Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Théâtre en Normandie

Un colloque international à l'Université : La préciosité : mariage à l'essai, union libre etc ….

26 Octobre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Un colloque international à l'Université :  La préciosité : mariage à l'essai, union libre etc ….

Quand les clès du pouvoir ou de l'argent (quand ce n'était pas les deux) ouvraient plus facilement les portes de la félicité conjugale que celles du désir ou de l'amour véritable, les femmes du XVIIème siècle ont eu bien du mal à se faire une place dans le paysage sentimental de leur époque.

Entre le libertinage débridé mais de bon ton d'une Ninon de Lenclos et la bigoterie à retardement d'une Madame de Maintenon, c'est la carte du tendre de Mademoiselle de Scudéry qui montrera le chemin à beaucoup d'entre elles à travers une rhétorique alambiquée qui vaut mieux que les brocards de Molière ou de Boileau.

La préciosité fut un véritable courant de pensée en même temps qu'un style qui mit merveilleusement en lumière les subtilités d'une langue qui reste, au-delà de l'affectation des sentiments, d'une incomparable élégance. Elle fut un moyen pour quelques femmes éclairées d'affirmer une autonomie intellectuelle qui rompait avec l'asservissement de l'esprit et du corps dans lequel les hommes – les maris - qu'ils soient gentihommes ou bourgeois, les tenaient

Un des piliers du monde littéraire de cette époque fut l'abbé Michel de Pure qui est surtout connu pour son « Ipogone, histoire du siècle futur » et plus encore pour « le roman de la prétieuse ou les mystères de la ruelle ».

Alors qu'il est sinon oublié du moins peu considéré, le colloque international qui lui est consacré à l'Université de Rouen les 9 et 10 novembre va révéler la personnalité singulière et attachante de ce « serviteur d'écriture ». Pendant deux jours, ce sont donc une succession de communications et de débats qui vont mettre en évidence une vision beaucoup plus actuelle qu'elle n'y paraît. Et ce n'est pas un hasard si le colloque est placé sous le thème « Mariage à l'essai, union libre etc ... ». Des sujets d'actualité s'il en est.

Des rencontres qui dégageront certainement une modernité qui rompt en quelque sorte avec l'idée que l'on se fait habituellement de la précisosité.

Pour ce faire Myriam Dufour-Maître réunit un certain nombre de spécialistes venus de Bonn, de Fribourg, de Calagary et de Victoria au Canada, du Kentucky mais aussi de Grenoble, de Montpellier et bien évidemment de Rouen. En tout une quinzaine d'interventions et de colloques qui aborderont des thèmes aussi précis dans les sujets qui seront traités et aussi larges dans les perspectives qu'ils ouvrent sur cette période fascinante.

Et puis de la théorie on passera à la pratique avec une lecture-spectacle intitulé tout naturellement « la Précieuse » et dans laquelle Anne-Gersande Ledoux, Julia Gasquet et Sophie Delage, accompagnées par Marion Martineau à la viole de Gambe évoqueront Michel de Pure, Mademoiselle de Scudéry mais aussi, moins connues mais tout aussi déterminantes dans la vie littéraire de l'époque Antoinette Deshoulières, surnommée « la dixième muse » et Marie-Catherine Hortense de Villedieu qui promènera dans les salons du Marais une laideur que son esprit compensera largement. Cette femme libre fera – ce qui est rare, à l'époque - un mariage d'amour - et fait plus rare encore - elle se montrera follement éprise de son époux auquel, en vers s'il vous plaît, elles adressera des déclarations jugées torrides pour l'époque :

« Je meurs entre les bras de mon fidèle amant. Et c’est dans cette mort que je trouve la vie »

Qui dira après que la préciosité n'était qu'une charmante vue de l'esprit ?

Lundi 9 novembre 2015, 17h, Université de Rouen, UFR Lettres et Sciences Humaines, Mont Saint-Aignan - Amphithéâtre Axelrad, bâtiment A


Lire la suite

Philippe Torreton : Comment peut-on ne pas être engagé ?

18 Octobre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Philippe Torreton :  Comment peut-on ne pas être engagé ?

Il était hier à Oissel et à Darnétal. Prochainement il sera à l'affiche du Rive-Gauche. Philippe Torreton avec « Mec !» revient sur ses terres pour un moment rare de poésie consacré à Allain Leprest :

« Dans une salle, reconnaît Philippe Torreton il y a 50 % des gens qui le connaissent et qui l'aiment et 50 % qui ne savaient pas ce qu'il était et ceux-là quand ils repartent sont étonnés de ne pas l'avoir connu plus tôt ». C'est pour eux que ce spectacle a été conçu. Il permet au comédien de mettre en lumière une personnalité hors du commun, si proche de lui qu'il lui semble faire partie depuis toujours de son univers affectif, voire politique.

Il y avait entre Allain Leprest et Philippe Torreton trop de points communs pour qu'ils ne se rencontrent pas un jour et pourtant leurs chemins se croiseront souvent sans jamais vraiment trouver le moyen de se rejoindre. Quand il était jeune étudiant en théâtre et qu'il avait intégré l'équipe de Bob Villette où il préparera – et réussira – son concours au Conservatoire d'art dramatique de Paris, Torreton avait découvert le chanteur un soir au « Bateau Ivre », ce carrefour majeur de la musique et de la chanson à Rouen.

« J'avais été frappé par cette « mise à nu » du poète qui portait en lui un manque d'amour qui le faisait courir après le bonheur et qui à chaque fois se cassait la gueule ».

Il faudra que le premier producteur d'Allain Leprest Jean-René Puilly téléphone un jour au comédien, sans le connaître vraiment si ce n'est à travers son talent et ses réussites, pour lui proposer un spectacle autour des texte de Leprest. Pour celui qui dit volontiers qu'il avait trouvé avec le poète trop tôt et trop cruellement disparu le « Brel que j'était trop jeune pour l'avoir connu » ce fut comme un signe :

« J'ai d'abord été étonné que Puilly pense à moi alors que rien ne me rattachait à Allain si ce n'est une admiration que je gardais pour moi. J'ai dit oui tout de suite en y mettant deux conditions : celle de ne pas chanter– ce n'est pas mon métier – et celle de ne pas être seul en scène ».

Il y avait dans ces deux restrictions – précautions devrait-on dire - comme une pudeur à ne pas mettre ses pas dans ceux du poète mais de suivre ses traces sans en dénaturer l'esprit. De plus, il voulait que les mots trouvent un support qui soit une musique... sans en être tout à fait une. Un nouveau signe devait lui en donner l'occasion en faisant la connaissance d'Edward Perraud, un percussionniste amoureux, lui aussi, de Leprest. Lui aussi, était prêt à s'engager pour une aventure dans laquelle l'alchimie mystérieuse de la pensée et des sons pouvait s'inscrire dans une cohérence sensible et originale échappant au cadre convenu d'un récital de poésie.

Dans l'immense production du chanteur il a fallu, alors, trouver un fil conducteur et faire des choix :

«Nous devions construire un parcours possible. Edward et moi nous sommes convenus de faire chacun une liste. Quand nous les avons confrontées, à quelques nuances près, elles se complétaient parfaitement »

S'engagea alors une étroite collaboration qui permettra aux textes de garder leur autonomie tout en s'appuyant sur un univers musical inédit. C'était un exercice périlleux d'aborder des textes habituellement chantés. Mais pour Philippe Torreton le problème ne s'est pas posé:

«Un beau texte se suffit à lui-même. Verlaine ou Leprest peuvent se dire ou se chanter… c'est toujours aussi beau »

Et quand on lui demande si l'expérience Leprest l'inciterait à la prolonger avec d'autres auteurs la réponse est catégorique :

« J'ai envie d'approfondir l'oeuvre d'Allain. Il a dit tellement de choses et il y en a tant encore à faire connaître… tant de messages à faire passer.. Je m'aperçois que plus on le joue plus les gens viennent. Il y a chez lui une manière de concevoir la création dans le bonheur mais aussi dans la douleur et dans la vision d'un monde qu'il veut défendre qui me touche et qui touche ceux qui viennent nous voir… »

Rien d'étonnant donc à ce que ces deux natures sensibles, exigeantes se soient rencontrées. Chez Leprest et chez Torreton, on sent une même urgence, le même impératif d'être à la fois le témoin et l'acteur d'un temps où la culture doit avoir son mot à dire:

« Comment peut-on être un artiste et ne pas être engagé ?… Comment n'avoir rien à dire ? Ne pas regarder ? Comment ne pas donner aux mots la force et les moyens de ne pas les oublier, d'aller au bout de ses convictions, de partager et de faire partager cette nécessité de l'urgence des temps que nous traversons ?».

Chez le comédien, ancien conseiller municipal de Paris, homme de conviction s'il en est, comme chez le chanteur, la culture et la politique sont indissociablement liées. Il y a des identités de vues et de luttes qui les ont fait se rejoindre dans une même conception de la politique et de la culture.

D'ailleurs, entre deux récitals rouennais, Philippe Torreton a fait un saut au siège de la fédération du parti communiste à Rouen pour visiter l'exposition consacrée au livre – dessins et photos – que Rémi Le Bret a consacré à Allain Leprest - (« Allain Leprest – Un chemin de tempête »)

« Mec ! » va revenir à Saint-Etienne du Rouvray au Rive-Gauche le mardi 17 novembre. Après quoi, il y aura en janvier « Othello » à l'Odéon dans une mise en scène de Luc Bondy avec Marina Hands dans le rôle de Desdémone et il enchaînera avec « L'irrésistible ascension d'Arturo Ui »….

Entre temps « Mec ! » va continuer de tourner et Philippe Torreton s'emploiera à faire mieux aimer encore « le petit Allain, l'enfant terrible, l'adolescent mordoré que nous ne cesserons d'aimer » évoqué par Colette Privat dans la préface du livre qui lui est consacré

Photo I. Mathie

Lire la suite

Horwath en résidence au CDN avec le Chat Foin : Le théâtre de la déliquescence vu par Dacosta

15 Octobre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Horwath en résidence au CDN avec le Chat Foin :  Le théâtre de la déliquescence vu par Dacosta

Il y eut en son temps Fassbinder, puis Offenbach. Aujourd'hui, il y a Labiche et Daniel Keene en attendant demain Odon Von Horvath. Il y a chez Ya nn Dacosta une recherche d'auteurs qui affirme une volonté permanente de mettre en évidence les sociétés dont il débusque les fragilités avec un regard qui tient en alerte en même temps qu'il interroge.

C'est une manière de mettre le doigt sur les cicatrices de l'humanité et de stigmatiser ses cruautés et ses faiblesses. En ce sens le choix de « Légendes de la forêt viennoise » de Horwath est exemplaire.

Tout pourrait commencer comme une bluette qui serait née sur le Prater dans les complaisances virevoltantes chères à la dynastie des Strauss. Mais en dépit de son charme, la mélodie se détraque rapidement dans les fausses notes d'un monde qui part à la dérive.

Portés par le rythme inexorable de l'Histoire, les personnages se débattent dans les méandres d'une époque dominée par l'égoïsme et l'intolérance. Laminés par la misère économique dans lequel est plongée cette Allemagne de l'entre-deux-guerres - celle de Weill, de Brecht, de Zweig ou de Schlemmer pour la peinture et la scénographie - ils se cognent aux murs de l'indifférence et de la lâcheté.

« Comme toujours chez Horwath, la pièce possède une dimension politique, sociale et une dimension plus intime. Elle pose directement la question du conflit entre le sens des responsabilités que doivent assumer les individus et leur part de liberté qui progressivement se rétrécit pour arriver au pire, c'est à dire au fascisme.

En fait, la bluette s'enlise rapidement dans l'amertume et bientôt dans la désespérance. Les couples s'aiment, s'affrontent et, dépassés par des événements qu'ils ne peuvent maîtriser, se défont et cherchent les moyens de survivre matériellement et intellectuellement .

La pièce tient tout autant du drame que du genre léger et insouciant de l'opérette. Dacosta joue sur les deux registres et effectue avec sa très nombreuse distribution - pas moins de 18 comédiens – un travail sur le chant orchestré, par Pablo Elcoq qui donne aux créations du « Chat Foin » une connotation musicale particulièrement personnelle

« Légendes de la forêt viennoise », porté par le Centre Dramatique National de Haute-Normandie, où toute l'équipe est en résidence, est programmé chez David Bobée en janvier 2017 avec une distribution dans laquelle on retrouve, entre autres, Laëtitia Botella, Maryse Ravera, Pierre Delmotte, Florent Houdu, Jean-François Levistre qui peuple ce théâtre de la déliquescence dont les personnages sont comme des naufragés abandonnés au milieu d'un monde pourri par l'argent où riches et pauvres aspirent à un peu d'humanité.

Pour Yann Dacosta, l'écriture d'Horwath, comme celle de Fassbinder, est ouverte et généreuse. Elle n'impose rien mais elle propose :

Elle ne dénonce pas, ne glorifie pas. Elle fait appel à l'intelligence du spectateur qui doit prendre position. C'est une écriture profondément politique qui rend le spectateur actif et acteur de la construction de son idéal.

Un message qui reste toujours d'actualité.

Lire la suite

Lucia de Lammermoor à l'Opéra de Normandie : Eblouissante Gimadieva !

12 Octobre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Lucia de Lammermoor à l'Opéra de Normandie :  Eblouissante Gimadieva !

L'Opéra de Normandie vient de terminer sa série de « Lucia de Lammermoor» avec un incontestable succès.

Cette co-production avec l'opéra de Limoges s'est révélée éblouissante pour une très grande part grâce à Venera Gimadieva qui en a assuré le rôle-titre d'une manière magistrale, à une distribution dans son ensemble vocalement d'une belle homogénéité et une mise en scène dépoussiérée sans être iconoclaste de Jean-Romain Vesperini.

Dans ce genre d'ouvrage généralement encombré de livrets insensés et de partitions dont les bavardages convenus sont éclairés par des fulgurances lyriques qui en sont le seul intérêt, il convient de prendre des précautions. Entre le devoir de fidélité que l'on doit à de grands ancêtres qui ont fait leurs preuves et la nécessité de s'en affranchir pour se rapprocher au plus près de l'esthétique de notre époque, le choix s'accommode mal du moyen terme. C'est pourtant ce qu'a fait très habilement Jean-Romain Vesperini en échappant, sans pourtant tomber dans un anachronisme outrancier, aux poncifs d'un style « troubadour » dont le XIXème fit un usage immodéré

Il a, ainsi, installé ce « Roméo et Juliette » à la sauce écossaise dans un univers à la fois fluide et dépouillé autour d'un élément qui peut être tout à tour rempart ou mausolée et dont la mobilité permet d'installer une succession d'actions cousues de fil blanc. Elles s'enchaînent avec une logique qui ne s'embarrasse pas d'effets grandiloquents même si par son esprit même, ce style d'opéra ne peut y échapper tout à fait. Mais Vesperini s'appuie adroitement sur les éléments scéniques somme toute réduits pour laisser les chanteurs évoluer sur la trame d'une histoire sans surprise et selon un schéma intérieur très simplifié. Il est vrai que la partition, elle-même, ne donne pas dans la subtilité. Tout tient dans les quelques grands airs dont celui de Lucia est un merveilleux exemple de ce style « bel cantiste » qui donne aux voix toutes les possibilités de s'épanouir somptueusement.

Venera Gimadieva en est le plus bel et le plus élégant exemple. Avec une plastique de star ce qui n'est pas négligeable, elle s'affirme comme un superbe colorature. Avec un timbre clair et mordant, des aigus solides et brillants, elle montre une grande autorité dans la puissance mais révèle de la vulnérabilité dans l'interprétation. Son air de la folie, en ce sens, est exemplaire. De ce qui pourrait n'être qu'un bel exercice d'acrobaties vocales, sa grande musicalité et son intelligence lui permettent de gommer les difficultés redoutables qu'il accumule, pour en donner une véritable vision sensible et retenue.

Pivot de l'ouvrage, Gimadieva est entourée de partenaires qui sont à la mesure de ses belles qualités. Boris Pinkhasovitch est un Enrico d'une grande solidité et dont le timbre d'airain s'accorde parfaitement à celui remarquable également de la basse Deyan Vatchako tandis que Rame Lahaj fait valoir un timbre de ténor aux éclats mordorés d'une belle séduction. La distribution se complétait de deux éléments en résidence à l'Opéra de Rouen, Majdouline Zeran dont on suit l'ascension prometteuse et Carlos Natale à qui, une fois encore, et sans qu'on puisse lui en faire grief, on s'acharne à distribuer dans des emplois qui ne sont pas faits pour lui. C'est dommage.

Au pupitre, Antonello Allemandi dirige avec une grande autorité et une fougue parfois un peu rude l'orchestre de l'Opéra de Rouen et les choeurs, excellents, de l'Opéra Théâtre de Limoges.

En définitive, « Lucia » ne vaut que par la qualité de ceux qui la servent. Rouen lui a offert l'écrin que méritent ces charmants bijoux anciens que les jolies femmes sortent de leur coffret une fois par an pour se faire plaisir.

L'opéra de Normandie leur en aura offert l'agréable opportunité.

Photo Jean-Pierre Vesperini

Lire la suite