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Théâtre en Normandie

Catherine Morin-Desailly : mettre en place le "marché commun" normand de la culture

25 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Catherine Morin-Desailly : mettre en place le "marché commun" normand de la culture

Avec le retour de la droite au Conseil Régional, les perspectives de la grande Normandie sont en train de prendre un contours plus précis, tout au moins au niveau de la culture d'autant plus qu'on y retrouve Catherine Morin-Desaily qui en est le symbole. Personnalité forte dans ses convictions mais ouverte sur la manière de les mener, celle qui fut adjointe à la culture de la ville de Rouen s'est imposée au monde culturel haut-normand par une consensualité et une connaissance profonde des problèmes qui, il faut le reconnaître, n'ont pas trouvé depuis d'équivalent tant au niveau de l'influence que de l'efficacité.

Les nouvelles compétences qui lui échoient lui offrent un rayon d'action singulièrement élargi, allant de la Culture à l'état pur, au Tourisme, au Territoire et d'une manière plus générale à tout ce qui touche à l'image de cette nouvelle Région en devenir.

De plus, présidente de la commission « culture, éducation et communication » au Sénat, Catherine Morin-Desailly occupe au Palais du Luxembourg une position de premier plan dont le champ de compétences englobe l'enseignement supérieur, la presse, la télévision, les nouveaux médias, la francophonie, le sport, la jeunesse et la vie associative. Un énorme domaine sur lequel vient se greffer maintenant cette grande Normandie qui pourrait à lui seule l'occuper à plein temps si le personnage n'était pas du genre à se laisser déborder par les événements.

Une démocratisation culturelle

« Je ne suis pas seule. J'ai à côté de moi Emmanuelle Dormoy, conseillère régionale du Calvados. Nous formons un binome qui nous permet d'englober les problèmes et les perspectives qui s'offrent à cette grande Normandie. D'ailleurs, chaque département garde une grande autonomie et se repartit les tâches en fonction des spécificités de chacun ce qui nous amène à travailler ensemble en portant sur l'ensemble un regard panoramique. Dans cette grande région qu'est désormais la Normandie nous mettons en place ce qu'on pourrait appeler un « marché commun normand » de la culture dans lequel les cinq départements apportent leurs offres. Un principe qui permet de développer un partenariat qu'il appartient aux présidents de chaque Conseil général d'harmoniser, d'équilibrer et d'une certaine manière de complémentariser en y associant les villes, les intercommunalités et toutes les composantes structurelle dont chacun, dispose. Bref, tout mettre en place pour une véritable démocratisation culturelle. »

Il est évident que les ressources des cinq départements normands représente un potentiel qui ne demande qu'à être coordonné et développé.

Jusque-là, on ne peut pas dire qu'il y ait eu une véritable osmose d'une frontière départementale à l'autre. La Grande Normandie devrait aplanir le paysage et trouver les moyens de dessiner une nouvelle carte.

« Notre travail est de faciliter les échanges et de les comparer afin que chaque département puisse déposer ce qu'il a de rare et d'unique et que cette confrontation se fasse au bénéfice de la Région » .

Et Rouen dans tout cela ?

Catherine Morin-Desailly a été trop longtemps en première ligne de la culture à Rouen pour ne pas avoir une idée sur ce qui fut dans ce domaine, ce qui aurait pu s'y faire et ce qui s'y fera, peut-être, dans l'avenir. Le poids de la région y tient, désormais, une place importante tout comme, d'ailleurs la métropole.... une situation qui met la ville en tenaille ce qui n'est pas une situation particulièrement confortable même si elle dispose de deux outils de première grandeur : l'Opéra de Normandie et l'auditorium de la Chapelle Corneille.

Présidente de l'Etablissement Public qui gère l'Opéra et Conseiller Régional à la Culture, elle a la haute main tout à la fois sur ces deux phares de la ville :

« La chapelle est un bel outil. C'est un lieu exceptionnel dont il faut éviter que par trop de propositions diverses et pas toujours complémentaires il ne se transforme en garage. La programmation ne doit pas être une simple juxtaposition artistique mais répondre à une ligne sur laquelle, et c'est le moins qu'elle puisse, faire, la musique et la voix aient la primauté . Il est nécessaire de lui trouver un directeur artistique qui ordonnance l'ensemble des intervenants afin de construire une véritable saison ».

Un propos qui peut tout autant s'adresser à l'Opéra de Rouen auquel Catherine Morin-Desailly veut redonner la priorité et un élargissement régional avec des « productions d'envergure » et lui rendre « la place qui lui revient naturellement sur la scène française et européenne ».

Une feuille de route qui sera dans les objectifs du nouveau (?) directeur puisque le contrat de Frédéric Roels arrivant bientôt à expiration, il y a de fortes chances pour qu'un nouvel appel à candidatures fixe l'avenir de la maison d'ici la fin de l'année.

En fait même si elle n'est plus dans le giron municipal elle n'en continue pas moins à observer avec une grande prudence et une parfaite élégance de ton ce qui se passe dans sa ville :

« Le théâtre Duchamp-Villon aurait pu être le nouveau centre dramatique national mais on l'a fermé... fermé aussi le Hangar 23 dont la philosophie et le public rejoignaient parfaitement ceux du studio 106... le jazz aurait dû trouver sa place à Sainte-Croix des Pelletiers... la Chapelle Saint-Louis devenir le lieu naturel d'accueil pour les compagnies de la région ». Et quand on lui demande si, quelque part, il n'y a pas chez elle la tentation de revenir, un jour, sur la scène politique rouennaise, elle élude le problème avec le sourire :

« J'ai beaucoup de choses à faire et elles sont passionnantes … et puis, il faut laisser la place aux jeunes »

Occupée (très) mais non affairée, tout entière consacrée à la chose publique sans pour autant sacrifier son énergie au détriment de son équilibre personnel, Catherine Morin-Desailly livre les clés de sa réussite :

« J'aime les gens, j'aime la culture, j'aime les êtres dans l'action ».

Photo : Jean Pouget

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Le tiercé avignonais de "Verschu" : Cendrars, Rebotier et Feffer

23 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Le tiercé avignonais de "Verschu" : Cendrars, Rebotier et Feffer

C'est un des vieux routiers d'Avignon....

Une nouvelle fois Patrick Verschueren vient s'installer au pied des remparts aves des spectacles qui bien souvent font l'événement. De « Tombeau pour Boris Davidovich » à « Baal » en passant par « Dialogues d’exilé » ou le « Cabaret du diable », on peut compter une bonne douzaine de spectacles qu'il a joués ou mis en scène..

Alors qu'il est de bon ton, parfois, de trouver qu'Avignon est un fourre-tout dans lequel il n'est pas toujours facile de séparer le bon grain de l'ivraie (il suffit de chercher et de suivre la bonne piste et, après tout, c'est ce qui fait le charme du festival), Verschu avec un enthousiasme qui ne se dément pas continue de s'y produire. Cette année, pour faire bonne mesure, il y vient pour deux raisons qui sont des références puisqu'il emmène dans ses bagages Blaise Cendrars et Jacques Rebotier.

Ils seront présentés, en alternance, du 8 au 30 juillet au Centre Européen de poésie rue Figuière. Le premier est un « récital de poche » intitulé « Quand tu aimes il faut partir... » dans lequel Patrick Verschueren et Raphaëlle Weber s'envoient si l'on peut dire la balle, le second, avec Arno Feffer dans une mise en scène de Verschueren et une scénographie de Raphaëlle Weber est consacré à « Contre les bêtes », un texte de Jacques Rebotier.

Jacques Rebotier est tout à la fois écrivain, poète, compositeur, comédien, metteur en scène. Bref c'est l'homme-Protée du théâtre contemporain et on peut le considérer comme un créateur inclassable, ce qui n'est pas pour lui déplaire. Ses interpellations sont à la fois une critique des rapports humains, un point de vue sur l’état du monde et un travail sur la mécanique des mots à travers une écriture exigeante.

« Le propre de l’homme ? Être le seul qui détruise son nid, et avec entrain, et tout le reste avec».

Son texte « Contre les bêtes » montre comment éliminer de la surface de la terre tous les animaux qui s’avèrent inutiles et encombrants. Il interpelle toutes les espèces animales, des plus communes aux plus menacées, leur rappelant la supériorité de l’omme (sic), et résumant l’évolution des hespèces (re-sic) par la lente et inexorable transformation du ptérodactyle en crocodile et du crocodile en poulet (label rouge).

Derrière l'ironie on sent percer l’agacement d'un personnage face à la prétention de se vouloir au-dessus de toutes les contingences écologiques. Une fable d'une lucidité destructrice, à la fois drôle et mordante dont Arno Feffer interprète avec une acuité saisissante les obscurs vertiges de notre époque.

NB - A noter que le fim de "La Pie Rouge" consacré à l'écrivain Maurice Pons disparu dernièrement est présenté au cinéma "Utopia

Notre photo : Arno Feffer – Photo Serge Périchon

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Les animaux extraordinaires d'Eric Peltier

20 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Les animaux extraordinaires d'Eric Peltier

Robert Desnos n'y avait pas pensé !

Une girafe déambulant dans les couloirs d'une piscine, un éléphant se glissant entre deux portes d'un vestiaire, des flamands roses prenant le frais au bord d'un bassin olympique …. ça n'existe pas !

Et pourtant si !

Par la magie associée de la photographie et de la vidéo, Eric Peltier a réussi ce tour de force, éminemment poétique, de peupler la belle piscine des Bains des Docks du Havre que l'on doit à Jean Nouvel, d'une cohorte d'animaux exotiques qui dans un endroit où en principe ils n'auraient rien à faire prennent une allure extraordinairement décalée et pourtant si proche de la réalité qu'on pourrait s'y laisser prendre.

L'idée, improbable comme seule les rêveurs peuvent en avoir, est née d'une association autour d'un lieu : celui de la piscine du Havre et d'une minuscule figurine représentant un ours blanc !

Autour de cette rencontre, Peltier à qui l'on doit, entre autre, la belle affiche d'ouverture de la chapelle du Lycée Corneille, a construit une réflexion associant la vulnérabilité des espèces en voie de disparition aux beautés intemporelles d'une architecture qui joue remarquablement avec la fluidité de l'espace.

« J'ai commencé par photographier la structure de jour et de nuit pour saisir les plus beaux éclairages créés par la lumière naturelle ou artificielle. Très vite, le lieu a fait naître des émotions que j'ai essayé de retranscrire....

C'est ainsi que la piscine s'est animée d'un monde en miniature que le photographe est allé traquer dans les magasins d'enfants où il a fait provision de singes, de grenouilles, de koalas, de pingouins et de divers félins qu'il a intégrés dans un décor naturel qu'il a souvent retravaillé au niveau des lumières. Le résultat est étonnant. L'exposition a été admirée à l'Hôtel de Région, à la galerie « King Kong » à Bordeaux et va entreprendre une grande tournée dans les galeries essentiellement d'architectes et d'art contemporain.

Mais si son travail est essentiellement un acte esthétique, le titre de la plaquette qui réunit les vingt-quatre photos de son exposition, « Fear of a Blue Planet » rejoint ses préoccupations – voire ses craintes – sur l'avenir de notre planète.

« J'ai volontairement inséré des animaux sous la forme de figurines pour alerter sur le danger d'une disparition imminente. J'ai souhaité par ce travail leur offrir un ultime refuge ».

L'année dernière, ses flamands roses ont remporté le prix « Monaco Telecom » et fait la couverture de l'annuaire officiel de la Principauté. Dans le même temps, une seconde œuvre a été sélectionnée pour être être exposée dans le futur « Museum of Living Art » de Paris et il a été sélectionné pour participer au très important « Book Machine » dans le cadre de « Paris Photo 2015 » au Grand-Palais.

Mais si d'une certaine manière à travers la technique il redonne une âme à des animaux inanimés et même si la technique est devenue un élément indissociable de son inspiration, Eric Peltier garde toujours en réserve cet « oeil » qui lui permet de débusquer les personnages au hasard de ses rencontres. C'est ainsi qu'il a croisé un jour, « James » dont les rouennais ont souvent eu l'occasion croiser la haute silhouette à la »Sergio Leone » et avec lequel il a réalisé des portraits saisissants d'intériorité et qui devraient faire l'objet d'une prochaine exposition.

Mais, pour l'instant son travail sur Le Havre lui prend son temps et ce n'est pas un hasard si la Porte Océane le séduit. Il est en effet l'arrière-petit-fils du compositeur André Caplet, né au Havre et qui a été un musicien-phare de son époque même si sa renommée fut quelque peu estompée par Ravel et Debussy qui furent de ses amis. Eric Peltier entretient d'une manière très vivace le souvenir de cet aïeul talentueux et trop longtemps oublié qui fut un des collaborateurs très proches de Debussy (on lui doit, entre autre, des réductions pour piano de « La mer » et du « Martyre de Saint-Sébastien »).

Il a été très heureux de constater qu'Oswald Sallaberger avait inscrit dans ses programmes de « La Maison illuminée » à l'Auditorium Corneille deux œuvres de Caplet.

D'ailleurs il a invité le chef d'orchestre dans son beau studio aux structures de cathédrale du boulevard de l'Yser pour réaliser quelques portraits.

Et comme il ne sait pas travailler sans musique, il y a fort à parier que la séance de poses s'accompagnera d'un bain musical …. de Caplet, évidemment.

- La Maison illuminée" : le climat sonore de la Normandie - Vendredi 24 juin à 20 heures

Chapelle du Lycée Corneille
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Les trois entraînements d'Alexis Pelletier : les mots, le sens et la lumière

17 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Les trois entraînements d'Alexis Pelletier : les mots, le sens et la lumière

On n'entre pas en poésie, on y tombe et c'est ce qui est arrivé, tout jeune, à Alexis Pelletier.

A vrai dire c'est Théophile Gautier qui a été le responsable de cette chute providentielle. Dans la mouvance égyptologue de son époque, le futur père du « Capitaine Fracasse » avait écrit une « complainte de l'obélisque de Louxor ». Sa lecture fit une impression telle sur le jeune Alexis que dans la foulée il composa une « complainte de l'obélisque de Paris » ! Ainsi va des origines des choses et de leur vocation ….

En réalité, il y avait chez lui une prédisposition qui le poussait à chercher, derrière les mots et à travers les sons qu'ils émettent, des significations dont il explore toujours les mystères.

C'est pour lui une manière d'entretenir une inspiration qu'il ne le laisse jamais en repos. Très régulièrement, il concocte des livres-poèmes qui sont à chaque fois les manifestes d'une pensée originelle et originale. Le dernier en date, « Trois entraînements à la lumière », vient de paraître chez « Tarabuste » qui est son éditeur attitré. On y retrouve cette petite musique, parfois alexandrine, qui peut être une ode ou une mélopée et surtout une interrogation qui tourne autour de cette pensée interrogative dont les réponses, comme la lumière, reflètent les « impression d'étrangeté » du langage.

La poésie, c'est une manière de voir le monde, de le sentir, de le mesurer à l'aune de son imaginaire, de créer en quelque sorte un univers qui baigne dans une mouvance permanente qu'Alexis Pelletier va cueillir, au hasard de ses lectures.

« Mon imaginaire vient des mots. Je fais des plongées régulières dans les dictionnaire, dans les livres pour des provisions de mots, sur des perspectives et des panoramas qui s'ouvrent sur des horizons sans limite. Au départ la démarche est très concrète, mais l'intellect prend le dessus et reste toujours au service du sens... c'est lui qui est souverain ».

Et il écrit. Il écrit. Cela peut aller des poèmes aux chansons, mais aussi à des CD, des pièces de théâtre, des livrets d'opéra. Furieusement, amoureusement il alimente son besoin de ressentis et aiguise son exigence à rester toujours « au plus près du supportable pour les autres ». L'évasion et l'accessibilité sont pour lui des éléments complémentaires. Son état de professeur de Lettres qu'il exerce en lycée est ce qu'il appelle un « avantage vivant » mais qui demande de l'attention pour ne pas devenir prisonnier des mots et des références.

« La poésie affranchit de la rigueur de l'enseignement... Mes élèves ne savent pas obligatoirement que j'écris, mais inconsciemment ils le sentent...» .

On en revient toujours à cette subtilité de faire passer des images et des mots par les « impulsions diverses du sens ».

Et ce sont ces impulsions qui lui permettent de travailler avec des musiciens comme Dominique Lemaître, des danseurs, des plasticiens comme Vincent Rougier ou Philipope Garel et d'élargir le spectre des silences qui meublent parfois les difficultés de l'écriture.

« Ce n'est pas toujours facile de travailler …. dans « la grande foire de la mémoire » il y a des mots qui se refusent, des images qui résistent ».

Heureusement, il travaille toujours deux ou trois textes en même temps. Quand il y en a un qui ne « marche » pas dans l'instant, il passe à une autre :

« Si une oeuvre est la célébration d'une autre, c'est qu'avec la première nommée, on peut aller vers celle de départ.».

Une sorte de renouvellement permanent mais qui a aussi ses risques jusqu'à l'angoisse de se pasticher

Il n'a rien à craindre, il est inimitable !

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Le harcèlement : un réquisitoire glaçant

13 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Le harcèlement : un réquisitoire glaçant

Plus que jamais le théâtre devient le témoin de son temps.

Rarement en effet on aura donné autant la parole à ceux qui ne sont pas aux premiers rangs des spectacles. A la faveur de rencontres, de témoignages, d'expériences partagées, ils sont appelés de plus en plus à donner la représentation, adaptée ou tout simplement exposée, des problèmes que notre société leur impose.

Le procédé est l'affirmation d'un acte politique fort et la démonstration d'une nécessité chez ceux qui forment en quelque sorte les intermédiaires entre la fiction et la réalité, de libérer les consciences.

C'est une alerte et dans ce sens le montage que Thomas Rollin a réalisé autour du problème du harcèlement est exemplaire.

L'idée est née d'un tragique fait divers : celui d'un adolescent qui s'est immolé par le feu parce qu'il ne supportait plus les harcèlements dont il était l'objet de la part de ses camarades.

Thomas Rollin s'est immergé dans un établissement scolaire en avançant masqué afin de ménager les pudeurs ou les peurs et a recueilli une quarantaine de témoignages de harcelés mais aussi de harceleurs et dans lesquels la bêtise, l'ignorance, l'intolérance sont exposées chez certains avec ce qu'on pourrait appeler « l'innocence de l'âge » et chez d'autres avec une volonté réelle de blesser et une détermination à détruire celui ou celle que l'on a pris pour cible..

Cela va dans un premier temps avec les « p'tit gros », les p'tites bites », les « bougnouls» ou autres « pédés » qui deviennent presque des péchés véniels dans une population pour qui le sens des mots n'a pas encore sa valeur réelle et puis, les choses se gâtent très vite.

« Jean-Luc est pakistanais....Farid est tunisien... David est juif... Vladimir le porcinet est un bouffon »....

On en vient aux injures, à celles qui atteignent dans ce qui est le plus symbolique et le plus sensible comme l'image de la mère. Et puis, progressivement, insidieusement, de l'agression verbale on en vient à l'agression tout court, celle qui laisse des marques indélébiles dans le cœur et sur la peau.

Dans ce montage personne n'est laissé de côté. Les victimes d'abord mais aussi le personnel enseignant, les parents.

Tous les cas d'espèces sont passés au crible par une excellente équipe de comédiens (Sophie Caritté, Maryse Ravera, Bernard Cherboeuf, Alain Fleury, Thomas Schetting, Jean-Marc Talbot) qui sont les intermédiaires par lesquels passent des messages de méchancetés gratuites et de haines assumées.

C'est un florilège assez épouvantable de ce que nos « chers petits » - et, ne nous voilons pas la face, souvent leur entourage - sont capables de dérouler, parfois sans se douter du mal qu'ils font, d'autres fois conscients de ce qu'ils disent, et des dégâts qu'ils entraînent.

De la connerie à l'état pur au racisme et au fascisme revendiqués, ce réquisitoire nous offre une image absolument glaçante. Il mérite d'être vu, d'être médité et de rendre attentif à tout ce qui se dit, à tout ce qu'on entend !.

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« Fées » : Les pulsions d'une jeunesse qui ne croit plus aux contes

11 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

« Fées » : Les pulsions d'une jeunesse qui ne croit plus aux contes

« Fées » c'est l'histoire d'un jeune homme qui court après sa propre identité.

Plongé dans le désordre d'un monde qui l'ignore et, qu'à la limite il ignore à force de s'en sentir exclu, il se bat contre lui-même et cherche de toutes les forces d'un désarroi qui le ronge à trouver sa place et une solution à son mal-être.

Il est en quelque sorte la version moderne d'un héro romantique taraudé par les questions fondamentales du « Qui suis-je ?» et du « Où vais-je ?».

Mais bien évidemment les évènements influent totalement sur sa manière d'assumer le monde avec lequel il se débat furieusement.

L'actualité ne lui laisse aucun répit et c'est si vrai que Ronan Chéneau qui avait écrit son texte pour sa création à Moscou il y a quelques années a éprouvé le besoin de ramener le temps qui passe aux urgences d'aujourd'hui et aux interrogations humaines, politiques, voire sexuelles, auxquelles le jeune musulman se trouve confronté.

L'intolérance, l'incompréhension, le refus des autres, les idées reçues, l'adhésion ou le refus d'appartenir à un groupe ou à une conviction religieuse... autant de problèmes existentiels qui le catapultent dans un maelström de sensations. Il cherchera des réponses grâce à des fées - ou des démons ? - qui à la manière d'un choeur antique, soulignent les événements, exacerbent les sentiments et jouent avec une nature fragile qui se révolte devant la soumission que son état devrait lui imposer.

C'est évidemment un prétexte et un réquisitoire qui met en évidence les contradictions des discours qu'on lui assène... depuis la diatribe fascisante jusqu'à la vison idyllique d'un monde qui abolirait définitivement les différences. Les fées tentent de faire la part des choses en voulant le débarrasser de ses inhibitions et lui insufflent la force de se battre afin de mieux appréhender une vie si mal engagée .

C'est un beau sujet, traité avec une pertinence à la fois féroce et tendre, empreinte d'une poésie du désespoir dont David Bobée, dans sa mise en scène, traque les soubresauts tragiques ou amoureux.

Avec cette esthétique du corps qu'il maîtrise parfaitement, il dirige une distribution remarquable de spontanéité et qui bouge admirablement. Il y a dans ce ballet qui déroule ses beautés glauques dans des lumières d'aquarium une science du mouvement, un instinct du geste, une grâce impulsive et pourtant admirablement maîtrisée par une équipe bouillonnante de jeunes comédiens dont la motivation énergique tient constamment le spectateur en haleine.

Homme de théâtre, homme de danse, Bobée est aussi un homme de cinéma. Dans « Fées » il nous fait entrer dans l'intimité de ses personnages. Ronan Cheneau les fait vivre au plus près de leurs pulsions, de leurs attentes, de leurs désirs. La caméra de Bobée va au fond des choses, scrute, cherche les frémissements profonds d'une jeunesse qui ne croît plus aux contes de fées mais prête à croire à tous les sortilèges que la vie lui promet.

(photo Arnaud Bertereau – Agence Mona)

Dans le cadre du festival « Rouen impressionniste » jusqu'au 12 aoùt,, 22 rue Victor Hugo à Rouen (à deux pas de l'Aître Saint-Maclou)

Dates et réservations sur cdn-hautenormandie.fr

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La saison à l'Opéra de Rouen-Normandie : des bonheurs dispersés

8 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

La saison à l'Opéra de Rouen-Normandie : des bonheurs dispersés

Avec l'arrivée des vacances, les théâtres en profitent pour faire leur bilan et surtout peauffiner leur saison à venir.

Traditionnellement c'est l'Opéra de Normandie qui ouvre le feu avec une présentation qui donne lieu, tout aussi traditionnellement, à des échanges de politesses entre l'artistique et le politique dont on sait qu'ils sont de circonstance sans qu'il faille pour autant en minimiser la portée.

Et en la matière Frédéric Roels a fait preuve de ce qu'on peut appeler un beau sens politique en mettant en exergue de son éditorial un extrait d'une ode de Théophile de Viaux (plus courtois que libertin) appelée fort apportunement « Elégie à une dame ».

En extrapolant un peu, on peut voir dans cette dame un appel à Catherine Morin-Desailly qui vient de prendre en main les rènes de l'opéra Rouen-Normandie et qui pourrait devenir la « dame » de ses pensées artistiques.

Pour beaucoup – et ils sont nombreux – les acteurs de la vie culturelle de Rouen et maintenant de la grande région se félicitent du retour d'un personnage dont l'attention aux choses de l'art, l'ouverture d'esprit et le sens de l'initiative se sont illustrés à Rouen au sein du conseil municipal et qui a étendu son action au Sénat où elle occupe une position stratégique quant à l'avenir de la culture.

Son but ? Celui de donner à l'Opéra de Rouen les moyens de devenir un phare pour la grande région : « L'Opéra de Rouen-Normandie doit briller non seulement pour l'ensemble des habitants de notre région mais au-delà comme un phare artistique servant de point de repère aux touristes d'horizons divers, aux mélomanes de toutes générations, aux amateurs d'un jour comme aux passionnés de toujours ».

Un vaste programme qui s'appuie sur la capacité des hommes à s'ouvrir plus encore aux autres à travers la culture et aux financiers celui de leur en donner les moyens .

La saison à l'Opéra de Rouen-Normandie : des bonheurs dispersés

D'un plaisir à l'autre ...

Dans la saison qui s'annonce, l'opéra compte sept ouvrages dont les choix sont sensés illustrer le libertinage qui est la tonalité de la programmation. Si le libertinage est d'aller d'un plaisir à l'autre sans s'arrêter vraiment sur aucun d'eux, la saison du théâtre des arts en est le parfait exemple. Il l'est moins si on prend les motivation qui ont présidé à sa construction. Il y a loin, en effet, du merveilleux petit bijou mozartien qu'est « Cosi fan tutte » à « Dédé » délicieux mais très mineur ouvrage de Christiné sans parler d'une manière encore plus surprenante de la « Mamzelle Nitouche » d'Hervé qui devrait, en principe, faire chanter la salle. Un prétexte « participatif » qui pourrait être intéressant si on le situait musicalement à un niveau plus pointu. Mais c'est ainsi et avouons que le principe dans le choix du sujet est un peu mince.

Heureusement, il y aura une grande reprise, celle du très beau « Dido and Aeneas » de Purcell dans la somptueuse production du « Poème Harmonique » que l'on a déjà apprécié avec Vivica Genaux et qui nous revient avec la belle et grande Mireille Delunsch. Ce sera un des moments forts de la saison avec le « Rake's progress » de Stravinsky dont l'intérêt vaut par la qualité de l'écriture musicale et par le choix de son metteur en scène. C'est en effet, David Bobée qui animera cette fresque picaresque dont le héros pourait être le frère en libertinage du Barry Lindon de Thackeray et le cousin de Fanny Hill dont les coquineries érotiques ébouriffèrent la prude Albion.

Il sera intéressant de voir comment Bobée qui aime avant tout jouer avec la liberté des mouvements, avec l'alacrité de distributions aux jeunesses bondissantes va s'accomoder du cadre plus stricte de l'opéra même si la musique de Stravinsky, dans son essence même, lui laisse de grandes latitudes d'originalité.

Et puisque libertinage il y a, on ne peut éviter une énième variation autour du couple Merteuil-Valmont des « Liaisons dangereuses ». On la doit au compositeur Luca Francesconi qui a conçu un opéra de chambre pour deux personnages.

Par contre dans le genre léger – très léger – on aura le « Dédé » de Willemetz et Christiné qui tentera de nous convaincre qu'on peut bien réussir « dans la chaussure » comme le chantait si bien Maurice Chevalier. Le tout sera complété par deux ouvrages pour la jeunsses : « Pinocchio » de Luccia Ronchetti et « Tistou les pouces verts » d'Henri Sauguet. Enfin, pour faire bonne mesure, c'est l'inusable « Bohème » de Puccini qui clôturera la saison.

Riche en concerts mais pauvre en création

Pour ce qui est des concerts, c'est une autre affaire. Face à la pléthore de manitestations qui sont prévues – 38 au total avec celles de la programmation de la Chapelle – l'art lyrique qui est en principe la raison d'être de la maison est singulièrement réduit. On assiste en effet à une sorte de mutation. L'opéra - mérite-t-il encore son nom ? – devient une salle de concert – d'autres dirons un garage - comme une autre avec des artistes invités et non plus une maison de création. C'est un parti pris auquel il faut se soumettre d'autant plus que dans ce patchwork il y a de quoi trouver son bonheur pour peu qu'on ne parte pas à l'aveuglette et qu'on admette des cohabitations qui vont de Marcel Azzola au Requiem de Gilles en passant par des solistes comme Nicolas Angelich, Anne Queffelec ou David Greilsammer (que l'on avait vu au Théâtre des Deux Rives » dans un spectacle d'Elizabeth Maccoco) mais aussi, et sans qu'on puisse y trouver une cohérence intellectuelle, passer de Bach aux chants soufis du Pakistan, du « Pierrot lunaire » au concerto pour clarinette de Mozart. Bref de l'esplanade des Arts à la chapelle Corneille, on a le sentiment que cette programmation est là pour convaincre d'un savoir-faire au niveau de l'utilisation du carnet d'adresse plutôt que d'une véritable démarche artistique et une volonté de donner un « ton » à la maison..

Il en est une pourtant qui s'inscrit dans son histoire, c'est Laurence Equilbey. Avec « Accentus », elle dirigera « Comala » une cantate pour soliste, choeur et orchestre de Niels Wilhem Gade, un compositeur du début du XIXeme qui s'inspira des poèmes d'Ossian qui bien qu'apocryphes eurent une grande influence sur les romantiques de Goethe (le fameux lied d'Ossion dans le « Werther » de Massenet) à Schubert en passant par Wagner. Laurence Equilbey dirigera cette œuvre peu connue et très significative d'une époque fièvreuse et toute imprégnée d'une culture gaêlique dont des auteurs comme Walter Scott firent leur profit. Ce sera un des moments forts de cette saison

Comme on le voit, les bonheurs à l'Opéra de Rouen (nous parlerons du ballet une autre fois) sont nombreux à être dispensés et quelque peu dispersés. Il suffira de trouver les bonnes passerelles pour éviter d'y perdre pied.

Quelques dates en référence :

« Cosi fan Tutte » : 30 septembre à 20 heures

2 octobre - à 16 heures, 4, 6 et 8 à 20 heures

« Dido and Aeneas » - 4 novembre à 20 heures – 6 à 16 heures – 8 à 20 heures.

« The rake's progress » - 11 décembre à 16 heures –13 et 16 à 20 heures

« Dédé » -27 et 28 décembre à 20 heures

« Pinocchio » - 8 février à 20 heures

« Tistou les pouces verts » - 3 et 10 mars – 5 à 16 heures

« Quartett » - 25 et 27 avril à 20 heures

« La Bohème » «- 4 juin à 16 heures – 2, 6, 8 10,12 juin à 20 heures

Nos photos : Catherine Morin-Desailly et Frédéric Roels (photo Jean Rouget)

"Dido and Aenaes" (photo Frédéric Carniccini)

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