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Théâtre en Normandie

« Kvetch » : Sophie Lecarpentier règle les désordres de l'interrogation introspective

25 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

« Kvetch » : Sophie Lecarpentier règle les désordres de l'interrogation introspective

Quatre chaises occupent un plateau quasiment vide.

Dans son coin, un violoniste joue du Bach et souligne de points d'exclamation ironiques et précis le parcours de quatre personnages ordinaires chez qui passent à « l'arrière de leurs têtes » toutes les rancœurs fantasmatiques de leurs vies sans perspective.

« Kvetch » c'est un peu l'histoire de ces rendez-vous manqués... de ce grain de sable qui fait basculer la morne harmonie de vies ordinaires dans le désordre de l'interrogation introspective.

La pièce de Steven Berkoff dissèque avec un bonheur jouissif les travers de cette société contemporaine qui a peur d'elle-même. Les non-dits prennent le pas sur la réalité des choses et les personnages finissent par ne plus savoir très bien où se situe le point de rupture qui déclenche ce qu'on pourrait appeler des « prises d'inconscience » qui tournent court quand elles commencent à faire trop mal.

Le principe de la pièce est simple et astucieux. Il se construit comme autant d'à-partés qui interfèrent dans une action jouant constamment avec cette diversion de l'esprit qui fonctionne sur un double plan et servent de révélateur à toutes les figures de style que peuvent engendrer les délires de personnages submergés par leur imaginaire.

Un principe qui permet à la mise en scène d'actionner toutes les ressources d'une série de situations qui ne s'embarrassent pas de périphrases tant au niveau des mots que des péripéties qu'elles mettent en place.

Sur la durée, le système pourrait prendre le risque de s'émousser si Sophie Lecarpentier ne faisait preuve d'une grande capacité de renouvellement dans sa manière de passer du tangible au ressenti. Elle y met une bonne dose d'humour et jongle avec beaucoup d'intelligence et d'invention avec des situations qu'elle mène sur un rythme très tonique.

Il faut dire qu'elle est soutenue en cela par une jeune et bondissante distribution qui se livre sans restriction à un jeu d'une grande mobilité et affirme une saine alacrité dans des péripéties aussi scabreuses qu'elles puissent paraître

Stéphane Brel, Adrien Michaux, Anne Cressent, Julien Saada et leur complice musicien Bertrand Causse se dispensent et se dispersent avec un bonheur communicatif … jusqu'à ce que les fantasmes prennent corps – et c'est peu de le dire – et qu'au bout du compte, le quotidien déroule à nouveau son ennui... sauf sur le plateau où ce spectacle pétille d'intelligence.

 

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De Moscou à Djarkata … les bonheurs migrateurs de David Bobée!

23 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

De Moscou à Djarkata … les bonheurs migrateurs de David Bobée!

 

Il n'est déjà plus là où on l'attend encore.

Hier il était à Petit-Quevilly pour « Drops » qu'il travaille avec le sangliste Anthony Weiss et la comédienne indonésienne Ine Febriyanti et qui sera présenté en mars à Djarkarta. Sur des textes de Ronan Chéneau à partir des lettres d'amour d'Ovide, il leur règle une variation dans laquelle les mots et le corps s'affrontent, se cherchent, et tourbillonnent dans la force élégante du mouvement et la musicalité d'une langue à découvrir.

Demain, c'est à dire début mars, il sera aux Gémeaux à Sceaux pour la reprise de son « Hamlet » qu'il a revisité tout spécialement pour la jeune troupe du « Studio 7 » de Moscou. Un « Hamlet » dans lequel les motivations du héros ne passent plus par le « qui suis-je » qu'on lui accorde généralement mais par un « que vais-je faire ?».qui modifie profondément le fameux « être ou ne pas être » d'un personnage dans sa façon de considérer les humains et leurs comportements dans une mise en espace marquée par cette esthétique du mouvement dans laquelle Bobée se meut avec une aisance et une imagination toujours renouvelées. Quelques jours plus tard, on le retrouvera au Théâtre de Chaillot avec « Metamorphosis » toujours avec le « Studio 7 », en attendant de se retrouver cet été au château de Grignan pour sa « Lucrèce Borgia » avec Laurence Dalle. Entre temps, il se sera envolé pour la Colombie pour un spectacle réunissant le cirque et la musique baroque. Et pour faire bonne mesure, alors qu'il peaufinera la triple saison du Centre Dramatique National, il prendra le temps de faire une incursion dans l'opéra avec le « Rake Progress » de Stravinski au théâtre de Caen.

Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, on pourrait penser qu'il y a chez David Bobée une sorte de course en avant prenant la forme d'une quête permanente alors qu'il s'agit plus simplement – si l'on peut dire – d'une curiosité sinon jamais satisfaite du moins toujours en alerte.

 

L'exaltation des rencontres moscovites

Dans l'attente d'autres lieux à découvrir, d'autres sensations à explorer et d'autres expériences à mener avec d'autres êtres, il est constamment en attente de désirs à atteindre dans les perspectives que lui ouvre en permanence ce merveilleux champ d'exploration qu'est le théâtre.

Et parmi toutes les rencontres qu'il se plaît à multiplier, celle qu'il poursuit depuis quelques années avec la jeune troupe du « Studio 7 » de Moscou est certainement une des plus exaltantes.

Tout a commencé par une invitation à Moscou par Kirill Serebrennikov pour une rencontre autour de la dramaturgie contemporaine française. Plutôt que de partir avec des auteurs comme Duras ou Koltès, David Bobée opta pour un travail résolument actuel qu'il demanda à Ronan Chéneau. Ce fut « Cannibal » qui a si bien marché qu'il est entré depuis au répertoire du théâtre national et au Gogol Center de Moscou.

Ce fut, à l'époque, l'occasion pour Bobée de découvrir les immenses ressources humaines et artistiques d'un mouvement théâtral d'un pays où les cultures s'affrontent, où la violence et les passions s'exacerbent, où le sens de l'exception s'applique à tous les domaines, y compris le politique. Ces jeunes comédiens, dirigés par Kirill Serebrennikov, forment l'armature du nouveau théâtre russe dans ce qu'il a de plus inventif, voire de subversif et représente un bouillonnement qui l'aimmédiatement séduit :

 

A Moscou, j'ai trouvé des jeunes comédiens engagés pleinement dans la manière de de concilier leur art avec une grande humilité devant le théâtre et face aux textes dans leur manière de les aborder mais aussi une très grande technicité et une curiosité toujours en éveil. C'est une école de jeu dans lequel le corps trouve toutes les capacités de s'exprimer dans une spécificité slave qui a l'art d'accomoder la passion et la violence à l'intériorité des intentions dans une acceptation totale de l'art de leur temps.

 

Le lente dégradation de la nature humaine

Cette découverte réciproque a fait des étincelles. Entre Bobée et Sebrennikov s'est instaurée une vraie rencontre au niveau des attentes que l'un et l'autre mettent dans le partage de leurs idées et de leurs conceptions. Tant et si bien que « Metamorphosis » , présenté dans le courant mars à Chaillot, a été créé pour les jeunes du « Studio 7 » et partira ensuite à Moscou. C'est, après « Le songe d'une nuit d'été» et « Hamlet », la troisième collaboration – complicité devrait-on dire – qui s'établit entre Bobée et Sebrennikov. Ils co-signent cette grande fresque se référant directement à la violence de la tragédie antique mais aussi au contexte politique très particulier de la Russie. Ce monument de la culture greco-latine est le prétexte pour donner toute sa signification à ce que peut être la métamorphose d'un homme dans notre société et de la société elle-même. C'est à la suite d'une rencontre fortuite, en sortant d'une répétition à Moscou, avec un des multiples clochards qui peuplent les nuits moscovites que David Bobée fut frappé par cette étrange et pathétique mutation qui s'opère chez ceux qui n'ont plus rien et qui sont proches de ne plus être grand chose. Trop peu humain ou pas encore assez animal, ce clochard lui apporta en quelque sorte la révélation tragique de l'animalité qui sommeille dans chaque homme que les événements, sans qu'il y prit vraiment garde, peuvent faire basculer d'un monde à un autre. Un sujet éminemment de notre temps. Cette lente et définitive dégradation de la nature humaine sert de fil rouge à ce spectacle pour lequel David Bobée a fait appel au chorégraphe congolais DeLaVallet Bidiefono pour mieux marquer les télescopages d'un monde qui oscille entre les fureurs de la mythologie et l'imaginaire de l'anticipation.

 

« Metamorphosis » sera au Théâtre de Chaillot à partir du 21 mars. Le Centre Dramatique National souhaite faire partager à son public cette première française en mettant en place une navette le 21 mars qui partira à 17h30 du Théâtre de la Foudre. Une participation de 25 euros est demandée pour la place de spectacle, le transport et le traditionnel pot de première. (Inscription au 02 35 03 29 78)

 

Photo Alex Yocu

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Philippe Noiret « je me suis régalé ». Avec Bruno Putzulu et Alain Bézu

17 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

Philippe Noiret « je me suis régalé ». Avec Bruno Putzulu et Alain Bézu

Un moment de grâce est passé la semaine dernière sur la chapelle du Carmel de Bois-Guillaume où Jean-Pierre David avait organisé une soiré consacrée à la correspondance qui s'était établie entre Guy de Maupassant et le peintre François Pinchon.

Un dialogue a une voix, ponctué par des interventions musicales de Philippe Davenet au piano et Patricia Trouvé au violoncelle, qui permit surtout à Bruno Putzulu de restituer, avec une grande intelligence et une merveilleuse simplicité de ton, l'humour si particulier et la superbe verve descriptive du père de « Bel Ami ».

Rarement un auteur et un comédien se sont retrouvés aussi parfaitement en symbiose. Putzulu a porté avec une élégance faite d'humour, de tendresse, voire d'émotion, la clarté lumineuse et le style admirable des petits chefs-d'œuvre de finesse et d'observation qu'il avait choisis.

Maupassant regardait vivre le monde. Avec une acuité étonnante et derrière cette lucide cruauté dont il ne se départissait que rarement, il croquait ses personnages avec cruauté impitoyable qui n'excluait en rien une sorte d'ironie tendre qui révélait ses propres fragilités.

Dans ces lettres familières adressées à son ami Pinchon, à sa mère et dans une courte et admirable nouvelle dans laquelle il réussit à rendre attachant un personnage qui pourrait être dérisoire, Bruno Putzulu fait passer avec une grande économie de moyens et la juste ponctuation qui éclaire l'exercice parfois périlleux de la lecture, la fraîcheur et l'humanité se dégageant de textes familiers qui rejoignent une tendresse une humanité qui parlent directement à celles du comédien.

La tendresse et l'humanité ce sont elles, justement, qui ont réuni Bruno Putzulu et Philippe Noiret.

Entre eux, la rencontre fut immédiate et définitive.

Tout jeune comédien au Français, il avait vu celui qui était pour lui un « monstre sacré » entrer avec son épouse, la merveilleuse Monique Chaumette, dans sa loge pour le féliciter. Pour lui ce fut un choc.

Noiret, viendra deux ans plus tard dans sa vie quand il le retrouvera avec Pascal Elbé et Charles Berling pour le film de Michel Boujenah « Père et fils », une manière de « road movie » filial. Entre le grand aîné et ceux qu'il appelait tendrement ses « connards », une complicité s'établit si parfaitement que Noiret continua après le film à les appeler régulièrement jusqu'à ce qu'un jour Bruno Puzzulu reçoive un message laconique mais évocateur « avant j'avais un fils et maintenant, j'ai plus de nouvelles ».

Les nouvelles, ils allaient s'en donner réciproquement et d'un manière si complète dans le même amour du théâtre que Bruno Putzulu décida de construire une série d'entretiens dont Philippe Noiret malheureusement ne verra pas l'aboutissement. A la disparition du comédien, Bruno Putzulu avec beaucoup d'élégance et de pudeur, gardera ces pages précieuses sous le boisseau. Il faudra l'insistance de Monique Chaumette et de leur fille Frédérique Noiret pour qu'il consente d'en faire un livre. Au fil des dialogues qui s'instaurent progressivement, les deux amis conversent, s'échangent, se rencontrent, se complètent sur la manière de considérer la vie en général, le « métier » en particulier et surtout ce qui fait la qualité, les doutes et les certitudes d'une vie d'homme et de comédien. En feuilletant ce livre, on entre de plain pied dans le monde du théâtre et du cinéma. On fait des rencontres. On cerne des personnalités. On découvre en quelque sorte le théâtre tel que ceux qui s'y consacrent le vivent de l'intérieur.

Philippe Noiret se découvre, avec une grande discrétion et une totale absence d'affectation et Bruno Putzulu de son côté livre quelques unes des clés de sa vie d'homme et de comédien avec la même élégante retenue.

 

Rendez-vous à Forges-les-Eaux

 

Le jeudi 13 mars à l'Espace de Forges-les-Eaux, il en donnera des grands extraits en compagnie d'Alain Bézu. Ce sera en quelque sorte, entre l'ancien jeune pensionnaire du conservatoire de Rouen chez Jean Chevrin puis de Paris et celui qui a été pendant des années la bannière du théâtre vivant et de la création en Haute-Normandie, une rencontre passionnante au cours de laquelle la confrontation entre deux conceptions d'hommes de théâtre se révèlera particulièrement enrichissante.

Ce sera en quelque sorte une découverte réciproque entre deux générations, deux natures... deux passions.

Comme le dit le sous-titre du livre : on va se régaler !

 

A l'issue du spectacle, Bruno Putzulu signera son livre sur ses conversations avec Philippe Noiret

 

Jeudi 13 mars – 20h30 – L'Espace – Forges-les-Eaux

Entrées : 15 euros – 12 euros (pour les adhérents ( réservation 06 15 95 55 14)

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Boris Bénézit à Eu : l'art d'accommoder les spécificités de l'Histoire

14 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

Boris Bénézit à Eu : l'art d'accommoder les spécificités de l'Histoire

C'était il y a bien longtemps, à l'époque où les élégantes de la ville d'Eu faisaient encore bruisser leurs tournures louis-philippardes dans les jardins du château.

Un jeune homme « qui passait par là » comme dit la chanson s'éprit d'une jeune fille, corsetière de son état, et l'épousa. L'histoire pourrait en rester là, si cette idylle délicieusement romantique n'avait eu une lignée dont est issu un arrière-arrière-arrière-petit-fils qui - le hasard des amours rejoignant celui du théâtre - ne le fasse s'installer à Eu et devenir le tout jeune directeur de ce petit bijou de théâtre que les Orléans avaient oublié au point d'en faire un garde-meubles.

C'est ainsi que Boris Bénézit, ingénieur des Mines de formation et flûtiste à bec de toute éternité, a pris possession de cette bonbonnière dont les lustres à pampilles font miroiter les ors de la charmante galerie qui surplombe le parterre.
Boris Bénézit s'est trouvé esthétiquement et tout naturellement à l'aise dans cet univers que paradoxalement son trisaïeul n'a pas eu la possibilité de fréquenter.

Mais répondre à cet l'appel de candidature pour la succession d'Alice Orange, bien plus qu'un retour aux sources dont il ignorait alors les circonstances, relevait d'une étape supplémentaire dans une carrière déjà bien remplie et qui regardait avant tout vers la musique baroque

 

De la flûte aux « Mines »

C'est dès sa prime enfance, qu'il débuta la flûte à bec au conservatoire de Drancy avec Helena Polanska. Cette grande harpiste spécialiste de la musique médiévale plongea le jeune garçon dans un bain musical très ciblé et qu 'il s'empressa ensuite de perfectionner au conservatoire du Blanc-Mesnil. Une formation qui ne l'empêcha pas d'entrer ensuite à l'Ecole des Mines de Nantes et d'en sortir avec un diplôme d'ingénieur qui l'ouvrit aux mondes des réalités à travers une formation éclectique mais assez éloignée de ses aspirations musicales sans que pourtant il y renonce vraiment. En fait, sa formation première continuait de le tenailler assez fortement pour que dans le même temps, il s'inscrive tout à la fois aux conservatoires du VII° arrondissement à Paris où le baroque a particulièrement droit de cité et à celui de la Courneuve lui aussi très branché « musique ancienne ».

Et ce qui devait arriver, arriva. D'expériences en concerts et de concerts en récitals, il en viendra à créer « Les musiciens de Mars » dans la continuité de la compagnie du même nom dont il était le directeur musical. Dès lors les « Mines » s'éloignèrent progressivement de ses perspectives professionnelles et cédèrent le pas à ses propres projets dont des créations et des réalisations menées avec son épouse la comédienne Marie-Laure Desbordes.

En venant au Théâtre d'Eu, il trouva le lieu qui répondait idéalement à ses aspirations sans pour autant prendre le risque de sombrer dans l'exclusive : 

« Le théâtre est  scène conventionnée « Musique et théâtre baroques ». Une affectation – une mission devrait-on dire » - qui correspond à l'intérêt patrimonial du lieu. C'est un cadre merveilleux, évocateur mais cette beauté, cette élégance pourraient, si on n'y prenait garde, devenir restrictives. C'est le genre de lieu qu'il faut manier avec prudence et ne pas le réduire à un écrin pour des œuvres qui lui correspondent toujours. Le Théâtre d'Eu a la chance de ne pas avoir de passé historique sur le plan artistique. Ce qui nous évite de nous appuyer dans la manière de construire les saisons. Même si nous l'ouvrons volontiers à ceux qui veulent découvrir le bâtiment, le théâtre ne doit pas être considéré comme un musée. C'est un lieu de vie dont les activités doivent évoluer et correspondre aux exigences esthétiques de notre temps. Ce n'est pas une contrainte mais un challenge supplémentaire auquel il faut ajouter les spécificités de la salle et du plateau. Le style de la première et les proportions relativement réduites du second obligent à faire des choix et à jongler avec les genres et c'est particulièrement motivant ».

 

Une programmation ouverte

Pour Boris Bénézit, si l'Histoire a droit de cité dans la vie de son théâtre, elle n'y a pas le dernier mot. La programmation est dans ce sens très ouverte et même si dans la saison les « Territoires baroques » s'y taillent la part du lion, on retrouve également « Les Parents terribles » par la Compagnie Catherine Delattres, « Les chansons politiques »  de Laurent Dehors, « La belle vie » « d'Anouilh,, « Les dialogues d'exilés » de Brecht et quelques autres et belles surprises dont certaines sont spécialement réservées aux enfants. Tout cela représente un panorama très vivant, très coloré auquel vient se joindre – et c'est dire si l'entente entre le théâtre et l'Hôtel de Ville qu'il jouxte pratiquement est parfaite - une série de spectacles présentée dans le cadre de la « Saison de la commission culturelle » animée par Michel Barbier, l'adjoint à la culture.

Les résidences, en particulier avec l'opération « Place aux jeunes » et les créations ne sont pas étrangères au programme du théâtre d'Eu comme ce « Tour d'Europe en 100 pas » présentée par la compagnie musicale « Les Egaux Centriques ». Parmi les musiciens qui la composent, on relève à la flûte et à la cornemuse un certain Ernest Schrader derrière lequel se cache Boris Benezit qui a pris pour pseudonyme le nom de son arrière-arrière-arrière grand-père, l'amoureux de la petite corsetière d'Eu.

Photo : Arnaud Deschutter

 

Les prochaines dates au Théâtre municipal du Château :

Jeudi 20 février à 20 heures :

« Les dessous de la cantatrice » avec Donatienne Milpied

Vendredi 14 mars à 20 heures :

Concert Henry Lowes avec l'ensemble « La Rêveuse »

Vendredi 21 mars à 20 heures :

« Ali... au pays des merveilles » avec Ali Bougheraba

Samedi 29 mars à 20 heures :

« L'Odyssée » de Jean-Hervé Appéré

Mardi 1er Avril à 20 heures

« Amour et Bacchus » par l'ensemble « Les Meslanges »

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Le cabaret des jours heureux … à la recherche des lendemains qui chantent

8 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

Le cabaret des jours heureux … à la recherche des lendemains qui chantent

C'est une promenade dans la vie sociale de la France.

Elle commence sur les bords de la Marne dans ces « doux caboulots » chers aux masses ouvrières qui découvraient le front populaire et les congés payés et se termine dans la gravité du « chant des partisans » à la veille de cette nouvelle déclaration des droits de l'homme qu'instituera le Conseil National de la Résistance.

Et c'est bien de résistance qu'il s'agit. Résistance face à des conditions de vie et de travail épuisants, résistance au désespoir, résistance aux luttes vaines qui déboucheront progressivement sur des victoires...

C'est toute une frange de la société qui défile dans ce « cabaret des jours heureux » qu'Alain Fleury a ouvert et qui refuse du monde.

Le piège était d'éviter autant que possible un didactisme trop appuyé et d'exposer les leçons qu'il fallait tirer d'un élan qui remua les foules et continue d'agiter les cœurs sans pour autant donner l'impression de fustiger qui que ce soit.

C'est la chanson et la musique qui adoucissent les contours d'un discours volontiers revendicatif et dont les dénonciations sous-jacentes sont atténuées par cette faculté particulière qu'ont les Français de tout mettre en chanson sans jamais rien oublier.

La spectacle se construit en deux parties. La première est plus légère, moins directement politique dans le bon sens du terme que la seconde qui met en place des enjeux plus forts et cloue au pilori cette « actualité de l'argent » à laquelle notre époque est soumise.

Le choix des textes est d'une grande pertinence dans sa capacité à dérouler le fil d'évènements qui ont marqué l'évolution d'une société en lutte. Fleury connaît bien son sujet. Pour l'aborder, il fait appel à un choix d'auteurs qui va de La Boétie avec son admirable « discours de la servitude volontaire » à Camus en passant par Olympe de Gouge qui voulait institutionnaliser les « droits de la femme » ou Louise Michel, révoltée et visionnaire pour arriver à Jean Guéhénno qui fut le père de la « culture populaire » et à des textes plus ardus dans les complexités économiques qu'ils évoquent.

Toute cela représente une galerie effervescente de personnages et d'idées.

Alain Fleury, mène avec brio ce jeu, tour à tour grave et facétieux. Il jongle avec les idées, bouscule les évidences. Le spectacle fait alterner les couplets satyriques et les tirades enflammées et laisse passer un grand souffle de liberté généré par la perspective de ces matins qui chantent qui tardent toujours à venir.

Thomas Rollin et Marion Berthier se démultiplient avec un bonheur évident et une grande capacité d'inventions transformistes. Ils chantent, ils dansent, ils virevoltent et donnent une dimension ludique mais en même temps très actuelle à cette grande fresque qui est construite comme une succession de « numéros » qui sont de véritables petits morceaux d'éducation politique.

Alexandre Rasse, aussi à l'aise derrière ses claviers que devant ses textes, installe une couleur musicale qui échappe à la simple illustration pour construire un univers teinté d'humour, de fantaisie, de légèreté mais aussi de gravité à l'image de ce cabaret qui a de beaux jours devant lui.

Vendredi 14 février à 20 heures – Théâtre Charles-Dullin – Grand-Quevilly

Mercredi 9 avril à 20h30 – L'Espace – Forges-les-Eaux

Vendredi 16 mai à 20 heures - L'Avant-Scène – Grand-Couronne

Photo – Claude Méry

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Les univers extravagants et sublimés du discours politique par Laurent Dehors

5 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

Les univers extravagants et sublimés du discours politique par Laurent Dehors

Avec Laurent Dehors on n'est jamais au bout de ses surprises.

Chacun de ses concerts apporte son lot d'incroyables trouvailles concoctées dans le laboratoire intime de son imagination débordante. Avec lui, les sons ne sont jamais là où on devrait les attendre et... les entendre.

Il les structure, les déstructure à loisir, les malaxe avec une volupté saccageuse et en même temps les inscrit dans une re-création intellectuelle extrêmement élaborée et qui ne laisse rien au hasard.

C'est une démarche qui apparemment échappe à la logique alors qu'au bout du compte la mélodie, même triturée à l'excès, retombe toujours sur ses pieds et prend une dimension extravagante et s'en trouve, d'une certaine manière, sublimée..

D'une grande complexité et en même temps d'une grande lisibilité, le principe garde l'efficacité instinctive d'une réappropriation maîtrisée. La capacité de persuasion que dégage Laurent Dehors s'inscrit dans une démarche relevant d'un humour de potache qui se complaît souvent dans une parodie revisitée. Mais si on va plus loin, on découvre un remarquable travail dans lequel on pourrait surprendre des rapides clins d'oeil du côté de compositeurs comme, par exemple, Nono, Stockhausen ou John Cage... D'ailleurs, pour rester dans ce domaine des inspiration – plus que des références – Elise Caron dans le beau travail qu'elle accomplit sur les onomatopées fait parfois penser, par l'esprit et par le timbre, à Cathy Berberian quand elle chantait des oeuvres de son Bério de mari.

Car au milieu d'une instrumentation impressionnante et d'une fascinante équipe de musiciens rompus à des exercices de haute voltige musicale qui fonctionnent au quart de tour, on retrouve Elise Caron qui se meut comme un poisson dans l'eau dans cet univers qui semble fait tout exprès pour elle. En jouant avec les ressources d'un timbre dont la richesse lui permet de jongler sans problème avec les octaves, elle fait valoir une vertigineuse musicalité, teintée de cette grâce distanciée qu'elle sait mettre dans ses tours de chant, tout en réservant de belles et grandes plages d'élégance nostalgique dont son « Temps des cerises » a offert un bel exemple de tendresse pudique.

Le thème de ce nouveau spectacle dont la première avait lieu la semaine dernière au « Trianon Transatlantique » où l'équipe était en résidence, est « la chanson politique ». Cela va de l'Internationale qui ouvre le spectacle au célébrissime « Bella ciao » qui le ferme. Entre ces deux « standards » naviguent des titres, des textes, des « moments » qui comme un puzzle s'assemblent et se désassemblent pour construire un monde dans lequel les mots sont vaincus par la tonitruance des idées.

Dans le vertige des sonorités, les textes – comme la musique - sont l'objet de détournements constants mais jamais ces déviations sont irréversibles car au bout du compte, l'oreille et le cœur s'y retrouvent toujours. Et c'est le bonheur.

Notre photo (Hervé Samson), Laurent Dehors, Jean-Marc Quillet, Christelle Séry et Elise Caron qui sera au « Hangar 23 » le jeudi 13 février

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A L'opéra de Rouen, Leo Hussain succède à Luciano Acocella

2 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

A L'opéra de Rouen, Leo Hussain succède à Luciano Acocella

L'affaire n'a pas traîné. On peut, même, se demander si la succession de Luciano Acocella ne mûrissait bien avant qu'elle ait été officiellement annoncée. Mais c'est une autre histoire.

Le nom de son successeur est tombé aujourd'hui : il s'agit d'un jeune chef britannique âgé de trente cinq ans, Leo Hussain.

Un nouveau chef, une nouvelle nature, un nouveau talent – que la Normandie n'a pas encore eu l'occasion d'apprécier – c'est un événement pour la maison et pour son public. En effet, les rapports que le chef d'orchestre entretient aussi bien avec la fosse qu'avec la salle peuvent être générateurs de bonheurs immédiats ou de désillusions à venir.

C'est la semaine prochaine à Paris au British Council que Leo Hussain sera présenté à la presse par le président Mayer-Rossignol, président de Région et Frédéric Roels, directeur de l'Opéra de Rouen.

On en connaîtra peut-être mieux ce jour-là sur ses intentions normandes, mais on sait déjà que Leo Hussain a étudié à l’Université de Cambridge et à la Royal Academy of Music.

Dès cette époque, il s'est frotté aux grands chefs d’orchestre de son temps comme Simon Rattle, Valery Gergiev ou Daniel Barenboim.

En 2004, il amorcera une carrière lyrique en dirigeant de grandes tournées .au Royaume Uni et en devenant chef assistant de Sir Simon Rattle à la Philharmonie de Berlin, entre autres, pour « Pelléas et Mélisande.» Valery Gergiev à la Philharmonie de Vienne pour « Benvenuto Cellini », Ricardo Muti pour « Otello » et « La Flûte enchantée ». Des étapes qu'il complètera comme chef assistant à l’Opéra de Paris et au Festival d’Aix-en-Provence.

Directeur musical du Landestheater Salzburg, il a fait des débuts très remarqués à la « Monnaie de Bruxelles » dans une nouvelle production du « Grand Macabre » de Ligeti dans une mise en scène de La Fura dels Baus. On l'a vu également avec le Wiener Symphoniker, le Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin, le BBC Symphony Orchestra, le Mozarteum de Salzbourg, le Berliner Staatsoper, le Theater an der Wien, l’English National Opera, le Mariinsky Theatre, l’Opéra de Francfort etc...

Autant dire qu'il arrive à Rouen avec un bagage particulièrement dense et déjà prestigieux.

Pour la saison en cours, Leo Hussain se produira pour la première fois au Royal Danish Theatre de Copenhague avec Falstaff de Verdi, à l’Opéra de Francfort pour Tosca et à Salzbourg pour « Eugene Oneguine », « La Clemenza di Tito » et « Emilie » de Kaija Saariaho.

Il fera, également, cette année ses débuts avec le Royal Opera House, Covent Garden, et le prestigieux Festival de Glyndebourne.

Un beau parcours qui passe désormais par Rouen. Il entrera donc en fonction le 1er septembre. Il ne reste plus qu'à espérer qu'on lui offrira une vraie saison lyrique à diriger et des distributions à la mesure des ambitions que sa jeune et brillante carrière promet.

Photo : Marco Borggreve

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A Honfleur Michel Decoust et Jean-Pierre Wallez soufflent dans les oreilles de Satie

1 Février 2014 , Rédigé par Vicaire François

A Honfleur Michel Decoust et Jean-Pierre Wallez soufflent dans les oreilles de Satie

C'est d'une seule voix et sur le même tempo – on pourrait presque dire sur la même longueur d'ondes – que Jean-Pierre Wallez et Michel Decoust se sont retrouvés à Honfleur dimanche dernier grâce à Erik Satie. C'était au cours d'un concert donné au Grenier à Sel par l'orchestre régional de Basse-Normandie. Guillaume Lamas avait eu l'heureuse idée de réunir le chef d'orchestre et le compositeur pour un même hommage rendant au maître d'Arcueil sa véritable place.

En effet, à l'exception des « Gymnopédies » qui sont presque devenues des scies et les Gnociennes, moins rabâchées et pourtant tout aussi, si ce n'est plus, admirables, que connaît-on réellement de l'œuvre de Satie ? Considérée comme une sorte de guirlande musicale liée à des textes qu'il écrivait sur les partitions, elle a longtemps hanté le cercle intime des salons ou des concerts pour des « bis » en forme de points d'exclamation sans que l'on s'attache vraiment à la réalité d'un talent à la fois drôlatique et tendre..

L'oeuvre de Satie est avant tout pianistique. Si l'on excepte quatre ballets – écrits quand même pour les ballets russes de Diaghilev et les « suédois » de Jean Börlin, ce qui n'est quand même pas si mal – la masse orchestrale ne semble pas l'avoir inspiré particulièrement. Il s'est surtout attaché à dessiner d'une écriture fine, acérée et d'une virtuosité qui est beaucoup plus celle de l'esprit que celle du clavier des « instants » qui s'inscrivent dans le désordre organisé d'une inspiration totalement irrévérencieuse. Le titre du concert lui-même « Ne souffle pas dans tes oreilles ». portait bien le sceau de l'excentricité du personnage. On pouvait en mesurer la saveur dans la projection des textes accompagnant les œuvres interprétées et que David Christoffel commentait avec un à-propos qui restituait bien l'esprit de l'époque à la veille de la guerre de 14.

Satie, dans des commentaires qui portent la marque d'une inspiration dadaïste indissociable de sa musique elle-même, ne ne découvre pas toujours, derrière les pirouettes iconoclastes qu'il affectionne, la réalité d'une nature fragile, solitaire et paradoxalement empreinte d'une nostalgie qu'il s'efforce de noyer dans la dérision.
Et c'est le grand mérite de Michel Decoust que d'avoir su aller chercher les pépites d'élégance et les grandes subtilités harmoniques que ces petites pièces rapides dissimulent avec une adresse diabolique. Il a effectué un travail de ciseleur qui échappe à la simple orchestration pour atteindre une véritable démarche de composition dans laquelle la structure originale de l'œuvre ne perd jamais ses droits mais gagne une couleur beaucoup plus personnelle.. D'une certaine manière Decoust a prolongé ce que Satie n'avait pas osé faire : à savoir mettre dans sa musique les tendresses désenchantées de son talent contradictoire.

Jean-Pierre Wallez et l'orchestre régional de Basse-Normandie jouent avec les fluidités quasi-impressionnistes d'une partition – des partitions devrait-on dire tant le talent de Satie est multiple – dont le discours musical fait la part belle à une fantaisie qui jongle avec l'humour mais sait porter aussi à son point d'incandescence de grands et beaux moments d'émotion.

Le musicologue Emile Vuillermoz, qui n'était pas avare de vacheries, disait que la renommée de Satie venait en partie du fait que Debussy avait eu la gentillesse d'orchestrer une succession de ces « accords amorphes et sans liens qui portait le titre de Gymnopédies".

Dommage qu'il n'ai pas eu la possibilité d'apprécier le remarquable travail réalisé par Michel Decoust et Jean-Pierre Wallez...il est mort depuis belle lurette.

Tant pis pour lui!

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