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Théâtre en Normandie

Vincent Dumestre à la Chapelle : God save music !

27 Avril 2016 , Rédigé par François Vicaire

Vincent Dumestre à la Chapelle : God save music !

« Si mon luth avait des ailes.... «

Actuellement Vincent Dumestre pourrait aisément paraphraser Reynaldo Hahn (et accessoirement Victor Hugo). Des ailes, en effet, c'est ce qu'il devrait avoir tant son emploi du temps l'entraîne aux quatre coins du globe sans pour autant lui faire oublier, loin s'en faut, la chapelle du Lycée Corneille qui est un peu sa terre d'élection.

Le temps de revenir prendre une tasse de thé avec Purcell dans le courant de mai à l'Opéra de Normandie puis à la Chapelle et il reprendra la route de ses succès qui l'entraînera de Perm en Russie à Brassus en Suisse en passant par Bruxelles et une flopée de festivals qui l'attendent cet été.

Aujourd'hui, il revient des Etats-Unis où le « Poème » entretient avec la « Columbia University » une collaboration qui date maintenant de près de 10 ans. Ce qui donne, à chaque fois, l'occasion à l'ensemble de faire le tour de quelques uns des lieux les plus mythiques de la ville comme l'église Saint Mary Virgin qui bénéficie dans un cadre splendide d'une acoutisque qui ne l'est pas moins ou le théâtre Miller où il se produisait cette année.

En réalité, la musique baroque aux Etats-Unis et particulièrement à New-York bénéficie d'un droit de cité tout à fait particulier. Dans cet environnement qui pourrait échapper à l'intimisme d'un art essentiellement de proximité, Vincent Dumestre retrouve à chaque fois un public passionné, attentif et qui peut-être inconsciemment mais d'une manière très présente dans son implication, s'emploie à retrouver de lointaines racines culturelles.
On le sait, la musique est un grand rassembleur des cœurs et le programme que Vincent Dumestre présentait cette année en était la parfaite illustration avec le délicieux récital composé de musique de cour français, dans laquelle la tendresse, la nostalgie et aussi quelques joyeusetés forment une guirlande de sentiments que n'aurait pas désavouée Julie de Lespinasse.

Et le courant passe si bien d'un bord à l'autre de l'Atlantique que le « Poème Harmonique » prépare pour l'année prochaine une grande tournée américaine et met sur pied un partenariat avec la très célèbre Julliard School of Music qui dépend, justement, de la « Columbia ».

Ce qui n'empêche par Dumestre de consacrer au rituel d'une « cup of tea » auquel un anglais ne saurait se soustraire. Ce sera avec deux concerts, l'un à l'Opéra de Rouen, le 29 mai à 16 heures, avec une évocation d'une rencontre improbable entre Shakespeare et Purcell avec le contre-ténor Nicholas Tamagna et le comédien Geoffrey Carey. L'autre le 5 juin à 16 heures également et qui sera consacré, dans la tradition des odes de circonstance qui célébraient les grands événements de la cour d'Angleterre. Ce sera l'Ode pour les funérailles de la Reine Mary qui déploiera les fastes d'un cérémonial musicalement somptueux dont Vincent Dumestre, à la tête des solistes, de l'orchestre et des choeurs, sera le grand ordonnateur.

Et Purcell continuera d'être à l'honneur mais cette fois à la Chapelle Corneille avec les jeunes talents du Taylor Consort (Jeudi 26 mai à 20 heures).

Suivra le lendemain 27 mai à 18h30, une conférence donnée par Michael Edwards qui est anglais par la naissance mais français par le cœur au point de s'être fait naturaliser ce qui lui a ouvert les portes ou plus exactement un fauteuil à l'Académie française. Homme de lettres, de poésie, passionné de musique et d'histoire, il établira un parallèle entre ces deux talents exceptionnels – si exceptionnels qu'on a même discuté de la paternité de leurs œuvres - que sont Molière et Shakespeare.

Et pour rester dans l'ambiance old England de cette fin de saison, le mercredi 1er juin à 18 heures seront évoqués les arts de la table en corrélation avec un discours musical qui évitera le gigot à la menthe et le plum-pudding.

Enfin, en ce mercredi 1er juin à 20 heures, le consort de violes de gambe restituera le véritable trésor musical que représente le manuscrit Baldwin, considéré comme une remarquable et unique compilation d'oeuvres du XVIème siècle.

Et la saison de Vincent Dumestre à la Chapelle se terminera avec le mardi 7 juin à 18 heures avec le concert de fin d'année de l'école harmonique qui permettra d'apprécier l'excellence du travail réalisé par les membres du « Poème » auprès de jeunes élèves des Hauts de Rouen qui grâce à eux ont découvert la musique et la pratique d'un instrument.

Il ne leur reste plus – se ce n'est déjà fait – à apprendre l'anglais pour reprendre à l'unisson « God save music » !

notre photo : Vincent Dumestre et des membres du "Poème" à New-York devant le Miller Theater

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Les « Labos » du CDN : accorder les attentes aux désirs des jeunes comédiens

27 Avril 2016 , Rédigé par François Vicaire

Les « Labos » du CDN : accorder les attentes aux désirs des jeunes comédiens

Il y a eu Alain Bézu et Diderot, Yann Dacosta et « Loveless » d'après « La vie d'une putain, Il y a Shagalov et Levgueni Zamiatine pour « Nous autres » . Il y a eu les « Nuits chaudes » de Sophie Cadieu et il y aura bientôt « Fées » de David Bobée...

Le CDN n'en finit pas de dérouler le cycle des auteurs et des textes dans une série de « labos » qui impliquent les jeunes comédiens de la région. Sélectionnés sur audition, ils représentent d'une certaine manière le « nec plus ultra » des nouvelles générations dont les éléments, pour certains, sont en train d'émerger et, pour d'autres, confirment les promesses que l'on avait en eux.

Cette fois – jeudi et vendredi prochains – c'est Corneille qui est d'une certaine manière sur la sellette. Le Corneille de la jeunesse, celui qui en attendant une maturité plus prudente face au pouvoir, ne s'embarrasse pas de périphrases et c'est lui que voulait privilégier Philippe Chamaux avec un « Un héros qui s'éveille doit avoir la splendeur du soleil levant »... un titre splendide et qui se réfère au héros magnifique qu'est par excellence le Rodrigue du « Cid » :

« Quand Corneille écrit le « Cid », il a trente ans. Il a terminé « L'illusion comique » juste l'année précédente. De la tragédie aux pièces de jeunesse en passant par tous les écrits qui ne sont pas appelés à être joués comme les préfaces, ses adresses au roi et aux grands et ses lettres, on retrouve l'impétuosité du jeune loup, qui assume – et il l'assumera toujours même dans sa vieillesse - ce qu'il dit, ce qu'il écrit, ce qu'il fait... Dans ce sens il reste très moderne et il parle directement à des comédiens qui ont son âge et ceux de ses personnages. Il préfigure ce que nous vivons actuellement face à l'intolérance, à ce qu'on pourrait appeler les adhésions intellectuelles et religieuses qui sont d'une force qui peut être aussi destructrices que positives.»

Le choix de Philippe Chamaux s'est dont attaché à des pièces de jeunesse « La place royale », « L'illusion comique », puis sur « Le Cid ». Et enfin, « Polyeucte », à peine plus tardif, mais qui porte en lui toutes les complexités du sentiments amoureux et du devoir social :

« Observer les textes et le théâtre de Corneille dans ces années là, c’est regarder l’histoire d’une époque qui privilégie encore les héros, un monde dans lequel ils évoluent sans tristesse, ou alors sans s’y complaire mais en la sublimant pour la transformer et l’exalter en une héroïque allégresse ».

C'est peut-être cette notion que notre monde a quelque peu perdue et dont il a détourné la fonction du héros pour en faire un fanatique. Autant de raisons que Philippe Chamaux développe avec ces jeunes qui ne sont plus des stagiaires mais pas encore des comédiens totalement aguerris. Ils sont en quelque sorte à la lisière du professionnalisme et ces « labos » leur donnent la possibilité d'approfondir un art qu'ils ont déjà expérimentés dans les conservatoires ou dans des compagnies.

L'intérêt de ces expériences théâtrales est de ne pas être figé dans un répertoire. De Diderot à Zamiatine, c'est toute une palette d'impressions, de découvertes, d'approches de textes et sur la manière de les porter qu'ils ont l'opportunité d'explorer. En ce sens ce « labo » Corneille est exemplaire.

Il demande aux jeunes de jongler avec les pièges de la versification, de la respecter tout en lui apportant une nouvelle vérité :

Nous menons un travail très précis sur le texte... sur le fond mais aussi sur la forme.... ces jeunes doivent accorder la rythmique imposée par le vers. Il leur faut chercher à s'affranchir du vers dans jamais le trahir. C'est un peu comme la pratique d'un instrument de musique … une fois que l'on a apprivoisé la technique, il ne reste plus – et c'est le plus difficile – qu'à trouver le ton juste dans son interprétation ».

C'est tout le travail auquel s'attachent les « Labos » du CDN : donner aux jeunes comédiens les moyens de trouver la bonne tonalité dans lequelle ils mèneront une carrière qui soit à l'unisson de leurs attentes et de leurs désirs .

Avec Vladimir Delaye, Dorine Hermier, Radouan Leflahi, Yohan Manca, Victor Ovigne, Lisa Peyron, Charlotte Ravinet, Augustin Roy, Kim Verschueren

(photo Jacob Chetrit)

- Théâtre de la Foudre Jeudi 28 et vendredi 29 avril à 20 heures

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Sallaberger à la Chapelle : Tracer les chemins de la témérité

21 Avril 2016 , Rédigé par François Vicaire

Sallaberger à la Chapelle : Tracer les chemins de la témérité

A toutes les qualités qu'elle a – et Dieu sait s'il elle en a – on peut reconnaître à la Chapelle du Lycée Corneille celle de s'adapter parfaitement à la musique de chambre. On pouvait redouter que dans ce grand vaisseau, les beautés intimistes aient du mal à s'imposer. Il n'en est rien. Jusque-là ce style de musique avait du mal à trouver sa place à Rouen faute de l'écrin qui lui manquait même si Saint-Croix des Pelletiers, tombée dans une douloureuse déshérence s'y substitua longtemps. C'est maintenant chose faite. Raison de plus pour ne pas y faire n'importe quoi.

Le second concert que présentait tout dernièrement « La Maison illuminée » a été la parfaite concrétisation d'une utilisation intelligente des lieux et de sa parfaite acoustique.

Rarement doit-on dire, on a réuni un si nombreux public pour des programmations qui sans être totalement ardues ne sont pas d'une grande facilité d'accès, du moins pour certaines œuvres. La preuve en était le long quatuor à cordes de John Cage qui déploie des beautés répétitives et sévères qui aurait pu plomber l'ambiance si la qualité des interprètes et leur capacité à instaurer un climat de toute intériorité n'avaient capté l'intérêt d'une manière particulièrement soutenue.

Pour cette soirée Oswald Sallaberger avait conçu une promenade dans ce New-York des années folles qu'affectionna Marcel Duchamp.

Un parcours allant de Satie à Bartok en passant par Roussel, Dvorak, Gershwin et Jean Wiener.

Le maître d'Arcueil y tenait une place de choix et il était intéressant d'entendre combien son inspiration débridée pouvait rejoindre, dans l'esprit, celle de Scott Joplin comme dans le célèbre ragtime emblématique du film « l'Arnaque » auquel il a imprimé sa marque.

Et tout naturellement c'est Philippe Davenet, grand spécialiste du compositeur, qui en fut l'interprète avec deux « Pièces froides » dont l'exubérance du titre ne dit pas l'élégante retenue, la pudeur et la parfaite beauté mélodique d'une inspiration qui savait s'assagir et dépasser les pochades de potaches (pardon pour l'allitération) dont Satie se faisait un bonheur d'amuser le bourgeois. Davenet avait dans ce programme une place importante à tenir et il la tint avec la maîtrise qu'on lui connaît. Depuis Roussel chez qui la gravité dissimule des tentations romantiques qui surgissent au détour de ses compositions jusqu'à la curieuse suite pour « Toy piano » de John Cage qui permet au musicien de faire un délicieux retour à l'enfance (ce qui manifestement n'était pas pour lui déplaire), il restitue toutes les subtilités d'influences auxquelles s'alimentèrent les musiciens du temps. Il en est ainsi du concerto américain de Jean Wiener dont les élégances balancées sont pétries de références qu'il faut aller chercher chez Ravel quand ce n'est pas chez Poulenc.

Mais c'est l'époque qui le veut. Elle est d'une richesse qui fit prendre à la musique un tournant décisif et c'est avec une grande pertinence qu'Oswald Sallaberger a su en illustrer toutes les étapes complémentaires.

D'ailleurs Sallaberger lui-même s'est pris au jeu avec des adaptations judicieuses comme ce « Summertime » qu'il a réduit pour quintette à cordes et qui prend des couleurs d'un lyrisme racé qui rappelle que « Porgy » est un authentique opéra.

Et c'est bien d'élégance qu'il faut parler pour les musiciens réunis pour cette soirée. Olivia Hughes, Mathilde Ricque, Thibault Leroy, Joseph Carver et, bien sûr, Philippe Davenet ont montré, avec Sallaberger lui-même, de grandes et solides qualités d'ensemble, de musicalité et de virtuosité, particulièrement, dans les pièces pour violon de Bartok (qui font penser à ses admirables « Portraits » pour violon seul) par Oswald Sallaberger et Olivia Hughes.

Il fallait une grande culture musicale – ce dont on ne peut s'étonner – et une certaine audace à Oswald Sallaberger pour monter une programmation, sinon difficile, du moins marquée par une volonté de sortir des sentiers battus et tracer les chemins de la témérité que le public s'est empressé de suivre avec bonheur.

Photo Eric Peltier

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Marie-Hélène Garnier : un« grand déballage » entre poésie et politique

19 Avril 2016 , Rédigé par François Vicaire

Marie-Hélène Garnier : un« grand déballage » entre poésie et politique

Si sa compagnie s'appelle « La dissidente », ce n'est pas un hasard !

Comédienne, metteure en scène, femme de conviction, Marie-Hélène Garnier est un électron libre qui est au théâtre ce qu'elle est dans la vie : indépendante, lumineuse et constamment préoccupée de la manière d'amener le théâtre au plus près du coeur des spectateurs. Un procédé qui l'éloigne des rêveries illusoires mais la rapproche des êtres et du monde. Aux frontières fragiles où la réalité et la fiction peuvent parfois se côtoyer, elle est de ceux et de celles pour qui un acte théâtral doit relever tout à la fois du poétique et du politique, ce qui fait d'elle d'une certaine manière la petite sœur de Ken Loach.

Un journaliste lui a dit un jour qu'il lui arrivait parfois de faire du « théâtre documentaire ». Une formule qu'elle revendique sans problème. Elle lui permet de prendre ses distances avec l'acte théâtral lui-même pour se donner les possibilités de faire passer des visions militantes qui, artistiquement et intellectuellement, correspondent à ses attentes et à ses exigences :

« les gens m'intéressent d'où qu'ils viennent, où qu'ils soient et où qu'ils aillent»

Et c'est exactement le sens de la démarche de ce « grand déballage » qu'elle a mis en place, dans la continuité de ce que Jack Lang avait entrepris il y a quelques années et qui était destiné à resociabiliser des personnes déplacées ayant besoin de retrouver une raison d'exister.

Le principe est simple, même si dans son application il demande beaucoup de doigté, d'intelligence du cœur et surtout une capacité d'écoute qui ne soit pas de l'ordre de la confession mais de la réciprocité de pensée.

Dans les faits, Marie-Hélène Garnier « s'abat » si l'on peut dire sur une communauté urbaine dont elle extirpe, avec la collaboration des responsables locaux un certain nombre de personnes de quelque génération, d'âge ou de milieu qu'elles soient. Cinq d'entre elles sont choisies pour se livrer au jeu de l'interview devant la caméra d'Olivier Brunet. Le point de départ de l'entretien repose sur la question à priori anodine : « Que pensez-vous de votre ville ?.... ». Anodine mais pas innocente car très rapidement les intervenants en viennent à évoquer leur propre vie, à jouer le jeu de l'introspection et de la découverte d'eux-mêmes et de leur entourage.

Quand le "déballage" devient révélation

Marie-Hélène Garnier, dans le respect et sans jamais intervenir directement, laisse se dérouler le fil rouge d'histoires individuelles qui peuvent être, et selon les villes où elles se situent, tour à tour cocasses, attendrissantes, voire dramatiques.

Mais les choses ne s'arrêtent pas là. En effet, à travers les projections qui en sont faites devant les spectateurs, les intéressés restés jusque là anonymes et le public essentiellement constitué de familiers ou tout simplement d'habitants de la ville, se révèlent des natures, des sensibilités, des joies simples, des fragilités cachées et des détressses authentiques. Tous ces témoignages forment en quelque sorte l'interface d'une ville et de ses habitant qui se surprennent à découvrir leur réalité existencielle à travers celles de leurs voisins.

Dans cette confrontation étonnante, les comédiens et les metteurs en scène trouvent là aussi leur part d'aventure. Ils sont soumis à un véritable challenge. Choisis par Marie-Hélène Garnier, ils doivent, en effet, tirer au sort des tranches de vie dont ils ne savaient rien au départ et qu'ils leur faut, en cinq jours, inscrire dans une réalité dramaturgique et esthétique. A partir de cette suggestion rigoureuse, ils leur faut construire une continuité théâtrale restant fidèle à un propos original dans lequel il n'est pas rare qu'ils se retrouvent eux-mêmes dans une sorte de dédoublement qui est, quelque part, le propre même du théâtre.

C'est une performance de haut vol qui aiguise les capacités de réflexion et en même temps qui se prolonge à travers des expériences débouchant chez les uns et les autres, sur une véritable découverte humaine et théâtrale.

Ce « grand déballage » qui fait le ménage dans les têtes et dans les cœurs, devient alors un véritable déclencheur personnel pour les comédiens. Mais c'est aussi, pour ceux dont ils ont pris en charge l'histoire, un incitateur qui peut les inviter à pousser les portes d'une salle de spectacle afin d'aller voir derrière ce qui s'y passe et surtout ce qu'on y ressent.

Et le "déballage" devient pour beaucoup révélation.

Au « Rayon Vert » - Saint-Valéry-en-Caux - le 29 avril à partir de 19 heures

A Fécam – Au « 'Passage » le 13 mai à 20h30

Au CSN à Petit-Quevilly, le 3 juin à 20h30

A Louviers le 4 octobre à 20h30

A Grand-Couronne, le 14 octobre à 20h30

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Un risque d' OPA sur la chapelle du Lycée Corneille ?

15 Avril 2016 , Rédigé par François Vicaire

Un risque d' OPA sur la chapelle du Lycée Corneille ?

Il semblerait bien que l'on soit en train d'assister à ce qu'on pourrait appeler une OPA sur la chapelle du Lycée Corneille.

On l'avait subodoré avec une première saison, annoncée par Frédéric Roels sans coup férir avant celle de ses collistiers. Déjà par son éclectisme – son éparpillement devrait-on dire - elle tentait d'imposer une main-mise à peine déguisée sur une salle qui en principe se partageait avec des structures ou des organisations ayant chacune leur spécificité... en principe seulement car l'Opéra de Normandie s'est lancé, tout de suite, dans une politique d'occupation des lieux allant du baroque aux musiques du monde, voire de la variété sans se préoccuper le moins du monde de ses « petits camarades », obligés de jongler avec des programmations qui se confrontent, voire se catapultent entre elles.

Jusque-là, on pouvait mettre cet état de fait sur une impatience légitime à faire vite et bien et de montrer toutes les ressources dont on disposait. Il fallait « mettre le paquet ». Non seulement Roels l'a mis mais il récidive et force est de constater que l'inexpérience supposée s'est transformée en un système avéré.

Ainsi, alors que c'est le domaine qui est imparti à Oswald Sallaberger et où il excelle, Roels se lance dans la musique de chambre et annonce pour la rentrée de septembre à Corneille un festival consacré au quatuor « dans tous ses états ».

Là encore Frédéric Roels se la « joue perso » en annonçant sa saison à venir toujours avant tout le monde, histoire de couper l'herbe sous le pied à ceux qui pourraient avoir des idée dans un domaine qui n'est pas exactement celui de l'art lyrique où il est vrai que l'opéra ne brille pas de tous les feux qu'on devrait en attendre... ceci compensant cela.

Le procédé manque – et c'est le moins qu'on puisse dire - à tout le moins d'élégance et tout au plus relève d'une prise de contrôle qui ressemble à s'y méprendre à une OPA.

Mais il a au moins l'avantage, si cela en est un, de mettre en évidence l'urgence qu'il y aurait à mettre de l'ordre dans cette belle maison qui finirait, si certain s'acharnait à jouer cavalier seul, par devenir artistiquement ingérable.

A vrai dire les choix à faire pour les politiques ne sont pas cornéliens. Il suffit tout simplement de remettre les choses à plat et de faire en sorte que s'il y a bien unité de lieu (et quels lieux!) il ne serait pas inutile d'en revenir à une nécessaire unité d'intentions pour que chacun y trouve son compte.

Comme le dit Alcandre dans « L'illusion comique » :

« le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes » ...

Encore faut-il savoir les partager !

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