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Théâtre en Normandie

De l'autre côté du monde comme dans la plus petite salle de Normandie les mots seront plus forts que toutes les malédictions

30 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

De l'autre côté du monde comme dans la plus petite salle de Normandie les mots seront plus forts que toutes les malédictions

Qu'ils arrivent de loin comme ceux que David Bobée et Béatrice Dalle nous ont envoyé de Taïwan où ils étaient pour les fêtes de Noël avec leur « Lucrèce Borgia » ou qu'ils soient à notre porte, les vœux de nouvelle année viennent toujours du cœur. Ils permettent d'une certaine manière de construire l'avenir et de continuer d'avancer en dépit de tout … et de tous !

Cette année, le Théâtre a été saisi de plein fouet par la folie des hommes... Il en est sorti meurtri en découvrant qu'une salle de concert, un plateau, une piste qui sont des lieux de rassemblement et d'amour pouvaient se transformer en une désolation dans laquelle les spectateurs et les acteurs étaient confondus.

Un deuil national a fait taire un instant ce qui reste plus que jamais le théâtre vivant. Mais très rapidement, la résistance de l'esprit a repris le dessus et prouvé qu'elle était la seule parade à trouver face à l'horreur et à l'intolérance.

Puisse au moins que ce drame rappelle aux responsables politiques que la culture était un élément essentiel de la survie intellectuelle de notre monde et qu'il convenait de lui donner les possibilités de vivre correctement, sans aumônes ni commisération. La conscience et la volonté de l'aider sont des éléments déterminants pour faire barrière à toutes les menaces. Les dernières élections ont prouvé qu'elles pouvaient risquer d'être aussi assassines qu'une kalachnikov… d'où une vigilance qui ne doit pas se relâcher.

2016 sera ce que nous voulons qu'elle soit, solidaire et responsable, fertile en bonheurs multiples à dispenser aussi bien à l'autre bout du monde que dans la plus petite salle de Normandie. Pour que l'acte de création soit plus que jamais un acte de résistance, il faut lui en donner les moyens. Il faut que, acteurs et spectateurs, nous nous en donnions les moyens …

2016 sera une année de lutte, de prise de conscience, de conviction partagée et à faire partager.

Il faut que 2016 soit une année brillante, inventive, téméraire, voire décoiffante. Une année de réflexion, aussi, qui n'effacera pas les horreurs de la précédente mais qui prouvera au monde que la force des mots est plus forte que toutes les malédictions.

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Flaubert : quand les femmes s'en mêlent !

20 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Flaubert : quand les femmes s'en mêlent !

On le sait, la vie affective de Gustave Flaubert fut pour le moins complexe.

Dominé par un amour maternel exclusif et par celui plus exclusif encore qu'il portait à sa nièce Caroline, le père de Madame Bovary sera, en dépit de sa carrure, un grand fragile dont le cœur battait selon une logique qui lui était bien particulière ….

Entre la fréquentation des filles de mauvaise vie et des tendresses familiales possessives, ses amours seront sinon inexistantes du moins secouées par des contradictions dont Louise Collet, la seule de ses maîtresses qui ait vraiment compté, fera les frais.

Ils avaient fait connaissance chez le sculpteur Pradier dont l'atelier/salon était un endroit destiné à favoriser les rencontres d'exception puisque c'est là que Victor Hugo « emballera » Juliette Drouet. Avec la belle Louise Collet – tous les contemporains s'accordent à lui reconnaître une beauté dévastatrice – les choses iront vite.... si vite que le fiacre qui les emportera sera le théâtre de leurs premiers ébats.

Quand elle rencontre Gustave, elle est une poétesse en vue, qui tient salon et qui est auréolée de sa liaison avec Victor Cousin, un universitaire, académicien distingué et un temps ministre de l'Instruction publique qui lui restera assez fidèle du moins dans l'esprit pour assurer une partie de l'éducation de la fille qu'ils auront ensemble.

De cette rencontre expéditive née sous le regard bienveillant de Louise (Ludovica) Pradier qui avait eu elle aussi des bontés pour ce jeune provincial venant de temps à autre s'encanailler dans la capitale naîtra une aventure qu'on pourrait qualifier d'excentrique tant elle fut tumultueuse, faisant alterner les ruptures fracassantes et les réconciliations enflammées et qui se termina dans les invectives le jour où Louise lira dans Madame Bovary (un « roman de gare » en dira-t-elle aigrement) des épisodes se rattachant directement à elle dont la fameuse scène du fiacre.

Tout cela se retrouve dans le livre, en forme du roman biographique que lui a consacré Joëlle Gardes. Ecrit à la première personne, on y retrouve Louise dans toutes ses contradictions impétueuses.

Elle eut de nombreux amants dont, excusez du peu, Vigny et Musset ce qui lui vaudra de la part de George Sand l'animosité grinçante de l'amante trahie et de l'écrivaine jalouse des quatre prix de poésie de l'Académie Française, décernés à sa rivale de coeur et de plume.

Joëlle Gardes dessine avec une grande tendresse et une précision attentive, les contours de cette âme sensible, impulsive jusqu'à la violence. Il faut dire qu'avec Gustave, rien n'était simple. Elle ne goûtera en définitive aux joies de l'amour avec son Flaubert qu'au cours de rencontres sporadiques et pratiquement clandestines au point que décidant un jour de venir à Croisset, elle y sera reçue très cavalièrement à la barrière du jardin avec la défense expresse de venir obscurcir l'horizon bien ordonné de Madame mère .

Ce sont les épisodes d'un vie exceptionnelle de femme et d'auteure que fait défiler Joêlle Gardes dans ce livre passionnant où se croisent à chaque coin de page tout ceux qui furent les sommités de l'époque.

Mais pour amoureuse qu'elle fût – et plusieurs parfois d'une manière presque concomitante - Louise Collet était une femme de tête. Pour vivre, il lui fallait écrire. Elle mènera de front des carrières d'écrivaine et de journaliste allant même « couvrir » comme envoyée spéciale pour Le Temps l'inauguration du canal de Suez faisant d'elle une sorte de précurseur dans une profession qui s'est depuis largement féminisée. Sa fin de vie sera difficile. Elle végétera chichement ne recevant que de rares visites qui seront comme les témoignages des rendez-vous manqués avec le bonheur.

C'est dans le cadre intime et trop étroit pour la circonstance de la grande salle du musée Flaubert et de la Médecine que Joëlle Gardes, environnée des sculptures en textile de Rébecca Campeau, est venue présenter son livre, aidée dans cette promenade fascinante, par la participation de Juliette Douillet et Gilles Cléroux et surtout d'Andréa Ferreol qui fit passer sur l'assistance le souffle de cette passion contrariée dans laquelle se consuma une des figures parmi les plus romantiques, pour ne pas dire romanesques, et les plus méconnues du XIXème siècle.

Sous l'autorité éminente de Yvan Leclerc à qui rien de Flaubert n'échappe, Michelle Guigot chargée de la programmation de l'association, sa présidente Marie-Odile Simottel et Sophie Demoy, responsable du musée étaient les ordonnatrices de cette rencontre au cours de laquelle Flaubert, environné d'un aéropage qui ne pouvait que le séduire, révéla, grâce à ce livre, les secrets d'un coeur qui n'était pas aussi simple que celui de la tendre Félicité.

Notre photo :Entre Andréa Férreol et Joëlle Gardes, Flaubert est sous bonne garde !

Les prochains rendez-vous au Musée (à 14 heures 30) :

- Le 9 janvier : « Les Flaubert, les Pouchet et le museum de Rouen » par Bénédicte Percheron

- Le 30 janvier : « Les masques mortuaires » par Philippe Charlier et Philippe Sorel

- le 27 février : « Crimes, folies et phrénologie » par Thierry Frébourg

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Oswald Sallaberger ou les sortilèges de la maison illuminée

18 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Oswald Sallaberger ou les sortilèges de la maison illuminée

C'est certainement le plus viennois des rouennais …. encore que Vienne ne soit pas la ville d'élection d'Oswal Sallaberger. Il lui a toujours préféré les profondeurs mystérieuses de son Tyrol natal où il s'est imprégné de traditions qui lui permettent aujourd'hui d'alimenter ses références artistiques. Mais la Normandie a pour lui des bonheurs qui datent maintenant de vingt ans et qu'il a envie de continuer de partager.

« La maison illuminée », du nom de l'association qu'il a créée, en est la concrétisation puisque, pour une grande part, elle va prendre ses assises à la Chapelle Corneille qui devient d'une certaine manières sa référence affective :

« Dans les contes, du petit Poucet à Hansel und Gretel, il y a toujours des enfants qui se perdent dans la forêt jusqu'au moment où au bout d'un chemin sombre, ils découvrent dans une clairière une petite lumière qui brille et qui leur permet de ne pas se perdre…. C'est la maison illuminée. ».

Une jolie définition pour faire de cette nouvelle salle de concert, un point de rencontre autour duquel tous les publics auront l'occasion de se retrouver dans les élégances subtiles - ce qui ne les empêche pas d'être aussi parfois téméraires - de la musique de chambre.

« La musique de chambre est à la musique symphonique ce que la mélodie est à l'art lyrique »

Une maxime qui est comme une profession de foi . Elle permet à celui qui a été le « refondateur » de l'orchestre de l'Opéra de Rouen de revenir en quelque sorte à des amours plus intimistes. C'est en même temps l'occasion de puiser dans les ressources inépuisables d'une expression musicale dans laquelle Rouen ne s'était pas jusque-là véritablement illustrée et dont la programmation donne un bel exemple nimbé d'un éclectisme qui fait bonne mesure entre le contemporain et l'impressionnisme.

Paul Ethuin, on le sait, préférait l'ombre de la fosse où il était impérial aux lumières du pupitre… question de forme, d'éthique et surtout de culture, d'où il faut bien l'admettre, une carence symphonique que l'on demanda à Sallaberger de combler.

Avec une fougue qui ne pouvait pas – et c'est évident – faire mouche à tous les coups, il porta véritablement à bout de bras une formation qu'il a placée en tête de ligne des meilleures.

Bien évidemment cet emballement, ce besoin de prouver, l'ont poussé à en faire beaucoup. Trop penseront certains. Mais en fait-on jamais trop quand il s'agir d'insuffler un nouvel esprit et d'affirmer sa compétence dans une période agitée et parfois contestée.

Emporté par le « maëlstrom Léonard de Vinci », Oswald Sallaberger s'est attelé à la tâche avec enthousiasme :

Mon rêve était d'avoir un orchestre à ma disposition et de pouvoir travailler avec lui sur le long terme. C'était aussi l'occasion d'aborder la tradition lyrique française que je découvrais tout en continuant de puiser dans des répertoires plus vastes que la qualité de l'orchestre m'autorisait d'ouvrir.

Il était déjà venu à Rouen pour deux « Octobre » : la première fois en dirigeant la Camerata de Strasbourg puis l'année suivante avec l'orchestre de la Radio Bavaroise.

Quand Laurent Langlois lui a demandé de prendre en main l'avenir de l'orchestre, il s'est lancé dans l'aventure avec un investissement sans réserve qui aura permis à la formation de prendre son envol mais d'une certaine manière aura bloqué celui de son chef sans que pour autant il ne s'en plaigne :

« C'est vrai j'ai eu des propositions, certaines très flatteuses comme celle de l'orchestre de Vienne mais j'avais des engagements avec mes musiciens à Rouen. Mon calendrier était très chargé et je ne pouvais pas – en réalité, je ne voulais pas – partager. C'est un regret qui est effacé devant les résultats que j'ai obtenu ».

Les passerelles de la découverte

Depuis les choses ont évolué. Sallaberger a quitté, du moins à Rouen, le pupitre de ce qui fut son orchestre pour revenir à ses premières amours, c'est à dire le violon et la musique de chambre. C'est un domaine qu'il possède sur le bout de l'archet et avec lequel il se sent d'autant plus à l'aise qu'il peut jouer avec des programmations qui sont de véritables passerelles entre les styles et les époques.

Ainsi, si son concert pour l'ouverture officielle le 4 février sera consacré au Divertimento de Bartok, le suivant (le 21 mars) programmera Beethoven, Malhler , mais aussi Mozart, Fauré, Schubert, Ligeti et même Mascagni avec un « Ave Maria » que n'aurait pas renié la Santuzza de « Cavalleria ».

Suivront ensuite, le 29 mars, un concert construit autour de la célèbre frise de Klimt que l'on peut voir à la maison de Sécession de Vienne et qui associera Beethoven et Marcel Dupré dont il était temps que sa ville natale le redécouvre. Le 21 avril, Sallaberger proposera un bel itinéraire autour de la « Transat » avec Scott Joplin, John Cage, Dvorak , Gerchwin, Bartok et même Jean Wiener avec son concerto franco-américain. De là, le public sera entraîné dans un grand périple impressionniste en Normandie (le 24 juin) avec des étapes menées en compagnie de Laurent Lefrançois un jeune compositeur caennais, Debussy, Caplet, Ravel, Honegger, Satie etc ...

Avec ce cycle de concerts à la chapelle du Lycée Corneille, Oswald Sallaberger se donne l'ambition d'emmener son public sur les chemins de la découverte en traçant des parcours qui seront autant d'étapes heureuses et surprenantes pour mieux accéder aux sortilèges de la maison illuminée.

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Au « Passage » à Fécamp: Pour répondre au questionnement du poète...

16 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Au « Passage » à Fécamp:  Pour répondre au questionnement du poète...

Au « Passage » à Fécamp dont elle maîtrise toutes les ressources depuis 2010, d'abord comme secrétaire générale puis comme directrice, Sophie Descamps entretient des rapports privilégiés avec un monde qui, vu de l'extérieur, pourrait être considéré comme inerte. Mais il se trouve que grâce au talent de ceux qui l'animent, c'est un domaine particulièrement vivant et profondément original qui suit dans des maisons comme « Le Passage » des itinéraires qui leur sont presque exclusivement réservés.

En prenant en main les destinées du « Passage » qui de la Scène Nationale qu'il fut un temps est redevenu administrativement et dans les faits une scène conventionnée « Théâtre et objets », Sophie Descamps a donné à sa maison un style très particulier.

A côté d'une programmation pluraliste, les multiples disciplines artistiques qui composent le monde de la marionnette se trouvent réunies dans une même politique d'animation et offrent, ainsi, à un public très ouvert l'occasion d'entretenir sa curiosité et sa fidélité.

Pour autant la programmation s'attache à ne pas oublier le théâtre à l'état pur. Cette saison, on y retrouve, entre autres, la compagnie du Préau avec « Quand j'étais Charles » de Fabrice Melquiot, « Un fils de notre temps » de Horwath par le CDN de Saint-Denis. l'excellent « Apprenti » du Chat Foin ou « Le grand déballage » de Marie-Hélène Garnier où des « citoyens spectateurs » de Fécamp deviennent par leurs témoignages des « citoyens volontaires » qui portent sur leur ville un regard à la fois tendre et lucide.

Mais les saisons au « Passage » sont surtout consacrées à des spectacles qui justifient qu'il se réfère au Centre Régional des Arts de la Marionnette ».

Dans ce panorama qui réunit les grandes disciplines présentées pour la pluspart « à vue », on mesure combien l'objet échappe à sa fonction initiale pour devenir un partenaire à part entière avec des manipulateurs qui peuvent être aussi bien musicien, comédien, voire danseur.

Il s'agit d'un véritable échange, d'une complémentarité subtile entre l'objet et celui qui l'anime. L'art marionnette a évolué considérablement depuis des années. Le guignol a laissé la place à un véritable art de la transcendance qui permet à un bout de chiffon, à un morceau de bois ou à une poupée en papier mâché de prendre une dimension quasiment humaine.

Dans ce cadre relativement intimiste du « Passage » qui convient parfaitement à une discipline s'inscrivant dans la proximité, la marionnette se sent parfaitement à l'aise. D'autant mieux qu'elle n'y est pas seule. En effet, au « Passage » elle est associée à un travail approfondi de formation d'intervenants en milieu scolaire avec, cette année, deux valises pédagogiques qui seront utilisées par les animateurs dans les écoles fécampoises sur le temps périscolaire. Des actions dans le cadre des animations sont également proposées dans le monde scolaire et dans celui du handicap, « Le Passage » engage avec des compagnies (cette année, le Chat Foin dans le cadre du CLEAC ou la compagnie « Akselere ») . Ces résidences débouchent sur des aides à la création dont bénéficie en premier le public fécampois et de la région .

Devenu un art vivant, profondément original, appelé souvent à faire rire mais qui donne aussi à penser, le monde de la marionnette reste en constante effervescence. Des salles comme « Le Passage » sont des relais essentiels où l'imaginaire et le réel cohabitent et s'emploient à s'interroger sur l'éternel questionnement du poète, en l'occurrence Lamartine :

« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? »

A Fécamp on connaît la réponse !

Notre photo : « Cendres » par Plexus solaire le 1er avril à 20h30 – Photo : Kristin, Aaflay Opdan

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Jefferson Desmoulins : du rêve à la réalité

12 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Jefferson Desmoulins : du rêve à la réalité

Tout petit il rêvait qu'il ferait un jour du théâtre : il l'a fait.

Dans le cursus qu'il s'était imaginé, il rêvait d'entrer au conservatoire de Rouen : il y est y entré.

Et puis, dans la droite ligne des bonheurs espérés il voyait son avenir se jouer harmonieusement jusqu'à devenir, il ne faut pas lésiner surtout quand on rêve, directeur d'une structure théâtrale, pourquoi pas un CDN.

Mais si la capacité d'évasion de Jefferson Desmoulins était sans limite, le temps l'a ramené, au réveil, à d'autres réalités qui n'ont pas véritablement cassé ses rêves mais, en lui donnant des contours plus raisonnables et plus accessibles, lui ont ouvert les perspectives d'une destinée tout aussi exaltante. Après la classe d'art dramatique de Maurice Attias au Conservatoire de Rouen et un séjour à l'ERAC de Cannes, il est revenu à Rouen pour une collaboration au « Chat Foin » avec Yann Dacosta. De là, il sautera le pas qui lui permetta de concrétiser d'une certaine manière une partie de ses songes théâtraux :

« Si je n'avais pas rêvé je ne serais pas aujourd’hui à la tête d'une compagnie en train d'imaginer des rêves destinés aux autres »

Comme quoi, laisser son esprit s'égarer dans les brumes du sommeil a du bon du moment que l'on sait, le moment venu, revenir sur terre.

C'est ce qu'a fait Jefferson Desmoulins qui avec sa compagnie « Traces » a construit des univers qui n'échappent jamais tout à fait à l'onirisme de ses premières émotions.

Le dernier en date s'inscrit dans un monde qui se situe aux lisières du vraisemblable et de l'imaginaire. Avec « Du temps que les arbres parlaient » , une pièce d'Yves Lebeau, un petit garçon éperdu de solitude rencontre un vieux chêne auquel il va confier sa détresse. Entre l'innocence de l'un et l'expérience de l'autre va s'établir un dialogue à priori improbable et dont se dégagera une philosophie où les désespérances de l'enfance s'apaiseront dans la grande sérénité qui se dégage du roi de la forêt. Destiné avant tout au jeune public, c'est un conte de la régénérescence créé à Duclair avec Simon Vialle et Clément Longueville et qui va poursuivre sa carrière dans une série de 12 représentations en 2016.

2016… une année importante pour Jefferson Desmoulins. Il met, en effet, la dernière main à un triptyque consacré - on s'en serait douté – aux rêves ! Les trois pièces qui le composent – d'Andersen à Karl Richter en passant par la question essentielle posée à des collégiens sur leurs propres rêves – gardent leur autonomie et se complètent un peu à la manière de ces histoires que la nuit envoie comme des puzzles dont on tente au réveil à reconstituer la cohérence.

Le rêve comme évasion … le rêve comme une fonction vitale de l'inconscient … le rêve comme un trajectoire informelle… le rêve qui permet de sortir de la réalité mais dont les imprégnations secrètes laissent de confus lambeaux de souvenirs.

Pour cette réalisation ambitieuse, Jefferson Desmoulins a fait appel à des comédiens-complices que sont outre Simon Vialle et Clément Longueville, Manon Thorel, Valentine Monserand, Lou Valentini.

A n'en pas douter, une distribution… de rêve !

Notre photo : Simon Vialle et Clément Longueville dans « Du temps que les arbres parlaient »

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A la « Logomotive » : pour toutes les Blanche de notre jeunesse

4 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

A la « Logomotive » : pour toutes les  Blanche de notre jeunesse

On est toujours assis, si l'on peut dire, entre deux fauteuils quand on assiste à un spectacle pour enfants surtout quand on est environné d'un si jeune public et dont l'attention est difficile à capter ne serait-ce qu'une heure, même s'il est bien préparé par ses maîtres.

Faut-il convenir d'une lecture simpliste pour tenir éveillé de jeunes esprits découvrant pour la plupart le théâtre ou au contraire mettre de la distance, voire de la substance, dans un exercice qui peut aborder, comme c'est le cas ici, un sujet particulièrement délicat sans tomber pour autant dans une dramatisation excessive ?

En choisissant « Blanche » de Fabrice Melquiot « La Logomotive » n'a pas opté pour la facilité. L'histoire met en présence une enfant séduite par le non-conformisme de sa grand-mère et une grand-mère s'employant de son côté à façonner, entre raison et fantaisie, la personnalité d'une petite fille qui ne demande qu'à apprendre la vie auprès d'un personnage lumineux et fantasque.

Pourtant leurs rapports, fait de tendresse et de complicité, prendront un tour plus âpre au fur et à mesure que l'on suit la lente et subtile dégénérescence intellectuelle de la vieille dame.

Sujet difficile mais que Rosemary Fournier et Jean-Paul s'emploient à humaniser au maximum avec une mise en scène qui joue beaucoup sur l'impulsion et le clin d'oeil. Beaucoup de mouvements, quelques accessoires et une scénographie dépouillée conviennent parfaitement à la construction séquentielle de la pièce. Ce morceau de vie pourrait sombrer dans un pessimisme peu adéquat pour un public de 10/11 ans, mais l'abattage enthousiaste des comédiennes – excellentes Rachel Matéis et Sophie Mayeux – donne un rythme très soutenu et une «santé» qui gomment les douleurs prévisibles de l'épilogue.

On retrouve là, la patte rigoureuse et solide de la « Logo » qui assoit son travail sur la qualité des textes et le souci de les mettre à la juste place des intentions qu'ils annoncent. Avec des moyens solides et une équipe à toute épreuve (Roland Schön, Denis Brely, Gérard Yon, Eric Guilbaud) et une bonne direction d'acteurs, la mise en scène évite les complaisances alors que face à un public neuf – mais pas forcément acquis d'avance – il serait possible d'en faire un peu trop pour mieux le convaincre.

Mais le tandem Viot/Fournier a le sens de la mesure, de l'équilibre, du respect des auteurs qu'ils défendent.

Le jeu en vaut la chandelle. L'essentiel est dans l'attention, même réduite, des enfants, de leur éblouissement devant une fausse neige qui envahit le plateau, de la capacité d'enthousiasme que leur communiquent des comédiens qui se mettent parfaitement à leur portée sans pour autant bêtifier.

Et puis, il faut bien le dire, pour les quelques adultes qui étaient salle Beaumarchais à Maromme, entendre bruisser une salle juvénile et la sentir respirer au rythme d'une histoire conçue pour elle avec les soins que l'on mettrait pour des grandes personnes, est un bonheur qui anticipe tous ceux à venir …. quand, plus tard, ces spectateurs d'un jour constitueront un public qui repensera peut-être à toutes les Blanche de leur jeunesse qui leur auront révélé leurs premières émotions théâtrales.

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Les points de suspension de la Culture

3 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Lu dans « l'Express » du 2 au 8 décembre dans une grande enquête concernant le FN une petite phrase lourde de sens qui devrait interpeller tous ceux qui pensent que la culture doit rester un espace de liberté qu'il faut défendre.

En effet, à la question posée par Michel Feltin-Palas sur sa réaction devant une association culturelle s'opposant au Front National si elle se retrouvait à la tête d'une assemblé régionale Madame Le Pen a répondu : « Je commencerais par lui rappeler qu'une association culturelle n'a pas à prendre de positions politiques. Si elle continue … ».

Trois petits points qui en disent long sur la manière dont le Front National considère le fait culturel et la manière de le juguler si, par malheur, il n'entrait pas « dans les rangs ».

Trois petits points qui donnent à réfléchir et pas seulement aux électeurs que nous sommes mais aussi aux élus, qu'ils soient de droite ou de gauche, qui ont une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à leur tête avec la culture et- pas assez avec leur cœur et- leur raison.

Cette enquête montre bien qu'il y a de la désaffection qui traîne dans les coursives du théâtre vivant et en général, dans tous les domaines qui concernent l'élévation de l'esprit au bénéfice de l'événementiel là où il faudrait de l'événement.

Il n'est pas facile il est vrai d'accommoder les exigences et le plaisir.

C'est une question de formation, de philosophie, d'utilisation intelligente des deniers publics. C'est aussi, et surtout, une réflexion de longue haleine s'inscrivant dans le temps et qui ne doit pas privilégier la toquade de l'instant.

Un exemple parmi d'autres, ce « Panorama XXL », verrue dispendieuse qui défigure les quais de Rouen alors que dans le même temps on s'emploie à les aménager.

Si on voulait jouer à un petit exercice de comparaison, on pourrait se poser la question de savoir si le coût de ce luna-park à la petite semaine mais à grands frais, n'aurait pas été mieux utilisé dans la remise en état du Hangar 23, fermé purement et simplement pour raisons de sécurité, au bénéfice d'une anachronique installation « bon chic bon genre » à la chapelle du lycée Corneille où son public ne s'y retrouvera pas. Pour être juste, l'argument de la sécurité n'est pas nouveau. On l'a utilisé à très mauvais escient à Duchamp-Villon pour le résultat que l'on connaît mais aussi en son temps, par Jean Lecanuet pour justifier de la destruction du cirque.

Quant à l'Ecole des Beaux-Arts, elle aurait pu trouver sa place dans l'ancienne école normale de jeunes filles de la route de Neufchâtel. La situation et la capacité d'accueil et de développement des lieux auraient très bien pu l'accueillir plutôt que de l'exiler à la Grand-Mare et laisser ainsi la place à une réalisation touristico- hôtelière.

Même si on parle sous le manteau d'une éventuelle opération immobilière dans ses entours immédiats, l'Aître Saint-Maclou classé monument historique échaperait à la boulimie immobilière qui s'est abattue sur le patrimoine rouennais (exemple, le couvent des Dominicains, rue de joyeuse, où la DRAC pensa un temps s'installer) mais deviendrait un genre de marché de Noël avec boutiques en tout genre. La classe !

Tout cela relève, on nous pardonnera de le dire, d'un sérieux manque d'imagination et d'une cruelle absence d'anticipation sur le devenir de la Métropole. Il en va de même pour la politique culturelle en tant que telle. Des opérations de colmatages, comme la mise à disposition à qui la demande (sans moyens il faut le préciser!) de l'Aître Saint-Maclou ou des trottoirs musicaux pour sympathiques qu'ils soient, sont des succédanés destinés à meubler les calendriers mais non pas à remplir les têtes. L'enquête de « L'Express » montre bien que la réactions d'une partie de l'électorat est motivé par une « déception » à l'égard de ceux « qui détiennent les leviers de commande ».

Autrement dit ce n'est pas seulement de Marine Le Pen dont les politiques doivent avoir légitimement peur, mais aussi un peu d'eux-mêmes et fassent en sorte que les points de suspension de Madame Le Pen ne se transforment pas en points… de consternation !

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