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Théâtre en Normandie

Vincent Dumestre et Guillaume Lamas : Des horizons lointains qui ne sont pas chimériques

18 Juillet 2017 , Rédigé par François Vicaire

Même si c'est une évidence, on ne dira jamais assez combien le « Poème Harmonique » est une des valeurs parmi les plus sûres qui font la réputation culturelle de la Normandie.

En quelques années qu'il y est en résidence (déjà 15 ans!), Vincent Dumestre a déployé une activité qui porte à un très haut niveau de rayonnement une action dont la région bénéficie d'une manière si évidente qu'elle en devient naturelle.

Pourtant un rapide tour d'horizon permet de se convaincre de l'impact international du « Poème ».

Ainsi, cette année le coup d'envoi a été donné à Cracovie pour le prestigieux « Festival Misteria Paschalia » dont Dumestre était le grand ordonnateur et au cours duquel le « Poème » donna le « Selva orale e Spirituale » de Monteverdi, « Il Terremoto », d'Antonio Draghi et trois des neufs  « Leçons des Ténèbres » de Jean-Baptiste Gouffet. S'en suivra une tournée dans les plus belles maisons d'opéra de Chine :  Shangaï, Pékin , CantonLanzhou, puis au Japon à Tokyo et à Kobé. Enfin, à la rentrée va se mettre en place une tournée à Mexico et au monumental Festival Cervantino de Guanajuato avec une anthologie consacrée à l'exotisme oriental dans ce qu'il a déterminé dans le goût musical français et européen au XVIIe siècle.

Ce sera ensuite une tournée aux USA (San Diego, Boston, Milwaukee..) et au Canada (Quebec, Montreal…).

Au milieu de toutes ces « réjouissances », s'insère la programmation à la Chapelle du Lycée Corneille qui est le manifeste le plus évident de l'opportunité  artistique normande de Vincent Dumestre et de son équipe.

Et l'Opéra dans tout cela ?

« Le Poème Harmonique » y a eu longtemps droit de cité avec des productions somptueuses qui ont fait – et font encore – date : « Cadmus et Hermione », un très remarquable « Bourgeois » dans une mise en scène de Benjamin Lazar, le « Carnaval baroque », « Egisto », « « Dido et Acneas ». Autant de bonheurs rares qui donnaient à l'Opéra de Rouen une place privilégiée dans le domaine du théâtre baroque. Depuis, le rideau de scène ne s'est plus relevé pour Vincent Dumestre si ce n'est cette année pour une « petite forme » pour les enfants, « La mécanique de la générale » qui ne sera pas vraiment à la mesure de l'importance ni d'une maison qui se dit « d'opéra », ni de l'Ensemble

C'est un peu comme si le fait de s'être installé à Corneille interdisait à Dumestre de présenter ses productions à l'Opéra de Rouen alors que celui-ci programme à la Chapelle des concerts baroque qui font un sort à la réciprocité de bonne compagnie qu'on pouvait attendre. Question d'élégance !

Une procédé tout à fait étrange qui remet en cause le partage des genres sur lequel Loïc Lachenal, le nouveau directeur de l'Opéra de Rouen, va pouvoir se pencher dès son arrivée.

Un état de fait d'autant plus dommageable pour Rouen que « Le Poème Harmonique » est en train de mettre en place le « Phaéton » de Lully pour le gigantesque et prestigieux Opéra de Perm en Russie (800 salariés, 2 orchestres, 2 choeurs, dirigé par le grand chef Teodor Currentzis). Le spectacle, mis en scène par Benjamin Lazar, est une coproduction avec l’Opéra Royal de Versailles  où il sera présenté ensuite.

Rouen devra attendre des jours meilleurs pour en profiter.

Mais pour l'instant, c'est Caen qui a le privilège de recevoir le « Poème ».

Guillaume Lamas vit ses dernières heures de direction à l'Orchstre Régional de Normandie avant de rejoindre l'orchestre national de Lyon. Il part sans trop savoir ce que va devenir cette formation qu'il a porté à un très haut niveau de notoriété. La seule chose que l'on sache, c'est …. qu'il ne sera pas remplacé.

En effet, les institutionnels envisagent de fondre en une seule structure les musiciens de l'orchestre de l'Opéra de Rouen et ceux de l'Orchestre Régional de Normandie. Sous quelle forme ? Selon quels critères et quelle philosophie ? Nul ne sait. Pour l'instant la saison 2017/2018 a été construite par Lamas selon une formule très élargie qui permet d'ouvrir au maximum les oreilles des bas-normands (et accessoirement des « hauts ») et donnent aux dix-huit musiciens de l'orchestre l'occasion d'aborder tous les genres. C'est ainsi qu'ils ont découvert – si cela était utile ! - la musique baroque avec Vincent Dumestre pour un projet construit autour de la personnalité de Paolo Lopez, un jeune sopraniste qui possède une voix très étonnante et qui fut la doublure de Philippe Jaroussky, pour le « Il Santo Alessia » avec les « Arts Florissants ». Le programme suit les oeuvres que le célèbre Farinelli a pu chanter dans sa vie. On aura donc l'occasion d'entendre, à l'occasion d'une tournée à Arcachon, à Livarot et à l'abbaye de Lessay des oeuvres de Porpora, Giacomelli, ou de Farinelli lui même (sous son vrai nom, Broschi) qui éclaireront quelques uns des mystères du Naples cher au Porporino de Dominique Fernandez.

nos photos :

Vincent Dumestre, Guillaume Lamas, Paolo Lopez et les musiciens de l'ORN

Vincent Dumestre et Guillaume Lamas

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Jacqueline Caffin : la « Dame de Mortemer »

11 Juillet 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il y a des coups du sort qui se transforment en coups de cœur !

En effet, quand Max et Jacqueline Caffin achetèrent le beau château de Fleury-la-Forêt (devenu depuis un délicieux Musée des poupées) pour en faire – le croyaient-ils, alors - leur résidence privée, ils ne se doutaient pas qu'à quelques encablures de là, dans la forêt de Lyons, les fantômes de l'abbaye de Mortemer leur faisaient déjà signe et allaient changer une grande partie de leur vie.

Il faut dire que ce lieu, tombé dans l'oubli même si son propriétaire y organisait des visites sporadiques, avait de quoi exciter des ambitions assez cartésiennes pour les inciter à se lancer dans son sauvetage et en même temps suffisamment aventureuses sur le plan de l'esprit pour faire de ce lieu qui avait connu des heures prestigieuses le point de rencontre de l'imaginaire et de l'histoire.

Il y a l'Histoire tout d'abord … celle qui se rattache aux péripéties anglo-normandes que secouèrent la France.

Henri 1er Beauclerc, un des fils de Guillaume le Conquérant, avait son château à Lyons-la-Forêt et, surtout, une fille Mathilde qu'il maria toute jeune à l'Empereur d'Allemagne. Sa succession semblait assurée par un fils qui disparut dans ce qu'il est convenu d'appeler le naufrage de la « Blanche Nef » au cours d'une de ses nombreuses traversées entre la Normandie et la France.

Peu de temps après, Mathilde devenue veuve revint à Mortemer à la demande de son père puis épousa un Plantagenet. Cette maîtresse femme eut un fils, le futur Henri II, et batailla ferme pour lui préserver ses droits sur les royaumes de France et d'Angleterre. Sans y parvenir, elle sera quand même un des éléments majeurs d'une unité « introuvable » qui aboutira à placer les Plantagenêt parmi les premiers de la dynastie anglaise et fera d'elle la grand-mère du fameux Richard-coeur-de-Lion.

Mathilde gardera toujours à Mortemer une attention sans défaut et y séjournera fréquemment.

Et c'est là où la légende prend le pas sur la réalité tout en y collant étroitement.

Depuis toujours, en effet, il se disait que le fantôme de « l'Emperesse » continuait de courir dans les ruines et avait été rejoint par ceux des cinq moines qui furent assassinés dans le cellier du monastère sous la Révolution.

Max et Jacqueline Caffin, en prenant possession des ruines de cette abbaye cistercienne démantelée à la révolution et toute bruissante des traditions orales qui se perpétuaient sous les frondaisons de la forêt, trouvèrent les ingrédients permettant à l'imaginaire et aux éléments les plus authentiques de l 'Histoire de représenter un potentiel qui pouvait redonner à Mortemer l'oubliée, un peu de son lustre d'antan et surtout celui qui permettrait à sa nouvelle vocation de s'épanouir.

Des perspectives que les Caffin en s'en portant acquereurs évaluèrent très vite et s'employèrent avec une obstination éclairée à développer.

Mortemer étant Monument Historique les ruines de l'abbaye et le beau bâtiment conventuel étaient dans un état relativement satisfaisant mais il fallait tout refaire au niveau de son histoire (sans parler de la totalité des toitures dont le réfection prit plusieurs années) et redonner une signification à un site admirable.

C'est par le théâtre, par le texte, par la connaissance profonde qu'elle a de ce lieu unique et qu'elle a acquis au fil des découvertes que Jacqueline Caffin a trouvé les moyens de faire de Mortemer un lieu de rencontre, de loisirs et de rêve. Elle a eu la chance de rencontrer un jour Vytas Kraujelis, véritable homme-Protée de Mortemer qui monte, met en scène, crée les costumes et règle les combats pour des spectacles qui sont à chaque fois une véritable plongée dans l'Histoire de Mortemer.

Cela fait des années maintenant que le duo Caffin/Kraujelis concocte des manifestations qui, au fil des années, déploient de nouvelles performances racontant l'histoire de l'abbaye et celle des personnages – en particulier Mathilde – qui la hantent. A travers des fastes médiévaux ou populaires qui reviennent cet été, c'est l'histoire de Mortemer qui resurgit des brumes du passé grâce à des rendez-vous qui flirtent entre la vraisemblance et le supposé: le premier, les samedis 15 et 22 et les dimanches 16 et 23 juillet, à 16 heures, consacrés à l'histoire de « Mathilde l'Emperesse », le second les lundi 14 et mardi 15 août, toute la journée avec des fêtes médiévales données à la gloire de Mathilde et, enfin, le troisième qui entraînera les spectateurs pour une nouvelle création dans laquelle les fantômes peupleront les nuits de Mortemer le samedi 16 août et les samedis 2, 9, 16 et 23 septembre à partir de 21 heures.

Et pour être encore plus près du personnage de Mathilde, le spectacle qui lui est consacré sera donné le 29 juillet à 16 heures sur le parvis de la cathédrale de Rouen à l'intérieur de laquelle une plaque rappelle que « l Emperesse » y est enterrée sans que l'on sache où pouvait être sa sépulture. Mathilde continue, par delà la mort, d'entretenir son mystère.

Ainsi, du musée des fantômes et des légendes en passant par la visite des appartements qui retracent les grandes lignes de histoire de l'abbaye, en flânant dans le beau parc dont les ruines forment un décor somptueux et en allant jusqu'aux étangs où il est possible désormais de se livrer aux joies de la pêche à la mouche, ce lieu magique offre des ressources d'animations et de bonheurs divers sur lesquels veille Jacqueline Caffin, véritablement nouvelle « dame de Mortemer ».... et ce n'est pas un fantôme !

 

Pour en savoir plus : www.abbaye-de-mortemer.fr

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Avec Thomas Rollin, les délices rouennaises de l'amour masqué

4 Juillet 2017 , Rédigé par François Vicaire

Quand Patrice Quéréel est décédé en 2015, les amis de ce « trublion poétique » qui avait fait de Rouen son champ d'exploration favori, ont organisé une longue déambulation dans les rues qu'il avait lui-même arpentées en exerçant le regard aiguisé et souriant d'un promeneur égaré dans ses rêves et pourtant bien ancré dans la réalité des choses.

Observateur souriant et attentif, fils spirituel de Marcel Duchamp, chantre du surréalisme et, surtout, amoureux inconditionnel de sa ville, Quéréel tenait une place particulière dans le paysage rouennais.

Pas étonnant qu'il ait fait des émules et qu'il continue de déclencher les tentations d'aller dans ses pas pour prolonger un parcours initiatique qui ouvrait les voies de la liberté à un imaginaire sans cesse en mouvement.

C'est en quelque sorte ce à quoi s'est attaché Thomas Rollin. Prenant pour base de référence son « Rouen érotique » et s'en inspirant très librement, il a construit un itinéraire qui traversera la ville et entraînera le public dans une « errance organisée » qui aura pour but d'aller à la rencontre des symboles affichés ou dissimulés du « Rouen libertin ».

Pour peu qu'on soit curieux, on peut en trouver des témoignages qui se cachent aux détours des rues, des immeubles dont les frises révèlent les polissonneries d'angelots délurés ou des symboles phalliques qui se dissimulent dans les sculptures de la cour d'honneur du Palais de Justice, voire dans les gargouilles de la cathédrale.

Thomas Rollin, Sophie Caritté, Nadia Sahali et à la guitare Evrard Moreau vont inviter les 28 juillet et 4 août les touristes et les rouennais qui ne sont pas partis en vacances à une promenade interdite quand même aux moins de 12 ans!. Elle partira du Palais de Justice pour aller vers la rue des Fossés Louis VIII, la rue du Petit-mouton en passant par la place des Carmes, histoire de saluer Flaubert, en passant, déambulera dans la rue Eau-de-Robec pour finir au bord de la grande fontaine du parc de l'Hôtel-de-Ville et, pourquoi pas, dans les fourrés propices aux délices des amours masquées.

Tout cela, bien sûr, restera dans les limites d'un imaginaire alimenté par des textes de Flaubert, de Maupassant, de George Sand, de Molière et de quelques autres auteurs inspirés par les délicieuses transgressions de la morale et aussi de chansons qui viendront ponctuer les étapes de ce charmant prétexte à mieux connaître la ville.

Organisé par « Le Safran » sous l'égide des services du Patrimoine de la Métropole, ce parcours poético-érotique est susceptible de réveiller les ardeurs caniculaires de l'été... du moins on l'espère.

 

Les vendredis 28 juillet et 4 août à 20 heures – Entrée (ô combien libre) devant le Palais de justice.

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