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Théâtre en Normandie

Henri VI aux Molières : c'est le couronnement de Jolly !

27 Avril 2015 , Rédigé par François Vicaire

Henri VI aux Molières : c'est le couronnement de Jolly !

Il a fallu attendre la fin, - interminable comme toujours – de la soirée des « Molières » «pour savoir si Henry VI et Thomas Jolly allaient faire un doublé au palmarès dans les catégories du meilleur metteur en scène dans un spectacle du théâtre public et du meilleur spectacle.

En définitive, c'est dans la première catégorie que Thomas Jolly a reçu la fameuse statuette. Et c'est une énorme satisfaction de voir ce jeune rouennais qui s'est lancé dans une aventure insensée en montant l'intégrale de « Henry VI » de Shakespeare reconnu par ses pairs et surtout par le public..

Il lui fallait une capacité d'endurance, un enthousiasme et surtout un talent rare pour animer cette grande fresque qui court sur 19 heures et qui, après Avignon, s'installe à Paris à l'Odéon, aux ateliers Berthier, du 2 au 17 mai dans un découpage de deux « journées « de 9 heures chacune. Autant le dire tout de suite, ce n'est plus la peine de chercher une place... il n'en reste pas une ni même un strapontin d'autant plus que le coup de projecteur des « Molières » va donner un regain d'intérêt au spectacle.
Heureusement on aura l'occasion de voir ou de revoir dans sa totalité et sa continuité « Henry VI » au Théâtre des Arts le 20 juin à 10 heures.

A l'annonce de sa nomination, à la fois ravi, désinvolte et ému, Jolly a reçu une ovation de la part d'un public souvent trop blasé pour être toujours frénétique et a réveillé une ambiance de circonstance qui se tient toujours à mi-chemin entre l'humour et la célébration. Dans le compliment qu'il est d'usage de prononcer en de pareille circonstance, Thomas Jolly a tenu à rendre hommage aux structures qui lui ont permis d'aller au bout de ses ambitions et surtout aux 51 personnes, comédiens, techniciens et administratifs qui se lancés à ses côtés dans cette entreprise que l'on aurait bien vu être couronnée une seconde fois. C'est en définitive « Les coquelicots des tranchées » de Georges-Marie Jolidon, mise en scène Xavier Lemaire qui a remporté la palme. D'ailleurs cette chronique de la Grande guerre qui se joue au Théâtre 14 n'est pas si éloignée, dans son principe et dans sa conception du « Henry VI » de Jolly puisque 12 comédiens y assurent une cinquantaine de rôles.

Il n'en reste pas moins que pour Thomas Jolly, ce « Molière » est une belle récompense et la reconnaissance de l'extraordinaire travail de mise en scène qu'il a réalisé. Son « Henry VI » s'est révélé véritablement comme l'élément majeur de la saison théâtrale au même titre d'ailleurs que la « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo mise en scène par David Bobée au Centre Dramatique National de Normandie.

D'ailleurs, si vous n''avez pas encore eu l'occasion de goûter aux beautés farouches et poétiques de ce spectacle hors du commun, allez sur France Ô le mardi 16 mai à 1 heures 10 du matin pour sa diffusion dans la captation qui en a été faite à Grignan l'été dernier.

« Henry VI » et « Lucrèce Borgia » sont deux grands moments qui donnent à la saison théâtrale normande les couleurs de l'exception et de la réussite.

Photo de Nicolas Jouard

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La Normandie de Bernardin de Saint-Pierre

18 Avril 2015 , Rédigé par François Vicaire

La Normandie de Bernardin de Saint-Pierre

Il y a un dieu pour les chercheurs .

C'est en tout cas ce dont est convaincu Gérard Pouchain. En attente à la Bibliothèque Nationale de documents concernant Juliette Drouet qui est sa compagne préférée (en littérature), il tomba par hasard sur des maroquins dormant sur des rayonnages et qui n'étaient autres que les carnets d'un voyage que fit Bernardin de Saint-Pierre en Normandie en 1775.

Ce fut une révélation. En effet, ces carnets, totalement inédits, offrent un nouveau regard sur le père de « Paul et Virginie » dont la vie fut en elle-même un roman.

A l'époque de ces carnets, il a 38 ans. De désillusions de tous ordres en projets fumeux avortés, il est ce qu'on pourrait appeler alors dans « le creux de la vague ». Il se trouve dans un dénuement moral et financier tel qu'il décide de quitter Paris. Pour autant, cet exil consenti ne le poussera pas vers les rivages lointains dont il a déjà traité dans ses voyages à l'Ile Bourbon ou au cap de Bonne-Espérannce mais plus prosaïquement dans sa Normandie natale avec pour premier objectif d'aller visiter sa sœur qui vit à Dieppe de la maigre retraite qu'il lui verse.

Ce n'est donc pas une promenade littéraire qu'il entreprend mais une sorte de retour sur lui-même, cherchant dans ce périple mené dans des chemins et des étapes de fortune des réminiscences avec sa propre jeunesse.

C'est aussi, d'une certaine manière, une exploration du monde rural normand mettant en évidence ses petits bonheurs et ses grandes misères.
Il exerce son regard tout autant sur les hommes que sur leurs manières de vivre à travers le fonctionnement d'une société déterminée par le rythme immuable de la nature.

Bernardin de Saint-Pierre s'engage donc de mars à mai 1775 dans une aventure qui va lui permettre de découvrir les conditions de vie des paysans normands. Il décrit le cadre dans lequel ils évoluent dans de brèves notes que l'on sent rassemblées le soir, sur une mauvaise table d'auberge dont il donne au passage le détail des menus qui lui sont servis et dont la frugalité est propre à ne pas encombrer les réflexions du rousseauiste que l'on devine chez lui.

Pas de littérature dans ces carnets de voyage mais des réflexions rapides, incisives, on pourrait dire sténotypées, et qui par la concision de leurs système de notations et l'acuité du regard se réfèrent à un principe véritablement encyclopédique sans jamais pourtant négliger l'humain. Ainsi à Dieppe en même temps qu'il se complaît à disserter sur les différentes sortes de poisson qu'on lui propose, il fait un parallèle entre les diverses populations qui s'y côtoient dont, en particulier, celle du Pollet qui forme véritablement une société à part ;

Et c'est tout le charme qui se dégage de ces notes qui font surgir des portraits d'une grande vivacité et qui renseignent bien sur cette société rurale de la fin du XVIII° chez qui les « lumières » ne parviennent encore qu'à demie.

Ce qui génère de belles rencontres humaines comme cette jeune bergère « légère et court vétue » qui lui sert de guide et à qui il demande si son métier ne favorise pas l'amour ou ce garçonnet de douze ans avec lequel il se met à discuter sérieusement de l'opportunité d'être ou de ne pas être riche. Il va même jusqu'à se laisser à rêver d'une duc qui lui offre une amitié improbable.

Et puis cet homme seul, pauvre, démuni ne reste pas insensible à la détresse des autres. Au contraire, il en prend sa charge, regrettant plusieurs fois de ne pas avoir les moyens de soulager les misères de ceux qu'il croise sur son chemin comme ces deux jeunes « culs nus » qui vont au presbytère voisin quémander, l'écuelle à la main, de quoi manger.

Bernardin de Saint-Pierre offre de la France de l'époque une vision qui échappe aux bergeries du Trianon et aux contes moraux de Madame de Genlis. Il va à la rencontre de la France profonde. Celle qui souffre et qui treize ans plus tard couchera sur le papier des doléances qui mettront le feu aux poudres dans les campagnes.

Gérard Pouchain qui a été emballé par ce texte le complète de notes pertinentes sur les événements et leur chronologie, sur les paysages qu'il traverse et ceux qui les peuplent.

Ses annotations sont des mines de renseignements indispensables pour mieux appréhender ce texte passionnant et la personnalité à la fois complexe et lumineuse de celui à qui on les doit.

On peut se procurer « Voyages en Normandie » aux Presses universitaires de Rouen et du Havre (purh@univ-rouen.fr)

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Le fait des Princes qui gouvernent la culture

12 Avril 2015 , Rédigé par François Vicaire

Ceux qui penseraient en toute innocence que le fait du prince a été aboli avec les privilèges feraient bien d'aller faire un tour du côté de certains services culturels qui jouent aux chaises musicales avec les directeurs des structures sans autre raison que celle d'exercer le pouvoir que leur donne l'argent et celui encore plus exorbitant de manier la pensée.

Bon, ce n'est pas nouveau. On sait que les bailleurs de fonds ont parfois tendance – pas tous heureusement – à se prendre pour les maîtres de maison qu'ils considèrent un peu comme les leurs et dont les directeurs ne sont, à leurs yeux, que les truchements de leurs propres ambitions.

Si la Haute-Normandie n'est pas étrangère au système, elle n'est pas la seule, à afficher un positionnement quasi régalien particulièrement détestable pour ceux qui en sont victimes.

Dans le genre, la partie de bras de fer engagée entre Ahmed Mergoub et la ville de Rouen (et que Mergoub a remportée après des péripéties ubuesques) et le départ de Luciano Acocella de l'Opéra de Rouen furent, en leur temps, dans le mauvais sens du terme parfaitement exemplaires.

Pour ce qui est d'aujourd'hui, nous avons trois cas dans notre besace qui sont particulièrement significatifs d'un phénomène inquiétant et que les nouvelles donnes politiques vont bouleverser un peu plus encore et favoriser des comportements qui pourront inciter chez certains l'irrépressible envie de « faire le ménage ».

Le fait des Princes qui gouvernent la culture

Le départ de Boris Bénézit

Ménage tout à la fois financier et politique dans lequel, on s'en doute, la culture n'a pratiquement pas son mot à dire ou très peu.

Prenons pour commencer le cas de Boris Bénézit, victime de la décision de la mairie de la ville d'Eu de le remercier purement et simplement. A ce qu'il semble, le courant passait mal entre le directeur du Théâtre du château et l'adjointe à la Culture. Il faut dire que celle-ci avait eu la tentation de dénoncer, dans un premier temps, la convention « Arts Baroques » à laquelle la maison est liée. Une décision qui provoqua une véritable levée de bouclier dans le milieu et ne pouvait qu'hérisser le poil de Bénézit qui manie avec le même talent la flûte que le hautbois baroques dans les ensembles qu'il dirige. On imagine bien que le duo commençait mal. Il en est résulté que n'ayant pas l'heur de plaire dans les sphères municipales, le directeur a été remercié. Il ne reste plus à l'adjointe qu'à gérer, comme bon lui semble, l'avenir de la maison dont elle a confié la direction à Fabienne Huré qui répond à des critères artistiques indiscutables, mais dont le poste n'en sera pas moins, l'expérience aidant, suspendu à des humeurs qui n'ont rien de culturelles.

Le fait des Princes qui gouvernent la culture

Les pirouettes Elbeuviennes

Le cas de Roger Le Roux est un peu différent puisqu'il s'agit cette fois non pas de la ville mais du monopole … pardon pour ce lapsus, il s'agit bien évidemment de la Métropole ! Directeur depuis 2006 du Théâtre-Cirque d'Elbeuf dont il a fait le Pôle National des Arts du Cirque de Haute-Normandie, il arrivait très logiquement à la veille d'une retraite qui laissait en suspens quelques dossiers internationaux importants dont la réalisation reposait sur des éléments qu'il avait traités personnellement. En bonne logique et pour que les choses engagées aboutissent, il sollicita de son conseil d'administration une « rallonge » d'un an qui lui fut, alors, accordée quasi unanimement. On peut donc imaginer sa surprise quand au cours d'une deuxième réunion, il se vit refuser par ce même conseil ce qui lui avait été accordé précédemment. Une situation véritablement renversante qui prouverait, si on ne s'en doutait déjà, qu'il n'y a pas qu'au cirque que l'on cultive l'art de la pirouette. Une décision ne tenant pas compte du niveau auquel Roger Le Roux a porté la maison, de sa « carrure » dans le métier et de la qualité des projets qu'il avait mis en chantier et qui d'un trait de plume se voient remisés au magasin des accessoires.

L'avis de candidature paru dans la presse nationale a suscité pas mal de surprises mais aussi quelques propositions, On parle d'un vague regroupement avec le Pôle des Arts du Cirque de Basse-Normandie. En attendant, Roger Le Roux tient la barque en main jusqu'à la fin septembre et prépare activement la saison 2015-2016..

Après cela, vogue la galère !

Le conseil d'administration a peut-être en réserve quelque salto arrière à nous concocter.

Le fait des Princes qui gouvernent la culture

A Val de Reuil, le « mort » n'est pas de la partie

A Val de Reuil, la donne est quelque peu différente. L'avis de candidature pour la future direction de la nouvelle salle de « L'Arsenal » est paru dans la presse mais, comme c'est le souvent le cas dans ce genre de démarche, il semble que les cartes aient été déjà distribuées et que Bernoît Geneau qui avait succédé il y a quatre ans à Albert Amsalem et qui s'était tout naturellement positionné pour la succession n'a même pas été invité à participer à la partie. Au bridge, cela s'appelle la place du mort ….

La méthode a été expéditive : on a supprimé purement et simplement la subvention municipale à l'association culturelle de Val de Reuil qui gère le « Chaland » et qui se trouve ainsi dans l'incapacité de fonctionner laissant sur le carreau son directeur et le personnel administratif et technique. Ce sont Dominique Boivin et Jean-Yves Lajennec qui prendront en main les destinées de « L'Arsenal » et c'est, en soi, une bonne chose. Mais le procédé manque pour le moins d'élégance à l'égard de quelqu'un qui a fait son métier sans démériter.

De tout cela, il se dégage un sentiment d'amertume et d'incompréhension devant des comportements qui frisent parfois le mépris et qui relèvent ni plus ni moins de ce fameux « fait du prince » que la Révolution croyait avoir aboli en même temps que le « droit de cuissage ».

Mais, ça, c'est une autre histoire !

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« Gustave est dans sa chambre » …. et dans ses murs !

12 Avril 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Gustave est dans sa chambre » …. et dans ses murs !

Gustave Flaubert se tient à Rouen dans une étonnante discrétion qui ressemble presque à une quarantaine. C'est normal quand on pense qu'il est né à l'Hôtel-Dieu dont son père était le médecin-chef et qu'il a passé toute son enfance à suivre avec sa sœur Caroline les travaux paternels consacrés aux dissections et autres joyeusetés et que la salle à manger familiales jouxtait la grande pièce où mouraient les malades atteints du choléra. Ce n'était évidemment pas un endroit où un jeune garçon pouvait s'épanouir sans être marqué par cet environnement quelque peu glacé. Mais si son ambiance devait être assez sinistre, la maison ne l'était pas. C'était une charmante demeure tout imprégnée d'élégances quasi balzaciennes et significative de son confort solidement bourgeois.

Elle est restée, si l'on peut dire, dans son jus et elle mérite qu'on s'y arrête et qu'on la visite. D'abord parce qu'elle présente des éléments qui situent bien la manière dont on pratiquait la médecine à cette époque mais surtout elle fait entrer les visiteurs dans l'univers de la famille Flaubert avec ses meubles cossus, ses portraits de famille et ses multiples petits objets familiers qui permettent à cette maison d'échapper au didactisme formel d'un simple musée.

Ainsi, on y voit toujours, la chambre natale de l’écrivain où, sculpté par Pradier, le buste de Caroline, semble accueillir les visiteurs. Car si le musée favorise une meilleure compréhension d’un établissement hospitalier au XIXe, il permet en même temps de mieux appréhender le climat dans lequel la jeunesse de Gustave se déroula, toute imprégnée de cet environnement dont les marques profondes, dans la vie comme dans son œuvre, le feront constamment osciller entre le morbide et le sublime.

Le musée de la médecine n’échappe pas à cette dualité. On y découvre, entre autres, des instruments chirurgicaux qu’Achille-Cléophas Flaubert, puis son fils Achille , purent utiliser ainsi qu’une étonnante collection de moulages phrénologiques aux beautés hallucinées.

Et puis, surprise naturaliste s’il en est, on retrouve au détour d’une vitrine, Loulou le perroquet, frère jumeau de celui de Croisset, tel que l’admirait la fidèle Félicité d’un « Cœur simple » avec «...son corps vert, le bout de ses ailes roses, son front bleu et sa gorge dorée».

En petit comité

L'association des « Amis du Musée Flaubert et d'histoire de la médecine » qui se bat pour conserver intacte ce témoignage important de la littérature et de l'aventure humaine a eu la bonne idée de monter avec ses membres un atelier d'écriture. Elle eut une meilleure idée, encore, de demander à Michèle Guigot chez qui le goût du théâtre est toujours tenace, de construire une mise en scène autour de ces textes et de les faire jouer par ceux qui les ont écrits. « Gustave est dans sa chambre » - c'est le titre de ce spectacle - est une promenade en petit comité, originale, sensible, inventive dans la manière de jouer avec des lieux qui ne sont pas faits pour cela mais qui grâce à la mise en espace de Michèle Guigot se plient parfaitement à l'évocation des personnages.

Ainsi, sous la conduite de Julie, la bonne des Flaubert (l'excellente et solide Sophie Caritté), les visiteurs deviennent des amis de la famille et les membres de l'association assument avec crânerie des emplois qui permettent d'avoir une approche humaine des personnages. C'est vif, intelligent et surtout très finement mené pour permettre de croiser les fantômes qui ont hanté cette maison, depuis la tendre Caroline qui mourra en couches jusqu'à la belle Elisa Schlesinger pour qui le jeune adolescent eut un coup de foudre en la voyant donner le sein à son enfant sur la plage de Trouville sans oublier Louise Collet qui se verra refoulée dès la porte du jardin de Croisset par un amant qui ne voulait surtout pas qu'elle partage sa vie et celle de la famille.

Bien évidemment tout cela se situe dans un raccourci très bien mené et qui, et c'est son grand mérite, incite à des prolongements par une visite attentive et personnelle de ce musée très riche dont l'avenir semble incertain.

De par sa fonction initiale et de par sa position au sein même du complexe hospitalier, la maison relève du CHU qui en assure son fonctionnement y compris le poids des trois salariés qui la font fonctionner.

En attendant le bi-centenaire

Il est bien évidement que la situation a quelque chose d'hybride et cette double casquette pour avantageuse qu'elle puisse paraître est à double-tranchant. A une époque où on parle d'économie drastique, le musée risque de se retrouver un jour ou l'autre avec des problèmes non pas d'existence mais de prise en charge financière.

C'est donc légitime que l'on s'interroge sur la manière dont il peut aborder l'avenir. Heureusement, l'association des « Amis du Musée Flaubert et d'histoire de la médecin » est là pour veiller au grain et surtout travailler à ce que ce patrimoine exceptionnel s'enrichisse régulièrement de nouvelles pièces. De nombreuses manifestations ou rencontres comme celle qui est organisée actuellement, permettent de trouver des fonds et surtout d'affirmer la volonté de faire vivre la maison sans qu'elle ne perde rien de son intégrité culturelle.

En 2021, on célébrera le bi-centenaire de la naissance de Flaubert. Espérons que, d'ici là, les interrogations seront levées et que Gustave restera dans ses murs.

Notre photo : Yvan Leclerc, le grand spécialiste de Flaubert tient le rôle du docteur Cloquet pour une évocation douloureuse de la mort de Caroline dans la chambre même où naquit Gustave.

« Gustave est dans sa chambre » : mardi 19 mai, jeudi 11 juin à 16h30 et vendredi 12 juin à 19 heures. Il est TRES prudent de réserver dès maintenant au 0632391545

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Thomas Jolly et Henri VI lorgnent vers Molière

4 Avril 2015 , Rédigé par Vicaire François

Thomas Jolly et Henri VI lorgnent vers Molière

La nouvelle est toute fraîche. C'est avant-hier, en effet, que Thomas Jolly a appris sa nomination aux « Molières » pour la pièce-fleuve de Shakespeare, qu'il a montée dans son intégralité pour sa compagnie « La Piccola Familia » .

La production se présente dans les catégories du « Molière du théâtre public » et « Molière du metteur en scène d'un spectacle de théâtre public ».
Autant dire que c'est une consécration remarquable qui prend en compte le travail de Jolly qui, contre vents et marées et avec une opiniâtreté jamais prise en défaut a pris à bras le corps toutes les difficultés que représentait un tel tour de force.

Tour de force de trouver une distribution homogène et rompue à un travail démultiplié puisque ce sont 21 comédiens qui assurent – qui assument avec un brio remarquable – quelque 150 personnages. Tour de force technique avec une mise en scène tout à la fois visuelle et intimiste en constant renouvellement, tour de force intellectuel dans la mesure où Jolly a su trouver les « liens » qui permettaient de donner une cohérence dramatique à une épopée couvrant pas moins de 50 ans de règne. Tour de force, enfin, de faire en sorte de ne pas trahir Shakespeare en l'adaptant sans le dénaturer. Le travail de Thomas Jolly est remarquable, intelligent, animé d'un souffle lyrique qui ne faiblit pas durant les 18 heures que totalisent le spectacle quand on le voit dans son intégralité.Ce fut le cas, entre autres, au Festival d'Avignon où « La Piccola » a véritablement créé l'événement au même titre que la « Lucrèce » de David Bobée à Grignan.

On peut espérer qu'il en sera de même pour les « Molières ». Pour Thomas Jolly, pour toute son équipe, pour tous ceux qui les ont soutenu dont la Région de Haute-Normandie qui s'est investie au propre et au figuré dans l'aventure.

Ces nominations sont déjà une consécration pour cette compagnie qui se situe parmi les plus dynamiques, les plus innovantes et les mieux abouties dans sa démarche de création en Haute-Normandie.

Le samedi 20 juin à partir de 10 heures, l’intégralité (18 heures!) de « Henri VI » sera présentée à l'Opéra de Rouen. A noter également que le spectacle a été capté au cours d'une représentation en Avignon et a fait l'objet d'un DVD qui permet de suivre, à son rythme, le déroulement en son entier. Un privilège dont Shakespeare n'a certainement pas dû pouvoir bénéficier !

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« Gustave est dans sa chambre » …. et dans ses murs !

4 Avril 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Gustave est dans sa chambre » …. et dans ses murs !

Alors qu'elle s'entiche à tout-va et à juste titre de Jeanne d'Arc, la ville de Rouen s'en tient avec son autre gloire célèbre, c'est à dire Gustave Flaubert, à une étonnante discrétion qui ressemble presque à une quarantaine. C'est normal quand on pense qu'il est né à l'Hôtel-Dieu dont son père était le médecin-chef et qu'il a passé toute son enfance à suivre avec sa sœur Caroline les travaux paternels consacrés aux dissections et autres joyeusetés et que la salle à manger familiales jouxtait la grande pièce où mouraient, entre autres, les malades atteints du choléra.

Ce n'était évidemment pas un endroit où un jeune garçon pouvait s'épanouir sans être marqué par cet environnement quelque peu glacé.

Cela dit, même si son ambiance devait être singulièrement sinistre, la maison, elle, ne l'était pas. C'était une charmante demeure tout imprégnée d'élégances quasi balzaciennes et significative d'une confortable maison bourgeoise.

Elle est restée, si l'on peut dire, dans son jus et elle mérite qu'on s'y arrête et qu'on la visite. D'abord parce qu'elle présente des éléments qui situent bien la manière dont on pratiquait la médecine à cette époque mais surtout elle fait entrer les visiteurs dans l'univers de la famille Flaubert avec ses meubles cossus, ses portraits de famille et ses multiples petits objets familiers qui permettent à cette maison d'échapper au didactisme formel d'un simple musée.

Ainsi, on y voit toujours, la chambre natale de l’écrivain où, sculpté par Pradier, le buste de Caroline, semble accueillir les visiteurs. Car si le musée favorise une meilleure compréhension d’un établissement hospitalier au XIXe, il permet en même temps de mieux appréhender le climat dans lequel la jeunesse de Gustave se déroula, toute imprégnée de cet environnement dont les marques profondes, dans la vie comme dans son œuvre, le feront constamment osciller entre le morbide et le sublime.

Le musée de la médecine n’échappe pas à cette dualité. On y découvre, entre autres, des instruments chirurgicaux qu’Achille-Cléophas Flaubert, puis son fils Achille , purent utiliser ainsi qu’une étonnante collection de moulages phrénologiques aux beautés hallucinées.

Et puis, surprise naturaliste s’il en est, on retrouve au détour d’une vitrine, Loulou le perroquet, frère jumeau de celui de Croisset, tel que l’admirait la fidèle Félicité d’un « Cœur simple » avec «...son corps vert, le bout de ses ailes roses, son front bleu et sa gorge dorée».

En petit comité

L'association des « Amis du Musée Flaubert et d'histoire de la médecine » qui se bat pour conserver intacte ce témoignage important de la littérature et de l'aventure humaine a eu la bonne idée de monter avec ses membres un atelier d'écriture. Elle eut une meilleure idée, encore, de demander à Michèle Guigot chez qui le goût du théâtre est toujours tenace, de construire une mise en scène autour de ces textes et de les faire jouer par ceux qui les ont écrits. « Gustave est dans sa chambre » - c'est le titre de ce spectacle - est une promenade en petit comité, originale, sensible, inventive dans la manière de jouer avec des lieux qui ne sont pas faits pour cela mais qui grâce à la mise en espace de Michèle Guigot se plient parfaitement à l'évocation des personnages.

Ainsi, sous la conduite de Julie, la bonne des Flaubert (l'excellente et solide Sophie Caritté), les visiteurs deviennent des amis de la famille et les membres de l'association assument avec crânerie des emplois qui permettent d'avoir une approche humaine des personnages. C'est vif, intelligent et surtout très finement mené pour permettre de croiser les fantômes qui ont hanté cette maison, depuis la tendre Caroline qui mourra en couches jusqu'à la belle Elisa Schlesinger pour qui le jeune adolescent eut un coup de foudre en la voyant donner le sein à son enfant sur la plage de Trouville sans oublier Louise Collet qui se verra refoulée dès la porte du jardin de Croisset par un amant qui ne voulait surtout pas qu'elle partage sa vie et celle de la famille.

Bien évidemment tout cela se situe dans un raccourci très bien mené et qui, et c'est son grand mérite, incite à des prolongements par une visite attentive et personnelle de ce musée très riche dont l'avenir semble incertain.

De par sa fonction initiale et de par sa position au sein même du complexe hospitalier, la maison relève du CHU qui en assure son fonctionnement y compris le poids des trois salariés qui la font fonctionner.

En attendant le bi-centenaire

Il est bien évidement que la situation a quelque chose d'hybride et cette double casquette pour avantageuse qu'elle puisse paraître est à double-tranchant. A une époque où on parle d'économie drastique, le musée risque de se retrouver un jour ou l'autre avec des problèmes non pas d'existence mais de prise en charge financière.

C'est donc légitime que l'on s'interroge sur la manière dont il peut aborder l'avenir. Heureusement, l'association des « Amis du Musée Flaubert et d'histoire de la médecin » est là pour veiller au grain et surtout travailler à ce que ce patrimoine exceptionnel s'enrichisse régulièrement de nouvelles pièces. De nombreuses manifestations ou rencontres comme celle qui est organisée actuellement, permettent de trouver des fonds et surtout d'affirmer la volonté de faire vivre la maison sans qu'elle ne perde rien de son intégrité culturelle.

En 2021, on célébrera le bi-centenaire de la naissance de Flaubert. Espérons que, d'ici là, les interrogations seront levées et que Gustave restera dans ses murs.

Notre photo : Yvan Leclerc, le grand spécialiste de Flaubert tient le rôle du docteur Cloquet pour une évocation douloureuse de la mort de Caroline dans la chambre même où naquit Gustave.

« Gustave est dans sa chambre » : mardi 19 mai, jeudi 11 juin à 16h30 et vendredi 12 juin à 19 heures. Il est TRES prudent de réserver dès maintenant au 0632391545

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Il serait temps d'accorder les violons de la culture

1 Avril 2015 , Rédigé par Vicaire François

Il serait temps d'accorder les violons de la culture

Tout le monde y pense sans avoir encore trop envie d'en parler, du moins chez les politiques. Pourtant, il est bien évident – inéluctable même – que la nouvelle donne au Département va avoir des répercussions et risque de changer pas mal de choses dans tous les domaines, y compris celui du culturel.

Dernièrement, au cours de la conférence de presse qu'il donnait à l'issue de la réunion du conseil d'administration de l'Etablissement Public de Coopération Culturelle qui gère l'opéra, Nicolas Mayer-Rossignol, en compagnie d'Yvon Robert, maire de Rouen, s'est montré rassurant puisque, du moins dans un premier temps, le Département s'étant déjà désengagé du financement de l'Opéra de Rouen, c'est le Conseil régional qui a pris le relais.

Inutile donc de s'inquiéter outre mesure pour l'instant.

L'avenir, c'est- à- dire les quelques mois qui nous sépare des Régionales, étant assuré, il n'y a aucune raison de déchanter du côté de la rue du docteur Rambert.

D'autant plus que les résultats donnés par le président Mayer-Rossignol et Frédéric Roels sont plutôt rassurants. Après une saison 2013 qu'il avait fallu remettre à flot et les incertitudes qu'avait provoqué le départ de Luciano Acocella, tout est rentré dans l'ordre. On pourrait presque dire que l'arrivée de Léo Hussain, est l'événement qui a marqué la nouvelle saison. Le président de Région y voit même une des raisons qui aurait entraîné une augmentation significative de la fréquentation. Ce qui est peut-être excessif mais pas totalement improbable dans les effets qu'a entraînés ce changement de pupitre.

Des chiffres qui se portent bien

Mais l'art de faire parler les chiffres est une question d'appréciation dans la manière de leur faire dire ce qu'on veut qu'ils démontrent. Il n'en reste pas moins que la maison a l'air de se porter bien et que les résultats présentés pour la saison 2013-2014 sont plutôt positifs : plus de 100.000 spectateurs dont près de 17.000 en tournée, 130 représentations, 135 actions pédagogiques, 81 actions culturelles le tout générant 650 emplois sur 307 jours d'ouverture.

Tout cela étant porté par un budget dans lequel se retrouvent les 7 millions de la Région, le million de l'Etat, le million de la ville de Rouen, les 300.000 euros du Conseil général de l'Eure, les 300.000 de la métropole, les 200.000 du mécénat et les recettes qui totalisent 1.262.001 euros soit une augmentation de 17 %….

Bref, de quoi avoir permis à Frédéric Roels de construire une saison dominée par quelques beaux phares comme le « Didon et Enée » du Poème Harmonique, « Les contes d'Hoffman, qui a fait les beaux jours de l'opéra de Versailles et un « Ali Baba » dont la production rouennaise à été présentée à l'Opéra-Comique en mai 2014 et n'arrivera à l'opéra de Normandie que très prochainement..

Une vision sans perspective

Donc de bons résultats mais qui vont, qu'on le veuille ou non, être tributaires de l'avenir. Que va faire le Conseil général de l'Eure ? Rouen Métropole ne risque-t-elle pas de reprendre des compétences que la boulimie fabusienne s'était arrogée ? En un mot, la droite qui détient, depuis peu, les rênes du Département ne risque-t-elle pas de reprendre quelques billes pour jouer un jeu plus personnel. Et que dire, toujours au Département, des actions mises en route comme « Terres de Paroles » qui semblent reprendre du service après le cafouillage monumental lié au départ de Robert Lacombe qui s'ennuie rue de Valois en attendant une fonction qui soit à la mesure de ses ambitions?

Autant de questions qui restent en suspens comme l'est aussi l'utilisation de la chapelle du lycée Corneille, ce joyau inutilisé et dont personne ne sait encore très exactement quelle fonction lui sera dévolue.

Après l'Opéra de Rouen qui, à priori, n'avait pas envie d'appauvrir sa saison au détriment d'une autre salle sans voir pour autant son budget augmenter et qui assurera néanmoins quelques spectacles et des concerts, l'Académie Bach et d'autres structures, deux alternatives sérieuses (!) semblent se faire jour. D'un côté, la substitution de la programmation du Hangar 23 qui viendrait encombrer l'acoustique délicate de la chapelle. De l'autre – et ce serait la bonne solution - une résidence accordée au « Poème Harmonique » qui y trouverait le cadre idéal pour la qualité, dans le ton et dans la forme, de ses productions.

Des deux solutions, parmi d'autres qui viendront se greffer sur un ensemble plutôt hétéroclite, il n'est pas besoin d'être grand clerc pour penser que c'est la seconde qui devrait, logiquement, et sans appel, être prise. Mais ce serait trop beau et trop simple !

La Région qui se destine à gérer ce lieu magnifiquement restauré à grand frais, s'engage dans une politique du moyen terme et sans véritable cohérence.

Décidément, quels que soient les résultats des élections et les conséquences qu'ils entraîneront, il va falloir que dans la grande cacophonie qu'elle connaît actuellement, la Haute-Normandie trouve ceux qui sauront accorder les violons de la culture ou se contenter d'une lecture à vue dont le déchiffrage sera singulièrement laborieux pour le public qui en fera les frais.

Photo : David Morganti

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