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Théâtre en Normandie

Marie Gautrot sera Marguerite à l'Opéra de Rouen en Octobre

26 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

Marie Gautrot sera Marguerite à l'Opéra de Rouen en Octobre

« Accorder la beauté du chant à la qualité de l'interprétation »

Les 4, 6 et 8 octobre prochains, Marie Gautrot sera à l'Opéra de Rouen la Marguerite de la « Damnation », dans une production de l'Opéra-Théâtre de Limoges, mise en scène de Frédéric Roels et sous la direction musicale de Nicolas Krüger.

Un rôle important, lourd vocalement et qui demande un investissement dans lequel le chant et l'expression dramatique se trouvent étroitement mêlés.

C'est un principe qui a toujours séduit Berlioz chez qui la théâtralité était un des supports favoris sur lequel sa musique construisait des univers tumultueux.

Une notion qui n'est pas pour déplaire à cette jeune cantatrice dont la carrière a failli être théâtrale avant de devenir totalement lyrique.

Bien que baignant depuis toujours dans un bain favorable puisque son père n'est autre que Philippe Gautrot créateur du festival de musique ancienne d'Arques-la-Bataille, ce n'est pas vers les partitions que se porteront ses premières amours même si, Festival Bach oblige, elle débutera par le clavecin à l'Ecole de Musique de Dieppe.

Au contraire, et d'une certaine manière par réaction, c'est par le théâtre qu'elle se sentira attirée en même titre que par les Beaux-Arts.

Ainsi, entre ses études littéraires à l'Université de Rouen et à l'Ecole du Louvre, la musique ne tiendra plus une place essentielle dans sa vie jusqu'à ce qu'un jour les beaux démons qui dormaient en elle ne se réveillent et ne viennent bousculer l'ordonnancement de sa carrière en devenir :

« Un jour j'ai pensé que reprendre le chant me donnerait la possibilité de faire une pause et qu'il représenterait une activité annexe qui m'aiderait à parachever ma culture générale. J'ai commencé avec Marie-Claire Cottin et j'ai su immédiatement que c'était là où était ma voie dans tous les sens du terme. Ce qui n'était qu'une approche est devenue une exigence qui m'a fait admettre au Conservatoire national Supérieur de Musique où j'ai obtenu un premier prix avec mention « Très Bien » qui m'a confortée dans ce qui fut sur le moment une véritable révélation ».

Tout va alors aller très vite pour Marie Gautrot. Un beau timbre de mezzo et des ressources dramatiques – venues du théâtre ! - vont lui permettre de plonger dans un répertoire particulièrement riche et contrasté. Du Chérubin des « Noces » à l'Octavian du « Chevalier à la Rose » en passant par la redoutable Amnéris de « Aïda », elle se frottera à tous les grands emplois que sa tessiture lui permet d'aborder depuis la Pauline de « Eugêne Oneguine » jusqu'à la Magdalena de « Rigoletto » tout en faisant quelques incursions baroques du côtés des « Ténèbres » ou le « Didon » de Purcell.

A Rouen on l'avait déjà entendue dans « Les noces de Figaro » et dans « Les pêcheurs de perles ». Aujourd'hui, elle se lance dans Berlioz avec ce rôle superbe qui réclame une belle étendue de voix et une couleur de timbre assez particulier qui se tient à mi-chemin entre le grand soprano dramatique et la mezzo On est impatient de l'y entendre.

« J'avais déjà chanté Marguerite en oratorio au Châtelet puis dans une version mise en espace au cirque de Reims. C'est un ouvrage qui peut admettre les deux visions. Celle qu'a choisie Frederic Roels dans sa mise en scène inscrit l'action hors du temps et place les personnages dans une dramatisation tout à fait intéressante et qui conforte ma conception de l'art lyrique tel qu'on le conçoit actuellement à savoir l'entente qu'il doit y avoir entre la beauté du chant et la qualité des interprétations ».

- Vendredi 4 et Mardi 8 à 20 heures – Dimanche 6 à 16 heures.

Avec Marie Gautrot, Philippe Rouillon, Eric Fenton, Alain Herriau

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L'arrivée de David Bobée : une grande bouffée d'oxygène

24 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

L'arrivée de David Bobée : une grande bouffée d'oxygène

Ce n'est pas là qu'on l'attendait vraiment !

Jusque-là David Bobée était ce feu follet génial qui dessinait les fulgurances éblouissantes d'un parcours qui depuis 15 ans n'en fini pas de surprendre et de séduire. De la danse à la musique en passant par le cirque, le tout s'appuyant sur un amour des grands textes qui est le fil rouge de sa démarche artistique, on le voyait plutôt comme un électron libre, épris de liberté et échappant aux contraintes. Et voilà que contre toute attente, il s'inscrit dans une sorte de positionnement institutionnel, qui ne le gêne pas à la tête du tout nouveau CDN..

Et c'est une bonne nouvelle pour le paysage artistique de la région.

En fait son arrivée relève de deux éléments majeurs qui sont deux surprises. Celle d'abord étant la clairvoyante et la témérité des maires de Rouen, Petit-Quevilly et Mont-Saint-Aignan qui sont restés sourds aux sirènes de l'habitude et du confort pour se lancer dans une aventure nouvelle en la confiant à un garçon de 35 ans dont la carrière était surtout motivée par une évidente et irrépressible envie de bouger aussi bien physiquement qu'intellectuellement.

La seconde a été de voir David Bobée accepter d'entrer dans ce jeu qui va l'obliger à concilier sinon l'inconciliable mais de construire en trois lieux une nouvelle philosophie sans qu'il n'interfèrent et se contrarient. Une décision qui dans le même temps l'oblige de mettre quelque peu en sommeil sa compagnie « Rictus » dont il se pourrait bien que certains éléments viennent le rejoindre à Rouen.

C'est, d'une certaine manière, revenir à cette grande unité de lieu, chère aux classiques, dans laquelle le temps et l'espace se retrouvent et s'inscrivent dans une cohérence voulue par celui qui les a installés.

L'arrivée de David Bobée : une grande bouffée d'oxygène

Brasser les populations et les intentions

En fait, il y a chez David Bobée des raisons plus profondes qui l'ont poussé à postuler pour la direction du CDN. Il y a en premier une appartenance affective à la Normandie. Il est né à Mont-Saint-Aignan. Il habite Rouen depuis 7ans. Il a passé son enfance dans l'ombre de son père Pierre Bobée qui a marqué de son empreinte humaniste et sociale le paysage politique de la région comme maire d'Yvetot pendant plus de trente ans. Il a fait ses études universitaires à Caen où il est devenu le collaborateur d' Eric Lacascade à la Comédie de Caen et où est née « Rictus ». Il connaît bien le paysage artistique de la Haute-Normandie et il a eu le temps d'en prendre les mesures, ou si l'on préfère en déterminer les limites, pour s'employer aujourd'hui à les faire exploser.

Mais il y a aussi chez ce créateur, animateur de compagnie, metteur en scène, artiste associé entre autre au Palais de Chaillot et au théâtre Gogol à Moscou une nécessité d'un retour aux sources et une envie affirmée de se mettre en quelque sorte au service d'une région et de sa population :

En compagnie des grands textes fondateurs

« Après quinze ans de travail avec ma compagnie, à chercher toujours d'autres horizons et d'autres expériences, j'avais besoin de recentrer mes activités, de faire le point et de faire des choses pour un public, pour une équipe, pour une vision s'attachant à un territoire, à ses spécificités. La maturité aidant, j'avais besoin de me mettre face à d'autres réalités. Ce projet global avec ces trois salles qui ont chacune leur caractère, me pousse à engager une réflexion sur la manière d'amener le public à circuler dans l'agglomération. C'est un enjeu pour l'avenir que de favoriser son déploiement social, ethnique, intellectuel et de susciter son éclatement. Les trois salles ont chacune leur personnalité. Il faut jouer avec ce qu'elles apportent et ce qu'on peut leur apporter... brasser les populations et les intentions... ».

Une perspective qui s'inscrit dans une démarche décentralisatrice qui va trouver son application et sa raison d'être à travers les composantes assez distinctes des trois salles à qui, jusque-là les rôles étaient traditionnellement dévolus. Ce sera le travail de David Bobée que d'exercer l'art subtil des transversales entre les publics et des salles dont les jauges vont de la plus petite aux Deux-Rives à l'intermédiaire à La Foudre » et à la plus grande à Mont-Saint-Aignan. Trois pôle qui vont s'organiser autour d'une idée force : la pluridisciplinarité :

« Je veux proposer des spectacles qui échappent à la formalité et qui passent d'un genre à l'autre dans la continuité... une chose est certaine, j'ai envie d'entendre et de faire entendre les textes fondateurs qui m'ont nourri et qui continuent de m'alimenter et qui soient le reflet de notre époque, de ses attentes, de ses peurs et de ses préoccupations. J'ai envie d'aller d'un siècle à l'autre – en évitant autant que faire se peut le XX° siècle dont on a beaucoup usé et qui n'a plus grand chose à dire, pour arriver au nôtre avec tout ce qu'il comporte de plaisirs contradictoires. Le Centre Dramatique National va m'en donner les moyens en développant les créations, mais aussi en m'appuyant sur ce qui existe comme le festival « Arts et Déchirures » dans lequel je souhaite voir le CDN s'investir. Je veux mener une politique volontaire d'ouverture, de compréhension réciproque et de bonheurs à découvrir en commun en jouant sur la convivialité des lieux d'accueil »...

Pour l'instant David Bobée prend la mesure des choses et des gens. Dans cette période intéressante et fragile que représente toujours une prise de pouvoir, il a eu la chance de bénéficier de l'appui et de l'élégance de Gérard Marcon qui s'est effacé de la compétition pour laisser le champ libre à toutes les opportunités qui pouvaient se présenter.

Bobée a donc devant lui une voie royale, dans laquelle il peut s'engager en affirmant ses intentions et ses ambitions. Celles-ci, même s'il encore trop tôt pour les développer toutes, (on sait, néanmoins qu'on verra son « Roméo et Juliette ») s'inscrivent dans une démarche d'ouverture sur la région, sur les publics, sur la nouvelle vocation qu'il veut donner aux salles mais aussi ouverture sur le monde avec en perspective des collaborations avec le Canada, la Russie et le continent africain.

Avec lui, le Centre Dramatique National va prendre de la hauteur pour mieux insuffler à la région une grande et salutaire bouffée d'oxygène.

Photos : Pascal Monet

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A la Galerie de l'Espace Bauchet à Forges-les-Eaux

23 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

A la Galerie de l'Espace Bauchet à Forges-les-Eaux

Une escapade radieuse

avec Anja LINDER, harpe et Oriana KURTESHI, soprano

Combinant les thèmes de la poésie, de la peinture et de la musique du 20e siècle, le programme de ce récital est né sous le signe de la nuance, d’une architecture discrète et souterraine, d’une audace vagabonde et sensorielle.

Mettant la musique en images et les textes en musique pour mieux transfigurer les genres et les lieux, le programme proposé par Oriana Kurteshi et Anja Linder a l’ambition d’éveiller chez l'auditeur des sensations particulières et des impressions subtiles, entre folklore et modernité.

Impressionniste, fauviste ou pointilliste, le récital voyage, associant l’intérieur et l’extérieur, les mélodies françaises, espagnoles et albanaises, l’intime et le partage, et propose un regard tout en finesse sur le monde, à travers plusieurs tableaux de cette époque.

Des atmosphères empreintes de sensualité et d’une grande finesse harmonique qui plongent dans le charme d’une conception audacieuse du temps et de l'espace musical.

Au programme : Debussy, Fauré, Tarrega, De Falla et des mélodies populaires albanaises

A l'Espace Bauchet à Forges-les-Eaux, le mercredi 9 octobre à 20 heures 30

Réservation au 06 15 95 55 14 – Entrée : 15 euros

L'association « Animations Bray Culture » est soutenue par la ville de Forges-les-Eaux, le Conseil général de Seine-Maritime et le Grand Casino de Forges.

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Les drôles d'oiseaux de Charleville-Mézières

18 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

Les drôles d'oiseaux de Charleville-Mézières

Il y avait de drôles d'oiseaux dimanche dernier à l'Arboretum d'Harcourt . De ces drôles d'oiseaux qui ne se contentent jamais des horizons qui servent de limites à leur rêve et qui sont toujours prêts à s'envoler vers un ailleurs plus ou moins mythique.
Jean-Christophe Canivet et Marja Nykänen, qui les connaissent bien au point de les avoir définitivement apprivoisés, ont décidé de raconter avec la complicité de Mohamed Kacimi, l'histoire de deux de ces volatiles, amoureux de surcroît, qui décident de partir à l'aventure. Ils ne s'envoleront pas seuls et emmèneront avec eux leurs amis, leurs rêves … et les spectateu
rs.

Dans ce cadre admirable se dissimulent derrière chaque arbre – plus que centenaires pour la plupart d'entre eux – des surprises ludiques destinées à un jeune public et à leurs parents qui en ont assez de vieillir trop vite. On suit les pérégrinations de cette troupe volante et caquetante qui survole les océans, affrontent les déserts, bousculent les itinéraires pour atteindre, après bien des péripéties l'objet de leurs espérances : une Chine qui a les couleurs de la fantaisie et du rêve..

Avec une jeune équipe qui manie le verbe aussi bien que les marionnettes, ces oiseaux merveilleusement imaginés dans les ateliers du Théâtre Illusia battent de l'aile en même temps qu'ils font battre les cœurs et au bout du compte battre les mains du jeune public auquel ce spectacle est avant tout destiné.

Dimanche, c'était en quelque sorte une répétition générale avant le départ de la Compagnie qui s'envole – comment pourrait-elle faire autrement ? - pour le festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières. Elle y présentera en plus de cette histoire « des oiseaux qui voulaient connaître le bout du monde », « Les oiseaux de bons augures », une parade sur les poissons et les bateaux sauvages et sera à l'origine d'une rencontre autour de l'écriture sur le thème de « Paroles de première classe ».

La compagnie ne se sentira pas là-bas en pays étranger puisque parmi les très nombreux participants qui se retrouvent à cet « Avignon de la marionnette » elle y retrouvera Henry Dubos qui « monte » avec « Le soliloque du pauvre » de Jehan Rictus dans sa version avec marionnettes et chansons.

Et puis, il y aura « Théâtre en Ciel » de Roland Shön qui présentera le dernier volet de son triptyque autour des machines à images : « Circulaire du service des instruments de mesure » qui sont de courts récits poétiques que lit l'unique personnage du spectacle, en l'occurrence Shön lui-même.

Dans le même temps et dans le cadre du Festival, L'institut International de la Marionnette présente : « Le masque m'ask énormément » une exposition de peintures et de dessins de Roland Shön, inspirés par le masque du théâtre et du carnaval.

Oui, il y aura de drôles d'oiseaux à Charleville-Mézières cette année et les normands vont pouvoir y battre de l'aile pour prendre de cette altitude planante qu'on appelle le succès !

Notre photo : Arno Feffer et les doux oiseaux de sa jeunesse

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Les bonnes nouvelles viennent de l'extérieur

16 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

Les bonnes nouvelles viennent de l'extérieur

Non pas que celles qui courent dans la région en dépit du remue-ménage politique qu'occasionnent des démissions surprenantes soient mauvaises. Mais il est vrai qu'elles posent des problèmes qui concernent de près ou de loin le monde artistique. C'est celle, d'abord, de Catherine Morin-Desailly dont tout le monde, ou presque, s'accordait à dire que son passage à la culture dans l'équipe de Pierre Albertini avait été positif et que son positionnement pour les prochaines élections municipales risquait de la ramener au premier plan. Une occasion pour elle d'avoir des chances de reprendre en main un secteur qu'elle connaît bien et pour lequel on lui reconnaissait de s'être bien battue. Mais elle ne sera pas, si l'on peut dire, de la bataille et on le déplore pour elle.

Quant au départ d'Alain Le Vern, il atteint de plein fouet le fonctionnement de l'Opéra de Rouen dont il était le président et auquel il portait un intérêt qui n'était pas de principe. Il s'y intéressait, en effet, de très près, n'hésitant pas à envisager les perspectives pharamineuses de la construction d'une nouvelle salle d'opéra.

Ceci étant, on est bien obligé de penser qu'il va falloir attendre les échéances électorales pour voir venir et, surtout, QUI va venir.

Frédéric Roels en perdant l'appui déterminant de son président va-t-il garder les mains libres et si elles le sont va-t-il pouvoir trouver les interlocuteurs qui auront le poids et la connaissance pour défendre sa politique ? Le Vern aimait – et aime toujours - l'opéra. Certains pensaient même qu'il avait tendance à se prendre, parfois, pour le directeur lui-même. Son départ va laisser Roels orphelin d'une tutelle importante.

Les bonnes nouvelles viennent de l'extérieur

Adam et Bizeray : De belles trajectoires

Pour revenir aux bonnes nouvelles, elles nous viennent de deux anciens directeurs, Marc Adam et Daniel Bizeray qui mènent, en effet, leur barque avec une régularité remarquable et dont les trajectoires sont d'une belle richesse. Ce dont on est heureux pour eux.

Marc Adam, d'abord. Ce jeune loup – il fut à l'époque le plus jeune directeur d'opéra - succéda à Paul Ethuin et d'une manière plus épisodique à Jacques Forestier. Il donna un grand coup de pied dans la fourmilière lyrique rouennaise, signant, entre autre, des mises en scène qui furent rythmées, au début, par des concerts de crécelles et de sifflets à roulette pour lesquels les vieux abonnés avaient travaillé leur souffle.. Il n'empêche que sa politique qui, à l'époque, passa pour iconoclaste eut le mérite de faire bouger les choses et de préparer d'une certaine manière l'arrivée de Laurent Langlois qui démantela la maison et cassa carrément l'outil pour en construire un autre.

Après avoir quitté Rouen, Adam fut désigné en octobre 2007 directeur général du Theater Lübeck où il resta neuf ans. En 2005, il abandonna les beautés hanséatiques pour revenir à celles plus agrestes de la Suisse en prenant la direction générale du Théâtre de Berne. Il y programmera cinq saisons sans s'interdire pour autant de régler de nombreuses mises en scène dans sa maison et ailleurs.

En novembre 2012, il était nommé directeur artistique de l’Opéra de Nice que Pierre Médecin avait dirigé pendant des années et dont le départ avait plongé la maison dans une certaine confusion pour ne pas dire une confusion certaine.

Vice-président du syndicat professionnel des maisons d'opéra, Marc Adam retrouve au conseil d'administration, Daniel Bizeray. Après cinq ans d'un travail d'une belle régularité axé sur une connaissance aiguë des voix et du répertoire, Bizeray, en but à quelques difficultés liées plus à la politique qu'au théâtre, prit prudemment les devants et rejoignit Saint-Etienne pour devenir le directeur général et artistique de l'Opéra-Théâtre. Et c'est en 2009, qu'il rejoindra la superbe abbaye de Royaumont considérée comme le plus important Centre Culturel d'Europe. Jusqu'en 2012, il en sera le directeur artistique et mènera un travail sur l'expérimentation artistique et la formation des chanteurs... des domaines qu'il connaît particulièrement bien et qui l'ont poussé à se lancer dans une nouvelle aventure en postulant au poste de directeur du Centre Culturel de Rencontre et du Festival d'Ambronay. (Le festival vient tout juste de commencer !)

Un certain nombre de candidats se retrouvaient à ambitionner ce poste passionnant et de haute qualité.

En dernier ressort, ils furent deux à rester en lice : Daniel Bizeray et … Laurent Langlois.

Ne dites pas après cela que le monde du théâtre est petit !

nos photos :

Marc Adam (E. Juppeaux)

Daniel Bizeray (Jean-Baptiste Millot)

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Marc-Sangnier, futur fer de lance du CDN ?

15 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

Marc-Sangnier, futur fer de lance du CDN ?

Dans le paysage théâtral tel qu'il se dessine pour l'agglomération, le centre socio-culturel de Mont-Saint-Aignan tient une place un peu particulière de par son histoire et sa vocation. En effet, la salle est née du foisonnement culturel qui dans les « années Jack Lang » a fait de cette structure à deux casquettes un pôle de fixation non seulement pour le vivier des étudiants qui s'ébattaient sur le campus mais aussi pour la population de Mont-Saint-Aignan dans des activités beaucoup plus spécifiques au niveau de sa vie quotidienne et associative. De ce partage des genres est né l'entitée « Marc-Sangnier » et le Centre d'Art et d'essai » qui se sont côtoyés sans problème pendant des années. Dans ce mariage de raison, chacune des composantes se sont souvent retrouvées dans des actions parallèles et souvent complémentaires.

Une cohabitation qui demanda aux directeurs successifs de manœuvrer large et adroitement et dont David Bobée devra à son tour tenir compte.

Jérôme Alexandre d'abord qui essuya les plâtres, puis Philippe Ripoll et enfin Nathalie Marteau donnèrent au Centre d'Art et d'Essai un esprit qui pour le spectacteur venu de l'extérieur ne faisait aucun distinguo entre les différentes facettes de la maison.

Dans les dernières années, c'est Nathalie Marteau qui mena avec le plus de force une politique culturelle innovante, curieuse, parfois téméraire mais d'une tenue qui fut pour beaucoup dans la marque de fabrique directement associée au centre d'Art et d'Essai. Elle s'engagea résolument dans des aventures volontiers décoiffantes.

Elle quitta la maison en 2003 pour prendre la direction du « Merlan », une scène nationale implantée dans les quartiers Nord de Marseilles et ce fut l'occasion pour Gérard Marcon de planter les premiers jalons de son projet de regroupement des salles qui ouvrirait les portes au futur Centre Dramatique National. La Saison de Mont-Saint-Aignan devint en quelque sorte le prolongement de celle de « La Foudre » et pour intéressante qu'elle fût, elle posait déjà le problème de savoir ce qu'il allait advenir de l'avenir artistique de la maison : ou complément d'objet direct d'une phrase construite par un autre ou paragraphe à part entière d'une histoire écrite pour elle.

Un héritage social et culturel

Pour l'instant, le projet Centre Marc Sangnier est en chantier... Le maire de Mont-Saint-Aignan, Patrice Colasse a reçu en héritage des deux dernières municipalités la charge d'un dossier sinon sensible, du moins à manier avec précaution tant au niveau du coût qu'il représente que de ce fameux partage des genres qu'il entend maintenir pour sa maison :

« Le Centre n'a de sens que s'il associe les besoins de la commune. Mais si le volet culturel est important on ne peut en dissocier la dimension sociale. Les deux doivent cohabiter harmonieusement. Le projet de rénovation des lieux comporte deux exigences et c'est un élément dont nous tiendrons compte dans ce qu'on pourrait appeler la répartition des tâches. Nous nous félicitons de l'arrivée de David Bobée, sa jeunesse, sa réputation, son dynamisme sont des atouts majeurs dans le développement culturel de Mont-Saint-Aignan et sa « connotation » culturelle doit être maintenue et développée tout en évitant un trop grand élitisme mais nous ne devons pas négliger le volet sociétal de « Marc-Sangnier».
En fait, pour le maire de Mont-Saint-Aignan il faut trouver la bonne approche pour l'utilisation des nouvelles structures qui devraient voir le jour aux alentours de 2014/2015.

Le plus grand plateau de la région

Les travaux sont engagés depuis un certain temps et en sont encore au niveau des terrassements. Le Centre tel qu'on l'a connu est entre les mains des griffes et autres objets barbares mais essentiels pour préparer la place à l'avenir. Celui-ci se résumera – si on peut parler ici de résumé – en une salle de 320 places dont le plateau sera un des plus grand de la région et permettra d'accueillir des spectacles d'envergure, une deuxième de 120 places et une dernière à fonction polyvalente, ces trois éléments pouvant se plier aux diverses activités du Centre et permettent de moduler les saisons. Viendront en complément se greffer tous les équipements prévus pour les associations, les écoles de musique, les ateliers jeunesse etc …

Plus grand, plus fonctionnel, pouvant répondre aux demandes allant du social à la culture, le nouveau Centre Marc-Sangnier devrait être un outil performant dans ses équipements et ses ressources d'utilisation. Son coût est de l'ordre des huit millions d'euros qui se répartissent entre la Ville, le Département, la Région, la CREA, la DRAC et la Caisse des Allocations Familiales, la participation de cette dernière attestant de l'emprise que l'action sociale gardera dans la vocation du Centre..

C'est en 2014, si tout se passe bien, que Patrice Colasse se verra remettre les clés de cette nouvelle réalisation qui risque de devenir le fer de lance de la politique de David Bobée au point de l'y voir prendre, pourquoi pas, ses quartiers et d'y installer le siège du Centre Dramatique National.

Notre photo : Pour Patrice Colasse, il était important que Mont-Saint-Aignan se dote d'une saison alternative de qualité mise en place « hors les murs » par Annette Panier, adjoint aux affaires sociales et à l'action culturelle et Hélène Liteau-Basse, directrice des affaires culturelles de Mont-Saint-Aignan.

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Dominique Sarah : la proximité et la perspective

12 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

Dominique Sarah : la proximité et la perspective

Elle quitte la côte d'Albâtre pour le Poitou-Charente

Dominique Sarah, directrice du « rayon Vert » à Saint-Valéry-en-Caux depuis 18 ans, quitte la Côte d'Albatre pour la région Poitou-Charentes où elle va prendre la direction du « Gallia Théâtre » de la ville de Saintes.

Elle est arrivée dans le métier en 1985 avec Philippe Ripoll au Centre d'Art et d'Essai de Mont-Saint-Aignan. Elle s'y est occupée et préoccupée très vite du jeune public et de ses attentes dans le cadre de soirées « Sésame » où d'emblée elle a affirmé des intentions d'organisation et de développement extrêmement prometteuses et qui lui ont servi pour l'avenir.

Elle rejoindra ensuite Georges Vérin au Havre toujours dans cet univers bouillonnant de la jeunesse jusqu'à ce que les circonstances la fassent revenir dans son Rouen natal pour n'y faire qu'un saut.

En effet, Saint-Valéry-en-Caux cherchait un directeur pour succéder à Fabrice Emery dans cette très belle salle qui n'était encore qu'un Espace dont elle fera un théâtre à part entière. Ce sera une directrice !

Quand elle est arrivée sur la Côte d'Albâtre en 1995, propulsée en quelque sorte par François Duval alors directeur de l'ODIA et soutenue par les institutionnels qui considéraient que cette salle – une des plus belles et des mieux équipée de la région - (et qui le reste!) méritait un traitement dépassant des perspectives s'appuyant sur les seules ambitions d'animation locales.

Bénéficiant de l'implantation de la Centrale de Paluel et des retombées économiques qui alimentaient l'escarcelle municipale, la mairie de Saint-Valéry-en-Caux s'était dotée d'un outil remarquable mais qui avait besoin de vivre sa propre vie et de se donner une réalité :

« Quand je suis arrivée, j'ai trouvé une coquille vide. C'était une belle maison mais dans laquelle tout était à créer. Il y avait très peu de budget, très peu de personnel et 150.000 francs de budget artistique. J'ai eu la chance de travailler avec la municipalité de l'époque qui a su prendre des risques grâce entre autre à Madame Doutart, adjointe à la culture et à l'éducation qui m'a soutenue sans faillir ».

Au fil du temps et des efforts, Dominique Sarah donna à la mission qu'elle s'était assigné pour son théâtre une cohérence artistique qui a trouvé son aboutissement par son intégration en 2000 dans le réseau des scènes conventionnées sous la houlette de la DRAC, de la Région, de la Ville et du Département.

Autant dire que cette reconnaissance s'appuyait sur un travail d'équilibriste qui a demandé à sa directrice de pratiquer un savant dosage entre les exigences d'une ville de 5000 habitants et celles d'une clientèle dont une bonne part vient des environs immédiats. Ceci étant acquis, il fallait dans le même temps mettre en place une programmation accessible à tous sans tomber dans la facilité mais exigeante sans sombrer dans l'élitisme.

Pour se faire, Dominique Sarah a cultivé deux notions sur lesquelles elle a construit sa philosophe : la proximité et la perspective.

« Je me suis employée à mettre en œuvre un projet qui maintienne son caractère pluridisciplinaire et généraliste pour répondre à la plus large demande aussi bien du public local, du jeune public avec les établissements scolaires et entretenir une offre culturelle qui séduise au-delà de nos frontières naturelles dans un secteur un peu à l'écart des grands axes culturels qu'étaient alors Fécamp et Dieppe avec à l'horizon Le Havre et Rouen. Dans le même temps, il convenait de mettre en valeur tout le potentiel humain, artistique et patrimonial de la Côte d'Albâtre.. ».

Pendant 18 ans, Dominique Sarah a su maintenir ce point d'équilibre qui lui a permit de donner à sa maison un ton et une réalité tout à fait exemplaires. Aujourd'hui, elle a décidé de partir explorer d'autres horizons, au Gallia Théâtre de Saintes :

« Il y a des moments où il faut savoir donner à ses envies d'autres occasions. Celles que m'offre Saintes vont me permettre de trouver une scène conventionnée avec le label « Jeune public et arts croisés ». Elle bénéficie d'un gros budget et est implantée dans une ville qui compte plus de 25.000 habitants, avec une communauté urbaine importante et donc un potentiel conséquent. C'est une nouvelle aventure qui commence. J'ai tout à la fois un peu le trac et je suis excitée par ce qui m'attend. Prendre une nouvelle maison, c'est découvrir un nouveau public, de nouvelles attentes, une nouvelle équipe et recommencer, non pas à zéro, mais d'une certaine manière remettre en perspective ses propres attentes avec les soucis et les plaisirs qu'ils engendrent. Et, je crois qu'il faut savoir, parfois, laisser la place à d'autres... comme je vais moi-même devoir construire la mienne dans ma nouvelle maison. C'est le jeu auquel tout directeur est confronté quand il veut faire avancer le théâtre... ».

C'est à la fin du mois que Dominique Sarah quittera le « Rayon Vert » qu'elle avait baptisé en pensant à ce phénomène extrêmement rare qu'on peut, quand on a de la chance, surprendre au lever ou au coucher du soleil au moment où les derniers rayons frôlent l'horizon avant de s'y perdre. Pendant des années, elle a guetté en vain l'apparition fugace de ce rayon mythique.

Qui sait si elle ne le découvrira pas un soir sur les rivages du tout proche Atlantique.

En lui souhaitant bon vent, c'est ce qu'on espère pour elle.

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Masculin... Féminin : De Peaches à Jeanne d'Arc !

11 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

Masculin... Féminin : De Peaches à Jeanne d'Arc !

C'est en quelque sorte le mariage entre Querelle de Brest et la petite sirène d'Andersen...

De « Queer » à Alma Malher, de Peaches à Jeanne d'Arc, la programmation concoctée pour sa deuxième année à la tête d'Automne en Normandie par Robert Lacombe fait le grand écart.

L'automne sera chaud cette année, décapant, fertile pour certains en découvertes et pour d'autres l'affirmation d'une évidence de société qu'il faut prendre en compte et qui ne veut plus s'accommoder de faux-fuyants et de « paraîtres » approximatifs. Le spectacle, qu'il danse, qu'il chante ou qu'il se dise, est là comme à toutes les époques pour remettre en quelque sorte les pendules humaines à l'heure, même – et surtout - si les fuseaux horaires se télescopent et semblent, à priori, se contrarier.

Partant de ce postulat pour lequel il se défend d'avoir joué avec un effet de mode évident, Robert Lacombe a construit une longue et somptueuse digression autour de l'amour, du sexe et de la transgression.

Un parti-pris qui prend pour support l'évolution d'une société dont les mutations affectives et sexuelles s'affrontent et se cherchent dans les multiples composantes d'une confusion qui n'est plus seulement celle des sentiments, chère à Zweig, mais aussi celle des corps.

Tout cela donne un exceptionnel et surprenant parcours dans lequel l'intime et l'exhibitionnisme se renvoient leurs propres interrogations et dont les réponses explosent dans toutes les directions dès qu'il s'agit des manières d'y parvenir.

Cette année, le théâtre, la musique et surtout la danse déploient toutes les ressources d'un discours très dense qui totalise une bonne soixantaine de représentations assurée par 40 compagnies qui vont se produire dans 26 lieux différents. Parmi ceux -ci, bien sûr, on retrouve toutes les grandes étapes habituelles du festival mais certaines totalement inconnue comme cette « Maison sublime » qui est comme une enclave privilégiée et pour ainsi dire secrète au cœur même du Palais de Justice et que va investir l'extravagant Steven Cohen pour une prestation directement liée aux lieux mais aussi tout imprégnée des complexités d'un personnage qui inscrit sa propre déploration dans celle de son peuple (il est juif, bien évidemment).

On pourrait ainsi développer toutes les correspondances que Robert Lacombe a tissées pour cette saison. Le public va devoir affronter ses propres doutes et reconstituer la carte de ses désirs (ou de ses curiosités) pour décider de ce qu'il veut ou voudrait voir, de ce qu'il aimerait ou pourrait aimer découvrir.

Mais avant toute chose et au-delà même des intentions, c'est un très grand et très fascinant panorama qui va des choeurs d'hommes de Russie au « Château de Barbe-Bleu » de Bartok en passant par Michael Lévinas et toute une cohorte de jeunes créateurs qui vont donner à cet automne de fin de saison (il se poursuit en décembre) les couleurs rougeoyantes de l'invention et de la passion.

A noter quand même, puisque nous sommes à Rouen, la soirée consacrée à Jeanne d'Arc, symbole involontaire de la transgression puisqu'elle fut condamnée pour avoir repris ses vêtements d'homme. Jordi Savall évoquera (le 20 novembre à l'Opéra de Rouen) l'univers musical de la sainte dont les seules harmonies qui lui parvenaient étaient à travers le cliquetis des armes celles que le ciel lui envoyait.

Un avant-goût en quelque sorte du « Trash metal » !

- Pour tout savoir sur la programmation : automne-en-normandie.com

Document : Pierre et Gilles

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La denière saison d'Elizabeth Maccoco : de multiples impressions et des influences diverses

9 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

La denière saison d'Elizabeth Maccoco :  de multiples impressions et des influences diverses

Accompagnée de sa garde rapprochée, en l'occurrence son administratrice Nancy Tarrius et Catherine Dewitt plus spécialement chargée de la formation, Elizabeth Maccoco a présenté la saison 2013-2014 de la maison qu'elle quittera officiellement le 31 décembre prochain.

Elle ne s'en éloignera pas tout à fait car elle s'est taillé la part du lion dans sa programmation aussi bien dans la conception que l'écriture de certains spectacles comme le « Opening night (s) de John Cromwell dans laquelle elle s'est également distribuée, la mise en scène de «L'Histoire du soldat » de Ramuz ou « La course aux chansons » de Marie Nimier sans oublier des interventions en « off » pour « La mesure de nos jours » de Charlotte Delbo.

Bref, une manière d'imprimer jusqu'au bout – et on peut le comprendre – la trace qu'elle entend laisser dans la maison qu'elle quitte et dont elle pensait – et ce n'est un secret pour personne – assurer le prolongement avec la direction du Centre Dramatique National qui a été confiée, en fin de compte, à David Bobée.

C'est la dure loi du spectacle que de demander au directeur en passe de prendre la main de céder à celui qui prend sa place la gestion de ce qu'il avait choisi pour la saison à venir et même au-delà.

Une situation qui est monnaie courante dans le métier et qui demande de la part de celui, ou celle, qui s'en va une part d'abnégation nostalgique et chez l'autre une grande habileté pour ne pas donner l'impression d'endosser des choix qui n'étaient pas les siens.

Mais c'est ainsi. Les jeux sont faits. A partir du 1er janvier, Bobée va s'employer à tracer le nouveau plan qu'il avait déjà présenté au jury qui l'a choisi sans toucher, dans un premier temps à ceux qui à « La Foudre » comme aux « Deux-Rives" avaient été mis en place par ses prédécesseurs.

Pour en revenir à la saison des « Deux-Rives », il y a comme un manifeste chez Elizabeth Maccoco d'affirmer ( et réaffirmer) les ambitions qu'elle avait pour la maison et les motivations esthétiques qui l'animaient : la création contemporaine, la recherche de textes, l'ouverture vers d'autres disciplines (cette année la danse entre, si l'on peut dire, dans le jeu avec Pleljocaj, Mathilde Monnier et Jean-François Duroure), ce qu'on pourrait appeler les « grands textes » comme les deux Delteil ("Jeanne d'Arc » et "François d'Assise »), une lecture par Daniel Pennac de son livre « Le journal d'un corps, le « Liliom » de Molnar ou la « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo avec, en prime, une affirmation assumée tout au long de la saison de la part active de l'élément féminin comme dans le "Charlotte Delbo" dans lequel on retrouvera cinq belles natures de comédiennes rouennaises ou tout du moins normandes.

Côté régional, justement, Elizabeth Maccoco offre aux étudiants des différentes promotions du groupe d'insertion professionnel la possibilité de se produire dans deux petits « Labiche », dans « La course aux chansons » et dans des animations hors-théâtre du côté des établissements scolaires. On verra également le Marivaux (« Le jeu de l'amour et du hasard ») de Catherine Delattres qui a tourné avec bonheur tout l'été. On retrouvera Claude-Alice Peyrottes, transfuge du » Passage » et la très prometteuse Pauline Bureau que l'on avait vue justement à Fécamp au cours d'une résidence qui la révéla et qui depuis enchaîne des productions intransigeantes et intelligentes.

Quant à Sophie Lecarpentier, elle revient avec « Kvetch » de Steven Berkoff tout comme Catherine Anne et Joêl Pommerat qui sont rouennais d'adoption tant ils s'y sentent bien et qu'on les y sent bien e tc...

Et pour le jeune public – et pas seulement - il y aura « Seigneur Riquet et Maître Haydn » avec les superbes marionnettes d'Emilie Valentin et le non moins superbe Quatuor Debussy que l'on avait vu dans le « superbe » - excusez du peu - « Boxe » qui après Le Havre était venu faire un tabac à l'Opéra de Rouen.

Tout cela représente une saison très dense, intéressante, diversifiée et d'un éclectisme qui permet par exemple à Thomas Bernhard, à Zigmunt Bauman, au père Hugo, à Labiche et à Marivaux de se côtoyer sans se contrarier jamais.

La dernière saison d'Elizabeth Maccoco établit un subtil dosage de multiples impressions et d'influences diverses. Elle est, nous semble-t-il, la plus aboutie et la plus logique comme si elle voulait apporter la preuve que rien, du moins pour elle et on lui souhaite, n'était jamais terminé et au théâtre encore moins qu'ailleurs.

Et quand on lui pose la question sur son avenir, elle reste évasive mais, dit-elle en souriant, « Rassurez-vous, je ne vais pas me volatiliser ».

On s'en serait douté !

- Photo : Maryse Bunel – Relikto.com

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L'Ecole des Beaux-Arts de Rouen : Un déplacement en forme d'exil

7 Septembre 2013 , Rédigé par Vicaire François

L'Ecole des Beaux-Arts de Rouen :  Un déplacement en forme d'exil

Le site de Rouen de l'école Supérieure d'Art et Design Le Havre Rouen (l'ex-Ecole Régionale des Beaux-Arts de Rouen) vit sa dernière rentrée dans le cœur de Rouen. Elle va quitter l'Aître Saint-Maclou pour l'ex-collège Jean Giraudoux à la Grand-Mare.

C'est l'épilogue d'un roman-feuilleton dont les origines remontent à 1944 quand après sa destruction pendant la guerre, la vieille institution de la place de la Haute-Vieille-Tour fut obligée de s'installer rue Martainville. C'était au départ une bonne solution de remplacement qui se voulait provisoire et qui, a été entérinée par la force des choses et de l'habitude. Depuis, tous les adjoints à la Culture de quel que bord politique qu'ils soient ont « planché » sur une solution de remplacement digne du renom de l'école et surtout de ses exigences. Pour inadaptées qu'elles puissent paraître, les installations de la rue Martainville ont, en pratiquement soixante-dix ans de temps, fait leur preuve en même temps qu'elles donnaient au quartier un esprit et une animation qui en fait un des charmes.

La décision que vient de prendre la ville de Rouen est pour le moins radicale. En expatriant les Beaux-Arts à l'ancien collège Giraudoux à la Grand-Mare, elle casse une ambiance et rompt cet accord tacite et informel qui liait les étudiants au bain esthétique admirable dans lequel ils travaillent, dans cet l'environnement convivial dont ils ont besoin pour vivre et pour créer. Dans ce quartier si parfaitement restauré, ils plongent dans un univers chargé d'histoire, pétri de grâces à la fois exceptionnelles et familières et s'intègrent dans un univers de beautés parfaites que leurs imaginations doivent s'employer à transcender avec leur propre sensibilité.. Il n'est pas certain qu'en sortant du collège Giraudoux, ils ressentiront cette même impression exaltante !

Un site exceptionnel

C'est vrai, l'Aître Saint-Maclou est un site exceptionnel qui mérite toutes les attentions. Il reçoit tous les ans des théories de touristes et cette affluence discontinue n'est pas un handicap réel pour l'école quand on sait que l'Aître n'est que la partie visible d'un ensemble qui se répartit sur quatre sites : l'Aître proprement dit, les locaux de la rue Géricault, ceux construits sous le « règne » de François Herr dans les années cinquante et les annexes de l'ancienne école Victor-Hugo. C'est vrai aussi que la recherche d'un lieu pour l'Ecole pose d'une manière récurrente l'art de concilier deux exigences sans que la décision concernant l'une ne fasse pas de l'ombre à l'autre.

Or, Rouen n'est pas extensible. Les espaces disponibles s'y font de plus en plus rares et sont, dans bien des cas, absorbés par des opérations purement immobilières qui grignotent le peu qui en reste. Les idées n'ont pas manqué. On a parlé de l'usine Fromage et de l'école d'architecture dans un emplacement récupéré depuis par les archives départementales. L'ancienne école normale de jeunes filles dont le cadre et les installations semblaient une bonne alternative mais le projet n'ira pas plus loin. Le couvent des Dominicains, livré depuis à des « opérations » privées, a été envisagé en dépit de sa relative exigüité, le cloître des Pénitents, lui aussi, trop petit etc …. tout le monde y a été de sa petite idée ou de son grand projet sans qu'aucun n'aboutisse.

L'un d'eux, pourtant, aurait pu débloquer la situation. Promue par l'Ecole elle-même, et son directeur de l'époque, François Lasgi, l'idée était de faire de l'Aître une « vitrine » – l'espace de communication de l'Ecole – tandis que l'on remaniait les « bâtiments Herr » ainsi que ceux de la rue Victor Hugo pour y localiser l' « usine » de l'école – son espace de création ; le projet étant propice à faire cohabiter un geste architectural contemporain ambitieux à côté du patrimoine le plus renommé. Yvon Robert, à la fin de son premier mandat, avait été sensible au projet mais avec les élections, la donne changea. Pierre Albertini avait d'autres chats à fouetter, tout occupé qu'il était de son projet de médiathèque à la Sabllère revu depuis à la baisse par Madame Fourneyron.

Revenue au Pouvoir, la gauche reprendra le problème sous un angle plus politique que purement artistique en préconisant un projet intéressant des quartiers « dits » défavorisés (même s'ils le sont beaucoup moins qu'ils ne le furent). Mais si en choisissant d'installer l'Ecole à la Grand-Mare, elle s'est donnée bonne conscience à l'égard des populations du plateau, elle ne s'est vraiment pas souciée de savoir si l'Ecole n'allait pas, au passage, y perdre un peu de son âme et beaucoup de son identité.

Giraudoux : l'exil

Car, depuis juillet 2011, l'Ecole de Rouen s'est fondue désormais dans un EPCC (Etablissement Public de Coopération Culturelle) qui regroupe les deux anciennes écoles d'art de Rouen et du Havre au sein de l'ESADHaR : « l'Ecole Supérieure d'Art et Design Le Havre Rouen » dont la direction de ce double campus est confiée au havrais Thierry Heynen.

Or le problème pour Rouen est plus sérieux qu'il n'y paraît. Le peu d'attrait qu'offrent les locaux de l'ex-collège Giraudoux, leur inadaptation évidente aux besoins de l'école et leur environnement ne seront guère propices à l'épanouissement artistique de jeunes qui vont se trouver parqués loin de l'animation de la vie rouennaise sans qu'autour d'eux il y ait la plus petite perspective d'échanges avec l'extérieur.

Il faut ajouter à ces inconvénients, ceux qui vont atteindre les disciplines péri-scolaires. Ils sont près de 500 de tous âges et de tout « poil », jeunes et moins jeunes, amateurs ou déjà en recherche d'une vocation, qui fréquentent ces « cours du soir ». Une décentralisation qui va poser des problèmes d'horaires et de transport au point que le système bénéficie d'un sursis d'un an en attendant mieux.

Pas besoin d'être grand clerc pour redouter qu'à plus ou moins brève échéance, les rangs des étudiants et du corps enseignant, (ils sont actuellement près de 170 pour 25 professeurs) ne s'éclaircissent au bénéfices d'autres établissement répondant plus à leurs attentes. Déjà des défections s'annoncent...

Regarder vers l'avenir

A une époque où tout le monde s'accorde a estimer que l'implantation du campus de Mont-Saint-Aignan fut un échec social et humain qui fait revenir au cœur de Rouen certaines unités et non des moindres de l'Université, il est curieux de voir Rouen prendre le contre-pied de ce phénomène d'isolement et s'en faire le champion à retardement.

Débarrassée – c'est bien le mot, même s'il dérange, – de l'Ecole, la ville va pouvoir s'attaquer à la réfection de l'Aître qui en a bien besoin et à sa nouvelle affectation liée à l'accueil du tourisme. avec en prime, l'installation de « boutiques » censées mettre en valeur le patrimoine artistique de la ville.

Un projet pourtant aurait pu voir le jour autour de l'Ecole : téméraire dans sa conception et peut-être dans son montage financier mais assez excitant pour être pris en compte et mis en chantier.

Au lieu de faire du neuf avec du vieux pourquoi n'a-t-on pas imaginé une réalisation audacieuse dans sa conception et dans son organisation? Par son style et son esprit, cette nouvelle entité artistique aurait pu trouver sa place, par exemple, sur les quais Rive-Droite à deux pas de ce quartier de la Madeleine qui a pris un second souffle et en regard au "106" qui donne du punch à la rive gauche. En conciliant des aspirations à la fois esthétiques et novatrices, cette nouvelle école aurait pu s'affirmer comme un manifeste architectural dont les notions avant-gardistes auraient ouvert de nouvelles perspectives pour le quartier et d'élargir la palette de jeunes artistes dont la vocation est de donner de nouvelles couleurs à l'avenir.

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