Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Théâtre en Normandie

Bézu et Diderot : le retour aux sources

15 Janvier 2015 , Rédigé par Vicaire François

Bézu et Diderot : le retour aux sources

C'est dans tous les sens du terme un retour aux sources pour Alain Bézu qui présente et met en scène à partir de mardi prochain et jusqu'au samedi suivant, « Le rêve de d'Alembert » de Denis Diderot au Théâtre des Deux-Rives/Centre Dramatique National de Haute-Normandie.

En revenant d'abord dans une maison qui fut la sienne et qui s'est inscrite dans les grands moments de sa carrière mais aussi retour aux sources en compagnie de Diderot qui reste son auteur favori et qui lui a procuré rue Louis Ricard quelques unes des belles émotions de son aventure théâtrale et philosophique.

Mais ce retour n'est pas le prétexte à une projection nostalgique des bonheurs passés.

Bézu n'est pas du genre à s'attarder plus qu'il ne faut sur ce qui fut, trop impatient qu'il est de construire et d'envisager ce que sera demain.

De l'émotion donc, mais pas de regrets et au contraire une sorte d'exaltation tranquille sur une opportunité qui lui permet de reprendre les traces d'un parcours qui n'en finit pas d'évoluer . D'où une sérénité qui lui permet de passer le pas de la maison qui fut la sienne et où tout naturellement les portes, grâce à David Bobée, se sont ouvertes devant lui

« C'est un sentiment étrange de revenir. C'est comme si je n'avais pas quitté les lieux et que la proximité avec eux se refaisait d'elle-même... comme si je ne les avais jamais quittés. Je reviens avec Diderot à travers lequel je retrouve quelques uns des comédiens de ma famille. Il y a Hervé Boudin que je connais depuis l'époque où nous étions ensemble chez Jean Chevrin au conservatoire de Rouen, Luce Mouchel, Vincent Berger, Olivier Saladin, Philippe Davenet qui tous à un moment ou à un autre – et souvent à plusieurs – m'ont accompagné dans mes aventures. Avec eux le décor de la maison me redevient naturel et avec eux le travail redevient sinon facile du moins familier.

Et puis il y a Diderot .

« Son « Jacques le fataliste », magnifiquement théâtral, fut ma première rencontre théâtrale avec lui... une rencontre décisive à partir de laquelle je l'ai suivi sans jamais vraiment le quitter. Je suis touché dans sa manière bien particulière qu'il a de mener une réflexion philosophique qui n'est pas seulement intellectuelle. Ses essais sont à la fois sensibles et érotiques. Sa façon de brouiller les pistes, de jouer avec les genres, avec les écritures m'a permis de l'aborder en tant qu'homme de théâtre, même si son oeuvre n'est pas à priorité théâtrale à l'exception de quelques pièces comme « Le fils naturel » que j'avais monté… mais la construction de ses essais appelle ce jeu que j'avais déjà utilisé pour « Jacques le fataliste » et que je reprends pour « Le rêve de d'Alembert ».

« Le rêve de d'Alembert » se compose de trois entretiens qui sont tout autant de variations sur le monde, sur son devenir, sur ce qu'on sait alors de lui et que l'on tente de mieux approfondir telles que les « Lumières » les appréhendaient.

« Il y a là la fermentation de toutes les hypothèses touchant la naissance de l'univers. Diderot se complaît dans un exercice qui lui permet d'exposer des solutions mais aussi de battre en brêche le scepticisme de d'Alembert auquel il apporte à chaque fois de nouvelles raisons d'opposer le matérialisme au rêve. »

Le second entretien fait intervenir Julie de Lespinasse, amie de d'Alembert et dont le salon deviendra véritablement le « laboratoire de l'encyclopédie ».

Et c'est grâce à l'encyclopédie, pour laquelle il avait écrit un texte, que le docteur Bordeu fera sa connaissance et qu'il en fera un des interlocuteurs de Julie de Lespinasse. Cet échange entre la femme de lettres et le médecin se prolonge et se complète sur un ton plus intime, presque badin (on est au XVIII° siècle) voire érotique dans lequel il est question de réalité, d'illusion, de mythe, et bien évidemment, de rêve

«Ce tête-à-tête, dont d'Alembert semble être exclu tout en étant étrangement présent, prendra une signification beaucoup plus précise à travers des sujets scabreux pour l'époque comme l'homosexualité ou le mélange des espèces mettant en pièces les préjugés. Et Bordeu de conclure que « tout ce qui est, ne peut être ni contre nature ni hors de nature ».

Ces entretiens en forme de questionnement permettent à Diderot d'exposer ses théories matérialistes sans se départir jamais d'une merveilleuse invention poétique.

Et comment pourrait-en douter en entendant Mademoiselle de Lespinasse assurer que

« de mémoire de rose, on n'a jamais vu mourir un jardinier ».

Pouvait-on imaginer Alain Bézu résister à pareil postulat ?

(Avec Hervé Boudin (Diderot), Luce Mouchel (Julie de l'Espinasse), Vincent Berger (le docteur Bourdeu) Olivier Saladin (d'Alembert) – Au clavecin, Philippe Davenet qui inteprètera des œuvres de Couperin, Bach, Pancrace Royer et le compositeur contemporain Michael Nyman.

Théâtre des Deux-Rives/ Centre dramatique de Haute-Normandie : Mardi 10 mars , Mercredi, jeudi, Vendredi à 20 heures – Samedi 14 mars à 18 heures

Lire la suite

Quand le printemps arrive, la poésie est dans l'air

15 Janvier 2015 , Rédigé par Vicaire François

Quand le printemps arrive, la poésie est dans l'air

On pourrait dire, si l'on voulait se livrer à une métaphore quelque peu hasardeuse, que pendant tout le week-end elle sera même dans l'Aître !

En effet, la ville de Rouen qui tente de donner à l'Aître Saint-Maclou une nouvelle vie depuis que l'école des Beaux-Arts est partie vivre la sienne sur les hauteurs de Rouen a demandé à trois maîtres en poésie d'investir le quartier pendant deux jours pour la parer des couleurs d'une insurrection éminemment pacifique.

Elle a offert à Patrick Verschueren du théâtre Ephéméride, à Alain Fleury pour « Alias Victor » et à Jacques Perrot de l'association « Détournements » non seulement la disposition des lieux mais aussi les moyens financiers de les animer. La poésie est trop souvent laissée pour compte pour que la chose ne soit pas soulignée. Ainsi nos trois compères se sont employés à mettre en place un dispositif d'alerte dans lequel les mots, les idées, la danse, le théâtre et le cabaret vont, de salles en rues, se catapulter, se rencontrer, se croiser souvent sans se contrarier jamais pendant deux jours.

Cette « insurrection joyeuse » (c'est le titre de l'opération) va dérouler des bonheurs multiples et complémentaires comme seule la poésie sait en dispenser en associant les évidences du coeur aux témérités de la pensée.

Pour ce faire, ils ont fait appel à un certain nombre de poètes, de musiciens et de comédiens qui, sur un week-end vont manier – quelquefois à l'oreille comme ces « chuchoteurs de poèmes » - ou a tue-tête et à tous les vents. la rime, le verbe et la mélodie. On retrouvera ainsi au hasard de déambulations savamment improvisées les poètes Marc Delouze, Gul de Boa, Sophie G. Lucas, Guillaume Poutrain, Simon Martin, Marlène Tissot et Norman Warnberg tandis que Patrick Verschueren, accompagné par Evelyne Boulbar évoquera Blaise Cendrars et que Philippe Ripoll reviendra à Rouen pour dire du Maïakowski

Cette insurrection qui s'emploiera à abattre les barricades de l'habitude et du conformisme de la pensée se déroulera à l'Aître Saint-Maclou (à l’intérieur et autour, dans la salle dite « des nus » de l’École des Beaux-Arts, à l'Ecole Victor Hugo, 29 Rue Victor Hugo et à la salle paroissiale de l’Eglise Saint-Maclou..

Cela dit, l'exercice ne s'en tiendra pas à ces cadres strictes et s'éparpillera un peu partout dans le quartier pendant les deux jours selon un programme particulièrement bien mené :

Samedi 7 mars :

14h : autour de l’Aître Saint Maclou : Clique poétique

15h : Salle des nus : « Monsieur danse» sur des textes de Jean Tardieu avec Jacques Perrot, Nicolas Lelièvre, Manuela Brivary et Sophie Durremberger, par l’association « Aller Simple »

15h30 : Aître Saint-Maclou : Déambulation poétique avec Sophie G. Lucas, Gul de Boa, Marlène Tissot, Laura Chapoux, Benoit Marchand, Christelle Theuret et Patrick Verschueren

16h30 : Salle paroissiale : « Un certain Henri » récital Henri Michaux avec Alain Fleury et Alexandre Rasse, pour « Alias Victor »

17h : Aître Saint-Maclou : Déambulation poétique. A 18h / Salle des nus : « Je m’écris à vue d’œil », lecture déconcertante de Marc Delouze accompagné à la batterie par Bertrand Renaudin

21h : Salle des nus : « Cabaret de l’insurrection joyeuse », avec tous les participants du jour.

Dimanche 8 mars :

12h :Autour du clos Saint Marc : Clique poétique

14h30 : Salle paroissiale : « Dans ma maison », poème musical pour enfants de Simon Martin accompagné au violon par Thomas Couron

15h : Aître Saint-Maclou : Quartier libre poétique avec Narjisse Moumna, Guillaume Poutrain, Norman Warnberg, Louise Lévèque, Antoine Sergent, Philippe Ripoll, Laura Chapoux, Benoit Marchand, Christelle Theuret, et le collectif Les vibrants défricheurs

17h : Salle paroissiale : « Nous ne voulons plus être tristes » de Blaise Cendrars, récital de poche avec Evelyne Boulbar et Patrick Verschueren, par la Compagnie Ephéméride.

Lire la suite

L'enregistrement de « Dido et Aeneas »

15 Janvier 2015 , Rédigé par Vicaire François

L'enregistrement de « Dido et Aeneas »

L'élégance et la retenue du « Poème harmonique »

Vincent Dumestre n'est pas du genre à sacrifier aux sirènes de la mode. Son « Dido et Aeneas » dont on peut retrouver toutes les subtilités dans le DVD qui a été réalisé lors d'une des représentations donnée à l'Opéra de Rouen il y a pratiquement un an, en est la parfaite illustration.

L'enregistrement réalisé par Stéphane Vérité est d'une grande sobriété et se maintient dans les strictes conditions d'un spectacle sans l'alourdir de fioritures superfétatoires. Il restitue parfaitement cet équilibre qui allie une rigoureuse fidèlité à une vérité historique et musicale dans laquelle l'esprit, la lettre et bien évidemment la note forment un tout qui s'affranchit des lourdeurs d'un style sans s'encombrer pour autant aux embarras des conventions.

Pourtant il est toujours périlleux de monter une œuvre de Purcell surtout dominée par la cantate et très peu par l'opéra. C'est si vrai que l'on considère « Didon et Enée » comme le seul qu'il ait jamais écrit et qui, destiné à être interprèté par des jeunes filles, resta longtemps quasi confidentiel.

Il fallait se libérer du carcan de l'oratorio pour humaniser l'ensemble et ne pas négliger la notion de fantastique chère aux arguments de l'époque.

Dans leur mise en scène Cécile Roussat et Julien Lubek usent de toutes les ressources de « machineries » spectaculaires et du concours bondissant d'une équipe de danseurs comme déjà Dumestre les avait utilisé par exemple, dans son « Carnaval baroque ».

Dans un environnement d'une grande beauté ( l'illustration du monde sous-marin est d'une remarquable poésie s'apparentant aux beautés fantasmagoriques de la bande dessinée), la distribution évolue avec la grâce du cérémonial sans pour autant négliger les déchirements de la tragédie humaine.

La distribution est d'une belle cohésion. Sur scène comme dans les cintres, elle fait valoir des virtuosités de style et de timbre d'une belle qualité.

On y retrouve Vivica Genaux qui, ayant oublié (on l'espère) une « Carmen » que la mise en scène rendait pour le moins aléatoire, retrouve l'univers pour lequel elle est faite et où elle démontre une grande beauté stylistique servie par un timbre superbe ; Le dépouillement et la passion déchrirée de son dernier duo avec Henk Neven (excellent Enée) et de son ultime grand air est tout à fait admirable comme sont admirables les choeurs de Rouen ( renforcés par Accentus) tout au long de l'action et entre autre dans la belle déploration finale. Quant à Vincent Dumestre, il dirige avec une retenue et un goût parfait l'ensemble de ce spectacle dans lequel on reconnaît l'élégance de son inspiration et la rigueur de son travail .

La participation de la chaîne « Mezzo » à la réalisation de ce DVD laisse penser qu'on le verra bientôt sur le petit écran . Pour l'instant il se trouve dans les bacs…. C'est une production qui fait honneur au « Poème Harmonique » et, par là même, à l'Opéra de Normandie .

Il faut en profiter !

photo : Frédéric Carnuccini.

Lire la suite

L'enregistrement de « Dido et Aeneas »

15 Janvier 2015 , Rédigé par Vicaire François

L'enregistrement de « Dido et Aeneas »

L'élégance et la retenue du « Poème harmonique »

Vincent Dumestre n'est pas du genre à sacrifier aux sirènes de la mode. Son « Dido et Aeneas » dont on peut retrouver toutes les subtilités dans le DVD qui a été réalisé lors d'une des représentations donnée à l'Opéra de Rouen il y a pratiquement un an, en est la parfaite illustration.

L'enregistrement réalisé par Stéphane Vérité est d'une grande sobriété et se maintient dans les strictes conditions d'un spectacle sans l'alourdir de fioritures superfétatoires. Il restitue parfaitement cet équilibre qui allie une rigoureuse fidèlité à une vérité historique et musicale dans laquelle l'esprit, la lettre et bien évidemment la note forment un tout qui s'affranchit des lourdeurs d'un style sans s'encombrer pour autant aux embarras des conventions.

Pourtant il est toujours périlleux de monter une œuvre de Purcell surtout dominée par la cantate et très peu par l'opéra. C'est si vrai que l'on considère « Didon et Enée » comme le seul qu'il ait jamais écrit et qui, destiné à être interprèté par des jeunes filles, resta longtemps quasi confidentiel.

Il fallait se libérer du carcan de l'oratorio pour humaniser l'ensemble et ne pas négliger la notion de fantastique chère aux arguments de l'époque.

Dans leur mise en scène Cécile Roussat et Julien Lubek usent de toutes les ressources de « machineries » spectaculaires et du concours bondissant d'une équipe de danseurs comme déjà Dumestre les avait utilisé par exemple, dans son « Carnaval baroque ».

Dans un environnement d'une grande beauté ( l'illustration du monde sous-marin est d'une remarquable poésie s'apparentant aux beautés fantasmagoriques de la bande dessinée), la distribution évolue avec la grâce du cérémonial sans pour autant négliger les déchirements de la tragédie humaine.

La distribution est d'une belle cohésion. Sur scène comme dans les cintres, elle fait valoir des virtuosités de style et de timbre d'une belle qualité.

On y retrouve Vivica Genaux qui, ayant oublié (on l'espère) une « Carmen » que la mise en scène rendait pour le moins aléatoire, retrouve l'univers pour lequel elle est faite et où elle démontre une grande beauté stylistique servie par un timbre superbe ; Le dépouillement et la passion déchrirée de son dernier duo avec Henk Neven (excellent Enée) et de son ultime grand air est tout à fait admirable comme sont admirables les choeurs de Rouen ( renforcés par Accentus) tout au long de l'action et entre autre dans la belle déploration finale. Quant à Vincent Dumestre, il dirige avec une retenue et un goût parfait l'ensemble de ce spectacle dans lequel on reconnaît l'élégance de son inspiration et la rigueur de son travail .

La participation de la chaîne « Mezzo » à la réalisation de ce DVD laisse penser qu'on le verra bientôt sur le petit écran . Pour l'instant il se trouve dans les bacs…. C'est une production qui fait honneur au « Poème Harmonique » et, par là même, à l'Opéra de Normandie .

Il faut en profiter !

photo : Frédéric Carnuccini.

Lire la suite