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Théâtre en Normandie

François Creignou : la mort du poète

29 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

François Creignou : la mort du poète

Il avait le port de tête altier, la barbe conquérante et le regard clair de ceux qui ont gardé quelque chose des éblouissements de l'enfance.

François Creignou qui vient de disparaître était, avec son complice en poésie Luis Porquet, le représentant d'une génération qui a marqué son époque par l'exigence d'une pensée qui jonglait avec les mots et la fulgurance des idées.

Tout à la fois, poète, nouvelliste, chroniqueur et collaborateur à de nombreuses revues littéraires comme « Les affiches culturelles de Haute-Normandie » dont il fut un des piliers, il fut aussi, et surtout, en 1969 le créateur et l'animateur du « Nouveau Gong ». Avec cette publication qu'il portera avec autant d'enthousiasme que de clairvoyance, il entretint une veine poétique qui permit à de nombreux jeunes auteurs de s'affirmer dans leur art. Infatigable et passionné il fondera en 1968 « l'Association des Amis de la Poésie ».

Sa production était importante. De poèmes en nouvelles et dans le roman auquel il vint sur le tard avec «Derniers flashs avant minuit », il mena une carrière qui lui valut le prix Blaise Cendrars de poésie.

On se souviendra aussi qu'il fut l'animateur des « Gueuloirs du passe-muraille » qui faisait le lien entre les générations de poètes et qui mit leur talent en évidence.

François Creignou se reconnaissait dans sa grande disponibilité, son sens de l'humour et un esprit d'une grande convivialité. Il s'apparentait à un courant de pensée dont il dénouait les complexités pour en faire des moments rares de tendresse et d'élégance et auquel il va manquer..


La messe d'inhumation de François Creignou aura lieu jeudi prochain 4 décembre à 10 heures en l'église Saint-Hilaire de Rouen.

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UBI…. Être au four, au moulin et surtout dans la ville !

23 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

UBI…. Être au four, au moulin et surtout dans la ville !

C'est tout à la fois un espace de vie, un lieu de rencontres, un point de convergence, un de ces endroits qui commencent à fleurir un peu partout (bien qu'il soit unique à Rouen) et qui relève de cette nouvelle philosophie de la vie qui veut que face aux individualismes forcenés qui encombrent la société, on cultive le paradoxe permettant de ne pas être seul tout en restant libre.

« UBI » qui s'est construit autour de la galerie « MAM » de Marie-Andrée Maleville, de Alexandre Daim de la « Picola Familia » de Thomas Joly et de « Jabran Productions » est un endroit où toutes les disciplines culturelles, voire sociales, peuvent se rencontrer, s'échanger, imaginer de nouvelles formes de communication favorisant des initiatives qui ouvrent sur de nouveaux horizons et se dégagent des cloisonnements qui sclérosent. On pourrait dire d'une certaine manière qu'il y a dans cette démarche éminemment consensuelle quelque chose qui rappelle les tentatives qui émergèrent en mai 68 et qui aussi vite qu'elles naquirent, sans qu'on sache très bien pourquoi, retournèrent dans le rang.

Chez « UBI » au contraire, on cultive la mutualisation des arts et des idées et c'est sur la durée que l'on veut travailler en ouvrant les portes et laisser passer le grand souffle de nouveaux courants artistiques. Entre orbs et urbs, il faut se positionner d'abord au coeur du monde … être en quelque sorte au four et au moulin et surtout en état d'alerte, une notion dont on a bien besoin ces temps-ci.

Le pré carré de chacun

Le principe en soi est simple. Il suffit de bien le maîtriser et de faire en sorte que chacune des composantes de l'association soit tout à la fois chez elle tout en respectant le pré carré des autres.

Ce n'est pas à priori évident. En accueillant des personnalités et des structures appelées à partager leurs expériences, à échanger leurs bonheurs et leurs problèmes tout en laissant chacun être maître de son destin individuel demande une maîtrise qui relève ni plus ni moins d'un véritable art de vivre basé sur le respect et l'exigence.

Il faut dire qu'autour des « Vibrants défricheurs » - un collectif d'artistes composé de plasticiens, de musiciens et même, depuis peu, d'architectes - le principe est singulièrement étoffé. Sont venus se greffer progressivement sur ce terreau particulièrement riche, Bruno Bayeux et Karine Préterre et leur compagnie « BBC », Thierry Pécou et son ensemble « Variance », Sylvain Groud et sa compagnie «MAD », un designer taxidermiste Sylvain Wavrant, les musiciens d'un réseau de musicales actuelles, le groupement d'employeurs culturels « OSCAR » et même le Cendre Dramatique de Normandie qui dans les hauteurs de ce grand immeuble (un ancien magasin de meubles) de la rue Alsace-Lorraine dispose d'un appartement qui accueille ses artistes en résidence.

Le point de jonction est le café associatif vers lequel convergent tous les itinéraires de la culture et où s'échafaudent les projets, ceux que l'on projette pour l'avenir et ceux qui se concrétisent dans l'instant.

Une alvéole pour chaque ruche

Dans cette ruche dont chaque alvéole est un monde à part entière et en même l'élément d'un « tout » cohérent, la musique tient une place déterminante. Cette année, ce sont les « Lubies vibrantes » de Sylvain Choinier qui assurent la programmation. Là encore, on cultive avec bonheur une transversalité exigeante, complémentaire dans la construction de saisons mais toujours ouvertes aux talents découverts au fil des concerts ou des rencontres. Toutes les formes musicales y ont leur place…. depuis le jazz jusqu'à l'improvisation avec des incursions surprenantes qui restent et c'est important, accessibles à tous les publics. On y retrouve des musiciens rouennais, mais d'autres venus de toute la France, voire d'Europe quand ce n'est pas des Etats-Unis comme le saxophonistes Roy Nathanson qui a ouvert ce cycle qui va se poursuivre jusqu'en juin.

Pour les « Lubies vibrantes » ces instants de musique sont pensés comme autant de laboratoires à ciel ouvert qui sont de véritables invitations à « croquer du vivant ».

Rien d'étonnant à ce que l'on vienne chez UBI avec de la gourmandise dans les yeux et dans les oreilles !

Notre photo : Roy Nathanson a été le premier à « vibrer » de la saison (Franpi Barriaux)

« UBI » - 20 rue Alsace-Lorraine – Rouen

www.ubi-rouen.com

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Le Poème Harmonique : « Voyez mon cher esmoy »

20 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Le Poème Harmonique   : « Voyez mon cher esmoy »

On ne pouvait pas ne pas y penser.

Ce mercredi dernier, salle Cortot à Paris, le « Poème Harmonique » présentait son nouveau spectacle qu'il avait créé quelques semaines plus tôt au théâtre du château à Eu.

Il était difficile, en effet, d'échapper au souvenir du drame qui, quelques jours auparavant, avait endeuillé Paris et le monde du spectacle.

Mais avec la réouverture des salles, la vie reprend son cours. D'aller au théâtre c'est aussi affirmer que la seule parade pour faire face, sans violence mais avec crânerie, à l'impensable, c'était bien encore la culture.

C'est une notion qui était particulièrement palpable dans la salle ce soir-là d'autant plus que le spectacle de Vincent Dumestre est construit autour du sentiment amoureux et que c'est bien d'amour que les parisiens et les français ont besoin actuellement.

Avec un choix d'auteurs trop peu connus de la fin du XVIème siècle (qui connaît encore, à part les spécialistes, Girard de Beaulieu, Didier Le Blanc ou Pierre Guédron?), Dumestre fait oeuvre de défricheur. Et c'est une des grandes qualités de ce spectacle que de mettre en valeur un répertoire à la fois savant et populaire qui déploie toutes les ressources d'imagination ou de tendresse que l'amour peut inspirer.

En cette fin de la Renaissance et à l'approche de nouvelles expressions qui trouveront leur apogée dans le siècle suivant, on se trouve au carrefour d'une évolution qui échappera rapidement aux influences italianisantes pour voir s'épanouir un véritable style français.

Mais on en est encore aux derniers feux d'un temps où l'amour courtois - qui se prolongera dans la préciosité- et les gaillardises font bon ménage. De romances en rigaudons, ce concert offre un bel éventail de ce que l'amour pouvait inspirer à une époque encore marquée par les violences des guerres de religion encore toutes proches et à laquelle la musique et la poésie pouvaient apporter une alternative.

L'actualité nous prouve que nous n'en sommes pas si loin !

Avec une grande élégance qui reste respectueuse mais se révèle particulièrement tonique, le « Poème » donne à ses interprétations un ton qui échappe à la reconstitution pour affirmer la primauté d'un art qui reste, en dépit des ans particulièrement vivant.

Dans ce florilège qui prend le coeur pour axe central, le remarquable ensemble instrumental mené par Vincent Dumestre et un solide quatuor vocal composé de Claire Lefilliatre, Bruno Levreur, Serge Goubioud et Marc Mauillon, restituent les beautés d'un art de vivre pétri de grâces arachnéennes mais qui sait aussi ne pas s'embarrasser de périphrases. Tout au long de ce concert, c'est tout un monde qui défile, qui s'aime et qui s'enflamme dans toutes les tonalités et chantent le plaisir d'aimer et d'être aimé. Le public y a été particulièrement sensible au-delà même de la charge affective dont la soirée était imprégnée C'est que le style, la beauté des timbres, la finesses du discours musical étaient d'une si parfaite qualité que ce sont des impressions qui emportaient l'adhésion et effaçaient tout autre considération. C'est la fonction essentielle de l'art quand il est bien mené que d'y parvenir et c'est le cas chez Vincent Dumestre.

Il n'en reste pas moins que si le « Paris est une fête » d'Hemingway est le livre que les événements pousse à relire, ce beau spectacle du « Poème Harmonique » permet d'ajouter aujourd'hui que si Paris est une fête, elle sait aussi être... amour !

Photo Jean Pouget

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« Réparer les vivants »… la mesure et l'intelligence

17 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Réparer les vivants »… la mesure et l'intelligence

Pour parler de ce spectacle présenté au « Rexy » de Mont-Saint-Aignan par le Centre Dramatique National et qui s'y joue depuis une bonne quinzaine de jours quasiment à guichet fermé, comme ce fut déjà le cas en Avignon, on pourrait tomber sans difficulté dans la dithyrambe. Mais ce serait en fin de compte trahir ce moment rare d'humanité tant il est traité avec une pudeur extrême et dont la rigueur exclut les commentaires superfétatoires..

Quand on ressort de ce qui est beaucoup plus qu'un simple acte théâtral aussi parfait qu'il soit – et il l'est – on ne sait pas très bien ce qui faut admirer le plus, si c'est la pertinence, l'intelligence aiguë, le style limpide, rapide et incisif d'un texte remarquable ou la qualité de l'adaptation qu'en a faite Emmanuel Noblet et surtout la manière dont il l'aborde.

Il y a entre l'auteure et le comédien une connivence évidente, une même approche sensible d'un sujet périlleux. On sent de part et d'autre la préoccupation majeure d'échapper à la réalité dramatique de la situation pour atteindre cette distance qui permet à un acte médical majeur de se transformer, soudain, en un véritable moment de poésie.

Et pourtant tout est là. On ne nous épargne rien des étapes progressives qui conduisent à une transplantation cardiaque. De la mort d'un jeune homme jusqu'à son aboutissement ultime, on suit toutes les étapes de cette démarche extraordinaire. On accompagne les parents dans leur drame, dans leurs doutes, dans ces interrogations qui sont aussi, en contre-point, celles de la patiente qui va recevoir un coeur de vingt ans dont elle ne saura jamais rien et qui pourtant lui offre une seconde vie.

Le problème de la transplantation est posé sans pathos inutile. A côté de la famille, on côtoie l'intimité d'une équipe médicale qui avant de traiter le sujet lui-même se voit dans l'obligation de convaincre les proches que celui qui vient de mourir va continuer de vivre par procuration. Et là encore on reste dans une grande simplicité d'intentions avec le souci d'échapper à la description clinique que seules quelques projections rendent explicites sans sombrer dans le morbide… ce qui aurait bien pu être avec un tel sujet.

Tout cela tient évidemment à une interprétation exceptionnelle de mesure et d'intelligence. Emmanuel Noblet traite avec une remarquable fraîcheur d'intention ce sujet difficile. Il y met beaucoup de tendresse qui n'est jamais de l'apitoiement et des grands moments d'émotions retenues, dégagées d'affectations larmoyantes.

Avec quelques accessoires, des interventions de voix off et des lumières qui sont plus des ponctuations que des effets, sa mise en espace est d'une totale sobriété, jeune, enthousiaste. Pas un instant on ne sent le poids du drame qu'il esquisse. Il met dans son jeu une grande légèreté, une sorte d'innocence teintée d'humour tendre avec, quand il le faut, des velléités de violence réfrénées.

On connaissait son talent, sa sensibilité, son élégance … avec son spectacle, il entre de plain-pied dans le monde des grands interprètes !

Attention : ce spectacle est programmé à Juliobona à Lillebonne le mardi 2 février à 20h30 et de nouveau à Rouen au Théâtre des Deux-Rives en mai les Mardi 24, mercredi 25, jeudi 26, vendredi 27 à 20h, Samedi 28 à 18h

Photo : Aglaé Bory

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« Noces de Sang» au « Rayon Vert » : le désir et la mort

15 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Noces de Sang» au « Rayon Vert » : le désir et la mort

Le théâtre de Federico Garcia Lorca est dominé par les femmes : blessées ou impérieuses, « renoncées » » ou révoltées, elles portent en elles toutes les contradictions d'un état de soumission à leur destin qui prend toute sa dimension dans le climat historique d'une Espagne qui se débat avec ses démons et ses peurs.

« Noces de sang» s'inscrit dans une trilogie dont chacun des protagonistes se perdra dramatiquement dans sa propre recherche intérieure.

Il y a chez la Novia de « Noces de sang » comme chez « Yerma » - déjà traduit adapté et mise en scène par Daniel San Pedro – la même quête. Elle pousse l' héroïne à tenter de briser des liens qu'une société immuable a tissés pendant des siècles autour d'une condition féminine plus encore exacerbée par les affrontements fratricides d'une guerre qui creusent les écarts et avivent les ressentiments.

Et puis comme dans « La maison de Bernarda », il y a la mère. Implacable gardienne des traditions, son intransigeance et son angoisse prémonitoire dessinent à grands traits pathétiques les contours d'un drame, qu'impuissante et douloureuse, elle voit se dérouler devant elle.

Personnage central dans « Noces de sang », elle est prête à accepter cette bru qui offusque pourtant sa fibre maternelle mais dans le même temps elle regarde s'enclencher – quand elle ne le suscite pas – un dénouement qu'elle sait irréversible.
La mère, c'est en quelque sorte cette Espagne de la guerre civile qui voit ses enfants s'entre-tuer sans savoir endiguer les flots destructeurs qu'elle entraîne. Et c'est Lorca lui-même aux prises avec ses propres interrogations qui poussent de jeunes hommes à se battre dans d'équivoques affrontements dont l'enjeu n'est plus la femme mais leur propre virilité.

Le désir et la mort sont les dominantes de ce théâtre tout à la fois de l'étouffement et de la liberté. Daniel San Pedro dans l'adaptation et la mise en scène de « Noces de sang » que présentait la « compagnie des Petits Champs » au « Le Rayon Vert » à Saint-Valéry met en évidence la force destructrice d'un monde dont Lorca sera lui même la victime.

Dans une disposition scénique qui fait alterner les tableaux d'une manière très adroite et dans un univers sonore qui gomme curieusement le côté hispanisant de circonstance auquel on aurait pu s'attendre, une jeune distribution s'emploie à donner de l'intimité à une action qui joue surtout sur l'extériorisation. On ne ressent pas toujours la force de cette moiteur des éléments qui enfièvrent tout autant l'imagination que les corps. D'où une certaine distance entre l'événement et la lourde sensualité qui devrait s'en dégager. Mais il reste l'essentiel, à savoir un bel engagement d'une distribution dominée par la fragilité farouche et fière de Clément Hervieu-Léger et la présence tragique et déchirée de Nada Strancar qui donnent à ces amours impossible la démesure de la tragédie.

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Deuil national pour la France et pour le théâtre

15 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Les événements dramatiques que nous traversons appellent de nombreuses réactions. Avec l'attaque du « Bataclan » le monde de la culture se sent particulièrement concerné. Ces lieux de convivialité, de bonheurs partagés, de fraternité dans la musique ou dans les textes deviennent les cibles de l'obscurantisme et de la haine aveugle.

En ces jours de deuil national, le Centre Dramatique National de Normandie a décidé l’annulation du spectacle « Réparer les vivants » avec Emmanuel Noblet ainsi que la représentation de « Lucrèce Borgia » au « Grand T » de Nantes.

Cette décision est accompagnée d'un beau texte de David Bobée que nous publions en le partageant pleinement :

« Ce jour sera consacré au recueillement de chacun et nous permettra sans doute de reprendre nos esprits face à l’impensable, de retrouver la force de nous redresser suite à la violence extrême qui s’est abattue sur nous hier soir.

Ils ont réussi à nous blesser mais nous nous réparerons et plus fort que jamais, unis comme un seul homme, comme nation ; nous ne céderons ni à la peur, ni à la haine, ni aux amalgames.

À la violence nous répondrons avec intelligence et détermination.

À l’intimidation nous répondrons avec courage.

À la méfiance des uns contre les autres nous dirons unité.

À ceux qui voudraient nous voir brisés, nous leur dirons : Nous sommes debout.

Le CDN annule également les représentations de Lucrèce Borgia au Grand T de Nantes, il s’y disait pourtant une belle humanité et la fraternité d’un groupe d’acteurs de diverses origines, de différentes nationalités, de plusieurs couleurs, d’âges, d’histoires et de cultures multiples, de plusieurs confessions réunies. Un groupe d’artistes à l’image de la population du pays qui est le nôtre et que nous aimons.

Aux musulmans de France qui se tiennent dans une compréhensible inquiétude nous affirmons que nous ne sommes pas, contrairement à ces tueurs, des idiots, et que nous savons que leur haine n’a rien à voir avec votre religion.

Ne tuez pas la personne humaine, car Allah l’a déclarée sacrée. (Coran, VI, 151.)

Nous sommes un peuple indivisible, fort de sa belle diversité. Nous devons désormais, et plus que jamais, nous aimer, nous protéger.

Et suivre la prescription du docteur dans le Platonov de Tchekhov qui a donné son titre au lumineux spectacle que nous devons annuler :

  • Que faire Nicolaï ?

  • Enterrer les morts et réparer les vivants. »

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Béatrice Hanin au « Rive-Gauche Voulez-vous danser avec elle ?

12 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Béatrice Hanin au « Rive-Gauche  Voulez-vous danser avec elle ?

Béatrice Hanin entre dans sa quatrième saison au « Rive Gauche » de Saint-Etienne du Rouvray. Quatre ans pendant lesquels elle a défini une politique originale, personnelle qui tient compte des leçons d'un antériorité dont elle dut d'une certaine manière s'accommoder mais en même temps ne pas s'en tenir à un deuil dont elle ne pouvait prendre qu'une part dans la mesure où elle n'avait pas connu Robert Labaye.

Il est bien évident qu'il lui fallu a jongler avec les affectes de la maison elle-même mais aussi avec cette notion très abstraite et pourtant terriblement réelle d'une public resté très attaché à « son » directeur et pour lequel il fallait construire de nouvelles références sans effacer pour autant celles d'un passé récent.

Robert Labaye avait une personnalité très forte. Il était étroitement lié à une maison qu'il avait portée depuis sa création avec un charisme et une efficacité souriante qui rendaient sa succession non pas difficile mais délicate.

Béatrice Hanin eut la chance de trouver chez les élus de Saint-Etienne du Rouvray - « une ville qui porte », dit-elle, « des valeurs qui sont les siennes » - le soutien dont elle avait besoin pour mettre en place une politique qui soit véritablement la sienne et non pas le démarquage des précédentes.

Une situation qui aurait pu ne pas être simple mais Béatrice Hanin a su mettre de la distance entre la fin d'une histoire et celle qu'elle était appelée à construire. Avec une grande élégance d'intentions et un charme qu'on devine pouvoir être inflexible, elle a imprimé au « Rive Gauche » un style et une tenue qui lui ressemble.

Et comme les reconnaissances n'arrivent jamais seules, sa nomination au grade de chevalier des Arts et Lettres est venue reconnaître une carrière qui s'inscrit dans la durée et qui prend en compte un engagement exemplaire au service du spectacle vivant.

Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'au « Rive Gauche » le spectacle vit de belles heures avec des programmations qui cultivent la pluralité (on y retrouve aussi bien Laurent Dehors que Catherine Delattres et Thomas Jolly) avec toutefois un bon tiers consacré à la danse.

C'est depuis 2009 que la maison bénéficie d'un conventionnement « danse ». Labaye avait été à l'origine d'une spécificité qui au fil des ans s'est étoffée. Aujourd'hui encore elle s'inscrit dans une mouvance contemporaine dont le spectre élargi offre un éventail très complet et – c'est le cas de le dire - toujours en mouvement.

« Le Rive Gauche » est la seule structure de Haute-Normandie, avec, il est vrai le cas bien particulier du Centre National Chorégraphique du Havre d'Emmanuelle Vo-Dinh, à s'inscrire pour l'instant dans cette optique résolument chorégraphique.

Il faut dire que le paysage chorégraphique haut-normand est d'une belle densité.

« Etant donné », « la BaZooKa » (actuellement en résidence au Rive-Gauche »), Sylvain Groud, les « Shifts » qui ont un pied en Allemagne et l'autre dans l'Eure, Dominique Boivin à « L'Arsenal » à Val de Reuil, pour ne nommer qu'elles, sont des compagnies qui constituent un vivier dans lequel Béatrice Hanin peut puiser sans qu'elle s'autorise pour autant de s'y arrêter systématiquement. Ce qui est la meilleure façon – tant pis pour la métaphore – de ne pas tourner en rond sur la seule région. Domaine particulièrement ouvert, l'expression chorégraphique est multiple, multiforme devrait-on dire. Elle allie de nouvelles formes d'expression qui favorisent aussi bien l'intériorisation que le sensible.

Il est remarquable de voir combien cette exigence touche un grand public mais combien il faut aussi lui donner les clés d'un art qui joue avec l'instinct du mouvement et la séduction des corps. C'est pourquoi le « Rive-Gauche organise une certain nombre de rencontres, de débats et aussi d'expériences à partager en amont des spectacles qui sont proposés. En devenant lui-même partie prenante dans une recherche qui prend les formes d'une initiation ludique, le public répond d'une certaine manière à Béareice Hanin quand elle lui propose tout simplement de venir danser avec elle !

Qui oserait lui refuser ?

Photo : Loic Séron

« Quels dangers pèsent aujourd'hui sur la culture ? »…. c'est une question toujours d'actualité à laquelle les invités du maire de Saint-Etienne du Rouvray tenteront de répondre au cours d'un échange-débat qui se déroulera le mardi 17 novembre à 18 heures 15 au « Rive Gauche ». Autour du maire de Saint-Etienne Hubert Wulfranc, y participeront des élus locaux, des comédiens dont Philippe Torreton, des spectateurs et toux ceux qui s'interrogent sur l'avenir de la culture telle qu'elle se situe actuellement sur le plan général mais aussi au niveau local et régional.

Pour y assister et, pourquoi pas, y participer on peut s'inscrire à « mcharlionet@ser.76.com »

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« Deux rives pour un théâtre » … et un beau livre pour une aventure exceptionnelle

1 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Deux rives pour un théâtre » … et un beau livre pour une aventure exceptionnelle

De son étroite collaboration avec Patrick Halbout qui fut à « Rouen Archéologie » un grand prospecteur des mondes oubliés, Stéphane Rioland a gardé le goût, la passion devrait-on dire, des explorations de l'invisible.

Partant de la constatation qu'une ville recelait des trésors sagement rangés dans les rayonnages des archives et dans les mémoires pour n'en sortir pratiquement jamais, il en est venu tout naturellement à penser que cette somme de documents et de témoignages méritait mieux que cet enfouissement silencieux auquel le temps qui passe les condamnait.

Une idée d'historien, d'archéologue et d'architecte mais aussi de poète avec en sous-jacence un amour des êtres et de leurs aventures personnelles qui lui a permis de surprendre des aspects inconnus d'un monde que l'on traverse souvent trop vite pour prendre le temps d'apprécier ses beautés à leur juste valeur

Des trajectoires qui ont rapidement convergé vers la naissance des éditions « Point de Vues » qui ont donné un nouvelle dimension à ce Rouen – et par extension à la Normandie - que l'on croyait bien connaître. Ainsi, chacun des livres apporte un éclairage qui permet d'aller au-delà des apparences que le grand public leur donne en général. Tout a commencé comme un véritable manifeste et un événement : l'édition de ce « Livre des fontaines » que le monde croyait connaître mais que l'on n'avait pratiquement jamais vu. Suivront une visite du Museum d'histoires naturelles, la cathédrale de Rouen, la réédition de la « Madame Bovary » de Flaubert. Puis viendront, entre autres, les peintres de la Normandie, une promenade sentimentale sur le Clos Saint-Marc, les trésors de l'abbaye de Saint-Wandrille, des témoignages comme la correspondance du jeune Henri Sentilhes à ses parents pendant la guerre 14-18 et des ouvrages consacrés à l'architecture de notre temps, aux grandes révolutions industrielles, à une évocation de la ligne de chemin de fer Paris-Rouen-Le Havre répondant comme un écho bucolique aux lumières normandes de l'impressionnisme etc …

Autant de sujets passionnants qui constituent un vaste panorama patrimonial et humain débouchant sur une véritable bibliothèque du sublime et du quotidien dans ce qu'ils ont de complémentaires et qui permettent de dresser un tableau aussi large que possible de la physionomie culturelle et industrielle d'une région.

Deux rives pour un théâtre

Dernier-né de la collection, Stéphane Rioland met actuellement termine l'histoire du théâtre des Deux-Rives. Un livre d'une grande richesse de témoignages qui ne compte pas moins de 400 illustrations sans compter les 70 affiches des spectacles qui ont jalonné un parcours exemplaire. Il retrace les grandes heures de bonheurs que le public a su partager mais aussi le bouillonnement qui derrière le rideau concoure à faire d'un spectacle un moment de magie et de réflexion.

Des démarches à deux niveaux, pour lesquelles Stéphane Rioland a fait appel, d'un côté, aux grands théoriciens du théâtre que sont Joseph Danan et Marco Consolini pour les textes et, pour la préface, Pierre Abirached et, de l'autre, à des « contributeurs », comédiens ou techniciens qui racontent de l'intérieur les frémissements et les joies d'une aventure théâtrale exceptionnelle.

Ce livre est une immersion fascinante dans le monde du théâtre …. ou plutôt d'un théâtre et de celui qui en fut le créateur, l'animateur et jusqu'au bout l'inspirateur. Au fur et à mesure que l'on avance dans le livre, on prend conscience, s'il en était vraiment besoin, de la place essentielle qu'Alain Bézu a tenue, non seulement aux Deux-Rives qui est véritablement son enfant mais aussi sur le plan national dans son travail de mise en scène, sa conception d'un rôle et d'une situation, son rapport fragile et passionnel qu'il entretenait avec des équipes de comédiens qui ont été et reste véritablement sa famille.

Dès les premières pages, donc depuis le tout début de l'aventure avec «On ne badine pas avec l'amour » qui reste une référence artistique et affective très forte, ils sont là, marqués par cette aventure qui fut pour beaucoup essentielle dans l'exercice de leur art.

Depuis la grange du Grand-Aulnay dont certains ont essuyé les plâtres au propre comme au figuré jusqu'à la rue Louis-Ricardl ce livre est un véritable florilège dont il serait injuste d'extraire seulement quelques noms.

En feuilletant ce livre, on les retrouve tous à des moments donnés de leurs carrières. Et puis il y a Bézu qui imprime chaque élément d'une aventure personnelle se confondant souvent avec celle de son théâtre. Par son exigence attentive et affectueuse, son amour des beaux textes, sa rigueur et sa manière de vivre le théâtre dans la droite ligne d'un Jean Vilar qui reste son maître, il a su donner à son théâtre un ton incomparable.

En accompagnant de page en page, de chapitre en chapitre, ces « belles âmes » qui hantent les distributions, le lecteur se laisse guider dans ce labyrinthe toujours un peu mystérieux qu'est la création et dont il ne connaissait jusque-là que la part visible.

Grâce à ce beau livre, il a le sentiment de passer de l'autre côté du manteau d'Arlequin et de faire, ainsi, un peu partie de la famille.

C'est un privilège.

« Deux rives pour un théâtre » sera disponible le 20 novembre, selon l'expression consacrée, dans toutes les bonnes librairies, ainsi qu'aux « Editions point de vues « - 57, rue Victor Hugo à Rouen - 02 35 89 46 54

Notre photo :

« Le fils naturel » de Diderot … un des spectacles parmi les plus accomplis des « Deux-Rives » avec Sophie Caritté, Luce Mouchel, Frédéric Constant, Christine Leroy, Samir Siad, Michel Evrard, Serge Gaborieau, Emmanuel Billy – photo Jean-François Lange

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