant à l'esprit la nécessité d'installer les trois salles – si différentes en esprit et en vocation – dans un souci d'équivalence sans tuer pour autant une saine concurrence dont on sait combien, au théâtre comme ailleurs, elle peut être vivifiante. C'est une affaire d'équilibre et on espère qu'il ne débouchera pas sur un simple laminage des saisons mais au contraire, et c'est ce qu'on souhaite, qu'il favorisera les propositions et les initiatives pour chacune des trois salles.

Le futur directeur (ou directrice) devrait montrer beaucoup d'audace, beaucoup d'idées et multiplier par trois les plaisirs contradictoires de ses ambitions artistiques tout en gardant une véritable indépendance vis-à-vis de lui-même pour éviter les pièges de la pensée unique.

En fait, dans l'absolu les quatre reunissent les aspirations de chacune des salles. On verrait très bien Desveaux aux Deux-Rives en alternance avec Maccoco, Bobée à « La Foudre » et Bellegarde au Centre d'Art et d'Essai. Ce n'est qu'un jeu de l'esprit puisque le 9 juillet le choix se portera sur une seule tête dont, aussi bien faite qu'elle puisse être, il va falloir qu'elle tienne solidement sur les épaules de l'intéressé (e).

Verdict le 9 juillet

C'est le 5 juillet que les maires des villes concernées : Yvon Robert pour Rouen, Frédéric Sanchez pour Petit-Quevilly et Patrice Colasse pour Mont-Saint-Aignan vont se retrouver autour d'une table en compagnie des représentants de la Direction des Affaires Culturelles et de la Direction Générale de la Création Artistique.

Dans les couloirs les pronostics vont bon train. On ne saura le résultat que le 9 juillet. En effet, la structure s'inscrit dans le cadre d'un « Établissement Public de Coopération Culturelle », le premier qui soit mis en place pour un Centre Dramatique National, et la décision doit remonter jusqu'au ministre pour approbation avant de revenir livrer le nom de l'heureux élu aux salles en délire.

Gérard Marcon, quant à lui, étranger mais attentif à toute cette agitation, il a quitté ses fonctions à la fin du mois en laissant derrière lui beaucoup d'émotion et de nostalgie.

Il est maintenant libre de ses mouvements et de ses futures ambitions car s''il quitte une salle, il n'abandonne pas pour autant le théâtre. Mais à Rouen, son départ est une page qui se tourne. Avec Alain Bézu parti des Deux-Rives, avec Robert Labaye qui a quitté trop tôt et trop jeune « Le Rive Gauche », avec Nathalie Marteau qui s'est envolée pour le Théâtre du Merlan à Marseille, il fait partie d'une génération qui a élaboré pour l'agglomération une politique culturelle dynamique, inventive, parfois concurrentielle mais toujours complémentaire. Le nouveau directeur - ou la nouvelle directrice - va pouvoir jeter à son tour les bases d'une philosophie qui développe sur une seule tête les idées qui jusque là étaient dispensées par plusieurs.

Un remake des « Jeux de Protée » en quelque sorte !

Photo : Bruno Mayrey

Lire la suite

Jeanne d'Arc ne reviendra pas à Rouen

26 Juin 2013

Jeanne d'Arc ne reviendra pas à Rouen

L'Historial Jeanne d'Arc qui doit occuper une grande partie de l'archevêché de Rouen révèlera des lieux jusque-là interdits au public et montrera par le jeu de projections, d'images virtuelles, et un certain nombre de documents et de témoignages que sont en train de collationner une équipe de spécialistes, la vie de la sainte mais aussi mettra en valeur l'importance qu'elle garde dans la mémoire collective et ce qu'elle peut encore lui apporter.

Cette réalisation voulue par Laurent Fabius et relayée par la CREA devrait voir le jour en 2014 et apporter à la ville de Rouen les éléments historiques et humains qui manquaient à la présence de l'héroïne (ou de la sainte, c'est selon la place qu'on veut lui accorder) dans la ville qui vit son martyre.

L'iconographie – en dehors des grâces sulpiciennes un peu figées qui fleurissent dans toutes les églises de France – ne suffit pas à se faire une idée du personnage. Si on la connaît mieux par l'approche intellectuelle et mystique que révélent les minutes de son procès, physiquement elle reste étrangement absente comme si l'aura – ou la légende – qui l'entoure suffisait à rendre palpable sa réalité humaine.
Partant de ce constat qui laisse les portes ouvertes à l'imagination, on se doute bien que les artistes se sont emparés du sujet. Bernard Buffet est de ceux-là et la création de l'Historial remet en mémoire sinon en question l'affaire des sept toiles qu'il a consacrées à Jeanne d'Arc et qui furent l'objet pendant des années d'une bataille feutrée entre la ville de Rouen et Maurice Garnier., dépositaire de la totalité de l'œuvre du peintre.

C'est à la suite d'une rencontre avec André Danet que l'idée naquit chez le galiériste d'offrir à la ville de Rouen sept séquences de grande envergure allant des « voix » au « bûcher » et relatant les grandes étapes de la saga johannique.

Des pourparlers furent alors engagés du temps de Jean Lecanuet qui bien que n'étant pas un admirateur inconditionnel du peintre estima le projet tout à fait intéressant.

Maurice Garnier vint à Rouen et , en plus du maire, rencontra André Danet adjoint à la culture de Rouen et président de la commission des Affaires culturelles au Conseil général, Roger Parment, adjoint plus spécialement chargé du patrimoine et François Bergot, directeur du musée des Beaux-Arts.

Or, parmi les conditions qui accompagnaient cette donation, l'une d'elles stipulait que les toiles fussent accrochées au musée dans la section « art moderne » ....laquelle n'existait pas encore. En effet, le projet d'agrandissement du musée passait initialement par le déménagement de la bibliothèque municipale. On sait ce qu'il en advint : la bibliothèque est toujours là et ce faisant les murs du musée n'offraient plus aucune possibilité d'accueillir les toiles de Buffet. On pensa même un instant installer les « Jeanne » dans la salle des « Jouvenet »... une solution qui, aussitôt qu'elle fut émise apparut comme par trop radicale et totalement inopportune.

De plus, la maison venait d'être repensée de fond en comble par la designer Andrée Putman et François Bergot voyait mal son musée se trouver à nouveau bouleversé pour des oeuvres pour lesquelles il ne se sentait qu'un intérêt mitigé.

Il fallait donc trouver un endroit pour accueillir cet encombrant cadeau. On fit le tour des monuments rouennais depuis la cathédrale à l'abbatiale Saint-Ouen en passant par Saint-Maclou, Saint-Vivien ou l'école des Beaux-Arts sans qu'aucun ne soit acceptable du fait de la dichotomie que présentaient, à l'époque où le mariage des genres n'étaient pas totalement admis, la très forte facture et le style bien particulier des œuvres avec l'harmonieuse beauté des lieux visités.

Bref, rien ne semblait convenir et rien ne conviendra.

Il faudra attendre 1997 pour que les choses rebondissent quand Hubert Gence, président de l'association des amis du Parlement de Rouen se mette en quête d'une exposition pour la salle des Procureurs au palais de Justice.

Avec l'accord appuyé d'Yvon Robert et de Jean-Robert Ragache, adjoint à la Culture, les « Jeanne » revinrent si l'on peut dire en force pour une exposition qui eut un grand retentissement. 12.000 personnes défilèrent devant elles et les commentaires sur le livre d'or qui avait été ouvert disaient assez l'enthousiasme des visiteurs pour qu'on puisse penser dans la foulée qu'une solution allait être trouvée.

Il n'en fut rien. Le problème de l'espace se posait toujours d'une manière récurrente et les choses en restèrent là..

Un préfet de Région, Jean-François Carenco, pensera même en 2006 récupérer les toiles pour le hall de la Préfecture mais son bref passage (un an !) ne lui laissa pas le loisir d'aller plus avant dans son projet.

Depuis, Maurice Garnier, en désespoir de cause s'est résolu, la mort dans l'âme à dénoncer le legs. Les sept toiles appartiennent désormais à une fondation « Bernard Buffet » qui s'est donné pour objectif de créer un musée consacré aux oeuvres du peintre.

Tout cela relève d'un mauvais concours de circonstances et d'une certaine défaveur des milieux artistiques officiels pour le peintre. Il faut dire les choses tout crument: même si dernièrement une de ses toiles à été adjugée à Drouot pour 260.000 euros, Buffet n'a plus la cote..

Dans cette affaire, Rouen a manqué le coche.. La série a rejoint les réserves de Maurice Garnier, avenue Matignon, en compagnie des quelque 300 autres toiles qui forment déjà le fonds du futur « Musée Buffet ».

Rouen a manqué son rendez vous avec Jeanne.

Lire la suite

Avec Catherine Delattres Marivaux s'envole pour le Mexique

23 Juin 2013

Avec Catherine Delattres  Marivaux s'envole pour le Mexique

Les comédiens de la compagnie Catherine Delattres peuvent avoir le sourire. Ils s'envolent dans le courant du mois d'août pour le Mexique avec armes et bagages pour trois représentations du « Jeu de l'amour et du hasard » de Marivaux qu'ils avaient présenté à Rouen et dans la région l'année dernière.

C'est un voyage passionnant qui va leur permettre de s'insérer dans le cadre d'un grand festival consacré à Emilio Carballido. Homme de théâtre, metteur en scène, scénariste, réalisateur, Carballido, homme libre par excellence, est une figure essentielle de la culture mexicaine. Le festival qui a été institué après sa mort veut être bien évidemment un hommage à son œuvre et à son action d'homme libre (il fut un des premiers à s'unir civilement à son compagnon) et ce faisant concourir – s'il en était utile – à le faire mieux connaître.

L'origine de ce grand voyage vient de loin dans tous les sens du terme. Depuis de nombreuses années en effet, Maryse Ravera entretenait avec l'auteur mexicain des liens qui remontaient du temps où la future jeune comédienne, alors en fac de lettres, lui avait consacré un mémoire.

Ne voulant pas s'en tenir à des études formelles, elle décida d'aller au devant de son « sujet » pour mieux l'appréhender. C'était en 1982. Carballido était au faîte de sa notoriété. La rencontre entre les deux personnages fut immédiatement chaleureuse, exceptionnelle et se concrétisa pour la comédienne par un travail de traduction de pièces de Carballido dont, entre autres, « Je jure, Jeanne que j'ai envie » qui fit l'objet d'une « carte blanche » au Théâtre des Deux-Rives » et « Orénoque » qui donnera lieu à une expérience théâtrale particulièrement originale.

Deux comédiennes – Maryse Ravera et Martine Bodénant, (transfuge de la compagnie « Dernier carat ») - firent leur port d'attache d'un thonier « Le vieux copain » avec lequel – et le public avec elles – s'engagea dans un périple breton allant de Paimpol à Perros-Guirec en passant par le Port-musée de Douarnenez où elles abandonnèrent leur « vieux copain » pour un imposant langoustier, le « Notre-Dame de Rocamadour » dont le pont se transforma en espace scénique..

Autant dire que pour Carballido, qui arrivait directement de son Mexique natal, la confrontation dut paraître pour le moins exotique. Mais il aimait la France, il aimait Paris et il aimait Catherine Delattres dont il suivait le travail avec une attention soutenue. Les liens qu'ils tissèrent étaient d'une solidité que seules les amitiés lointaines savent entretenir dans le temps.

A la mort de Carbadillo en 2008, fut donc créé un festival initié par l'université de Veracruz, et qui est devenu un carrefour de la pensée où se retrouve un très grand nombre de personnalités du monde du théâtre et des lettres d'Amérique latine.

Initiateur du projet avec l'Université de Veracruz, Hector Herrera se fit un plaisir doublé du devoir d'inviter la compagnie rouennaise à s'y associer. Soutenue par l'ODIA, « Le jeu de l'amour et du hasard » va s'envoler pour mettre au point la logistique du spectacle puisque les décors seront réalisé sur place. Trois représentations sont programmées, en plus des rencontres et des colloques auxquels Catherine Delattres et Maryse Ravera ne manqueront d'assister ou de participer : ce sera le 20 août au théâtre Pedro Diaz de Cordoba, le 2 septembre au théâtre del Estado de Xalapa et le lendemain au théâtre Reforma de Veracruz.

A l'issue de cette parenthèse ensoleillée qui lui tiendra lieu de vacances, Catherine Delattres se plongera à nouveau dans l'ambiance quelque peu étouffante des « Parents terribles » de Cocteau qu'elle va monter à la rentrée.

Notre photo : Bernard Cherboeuf, Lisa Peyron, Lauren Toulin et Nicolas Dégremont

(Pierre Delmotte et Laurent Houdu ne sont pas là … ils font leurs valises !)

(photo : Jean-Claude Caillard)

Lire la suite

Les traces de Gisèle Gréau mènent en pays occitan

23 Juin 2013

Les traces de Gisèle Gréau mènent en pays occitan

Elle va nous manquer … elle nous manque déjà !

Gisèle Gréau à quitté la Normandie pour s'installer un peu au soleil dans une région superbe aux carrefours de Brive, d'Uzerche et de Tulle en plein cœur du pays occitan. C'est très exactement dans le petit pays de Beyssac qu'elle a trouvé tout à la fois un lieu, une écoute et un cadre de vie qui correspondent parfaitement à sa manière de regarder le monde et à la manière de l'appréhender.

Depuis 1991 avec sa compagnie « Pas ta trace », elle avait imposé en Normandie un ton et une exigence qui en faisaient une des clés de voûtes d'un travail de création chorégraphique tout à fait personnel, intelligent et qui accordait tout autant d'importance au geste qu'à la réflexion.

Elle a quitté Rouen et c'est dommage pour nous mais c'est heureux pour elle car les nouvelles installations dont elle va disposer et auxquelles elle met la dernière main, (une ancienne grange/étable dont les 160 mètres carrés s'ordonnancent sur deux niveaux et déploient l'harmonie somptueuse et complexe d'une admirable charpente), sont superbes.

Un lieu auquel elle a donné le nom de « Grand Atelier » et dans lequel elle va s'employer à défendre l'orientation contemporaine autour de la danse de création et des arts plastiques. C'est non seulement un aménagement intelligent de l'espace mais c'est aussi – et ce n'est pas pour lui déplaire – le sauvetage d'un bâtiment qui avait perdu sa vocation première et qui va vivre au rythme de nouveaux battements de coeur en forme de « jetés battus ».

En posant les bases d'une nouvelle compagnie avec laquelle elle va continuer à développer les thématiques créatives autour des recherches chorégraphiques, Gisèle Préau installe en même temps une politique de partenariat, d'échanges, de bonheurs partagés aussi bien avec les artistes de la « maison » qu'avec ceux qui y viendront en résidence, soit pour travailler sur des projets communs, soit mettre les leurs en forme dans la perspective de la diffusion.

Tout cela est ambitieux, généreux et porté par la foi de celle qui s'y consacre mais aussi par une équipe d'enseignants et d'artistes qui ont choisi la Corrèze comme lieu d'accueil et ce n'est pas un hasard. Gisèle Gréau y a trouvé un confort d'écoute et une attention qui correspondent parfaitement à son projet de lieu culturel en milieu rural :

« sur le plateau, dans l'espace public, auprès des petits et des grands, nous voulons participer à cette éducation essentielle du regard, de l'écoute ».

Et au Grand Atelier, où les petits auront aussi leur place, court déjà une comptine qui même si elle fait tourner en rond ne fait pas perdre la tête à celle qui en est l'inspiratrice :

« Au Grand Atelier, on y regarde, on y écoute, on y danse, on y dessine, on y goûte, on y respire, on s'y repose …. »

Et si vous avez envie de rejoindre Gisèle Gréau dans la ronde, rien n'est plus simple : legrandatelier19@aol.fr

Lire la suite

Avec "Cromwell" à la Chapelle Saint-Louis à Rouen

15 Juin 2013

Avec "Cromwell" à la Chapelle Saint-Louis à Rouen

Les élèves de Maurice Attias

ont la tête ronde... et bien faite

Maurice Attias n'a peur de rien et surtout pas de bousculer le théâtre et ceux qui s'y destinent.

Il fait partie des ces personnages chez qui la cusiosité et l'audace vont de pair et qui les mettent en application au service de la jeunesse. C'est pourquoi les exercices qu'il concocte pour les élèves de sa classe d'art dramatique d'orientation professionnelle au Conservatoire de Rouen ne laissent jamais indifférent. Sous des formes qui échappent le plus souvent aux habitudes, ce sont des moments d'une grande densité qui se signalent à chaque fois par une volonté de faire sortir les apprentis-comédiens du cadre dans lequel ils sont maintenus toute l'année pour les propulser sur le devant de la scène et d'une certaine manière face à eux-mêmes.

Cette année, Attias a fait fort. Il a pris comme terrain d'exploration un monument réputé injouable et qui mobilise une distribution pléthorique. Il s'agit du « Cromwell » de Victor Hugo qui lui-même précisait dans sa préface que cite Florence Naugrette dans la communication qu'elle fit sur l'oeuvre :

« il est évident que ce drame dans ses proportions actuelles ne pourrait s'encadrer dans nos représentations scéniques »

Cette réputation « d'injouabilité » (pardon Hugo pour ce barbarisme !) la pièce l'a entretenue et personne ne s'est risqué à vouloir faire mentir le poéte... à l'exception de Jean Serge qu'il n'est pas inutile d'évoquer ici puisqu'il marqua une étape importante du théâtre dans la région puisqu'il fut l'animateur avec son épouse Jacqueline Morane du fameux festival de Barentin consacré aux frères Corneille à l'initiative de son maire André Marie. Pendant des années, Serge et son équipe dont Claude Pignot – un autre rouennais – y présenta, si l'on compte bien, quelque vingt-deux pièces de Pierre et treize de Thomas.. Avec Jacqueline Morane, Jean Serge fit venir aux « Tuileries Courvaudon » du nom du théâtre de plein-air conçu tout exprès pour la circonstance de nombreux jeunes comédiens qui y trouvèrent pour certains des tremplins déterminants.

Pour revenir à « Cromwell », la pièce ne fut jamais montée sauf par Jean Serge justement qui dans l'adapation resserrée d'Alain Trutat, homme de radio et de théâtre (c'est le créateur de « France Culture) montera en 1956 l'oeuvre dans la cour carrée du Louvre dans un dispositif de Pignot. Dans la distribution on retrouvait Maurice Escande, Pierre Vaneck, Anne Vernon etc....

Florence Naugrette à qui rien n'échappe du théâtre romantique qu'elle enseigne à l'Université de Rouen rappelle également que Jean Martinelli en donna une représentation au beau château de Saint-Fargeau et que les choses n'allèrent pas plus loin.

Mais la carrière théâtrale de « Cromwell » ne s'arrête pas là. L'oeuvre reste exemplaire d'un bouillonement théâtral qui ne pouvait échapper à Maurice Attias et qui va lui permettre (les 18, 19 et 20 juin à 19h30 à la Chapelle Saint-Louis) de donner à l'ensemble de ses élèves les moyens de mettre en évidence la richesse de leurs possibilités et de leurs natures.

En dépit de l'envie qu'il aurait eu de monter la pièce dans son intégralité en plusieurs « journées » - il a opéré des coupes sombres dans ce drame qui compte une soixantaine de personnages et additionne pas moins de 6000 vers qui se répartissent en quelque 74 scènes. Autant dire qu'il a tiré le maximum de ce qui pouvait résumer au mieux cette fresque démesurée en s'employant à faire la part belle à toutes les illustrations, du drame à la comédie, qui se retrouve dans ce véritable manifeste du théâtre romantique.

On sait que Cromwell fut de ceux qui concourrurent à renverser Charles 1° d'Angleterre et par voie de conséquence de lui faire perdre la tête. En réaction aux futilités de leur temps, les puritains rasèrent ostensiblement la leur... d'ou leur surnom de « tête ronde ».

Ce spectacle devrait démontrer que les « têtes rondes » de Maurice Attias sont aussi bien faites !

Lire la suite

Françoise Boudier, la "Dame d'Etelan" :

10 Juin 2013

Françoise Boudier, la "Dame d'Etelan" :
« Quand on a reçu, il faut savoir partager »

Si elle avait vécu au siècle des Lumières, on peut penser que Françoise Boudier aurait volontiers, tout comme Madame du Deffend, correspondu avec le président Hénault à qui Etelan appartenait alors, et on peut imaginer qu'elle n'aurait pas manqué de visiter Voltaire qui, à quelques méandres de là, avait fait de la Rivière-Bourdet chez la présidente de Bernières une de ses résidences favorites.

Dans ce paysage éclairé où la noblesse parlementaire avait établi ses quartiers d'été et où l'esprit et l'Histoire couraient au fil de l'eau depuis Rouen jusqu'au Havre, les demeures étaient autant d'étapes familières et illustres dont le souvenir depuis s'estompe doucement.

Mais si les « Lumières » ne sont plus ce qu'elles furent, il leur arrive de briller encore comme des alertes. Le château d'Etelan en est le parfait exemple. Françoise Boudier est, en effet, une des rares maîtresses de maison qui sait allier encore le charme si particulier de la conversation aux plaisirs de la découverte en entretenant dans l'ambiance chaleureuse de sa belle maison un ton d'une élégance encyclopédique propre aux salons du XVIII° siècle.

Quand on a le privilège de vivre dans un cadre si parfaitement harmonieux et la charge de lui conserver tout son lustre, il y a comme une obligation morale de lui garder une signification qui le fasse échapper aux soucis du quotidien et de lui conserver ce qui lui reste d'âme.

Un petit bijou à sauver

C'est une notion que Monsieur et Madame Boudier ont tout de suite acquise quand ils ont découvert ce petit bijou qui domine le fleuve et dont la chapelle, avec ses vitraux, ses fresques et sa statuaire, en est un des ornements d'exception. Devant sa grâce et son harmonie ils ont décidé de sauver cet assemblage de briques et de pierres typiquement renaissance en y investissant leur argent, leur temps et leur cœur. Car c'est bien d'un sauvetage dont il s'est agi... sauvetage avant tout architectural mais aussi sauvetage de l'esprit. C'est ainsi que le couple décida de s'installer dans la « Maison des gardes » et de laisser la maison dans l'état non pas tel qu'il la découvrit car tout était à refaire, mais dans celui qu'il voulait lui restituer.

Il semblait difficile à tous deux, en effet, de mettre leurs pas dans ceux de leurs illustres prédécesseurs que ce soit Louis XI, François 1° où Catherine de Medicis qui, venue du Havre où elle avait repris la ville aux anglais, fit entrer Etelan dans l'Histoire en y signant les patentes conférant à son fils, le fragile Charles IX, une majorité qui fera de lui le triste et sanglant artisan de la « Saint-Barthélémy ».

De familles illustres comme les Cossé-Brissac aux représentants du Parlement de Rouen en passant par la noblesse locale, Etelan connaîtra des heures brillantes et d'autres qui le seront moins mais il évitera miraculeusement les trop grandes secousses des événements, y compris celles de la révolution, et échappera à l'oubli si ce n'est aux dégâts qu'il entraîne jusqu'à ce que la famille Boudier l'acquière et lui fasse retrouver une intégrité à la fois architecturale et intellectuelle tout à fait exemplaires.

Le refus comme une acceptation

Pour Françoise Boudier et son époux , l'histoire d'amour avec Etelan commenca un peu comme une aventure un peu folle qui leur valut au début le surnom de « fêlé ». Pour eux, il ne fut jamais question de jouer aux châtelains mais au contraire d'illustrer avec élégance cette notion du « refus » qui anima souvent les générations issues de la guerre : refus des compromissions, refus des demi-mesures, refus des apparences et surtout refus de laisser le dernier mot à l'adversité. Ils en savaient l'un et l'autre quelque chose :

Mon mari qui était rouennais a fait très tôt de la résistance aux côtés de son père qui mourut en déportation. Quant à mes parents, ils virent leur affaire disparaître dans la destruction du Havre. L'un et l'autre nous nous sommes retrouvés à la fin de la guerre avec la nécessité de remonter la pente ... il a fallu lutter contre tous les refus de toutes sortes qui auraient pu nous abattre

Jacques Boudier fit, alors, le siège des entreprises havraises pour les convaincre de l'embaucher. Le hasard et sa pugnacité le conduisirent jusqu'au Brésil, laissant derrière lui sa famille, ses souvenirs et une fiancée de dix-huit ans. A cet âge-là, on ne sait pas encore que les rêves d'évasion se trouvent parfois à portée de main pourvu qu'on sache attendre l'opportunité de les voir devenir réalité.

Elle se dessinera plus précisément, cette réalité, dans ces années d'après-guerre grâce à Georges Petit, un industriel avec lequel Jacques Boudier s'était associé. De ce jour l'avenir du jeune couple se trouvera scélle à Etelan sans qu'ils le sachent encore. Il falllut pour cela qu'en 1964, Monsieur Petit ait l'idée - la lubie devrait-on dire - de racheter un morceau d'histoire que le temps laissait s'effilocher inexorablement : c'était le château d'Etelan.

Bien que la maison soit dans un piteux état, Monsieur Petit se lança avec l'entrain des néophytes dans une entreprise ambitieuse qui sauvera la maison de la ruine mais dont il ne mesurait pas les conséquences.. En effet, les difficultés multiples liées entre autre aux exigences que réclamaient les restaurations d'un monument historique viendront quelque peu refroidir son enthousiasme. Il abandonnera Etelan à son triste sort et pendant quelques années son seul habitant sera … « Okey » le cheval que Jacques Boudier, cavalier dans l'âme, avait avec l'accord du propriétaire, installé dans les communs. Un arrangement qui lui permit ainsi qu'à son épouse, à ses trois enfants et à sa famille de prendre la mesure de la qualité de la propriété... une qualité totalement dévaluée et à la limite de disparaître au point qu'André Bettencourt alors maire de Saint Maurice d'Etelan envisagea de faire abattre ce qui risquait de devenir une ruine. C'était compter sans l'accoutumance que la famille Boudier s'était faite des lieux et du charme qu'insidieusement ils avaient exercé sur tous les membres de la famille Boudier.

Ca marche ou ça casse

Et c'est au cours d'un déjeuner dominical, la conversation ayant roulé sur Etelan, que Françoise et Jacques Boudier eurent la surprise de voir leurs trois fils les inciter à reprendre la propriété. Si Jacques Boudier souscrivit sans hésitation à cette conjuration familale, son épouse s'en montra nettement moins convaincue :

j'avais ma vie au Havre... des fonctions qui la remplissaient heureusement … mes enfants étaient grands et j'avoue ne pas avoir été très enthousiaste par la perspective de venir à Etelan surtout dans l'état où il se trouvait. Reprendre cette belle maison en ruine qu'il était impossible d'habiter, se lancer dans des travaux de restauration, remettre en était physique et intellectuel cette demeure à la fois exceptionnelle et en pleine déliquescence me semblaient une entreprise que je ne me voyais pas aborder avec sérénité. J'ai demandé un temps de réflexion à mon mari. Et puis, un jour en me promenant dans la campagne environnante, j'ai traversé une garenne isolée... j'y ai vu des papillons bleus, des lapins qui se sauvaient devant moi, de petits écureuils qui bondissaient des arbres... Devant cette nature qui s'offrait à moi, je me suis dit : « où ça marche, où ça casse ». J'ai pris conscience que « ça marcherait ». C'était en quelque sorte ma première décision de femme qui se sentait responsable et elle était importante... jamais je ne l'ai regrettée »

Cette prise de conscience digne de Rousseau emportant ses doutes, Françoise Boudier et son mari s'installèrent dans la maison des gardes et entreprirent de redonner vie à la maison et d'en faire un superbe lieu d'accueil.

De ce pari étonnant s'est dégagé chez ce couple animé d'une passion commune, une véritable raison de vivre s'inscrivant dans une philosophie solide et éclairée qui n'a jamais changé et qui passe par ce principe érigé en dogme par ceux qui travaillent pour les autres plus que pour eux-mêmes : « quand on a reçu, il faut savoir partager ».

L'un comme l'autre refusait cette notion de « châtelains » qui ne correspondait aucunement à une éthique de vie relevant d'une exigence propre à la « Réforme » à laquelle ils appartenaient tous deux.

Aujourd'hui, Françoise Boudier refuse toujours d'être « la dame du château ». Elle continue d'habiter les communs du XIV° siècle et chaque matin, son bonheur est de découvrir toujours avec le même ravissement le délicieux écrin du XVI° siècle qui sert de décor à sa vie. Seule depuis 1999, elle continue avec une patience opiniâtre d'embellir et de restaurer la propriété avec l'aide d'amis éclairés comme François Lescroart, inspecteur général des monuments historiques qui dès l'arrivée des Boudier usa de son influence et de sa compétence pour faciliter les travaux de restauration dont certains comme ceux de la chapelle s'échelonnent sur pas moins de 17 années.

Une association de soutien présidé par Jean-Yves Appard, une équipe qui met en place des animations de qualité à l'intérieur de la maison comme dans le parc dont certains arbres sont signalés « remarquables », un univers familial qui d'une certaine manière a adopté cet improbable « quatrième enfant » qu'est devenu Etelan sont les arcs-boutants qui soutiennent un édifice moral permettant à Françoise Boudier d'illustrer avec vaillance un refus de l'adversité qu'elle met à profit pour aller toujours de l'avant.

Quand en 1999 son mari décéda et que le parc fut entièrement dévasté par la tempête, elle connut un instant le goût du renoncement. Mais très rapidement, le refus – toujours lui - d'abandonner l'emporta, convaincue que la foi de quelque manière qu'on l'accepte, sera toujours plus forte qu'une pierre qui se dégrade ou un arbre qui tombe.

Lire la suite

Acocella : l'atout majeur de l'Opéra de Rouen

10 Juin 2013

Acocella : l'atout majeur de l'Opéra de Rouen

Frédéric Roels a présenté les grandes lignes de la prochaine saison de l'Opéra de Rouen... des grandes lignes qui sont, il est vrai, de véritables fuseaux dispatchant des espaces-temps qui se dirigent sans se télecoper (du moins peut-on le croire) dans un éclatement d'intentions assez étonnant.

Mais après tout, la programmation s''étant placée sous le sceau de l'errance, il n'y a rien qui soit en réalité antinomiques dans les multiples propositions qui sont faites et la manière de s'y retrouver. « Voyez les tous » pourrait-on parodier la célèbre phrase « Dieu reconnaîtra les siens ». A défaut d'être Dieu le spectateur est roi et a la latitude de puiser dans le « melting pot » de propositions en tout genre pour y trouver les perspectives de ses bonheurs à venir.

Cette année, sur le plan lyrique, on compte huit ouvrages qui vont du plus classique au plus suprenant. Il y aura, entre autres, une « Damnation de Faust » (les 4, 6 et 8 octobre) présentée scèniquement et ce n'est pas le parti le plus simple qu'ait pris Frédéric Roels tant il est vrai que la mise en scène du tonitruant et magnifique ouvrage de Berlioz est périlleux à monter. Entre oratorio et ouvrage lyrique classique, la « Damnation » est le spectacle par excellence. Celui qui permet de mettre en valeur les forces vives d'une maison. La mobilisation y est générale, de l'orchestre au corps de ballet en passant par des masses chorales impressionnantes. C'est en quelque sorte le manifeste en faveur d'une maison d'opéra au complet dans un spectacle total qui exige d'exceptionnels moyens d'intentions et de moyens.

Ce sera à n'en pas douter un événement … et un test !

Après Carmen... encore Carmen

Suivra (les 13,15,17 novembre et 4, 6 et 8 décembre) une « Carmen intime » qui viendra compléter la présentation qui en a été donnée la saison dernière dans la mise en scène du maître de maison et qui se déroulait dans un cadre qui faisait un sort à la sensualité et à la violence flamboyante de l'ouvrage et de son héroïne. Roels n'avait sans doute pas dit son dernier mot sur l'ouvrage et il y revient avec une version digest de l'oeuvre de Bizet dont on verra si elle infirme ou si elle confirme la vision qu'il en avait.. Il y a quelques années « La tragédie de Carmen » de Peter Brook aux Bouffes-du-Nord avait été une révélation dans sa conception et dans la découverte de l'éblouissante Hélène Delavault. C'est Marius Constant qui en avait fait l'adaptation musicale. Frédéric Roels a demandé à Jacques Petit, dont on sait les grandes qualités tout à la fois d'originalité et de respect, de se charger de l'opération avec comme support musical un seul violoncelle... ce qui n'est pas anodin quand on sait combien les sonorités de ce bel instrument s'accordent merveilleusement à la tessiture qu'on attend en principe chez une mezzo.

Le « Mahlermania » qui suivra (les 6 et 7 décembre ) est une production « Automne en Normandie ». Il s'agit d'une transcription musicale de lieder de Gustav Malher. Créée à Berlin l'année dernière, elle réunit des chanteurs, des danseurs et des solistes dans un ensemble qui échappe en théorie aux conceptions intimistes du lied. On nous annonce ce spectacle comme étant « drôle, poétique et iconoclaste » et, étant en prime, susceptible de froisser les puristes oreilles malhériennes.

Sans transition (les 18, 19 et 20 décembre) on passera à un genre beaucoup léger avec une comédie musicale qui a fait les beaux soirs de Broadway dans les années cinquante, « Belles are singing ». C'est une production qui vient de Lyon et qui, là encore, fait appel au chant et à la danse avec une illustration particulière constituée de claviers et de percussions.

On était dans les « petites formes » avec Carmen, on y revient en quelque sorte avec Senta pour un concert participatif consacré au «Vaisseau fantôme » de Wagner les 31 janvier et les 1° et 2 février. On connaît le principe. L'ouvrage, sensiblement réduit, fait appel au public qui interprète certains de ses passages. Le choix du « Vaisseau » n'est pas le plus simple, ni le plus parlant pour des jeunes spectateurs auquel il s'adresse, en principe. On voit mal, à l'exception du choeur des fileuses et de celui des marins, les parties qu'ils pourraient avoir plaisir à interpréter. On verra... et on entendra ! A noter que ces opérations « en famille » se placent sous le label « à la dérive »... une appellation qu'on espère bien ne pas être prémonitoire !

Un éclectisme singulier

En mars (les 14, 16, 18 et 20) on reviendra à l'opéra à l'état pur dont la forme avait été jusque-là dans cette saison quelque peu sinon délaissée du moins mise sous le boisseau au nom de « l'expérience ». Ce sera « Don Pasquale » de Donizetti qui a fait l'objet d'une co-production importante entre un certain nombre de théâtres de France. Elle sera dirigée par Luciano Acocella qui est un des pilliers de la saison musicale et qui bénéficiera d'une distribution italienne dont on peut attendre beaucoup.

En mai (les 9, 10, 11 et 13) « Le Poème Harmonique » revient à l'Opéra de Rouen. Ce sera avec le « Dido and Aeneas » de Purcell, un opéra typiquement du XVII° anglais dans lequel les récitatifs et les airs se succèdent selon une formule qui fleure bon encore la cantate. Toutefois les élans dramatiques qu'on y surprend (avec l'utilisation importante des choeurs) et la souplesse mélodique de son ornementation stylistique, font souffler un air de liberté et de nouveauté sur un système engoncé encore à l'époque dans une tradition où le « masque » tenait alors autant, si ce n'est plus, de place que la musique. Dumestre et son équipe vont s'employer à animer ce qui dut être considéré comme une salutaire bouffée d'oxygène restée hélas sans lendemain puisque l'opéra ne fut donné qu'une fois et, de surcroît, en représentation privée.. Dans le rôle de Didon, Viveca Genaux sera sans nul doute dans un élément vocalement plus naturel que dans les séguédilles de la Carmencita.
Enfin, denier volet de cette saison lyrique d'un éclectisme singulier, on aura en juin dans une production d'Aix-en-Provence, « La Finta Giardiniera » de Mozart... un opéra de jeunesse (il n'avait pas vingt ans qund il l'écrivit) dans lequel la fraîcheur, l'invention, la spontanéité devraient être servies par une distribution dans laquelle figureront les éléments de la jeune troupe du théâtre.

Le programme dit « vocal » se situe dans le même esprit de confrontations diverses et sans réelles intentions de leur trouver des complémentarités. Mais après tout l'ennui venant de l'uniformité, on ne risque pas de voir la saison de l'Opéra de Rouen s'enliser dans la morosité et le conventionnel. Il s'agit, semble-t-il, d'accomoder les genres et de mettre en évidence leurs différences sans qu'une ligne de conduite les réunisse vraiment. On verra ainsi, la « Salsa du diable » (30 septembre) de Arnaud Marzorati faire voisiner Léo Ferré, Offenbach, Higelin et Charles Trenet avec les « Grands motets versaillais » par l'ensemble Pygmalion (13 octobre). Francis Poulenc et Thierry Pécou se retrouveront dans un moment musical en compagnie d' Alexandre Tharaud (le 20 octobre) et les musiques du Brésil (le 17 mai) avec un surprenant trio composé de Nathalie Dessay, Agnès Jaoui et Helena Noguerra..

François Lazarevitch et ses « musiciens de Saint-Julien » (le 23 mai) mèneront le bal autour sur « L'autre bord de la grande Ile » avec des chansons traditionnelles de France, du Canada et d'Angleterre tandis que le « Faust et Hélène » de la trop vite oubliée Lili Boulanger répondront (le 11 octobre) aux «Voix intérieures » d'Accentus,(le 14 mai) qui mettra face à face– en opposition ? - le très classique Carlo Gesualdo et les très contemporains Francesca Verunelli et Pascal Dusapin.

Brahms, Mahler, Strauss et Ravel

Mais, disons le tout net, c'est du côté de la programmation orchestrale que devraient venir tous les plaisirs avec de beaux programmes dirigés principalement par Luciano Acocella qui sera la véritable tête d'affiche de cette saison dont on dit qu'elle devrait être sa dernière à Rouen : un grand concert Brahms (les 18 et 19 octobre) avec le violoniste Laurent Korcia, un « Prokoviev/Mozart le 25 octobre avec les soeurs Bizjak, deux Beethoven ( le concerto N° 1 et la septième) avec en soliste Philippe Entremont... un concert du nouvel an (le 5 janvier) consacré à la neuvième de Beethoven... un hommage à Mahler (les 7 et 8 février) avec Jane Peters en soliste... un programme consacré à Richard Strauss (les 19 et 20 juin) avec la suite du « Chevalier à la rose », « Mort et transfiguration » les quatre derniers et admirables lieder et en prime « La valse » de Ravel. De beaux moments dans lesquel s'inscrit un concert pour orgue (les 24 et 28 juin) à Saint-Ouen pour lequel Oswald Sallaberger dirigera des oeuvres de Poulenc, Arvo Pärt et Beethoven.

La musique de chambre tient une place importante dans cette programmation dont le sommet sera (les 10, 11 et 12 janvier) l'intégrale des quatuors de Beethoven par le quatuor Ysaïe.

Beaucoup de musique encore, mais aussi de la danse avec des « pointures » comme Mourad Merzouki, Carolyn Carlon ou Sasha Waltz.

Cela représente de beaux moments en perspectives qui risquent d'emmener le public loin des sentiers battus, dans une « errance » où chacun devrait pouvoir trouver son compte.

Lire la suite

Cathédrale de Rouen : Une montée jaillissante vers le ciel

10 Juin 2013

Cathédrale de Rouen : Une montée jaillissante vers le ciel

C'est un livre à la mesure du monument auquel il se consacre : somptueux, fascinant, d'une grande beauté iconographique et d'une richesse d'informations qui en font une véritable somme permettant d'entrer de plain-pied dans l'histoire de la primatiale de Rouen.

Un travail qui a demandé pas moins de trois ans à une équipe placée sous la direction scientifique et la coordination d'Armelle Sentilhes qui a longtemps présidé aux destinées des archives départementales et qui avec Yves Lescroart, Jacques Chaline et Catherine Vincent a constitué une armature autour de laquelle une trentaine d'auteurs qui se sont livrés à un travail en profondeur sur l'édifice. Il a permis de réaliser une véritable auscultation de ce vaisseau dont toutes les beautés se révèlent au fur et à mesure des découvertes que l'on continue de faire autour de sa création, de sa conception et de son histoire. On a beaucoup écrit déjà, c'est vrai, sur la cathédrale de Rouen mais il semble bien que jamais on ne soit allé aussi loin dans la recherche et dans l'analyse. Ce grand et beau livre qui bénéficie des admirables photos de Benoît Eliot et de Stéphane Rioland permet d'aller plus avant dans un cheminement philosophique et architectural qui entraîne le lecteur depuis les fondations de l'édifice et de celles qui le précédèrent jusqu'à la pointe extrême de sa flèche.

Rien n'échappe à ce remarquable travail.

Le livre s'inscrit dans une série « La grâce d'une cathédrale », dirigée par Monseigneur Doré, archevêque de Strasbourg et regroupe déjà les cathédrales d'Amiens, de Reims, de Strasbourg et Lyon.

Il est tout à la fois un remarquable travail de synthèse et en même temps une promenade – et parfois une rêverie - à travers les temps. Il permet de suivre le travail et l'opiniâtreté des hommes qui au fil des siècles conçurent cette merveille unique. Il donne en même temps l'occasion de suivre les efforts de leurs successeurs qui à travers les chantiers de restauration perpétuent les gestes ancestraux des premiers âges dans une transmission tout à la fois abstraite et matérielle.

Aucun domaine n'échappe à cette monumentale mise en lumière : la statuaire, les vitraux, le mobilier, le trésor, les tombeaux, les merveilleux et subtils assemblages de poutraisons qui soutiennent la nef, les troublants témoignages qui sortent encore de terre au fur et à mesure des fouilles et qui apportent des couleurs inédites à l'histoire de Rouen. Et il n'est pas jusqu'au palais archiépiscopal dans la majesté de sa façade qui fait la transition entre le XV° et le XVI° siècles qui ne révèle quelques uns des mystères d'un sous-sol qui restait jusque là réservé aux initiés.

Ce livre, en plus de son exceptionnelle qualité graphique, a le grand mérite d'ouvrir des portes jusque-là restées closes et permet de porter le regard au-delà des sublimes apparences de la beauté pour atteindre une vérité plus subtile, plus intérieure.

On retrouve la cathédrale telle qu'en elle-même elle s'offre au regard familier des rouennais et des touristes mais elle s'affirme aussi, Monseigneur Jean-Charles Descubes archevêque de Rouen sous l'autorité duquel ce livre à pu se faire, comme « une montée jaillissante vers le ciel ».

-

Lire la suite

Pour suivre en Haute-Normandie la route des « Illustres »

10 Juin 2013

Pour suivre en Haute-Normandie  la route des « Illustres »

C'est un nouveau label ou plus exactement un nouveau coup de projecteur lancé sur des lieux que la renommée a déjà mis en lumière …. Le panneau « Maison des illustres » qui commence à fleurir sur certaines façades de France est comme un signal qui doit permettre aux passants – qu'ils soient ou non des touristes - de prendre le temps de s'arrêter devant elles et de pousser ces portes qui ouvrent sur la petite ou la grande histoire de ceux qui la firent.

C'est sur une initiative du ministère de la Culture et de la Communication que cette opération en forme de jeu de piste se propose de construire des itinéraires conduisant à la découverte de lieux que fréquentèrent ce qu'il est convenu d'appeler des « illustres » et constituer ainsi une « galerie » tout à la fois de la notoriété et du souvenir.

On imagine bien que le travail de sélection n'a pas été simple. Il fallait, en fonction des candidatures proposées, faire des choix qui se sont fixés en priorité sur des maisons ouvertes au public et s'inscrivant dans le cadre d'une philosophie de la transmission à travers les « carrières » qu'elles soient culturelles, politiques ou sociales de leurs occupants.

Authenticité du lieu, aura du personnage qui l'a habité, sa cohérence culturelle s'inscrivant en priorité dans un iténéraire touristique etc... autant de critères qui ont été retenus pour la première série de dix maisons en Haute-Normandie pour 2011 et 2012.

La première à ouvrir le feu aura été Vascoeuil avec le souvenir de Michelet puis tout naturellement Flaubert et Corneille se sont placés en tête du palmarès. Le premier bénéficie ainsi depuis quelques jours de deux repères, l'un au Musée de la Médecine à Rouen dans l'enceinte de ce qui fut l'Hôtel Dieu devenu Préfecture de la Seine-Maritime et l'autre au pavillon de Croisset où en dépit du mince témoignage qui subsiste de la maison de Flaubert, l'environnement avec son « gueuloir » qui regarde couler la Seine est particulièrement émouvant et évocateur. L'autre opération est réservée à Corneille. Elle aura lieu le 21 juin et concernera la maison de la rue de la Pie à Rouen et la « maison des champs » à Petit-Couronne que le père du « Cid » affectionnait tout particulièrement.

D'autres vont suivre. Sur les tablettes de Marie-Hélène Lemoine, responsable à la DRAC du centre de ressources et qui a mis en place ce nouvel armorial normand, on retrouve Claude Monet à Giverny, Victor Hugo à Villequier, Guy de Maupassant à Miromesnil, Maurice Leblanc à Etretat, et Louis-Philippe dans ce beau château d'Eu qui fut une des résidences favorites de sa lointaine cousine la Grande Mademoiselle.

Ce n'est qu'un début. La liste des maisons illustres de Haute-Normandie est longue et riche. Si toutes ne sont pas visitables - condition sine qua non pour être retenue – il en reste encore quelques-unes qui peuvent prétendre y figurer. Certaines se réfèrent à l'Histoire, d'autres à la littérature, d'autres encore englobent des domaines plus larges. Il en est ainsi de l'abbé Pierre à Esteville, de Braque à Varengeville, d'Aristide Briand à Colleville dans l'Eure ou de Clémenceau à Bénouville.

Bref, si l'opération doit se poursuivre et il n'y a aucune raison qu'elle ne le soit pas, les panneaux vont fleurir et seront autant de signes qui donneront de nouvelles raisons de feuilleter le grand livre de la Normandie illustrée.

Lire la suite

Publié depuis Overblog

10 Juin 2013

Dubos, Touchard et Brassens

Trois raisons d'être poète

Comme de vrais troubadours, Henry Dubos et Elisabeth Touchard sillonnent les villes et les campagnes avec dans leur besace des moments de poésie qu'ils se plaisent à faire partager et qui font d'eux d'authentiques ambassadeurs des beaux textes et de la bonne chanson.

Il y a belle lurette qu'avec le temps, leur démarche ne se démode plus - ce qui est une manière de se dire qu'elle ne prend plus une ride - et leur style à la fois aventureux et nostalgique s'inscrit dans une tradition qui prend ses racines dans la grande mouvance de 68 à laquelle Dubos, inconsciemment ou non, se réfère toujours.

Tels qu'ils sont et tels qu'ils restent ces deux-là sont les défenseurs d'un style, d'une époque, d'une exigence qui leur font aborder le « métier » en tournant résolument le dos aux pièges de la facilité et c'est pour ça qu'on les aime et que le public, des plus vieux aux plus jeunes, les aiment toujours.

De Cendrars à Giono en passant par Italo Calvino, Prévert, Hugo, Aragon, Zola, Rictus et autres Obaldia et jusqu'à Camille Claudel (un de leurs meilleurs spectacles), on ne surprend jamais dans le duo Dubos-Touchard une faute d'appréciation dans les spectacles , dans les choix des textes et dans les tours de chant qu'il présente.

Bien sûr, la formule reste toujours un peu la même. A lui, l'ironie bougonne qui cache à peine les fragilités du bonhomme à travers un répertoire qui lui va comme une seconde peau et qu'il exploite avec une sorte de délectation morose, à elle l'émotion déchirée, l'enthousiasme juvénile, les emballements douloureux et les palpitations romanesques. Avec chez l'un comme chez l'autre, une authenticité d'intentions dont ils ne se départissent jamais et un humour tendre qui cache à peine son jeu derrière la pirouette.

Le dernier en date de leur récital est consacré à Brassens. Il le promène un peu partout et beaucoup dans les bibliothèques où un jeune public vient découvrir un auteur et son œuvre dans un esprit de proximité qui « marche » à fond et qui procure toujours, même si on le connaît bien, de belles surprises.

Le principe fonctionne parfaitement : Touchard dit des textes superbes de Brassens et surtout des auteurs qu'il s'est choisi pour ses chansons et Dubos les chante, les arrange, les plie à sa propre fantaise sans jamais trahir un répertoire que le public, en général, connaît assez bien pour avoir envie de le reprendre en choeur … et en coeur !

Lire la suite
1 2 > >>