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Théâtre en Normandie

Avignon quand tu nous tiens ...

14 Juillet 2013

Avignon quand tu nous tiens ...

Comme tous les ans, Avignon revient avec son lot de plaisirs caniculaires, surprenants, drôles, pathétiques... bref, avec tout ce que le spectacle peut apporter quand on lui laisse le champ libre. Même si le « off » s'est singulièrement assagi par rapport à la grande foire de l'innovation qu'il fut, il reste néanmoins l'endroit qui permet de tout voir et de presque tout dire. Il est surtout pour les compagnies le moyen de se faire connaître et de bénéficier de l'immense bain de foule qu'il représente et qui leur permet de convaincre le public d'abord, mais aussi – quand ils prennent le peine de se déplacer – les éventuels acheteurs.

L'entreprise a toujours été risquée pour ceux qui bien souvent vident leur escarcelle pour arriver à émerger de ce tohu-bohu culturel. Il y a ceux qui ont la chance, comme le Caliband Théâtre, d'être aidé par l'ODIA et ceux qui se débrouillent avec les moyens du bord. C'est le cas de Julie Allainmat qui a fait des « appels au peuple » pour arriver à réunir les moyens financiers lui permettant de descendre et de se maintenir. Ses efforts n'ont pas été vains puisqu'on la retrouve au « Théâtre du Verbe fou » jusqu'à la fin du mois. D'autres ne feront que passer pour une soirée comme « Akté » avec son spectacle sur les addictions, à la Manufacture

Même si elle y est moins présente, la Normandie s'est toujours montrée fidèle au Festival.. Il y eut les inconditionnels du genre « Mélodie Théâtre » qui pendant des années fut un abonné des bords du Rhones et fit l'événement avec son « Concert d'eau » et « La noce chez les petits bourgeois » qui pulvérisèrent les recettes et les attentions. Patrick Verschueren y vint souvent défendre la culture balkanique et fit découvrir Danilo Kis aux platanes de la place de l'horloge envahie, depuis, par des marchands du temple au point de réduire les parades qui firent le charme d'Avignon. Dans la distribution de « Un tombeau de David Davinovitch », il y avait Christophe Grégoire qui reviendra quelques années plus tard dans la cour du palais des Papes pour le « Platonov » de Tchekov où il retrouvera Eric Lacascade et, le monde est petit, David Bobée.

Quant à « La Pie Rouge » qui fut, elle aussi, une habituée des lieux, elle revient pour une représentation de son film « La jeune fille à la Pie Rouge » au mythique « Utopia ».

Depuis, les budgets se sont singulièrement resserrés mais paradoxalement les propositions affluent même si la Normandie – la grande ! - s'y montre semble-t-il moins présente. Les remparts avignonais n'en étouffent pas moins sous la pression des jeunes générations qui de l'esplanade du Palais à la rue des Teinturiers continuent d'y venir tenter leur chance.

Il est de bon ton – et de bonne nostalgie – de dire qu'Avignon et en particulier le « off », «n'est plus ce qu'il était » car les années passent et les styles évoluent. Mais il est toujours là, unique et multiple à la fois, parfois irritant et toujours exaltant, inutile diront certains et pourtant indispensable à tous ceux qui sont convaincus qu'il reste, envers et contre tout, une extraordinaire vitrine du spectacle vivant.

Notre photo : tout un symbole. C'était en 1995 l'affiche de « La noce chez les petits bourgeois » avec laquelle Mélodie Théâtre fit un véritable tabac.

Avignon quand tu nous tiens ...

« AKTE » : les addictions à la Manufacture

En mars 2013, « AKTE » avait présenté au « Passage » de Fécamp un spectacle tiré de « Toxique », un petit livre dans lequel Françoise Sagan racontait dans le détail, et avec cet humour distancié dont elle avait le secret, les affres de la cure de désintoxication qu'elle avait subie et dont Anne-Sophie Pauchet avait fait l'adaptation. Elle était également l'interprète avec Valérie Diome de ce texte déroulant les complexités du problème auquel la romancière était confrontée. Dans cet échange à deux voix, les chansons et les musiques de Juliette Richards apportaient à l'ensemble un éclairage poétique qui permettait à l'âpreté des situations de se teinter de ce qu'on pourrait appeler une « certaine tendresse ».

Anne-Sophie Pauchet a voulu donner des prolongements à ce spectacle en choisissant des auteurs et des musiciens réunis dans la même angoise de l'addiction, de quelque manière qu'elle se présente. On retrouve ainsi à côté de Sagan des personnages comme Gainsbourg, Little Bob, Miossec, Keith Richards et quelques autres qui tous ont été dévastés par les exigences de l'addiction.

Toujours en complicité avec Valérie Diome et Julienne Richards, elle se livre à une incursion dans ce monde dont les habitudes concentrationnaires détruisent à petit feu le corps et l'esprit.
Cette succession de moments forts s'organise comme une mise en espace de la lecture à travers des lettres, des chansons, des extraits de biographie tout au long desquels des artistes affrontent leur dépendance et s'interrogent sur eux-mêmes.

Photo: Jade Bailleul

- « Addictions... parole d'artistes » était le Vendredi 12 juillet « La Manufacture » rue des écoles . L'équipe n'a pas eu le temps de s'attarder en Avignon et a rejoint le Havre où « Toxique » sera à l'affiche des « Z'Estivales » les 27 et 28 juillet.

A l'Utopia : « La jeune fille à la Pie Rouge

C'est une belle histoire qui s'est construite, il y a quelques années déjà entre une petite fille prénommée Rachel et Guy Faucon et Sylvie Habault.... une histoire pas tout à fait comme les autres puisque Rachel, comme le dit Guy Faucon, est née avec un « petit chromosome en plus ».... une différence qu'elle a su avec le temps et grâce au théâtre maîtriser au point d'être aujourd'hui une comédienne à part entière dont on a pu mesurer les progrès au rythme des spectacles dans lesquels « La Pie Rouge » l'a presque systématiquement distribuée. Aujourd'hui comédienne, Rachel Paux joue dans un film qui lui est consacré. On l'avait vu à Rouen et Avignon va le découvrir au cinéma « Utopia » le 24 juillet à 16 heures.

« La jeune fille à la Pie rouge » est un conte qui s'appuie sur la réalité humaine de ses protagonistes et qui démontre, si l'en était encore besoin, que le théâtre était une thérapie salutaire. Depuis le temps qu'ils la cultivent, ces grands enfants que sont Guy et Sylvie Habault en savent quelque chose et l'expérience assaisonnée d'amour qu'ils ont menée avec Rachel prouve qu' ils avaient raison.

L'histoire raconte cette belle aventure artistique et humaine pour laquelle « La Pie Rouge» a mobilisé tous ses amis, de Michaël Lonsdale à Denis Lavant en passant par les comédiens qui font partie du quotidien de la compagnie.

Au milieu de ce beau monde réuni tout exprès pour elle, Rachel s'agite comme un poisson dans l'eau. Elle chante, elle rit, elle pleure et se livre sans réserve à un jeu dont elle est l'héroïne dans la vie comme sur scène . La réussite est double : celle d'une expérience unique qui s'est construite depuis l'âge de 5 ans où Rachel fit la connaissance de « La Pie » (elle en a aujourd'hui 20) et celle du coeur qui permet de mesurer l'évolution intime d'un personnage qui a su sauter à pieds joints par-dessus son handicap pour atteindre, dans le plaisir du théâtre, un bonheur qu'elle s'emploie avec une incroyable spontanéité à faire partager.

- Cinéma « Utopia « - Mercredi 24 juillet à 16 heures

Avignon quand tu nous tiens ...

« Toi l'imbécile, sors ! » au Théâtre du Verbe fou

C'est une injonction qui ne s'adresse évidemment pas aux spectateurs qui viendront voir le spectacle des « Pas perdus » qui s'est installée au « Théâtre du Verbe fou ».

Il s'agit d'une évocation de Griselidis Réal, un personnage étonnant tout à la fois romancière, féministe et prostituée dont l'autobiographie donne à Julie Allainmat l'occasion de s'attaquer à forte partie. Griselidis Real n'est pas du genre à se laisser faire. Dans ce rôle qu'elle porte de bout en bout, Julie Allainmat se lance dans une aventure sans concession en traçant le parcours hors du commun d'une femme dont le destin sort résolument des sentiers battus et qui fait d'elle tout à la fois une victime et une héroïne.
Face à la parole singulière de Grisélidis et à ses dérives, se dresse « l'ordre moral » (Rénal Laban) qui joue en quelque sorte l'avocat du diable face à celle dont la vie fut une succession d'aventures sans lendemain et d'amours impossibles.

Le spectacle avait été donné au « P'tit Ouest » et se retrouve donc en Avignon. Julie Allainmat et sa compagnie ont dû se battre pour arriver à trouver les fonds nécessaires à cette résidence d'un mois dont ils attendent beaucoup ….

- Au « Verbe fou », rue des infirmières – Jusqu'au 31 juillet

Avignon quand tu nous tiens ...

Pinocchio retourne au lycée

Le Caliband Théâtre a investi le gymnase du Lycée Pasteur jusqu'à la fin du festival Il est vrai que la compagnie s'y trouve à l'aise avec une très bonne jauge, une climatisation adéquate et une adresse bien connue des festivaliers.... tout cela fait un faisceau d'éléments qui permet, en général de faire un bon séjour sous le soleil de la Cité des Papes. D'ailleurs le « Pinocchio » avec lequel Marie Mellier et Mathieu Létuvé sont descendus est ce qu'on appelle un spectacle qui « marche bien ». Une création en janvier au « Sillon » prolongée par une série de 25 représentations un peu partout dans la région. La saison 2113/2014, quant à elle, s'annonce bénéfique pour le petit héros de Carlo Collodi puisque près de 46 dates sont déjà arrêtées. Autant dire que le séjour avignonais du Caliband doit lui apporter la confirmation d'un succès déjà bien amorcé.

L'histoire commence avec la découverte du corps inanimé d'un pantin : Pinocchio. Elle se poursuivra à travers les péripéties d'une enquête qui fait appel à des témoins tous plus improbables les uns que les autres et dont les révélations constituent la trame d'une jolie variation autour de l'enfance et des imaginaires qu'elle déclenche.

- Jusqu'au 31 juillet – Lycée Pasteur – 13, rue du Pont Trouva

Notre photo : l'équipe du « Caliband » devant l'affiche de son spectacle

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La nomination de David Bobée :

9 Juillet 2013

La nomination de David Bobée :

Le théâtre « puissance trois « !

« J'aime au sein de « Rictus » bousculer la notion de genre, croiser, mélanger les disciplines artistiques, allier les pratiques, créer des hybrides, fragmenter, rassembler, confronter... produire du sens, de l'émotion, du rythme, de la violence, de la sensualité. Mon théâtre est un théâtre d'engagement physique et politique. Fond et forme ont ici même valeur, naissent d'un même mouvement : je veux questionner tout ce qui participe à la construction de soi, à l'identité de l'individu contemporain, son intimité, son être social. Ce qui m'intéresse, c'est désunir, briser l'unitaire, montrer la pluralité, la richesse des personnes, de la pensée, des événements. Chercher une nouvelle lecture du monde ».

C'est à une véritable profession de foi à laquelle David Bobbée se livre dans la présentation de sa compagnie « Rictus » et c'est certainement cette pluralité d'intentions, cette volonté de casser les genres et de pousser le théâtre dans ses retranchements les plus percutants qui ont dû séduire les trois maires concernés par le problème.

Ils ont fait en quelque sorte le pari de la jeunesse et ont affiché par ce choix leur volonté de projeter l'avenir de leur maison respective dans une même philosophie de dynamisme et d'ouverture.

David Bobée – et c'est ce qui a dû plaire – est un homme qui arbore plusieurs casquettes et cette originalité au lieu de décoiffer ceux qui l'ont choisi, les a convaincus de lui donner carte blanche pour construire un nouveau théâtre d'agglomération.

En ce sens le choix qui a été fait relève d'une logique que certains trouveront peut-être téméraire mais qui va dans le bon sens. En effet, le premier directeur du Centre Dramatique National qui vient d'être institué fait volontiers appel à son « regard transversal ». Une disposition qui lui permettra de lancer, dans trois directions différentes, des pistes qui se rejoindront souvent mais qui, quand on sait le goût de la pluridisciplinarité que cultive celui qui les trace, n'iront pas obligatoirement dans les mêmes directions.
Cette triple destination est une chance extraordinaire pour un jeune créateur. Elle va lui donner les moyens d'occuper un espace multiplié par trois en exerçant un postulat qui refuse, dit-il, « la narration, l'illusion, le mensonge du théâtre et de ses personnages en y opposant la fragmentation des textes, la poésie des images, la prise de parole et la sincérité des personnes.»

Tout un programme qui se situe hors des normes classiques auxquelles nous semble-t-il les trois autres candidats sont restés attachés sans qu'ils aient pourtant démérité. Mais il est bien évident que pour une institution nouvelle, il fallait un regard nouveau, un sens de la multiplication qui ne soit pas de la dispersion et s'inscrive chez Bobée comme une nécessité ne relevant pas d'un effet de mode.

À 31 ans, ce caennais d'origine a signé une série de créations marquées par des scénographies charpentées qu'il construit pour des interprètes dont les natures s'adaptent à une éthique qui échappe à la standardisation

Engagé depuis 1999 - date de création de sa compagnie Rictus - dans une recherche théâtrale originale, il accorde la scénographie, l'écriture dramaturgique, le travail du son, de l'image et du corps dans des créations qui mêlent le théâtre, la danse, le cirque, la vidéo, la lumière...

Il co-dirige les sessions du Laboratoire d'imaginaire social au Centre Dramatique National de Normandie pour lesquels il met en place spectacles, installations et concerts. Avec Eric Lacascade, il a collaboré, entre autre, à la trilogie Tchekhov (« La mouette », « Les trois soeurs » et « Ivanov ») et le « Platonov » créé pour la cour d'Honneur du Palais de Papes au festival d'Avignon, à « Hedda Gabler » à l'Odéon et « Les Barbares », créé également dans la cour d'Honneur du Palais de Papes.

Rassembler des gens non pour leur technicité, mais pour leur nécessité à tenir une parole sur le monde et la manière de le voir... c'est une des ambitions qu'il met dans sa manière de penser le théâtre.

Avec ses nouvelles fonctions qu'il prend dès maintenant, c'est à une triple vision qu'il va faire se côtoyer ses propres productions et des programmations invitées dans une véritable politique de la scène... puissance trois !

L'avis de Gérard Marcon :

Concerné au premier chef par les perspectives de développement d'une situation à laquelle il était très attaché, Gérard Marcon se dit très satisfait du choix qui a été fait :

« Je suis très heureux pour David Bobée mais aussi pour la Haute-Normandie qui se dote, en le choisissant, d'un regard audacieux. David a le profil qui convient parfaitement à un projet atypique. Il sait explorer tous les domaines depuis la musique au théâtre en passant par la danse. Sa vision des choses s'adapte parfaitement à la spécificité des trois lieux dont il a maintenant la responsabilité. Je suis sur qu'il va se montrer à la hauteur des enjeux qui se mettent en place. »

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« Esperanza » à l'Ephéméride : Une traversée au long cours

6 Juillet 2013

« Esperanza » à l'Ephéméride :  Une traversée au long cours

Ce pourrait être « E la nave va... » de Fellini, revu et corrigé par les Marx Brothers... La traversée vers Caracas de « L'Esperanza », « navire de luxe, pour des passagers de luxe » tient plus de l'Odyssée que de la croisière.... de luxe, bien évidemment. Navigant constamment entre parodie et drame, le second prenant progressivement le pas sur la première, cette histoire commence comme une farce un peu lourde avec son lot d'éructations nauséeuses et s'achève dans un plaidoyer, un peu formel, contre les crimes de l'humanité.

Cette pièce de Zanina Mircevska est bien évidemment une parabole sur le naufrage d'une société qui surfe sur les vagues, de plus en plus hautes au point de la submerger, de l'indifférence et l'intolérance..

Patrick Verschueren, secondé dans sa dramaturgie par Amos Fergombe, Ludovic Billy, Jean-Claude Caillard et Emmanuelle Vo Dinh s'est emparé de cette histoire, dont les actions se superposent, et s'entrechoquent, pour en faire, dans son style, un cabaret à la Brecht. Chacun y joue le rôle de l'autre, s'ingénie à brouiller les pistes et à prendre le monde – les spectateurs - témoins de sa propre dérive.

Tout commence dans le vertige de l'absurde, des mots qui se téléscopent, des musiques tapageuses et des situations qui comme un puzzle installent insidieusement une vérité qui finit par sombrer dans les soubresauts d'un tango mortifère.

En jouant avec les particuliarités d'un lieu qui permet les déplacements d'intentions, Verschueren fait sentir très adroitement les étapes de cette évolution radicale. Il a réuni une formidable équipe de comédiens. De la pirouette désinvolte et tonitruante du début à l'âpreté du discours final, cette équipe très soudée et très bien rodée, joue la comédie, fait de la musique, danse, virevolte et s'emballe sans jamais perdre de vue la petite pointe d'humanité désespérée qui lui permet d'atteindre dans la dernière partie de la pièce, une densité qui maintient le pathétique jusqu'au bout.

Sur des musiques de Philippe Morino, Sébastien Albillo, Jean-Claude Boursault, Rebecca Finet, Gersende Michel, Maya Vignando et David Van de Woestyne s'embarquent dans cette aventure avec la vigoureuse santé des équipages bien préparés. A quelques réglages ultimes près, ils peuvent s'embarquer sans encombre pour de nouvelles traversées en compagnie de leur capitaine.

Avec Patrick Verschueren au gouvernail, ils ont toutes les chances de naviguer encore longtemps... et loin !

Photo : Eric Legrand

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A Etretat, les galets vont danser le can-can

6 Juillet 2013

A Etretat, les galets vont danser le can-can

C'est un bien sympathique et joyeux rendez-vous qu'Offenbach donne aux estivants à Etretat du 6 au 10 août.

Cela fait la huitième année que le musicien qui avait fait de la station sa résidence d'été revit grâce à une association qui maintient la tradition des fêtes un peu folles que les galets connurent et qui donna un lustre étonnant à la petite plage.

La cohorte de villas qui s'étalent et s'étagent encore tout le long de ses côtes et dans le voisinage immédiat dit bien la qualité et l'opulence d'une clientèle qui n'était pas encore touristique et qui venait s'installer avec armes, bagages et domesticité pour les mois d'été.

Offenbach habitait la villa « Orphée » dont chacune des chambres portait – et porte encore – le nom d'un des succès du maître.

Offenbach y donna des fêtes fameuses et la cohorte des invités qui devaient traverser le jardin en empruntant le « chemin des vertus » ou le « sentier des soupirs » avaient tous une raison d'amitié ou de notoriété pour se précipiter à ses invitations. D'où une ambiance de franche camaraderie dont les bornes – Madame Offenbach y veillait - n'étaient jamais dépassées. Dans cette grande maison accueillante, la société rivalisait d'une fantaisie joyeuse dont la musique n'était jamais exclue et qui se démarquait des réceptions beaucoup plus « salées » - comme on disait à l'époque - qu'à quelques années de là Maupassant organisera dans sa villa « La Guillette ». qu'il avait fait construire avec les droits d'auteur de « La maison Tellier » …. tout un symbole !

Toujours est-il qu'à Etretat on ne s'ennuyait pas.

Maintenant la tradition subsiste grâce à ce festival qui rend hommage à celui qui concourut, avec quelques autres, au renom de la station.

Ainsi du 6 au 10 août, le père de « La Belle Hélène » sera dignement fêté et pas seulement au travers de ses œuvres mais aussi dans un programme qui lui fait évidemment la part belle mais aussi à celle de ces amis ou de ceux qui qu'il inspira.

Les festivités commenceront le mardi 6 août avec un concert au bord de l'eau qui sera bercé par les brises des instruments à vent qui le composeront. Le lendemain, ce sera un hommage à l'Offenbach musicien, au violoncelliste qui commença sa carrière dans la fosse de l'opéra-comique et qui toute sa vie gardera pour cet instrument une tendresse particulière et qui écrira des pièces qui attestent de la qualité du grand mélodiste classique qu'il aurait pu être.

Les 8 et 10 août on reviendra à l'Opéra-Bouffe avec « L'ile de Tulipatan» un plaisant intermède construit sur une histoire qui tient à peine debout mais dont la partition pétille et demande de ses interprètes des qualités de spontanéité musicale et scénique particulières. (avec Marc Larcher, Edwige Bourdy, Clémence Olivier et Pierre Catala dans une mise en scène d'Yves Coudray. Pour rester dans l'ambiance, un bal-concert prolongera la fête au cours de laquelle rien n'interdira aux plus téméraires de danser le can-can. Le vendredi 9 août, Benoît Duteurtre, normand de naissance et étretait d'adoption évoquera la vie et l'œuvre d'André Messager.

Le délicieux auteur de « Véronique », de « Monsieur Beaucaire », de « Fortunio » et de tant d'œuvres d'élégance légère fut un musicien qui donna à l'opérette les lettres de noblesse. Et ce n'est pas pour rien qu'on le retrouvera au pupitre, salle Favart, pour diriger la première de « Pelléas et Mélisande ».

Le samedi 10 août, il sera au programme d'un programme consacré à « L'eau dans la musique légère » avec pour partenaires Offenbach lui-même, Charles Lecoq, Planquette, Claude Terrasse et quelques autres. Il y aura même Erik Satie qui jeta les derniers feux d'une style qui sut faire rire son époque avec l'élégance de ceux qui ont l'air de ne pas se prendre au sérieux en devenant, pourtant, des classiques.

Notre photo : Edwige Bourdy dans « L'ile de Tulipatan »

(www.etretat-festivaloffenbach.fr – tel 02 35 27 05 21)

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Au Grenier de la Mothe : un spectacle à croquer !

6 Juillet 2013

Au Grenier de la Mothe :  un spectacle à croquer !

Offenbach n'a pas fait que des chefs-d'œuvre... il s'est commis aussi dans quelques pochades sympathiques qui ne vont pas plus loin, il faut l'avouer, que l'anecdote.

A côté des « Belle Hélène » , « Gérolstein » et autre « Vie Parisienne » sans parler des « Contes » qui sont à eux seuls une exception, sa production s'est souvent dispersée sinon dans la gaudriole du moins dans ce qui pourrait facilement s'apparenter au divertissement de potache.

« Pomme d'Api » est de cette veine. Elle forme avec les Croquenfer, Mousse-à-mort ou Fleur-de-souffre une galerie extravagante de personnages qui se démènent allègrement dans des livrets qui sont de vrais chausse-trappes à rebondissements et dont la drôlerie simplissime dut mettre en joie le public des Bouffes-Parisiens. Celui de notre époque, en suivant les péripéties de ces petits actes qui connurent longtemps le purgatoire (qui fut aussi celui de son auteur) redécouvre avec bonheur un humour qui révèle (sans les relever) les goûts de son temps.

Mais aussi mince qu'il soit, on oublie aisément l'argument tant la verve mélodique d'Offenbach, tour à tour, drôle, inventive et charmante, paraît de grâces surprenantes une histoire qu'on pourrait oublier vite si ses airs ne continuaient de trotter obstinément dans la tête.

Car, que serait « Pomme d'Api » s'il n'y avait son délicieux rondeau qui se prendrait presque pour le catalogue de Léporello ou quelques ensembles bien venus même s'ils sont complètement loufoques comme l'ahurissant trio du « gril ».

En fin de compte comme souvent dans l'opérette, les livrets ne sont là que pour servir de prétexte aux partitions. Il suffit seulement quand on décide de monter ce genre d'ouvrages de faire conjuguer adroitement les complaisances des premiers avec les exigence des secondes pour éviter que la construction ne soit bancale.

C'est un exercice qui n'est pas simple et Mathilde Guyant en s'attaquant à ce charmant problème pour « Le Grenier de la Mothe » l'a pris à bras le corps en le rajeunissant définitivement et en transportant les fanfreluches étouffantes d'un salon bourgeois dans le cadre aéré d'un terrain de camping.

Ce souriant exercice permet tout et autorise toutes les transpositions sans se préoccuper d'une quelconque trahison d'intention. Un avantage que Mathilde Guyant s'est heureusement octroyé et qu'elle manie avec une autorité souriante.

Avec une distribution qui fait preuve d'une fantaisie cavalcadante et d'une joyeuse conviction, la mise en scène laisse l'action aller allègrement son train en la pimentant de temps à autre de clins d'œil à notre époque... un principe que du temps d'Offenbach on utilisait déjà pour la plus grande satisfaction des salles.

Accompagné au piano par Edouard Batola, Hervé Hennequin et Jean-Louis Dupont

mettent autant de conviction dans leur chant que dans leur jeu et Catherine Canu leur donne la réplique dans une savoureuse composition.

Quant à Lys Lefèvre dont le personnage pourrait être vocalement la cousine de la Fiorella des « Brigands », elle montre une grâce piquante et un fort joli timbre de voix.

Tout cela fait de « Pomme d'Api » un moment charmant de détente et un spectacle véritablement … à croquer !

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Seizième festival de musique ancienne à Arques : du 20 au 25 août

3 Juillet 2013

Seizième festival de musique ancienne à Arques : du 20 au 25 août
Marine Fribourg, directrice de l'ensemble choral "Bergamasque" et Benjamin Alard (photo Robin H. Davies)

Le festival de musique ancienne d'Arques-la-Bataille, qui aura lieu du 20 au 24 août, entre dans sa seizième année ! C'est le bel âge pour une manifestation qui garde les fougues et les illusions de l'adolescence mais entretient une maturité qui l'installe aux premières places du panorama musical de la Seine-Maritime.

C'est le travail laborieux et exaltant mené par Jean-Paul Combet qui, dès le départ, a voulu que cette rencontre privilégiée avec les musiciens et les interprètes ne se situe pas dans la cohorte habituelle des festivals estivaux mais affirme dans sa programmation une « différence » échappant aux habitudes.

A Arques, on cultive l'exception. La philosophie d'ensemble se situe dans une ambiance qui entraîne le spectateur bien au-delà du simple concert pour devenir une réflexion autour de la musique et l'art de l'appréhender autrement.

C'est aussi la marque d'une fidélité avec les artistes et les spectateurs comme Benjamin Alard, qui est un peu « l'enfant de la maison » et qui va abandonner pour un temps son clavecin et touchera l'orgue de l'église d'Arques qui est à l'origine du festival et reste l'épine dorsale des programmations.

Celle de cette année suit un certain nombre de correspondances qui tissent entre elles des liens qui vont se croiser et se rejoindre tout le long de ces quatre jours de bonheurs attendus.

La première de ses « variations sur un thème donné » sera la réforme et la contre-réforme et les courants, au début contradictoires puis complémentaires, qui vont agiter le monde tout court et celui de la musique en particulier. En réaction aux pompes quelque peu théâtrales des offices catholiques, la « Religion » apportera une gravité, une retenue, un dépouillement qui iront de pair avec une accessibilité plus grande dans la compréhension des textes et de la liturgie. Progressivement les retenues nées de la rigueur luthérienne se feront moins rigides alors que parallèlement le catholicisme reviendra à plus de retenue.

Quatre rendez-vous sont donnés avec la participation de Benjamin Alard, de Marc Meisel à l'orgue et au clavecin et l'ensemble vocal « Bergamasque » dirigé par Marine Fribourg. Ce sera les mercredi 21 , jeudi 22, vendredi 23 et samedi 24 à 11 heures en l'église d'Arques. L'entrée en est gratuite.

Autre grand rendez-vous avec l'histoire et la musique : les Ténèbres, ces chants extraits des lamentations de Jérémie qui étaient donnés pendant la semaine sainte. Plusieurs compositeurs se les sont accaparé comme Couperin et Charpentier. Jean-Paul Combet a choisi les « Ténèbres » de Lalande, un musicien dont la gloire fut quelque peu éclipsée par celle de Charpentier, mieux en cour, mais qui garde toute la force intérieure d'un manifeste mystique. Ces pages, interprétées par Myriam Arbouz, Roula Safar et Alexandra Rübner, correspondent aux dernières années du règne de Louis XIV marquées par les disparitions brutales de pratiquement tout son entourage familial (seul survivra un petit garçon de cinq ans qui deviendra Louis XV) et surtout par la chape de plomb que les rigueurs à retardement de Madame de Maintenon fit s'abattre sur Versailles. (Mercredi 21 à 22 heures à l'église de Varengeville, Jeudi 22 à 8 heures du matin à l'église d'Arques, vendredi 23 à 17 heures à l'église de Colmesnil et samedi 24 à 22 heures 30 à l'église d'Arques).

Ce sont les pivots principaux autour desquels la programmation va s'articuler. Avec quelques clins d'œil du côté du romantisme avec « Un requiem allemand du temps de Bach » par l'académie Sainte-Cécile et « Lucus Modalis » de Bruno Boterf (le vendredi 23 à 20 heures en l'église d'Arques) et en enchaînement à 22 heures 30, toujours à Arques, une rencontre entre Schumann et Brahms par « L'armée des romantiques » de Rémy Cardinale.

A noter encore un « voyage musical de Valencia à Leipzig » par « Le concert brisé » qui montre combien l'internationalité de la musique était une réalité tangible... et audible ! (le mardi 20 à 20 heures 30 à l'église d'Arques). Dans cet esprit le concert donné par la « Capella de la Torre » sera consacré aux musicens anglais depuis Byrde à William Cornish en passant par Henry VIII qui, quand il ne répudait pas ses femmes (ou les faisait exécuter), ne dédaignait pas taquiner gracieusement le luth (Samedi 24 à 20 heures 30 à l'église d'Arques).

Enfin, et ce n'est pas la moindre surprise que nous réserve cette seizième édition : l'antiquité fait son entrée à Arques avec deux concerts : le premier, le jeudi 22 à 20 heures 30 à l'église d'Arques avec l'ensemble « Daedalus » consacré à Claude Lejeune qui permet de mesurer combien l'humanisme tel qu'il se révéla à la renaissance puisait son inspiration chez les grands anciens. Quant au second, on le doit à Philippe Brunet qui avec sa compagnie Démocodos » (le jeudi 22 à 22 heures 30 à l'église d'Arques) effectuera dans « Arches troyennes en Arques » un véritable retour aux sources de notre culture profonde dans une évocation mêlant chant, geste, danse … et grec ancien.

(Réservation au 02 35 04 21 03 – contact@academie-bach.fr)

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"Peintres de la Seine"

2 Juillet 2013

"Peintres de la Seine"
Quand le dénominateur commun est la beauté

Sainte-Beuve disait que la Seine était un boulevard qui conduisait de Paris au Havre...

C'est maintenant un pont qui a été lancé entre la France et les Etats-Unis grâce à un superbe livre que l'on doit à Hélène Eisenberg et François Lespinasse et qui regroupe tous les peintres – et en tous cas la plupart d'entre eux et les plus significatifs – qui ont pris le fleuve comme source d'inspiration.


Il aura fallu qu'un jour un couple d'américains, visitant le musée des Beaux-Arts de Rouen tombe en admiration devant les cimaises de la salle Depeaux, pour que naisse tout à la fois un projet et une amitié.

Cherchant à mieux cerner l'école de Rouen, Hélène Eisenberg et son mari rencontrèrent François Lespinasse qui est certainement celui qui connaît le mieux cette grande période picturale qui a pris ses racines dans l'impressionnisme et y puise ses prolongements.

La rencontre n'aurait pu être que formelle et sympathique si le courant n'était passé entre le galiériste de la rue Martainville et cette amoureuse inconditionnelle, démesurée pourrait-on dire, de la France pour qui chaque visite dans ce pays dont elle est une lointaine originaire est un véritable rendez-vous d'amour.

Les liens qui se tissèrent alors entraînèrent les Lespinasse aux Etats-Unis où ils se retrouvèrent avec les Eisenberg devant les collections du Metropolitan Museum. La confrontation, si riche et si diverse, entre les appartenances subtiles qui s'établissent avec les cultures les poussa à réfléchir à une thématique qui de Paris à Honfleur dessinerait un itinéraire dont les multiples composantes s'épanouiraient le long du fleuve et se réuniraient dans un étonnant et fascinant florilège pictural..

Bénéficiant du regard neuf mais terriblement exercé d'Hélène Eisenberg et de la grande expérience artistique et humaine de François Lespinasse, les «Peintres de la Seine» est devenue une grande aventure ouverte sur le monde et sur l'art. En effet, les auteurs ne se sont pas contentés d'écumer les musées de la planète, y compris leurs réserves où dorment des merveilles oubliées, mais se sont engagés dans des repérages «in situ » qui donnent à l'ensemble du livre un ton, une vigueur et une proximité qui échappent au didactisme d'un catalogue.

Le livre ne compte pas moins de 144 oeuvres, dont quelques unes et non des moindres de l'école de Rouen, et montre la richesse d'un parcours qui englobe toutes les facettes, humaines, touristiques, économiques – voire industrielles - de la Seine.

C'est une manière de découvrir le fleuve dans sa globalité et surtout de mettre en lumière cette grande diversité d'expressions qui fait de cette réunion extraordinaire une collection s'affirmant à ciel ouvert comme un véritable manifeste artistique.

On ne peut citer bien évidemment tous ceux qui s'y trouvent. Entre le britannique Thomas Girtin dont le pont Saint-Michel ouvre le XIX° siècle au paysage du chinois Wu Guanzhong qui ferme le XX°, c'est une succession d'oeuvre connues, méconnues parfois et souvent à reconnaître que propose ce beau livre. On y retrouve, dans le désordre et selon les coups de coeur qu'il suscite, aussi bien Turner, Louvrier, Angrand, Seurat, Rouault, Gauguin, Derain, Monet bien sûr, Pissaro que Picasso, Jacques Villon, Marcel Duchamp, Nicolas de Stael et toute cette cohorte inventive et pourtant si fidèle de l'école américaine de Paris.
Grâce à ce beau livre dont les thèmes permettent de naviguer dans tous les domaines et toutes les influences, on s'immerge avec bonheur dans l'universalité d'un paysage dont le dénominateur commun est la beauté de son fleuve.

("Peintres de la Seine" - Editions des Falaise)

A noter que, dans le même esprit, le Musée des Beaux-Arts de Rouen présente jusqu'en septembre une exposition qui regroupent 100 chefs-d'oeuvre impressionnistes sous le titre très séduisant et très évocateur de « Eblouissants reflets ».

Notre photo : Hélène Eisenberg entourée, à droite, de François Lespinasse et à gauche de François Banse des Editions des Falaises

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