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Théâtre en Normandie

« Qui suis-je ? » : une passionnante ébauche de réponse par Yann Dacosta

31 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

En général, la « cuisine » interne d'un spectacle échappe aux spectateurs et c'est une bonne chose qu'ils ignorent tout des secrets de son élaboration.

Mais, il y a, comme dans tout, des règles qu'on peut transgresser et c'est une démarche que Yann Dacosta affectionne et qu'il a mise en application cette semaine.

Il y a chez lui comme une manière de mettre à nu son travail et de démonter, à travers des « maquettes » préliminaires, les rouages des productions qu'il met en scène.

C'est un exercice qui relève de l'initiation surtout quand il s'adresse à un jeune public dont la curiosité est aiguisée tout autant par les textes, le plus souvent contemporains, qu'il découvre que par les moyens mis en œuvre pour parvenir jusqu'à eux.

Le « Qu'y suis-je » de Thomas Gornet est exemplaire de cette démarche intellectuellement généreuse.

Le travail réalisé en amont par le « Chat Foin » était ainsi présenté à la Chapelle Saint-Louis devant des « regards amis » mais surtout devant des élèves de troisième qui ont pu, d'une certaine manière, prendre leur part des attentes contradictoires qui traversent l'adolescence et qui forment l'argument de la pièce.

L'histoire se déroule dans le vestiaire d'un établissement scolaire. Lieu de rencontre entre copains mais aussi espace de solitude ou de trouble que l'amitié seule ne parvient pas à combler.

Dans cet environnement « survitaminé » où des jeunes gens se cherchent et jaugent leur propre personnalité ou leur propre faiblesse en se lançant des défis réciproques, il y a ceux qui s'affirment et d'autres qui au contraire en viennent à se poser la question fondamentale du « Qui suis-je ? »

Sur ce thème essentiel, Thomas Gornet a construit une histoire dans laquelle les attentes, les doutes, les espérances et les non-dits engagent les comportements de toute une vie.

C'est sensible, d'une grande justesse de ton et d'une pudeur absolue. La pièce se déroule entre trois comédiens qui endossent plusieurs personnages à l'exception du héros principal autour duquel viennent se fracasser les lazzis et les brimades.

Pour présenter cette ébauche de spectacle, la proposition de Yann Dacosta s'est répartie entre deux postulats. D'un côté, il y a la pièce en devenir qui prend progressivement sa réalité à l'aide d'éléments de décors et dans des lumières qui sont encore en devenir et de l'autre une lecture dans laquelle les mots prennent leur sens sans le secours de la scénographie.

Dans ce double exercice, les comédiens naviguent entre la réalité de la scène et l'exercice préparatoire du texte avant d'entrer dans le jeu lui-même. On y retrouve Manon Thoret dont on connaît déjà la pertinence (on l'a vue, entre autres, chez Thomas Jolly) et deux nouvelles personnalités qui sont d'heureuses révélations, du moins, pour la Normandie. Il s'agit de Côme Thieulin qui fait valoir une belle sensibilité dont les fragilités viennent se heurter à la solide présence, quasi animale, de Théo Costa Marini.
La mise en scène s'appuie pour une grande part sur la projection des dessins de Hugue Barthe et la scénographie de Grégoire Faucheux. D'après ce qu'on peut en juger dès maintenant, l'ensemble baigne dans un climat où les lumières et les jeux d'ombres habillent un univers dépouillé qui laisse aux comédiens toute latitude pour s'investir avec passion et enthousiasme dans ce qui sera un beau message de tolérance et d'espoir, pour tous ceux qui cherchent une réponse à ce « Qui suis-je ? » qui les taraude.

Réalisé avec le soutien de « La Rotonde » à Petit-Couronne, « Qui suis-je ?»  est co-produit par Dieppe Scène Nationale, le Rive-Gauche, L'Etincelle et l'Atelier des Spectacles à Vernouillet et sera présenté au Rive-Gauche les 15 e 16 mars 2018

Photo : Arnaud Bertereau - Agence Mona

 

 

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Le « Molière » d'Emmanuel Noblet : la consécration

30 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

On l'attendait !

La nuit des « Molières » en a apporté une formidable confirmation en attribuant le prix réservé aux spectacles « Seul(e) en scène » à Emmanuel Noblet pour son extraordinaire interprétation de « Réparer les vivants ».
C'est une réussite personnelle qui vient récompenser un artiste qui cultive avec élégance la vraie discrétion des gens de talent.

« Réparer les vivants » n'est pas seulement la reconnaissance d'une performance mais aussi l'intelligence et la pertinence de l'adaptation du livre de Maylis de Kérangal et surtout sa mise en espace. Rien n'était simple dans cette entreprise et en premier la manière dont pouvait être traité le sujet si délicat de la transplantation cardiaque. Le livre fut une révélation et Emmanuel Noblet s'en empara immédiatement en remportant les droits d'adaptation que l'auteure lui confia sans restriction. Ce qui était déjà un tour de force en un temps où les sollicitations étaient nombreuses devant le succès du livre.

L'aventure commençait. Non seulement il fallait empoigner le sujet à bras le corps et lui donner une cohérence théâtrale mais ensuite faire en sorte que ce projet difficile à monter du fait même de sa conception puisse se réaliser. C'est avec l'appui du Centre Dramatique de Normandie et de David Bobée qu'il pourra aboutir. Lundi soir en recevant son prix, Emmanuel Noblet ne manqua pas de souligner combien cette aide et cette attention avaient été déterminantes dans une entreprise qui pulvérise aujourd'hui les records d'affluence.

Sans vouloir régionaliser à tout prix une réussite qui est avant tout nationale, on ne peut s'empêcher d'être un tantinet chauvin en notant que les dieux tutélaires qui ont veillé sur Noblet sont normands et plus encore rouennais.

Alors qu'il faisait des études de droit à Mont-Saint-Aignan, il découvrit le théâtre chez Nathalie Barrabé dont on ne dira jamais assez le rôle de révélateur qu'elle mène au sein de son école. Tout ira ensuite selon une progression professionnelle patiente, laborieuse, exempte de facilités, ponctuée de rencontres et d'expériences qui petit à petit permettront au jeune homme de construire tout à la fois une carrière et une personnalité.

Un passage au conservatoire de Limoges, puis à celui de Rouen avec Maurice Attias le mettront véritablement en selle (et en scène!). S'en suivront de multiples collaborations avec des compagnies rouennaises, entre autres, chez Yann Dacosta, Sophie Lecarpentier, Alain Bézu, avec Catherine Delattres pour « Poésie en Bray » qui ne laisseront pas passer un talent qui prenait de la densité au fil des aventures qu'on lui proposait, y compris au cinéma dans de petits rôles. Après une série de « Bourgeois » à la porte Saint-Martin avec François Morel dans une mise en scène par Catherine Hiegel, surviendra le choc, reçu en plein cœur c'est le cas de le dire, à la lecture de « Réparer les vivants ».

Avec l'appui du CDN, il se lancera dans une entreprise qui s'affirmera comme la révélation du festival d'Avignon et qui frôle maintenant les 300 représentations avec une reprise parisienne en automne au Petit Saint-Martin.

Lors de la remise de son prix, Emmanuel Noblet qui cachait mal son émotion, ne manqua pas de relever ce qu'il devait à Maylis de Kérangal qui lui avait immédiatement fait confiance en lui confiant l'adatation de son livre et à David Bobée et Philippe Chamaux qui, en produisant le spectacle, ont été les artisans d'une réussite dont ils peuvent à une juste titre prendre leur part.

Il ne reste plus maintenant qu'à attendre le « Beaumarchais » dont les résultats seront proclamés le 12 juin.

Jusque-là il faut attendre …. et croiser les doigts !

Photo Aglaé Bory

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« Vox Luminis » à la Chapelle Corneille : une rigueur sereine

30 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Les voix et la lumière !

Ces deux éléments s'adaptaient merveilleusement au concert de « Vox Luminis » donné dimanche matin à la chapelle du Lycée Corneille sous l'égide de l'Académie Bach.

L'Académie se plaît à échapper à son creuset originel d'Arques-la-Bataille pour favoriser sur le département, comme le dit Jean-Paul Combet qui en est l'âme, cet « incubateur de talents » qui s'emploie à démocratiser la musique ancienne et l'art baroque en direction de toutes les couches de la société et pour tous les âges. C'est un succès qui ne se dément pas depuis la création du festival en 1997 dont le rayonnement l'impose comme un des éléments de première grandeur de la vie culturelle normande.

Très judicieusement, et pour la première fois, la Chapelle s'ouvrait à la lumière du matin. C'était l'opportunité de lui offrir un éclairage particulier et de mettre en accordance la richesse des ors de son ornementation et la rigueur sereine de la pierre.

On ne dira jamais assez combien ce bel édifice est le réceptacle idéal pour accommoder l'élégance du cadre à la réflexion qu'il inspire.
Ce dimanche avec le concert de « Vox Luminis » c'est la rigueur qui prévalait.

Lionel Meunier qui anime cette admirable formation avait réuni pour la circonstance un certain nombre de motets composés par les nombreux membres de la famille Bach. Autour du cantor de Leipziz, on connaît surtout ses descendants alors que son antériorité familiale a été également d'une étonnante richesse.

Pour ce concert Lionel Meunier a retenu quelques uns seulement des exemples les plus significatifs d'une énorme production familiale.

Bien sûr, l'intérêt n'est pas toujours d'une égalité absolue. Les motets, œuvres de circonstance pour les office luthériens, répondent surtout à des nécessités de réflexion pour lesquelles les éléments musicaux passent au second plan. Mais cette succession de grandes pièces permet au choeur, à géométrie variable, de « Vox Luminis » de porter la grandeur spirituelle d'un dépouillement qui tient à la qualité des timbres et à celle, toute intérieure, des interprétations.

Un grand moment qui trouvera en quelque sorte son prolongement avec l'interprétation par « Vox Luminis » de la messe en Si de Jean-Sébastien en clôture du festival d'Arques-le-Bataille le samedi 26 août à 21 heures en l'église d'Arques.

Enfin rappelons que le festival Bach toujours à la chapelle Corneille et à 11 heures qui sont ses lieux et ses horaires de prédilection termine sa série consacrée au clavecin et au piano romantique, le dimanche 10 juin avec Rémy Cardinale qui interprètera des oeuvres de Chopin.

Photo : Wägner Csapo Jozsef

Tout le programme du Festival de Musique ancienne (du 22 au 26 août) sur

contact@academie-bach.fr

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« Feu la b(r)aise » le cabaret des amours qui passent

27 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

L'amour peut-il résister à la durée?

Question fondamentale qui taraude les couples qui se connaissant depuis trop longtemps et qui n'ont plus grand chose à se dire si ce n'est distiller des vacheries qui trahissent les désillusions du temps et des amours qui passent.

Nathalie Grandet et Thomas Rollin ont tissé autour de ce thème éternel un spectacle musical qui décortique les situations et détricote le peu de souvenirs heureux que partagent encore deux êtres qui s'épuisent à courir après les illusions d'un bonheur perdu.

Pour ce cabaret doux-amer, ils ont fait appel à une série d'auteurs, de Gainsourg à Brigitte Fontaine en passant par Higelin, Boris Vian et d' autres, qui avaient tous quelque chose à régler avec leurs propres difficultés existencielles et c'est une excellente idée.

C'est drôle, bien venu et mené avec un sens de l'opportunité musicale et dramatique qui fait mouche.

Cela dit, Grandet et Rollin sont des êtres qui portent en eux trop de gentillesse naturelle, trop d'amour pour des personnages dont ils assument avec bonheur les pérégrinations sentimentalo-professionnelles à travers leurs variations pomologiques et leur « cabaret boucher » pour se montrer vraiment cruels avec eux.

D'ou une forme de tendresse à leur égard dont ils ne savent pas se départir et qui enlève une bonne part de férocité à un propos qui en définitive reste en-deça des règlements de compte attendus.
Mais après tout c'est un point de vue dans lequel l'optimisme prend le pas sur l'acrimonie, l'indulgence sur la dénonciation sans complaisance et le sourire sur la grimace.

Cette manière de jouer avec le clin d'oeil, de montrer qu'en amour – comme en désamour – les choses ne sont pas à prendre au sérieux plus qu'il ne faut, est un des charmes d'une promenade qui nous entraîne sur cet itinéraire des cœurs contrariés.

L'ensemble toutefois ne perdrait rien à se resserrer quelque peu et, peut-être, à se diriger vers une formule plus délibérément « cabaret » qui correspondrait mieux à son esprit « chansonnier » et à un déroulement construit comme une succession de sketchs.

Mais Nathalie Grandet qui susurre ses couplets avec un charme aux rondeurs vocales séduisantes et Thomas Rollin qui joue avec tous les avantages d'une nature à la fois enthousiaste et retenue mènent le jeu avec un bonheur qu'ils savent faire partager. Ils le font d'autant mieux qu'ils trouvent en Olivier Hue un support musical de grande qualité et une adroite scénographie de Stéphane Pillet.

Grâce à eux, les braises de la passion ne s'éteignent jamais tout à fait.... il suffit que le souffle chaleureux du public l'attise pour les faire repartir de plus belle.

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A l'Opéra de Rouen en 2017/2018 : de Mozart à Cherubini en passant par Bach et Offenbach

27 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il y avait comme un petit air de nostalgie qui flottait à l'Opéra de Rouen pour la présentation de la saison 2017/2018 par Catherine Morin-Desailly et Frédéric Roels. Il était difficile qu'il en fût autrement. En effet, les usages veulent que le directeur d'une maison d'opéra laisse à son successeur une saison préparée à l'avance.

Même si le principe, est admis et prorogé par les habitudes et surtout par la raison – une saison ne se construit pas en trois mois de temps – il n'en reste pas moins vrai qu'en la circonstance des regrets planaient sur la présentation d'une programmation construite par un intéressé qui n'aura pas droit de regard sur elle.

Bref, c'est la dure loi du spectacle et le contenu primant  avant tout autre considération, il appartenait au directeur encore en exercice de dresser les grandes lignes d'un avenir qui ne lui appartient déjà plus.

Auparavant, comme il se doit, on parla finances pour se féliciter qu'elles soient restées stables même si le désistement du département de l'Eure creuse dans le budget un trou de 300.000 euros que sont venues compenser en partie les co-productions, les recettes, les ventes de spectacles et le mécénat

Cultiver les bonheurs à venir

Et Frédéric Roels de souligner que la maison tout le temps de sa direction s'était strictement tenue dans les cordes d'une gestion rigoureuse. C'est un point extrêmement positif dont Catherine Morin-Desailly ne pouvait que se montrer satisfaite, ce qu'elle ne manqua pas d'exprimer avec les regrets qui accompagnent généralement ce genre d'exercice de convenance.

Frédéric Roels ayant bien mis en évidence les impératifs d'une gestion qui l'oblige, comme la majorité de ses confrères, à adapter ses ambitions artistiques aux moyens dont il dispose, passa au vif du sujet en donnant les grandes lignes des bonheurs à venir.

On nous pardonnera de nous arrêter sur ce qui intéresse en particulier une maison d'opéras, c'est à dire la saison lyrique.

Elle est composée de sept productions si l'on y adjoint la Passion selon Saint-Jean qui n'entre pas à proprement parler dans le genre mais dont la conception avec des interventions parlées et une mise en images qui fait la part belle à la vidéo répond aux exigences d'un spectacle total dont il n'est pas évident que Bach en sorte indemne. Mais il faut voir et se préparer au pire en espérant le meilleur (le 14 avril à 20 heures et le 15 à 16 heures).

Parler autant que faire se peut à la jeunesse en cultivant de nouvelles couches de spectateurs est un véritable problème de survie pour l'opéra. D'où des initiatives qui se font de plus en plus nombreuses à l'intention des jeunes générations. « L'ébloui » qui sera présenté le 13 février à 20 heures répond à cette exigence. C'est un petit opéra dan lequel des comédiens-chanteurs, des musiciens et des marionnettes racontent le voyage initiatique d'un enfant qui a des trous noirs à la place des yeux et qui au fil des expériences et des découvertes va progressivement s'ouvrir au monde et à la lumière. C'est une féérie musicale destinée avant tout à un jeune public mais à laquelle les parents ne devraient pas rester insensibles.

Dans la préoccupation de s'adresser à tous les publics, « Le Barbier de Séville » (les 15 et 16 décembre à 20 heures et le 17 à 16 heures) sera donné dans un esprit participatif auquel Frédéric Roels est sensible. Le principe est de faire chanter au public – en l'y préparant à l'avance - quelques éléments des choeurs d'un ouvrage. L'idée est bonne mais le « Barbier » ne recele pas de grandes pages qui permettent ce genre d'expérience. A part le choeur des musiciens au premier acte et ceux des soldats au second et au dernier, il n'y a rien qui soit très exaltant. Cela dit l'ouvrage en lui-même est un feu d'artifice qui depuis sa création (à « L'Argentina » de Rome où ce fut un « bide » retentissant) fait exploser des gerbes d'inventivité musicale et vocale.

Dans le domaine de l'inventivité, Offenbach ne fut pas en reste. Père de l'opérette classique, il a commis également deux ouvrages se référant directement à l'opéra-Comique. On connaît « Les contes d'Hoffman »... on avait oublié « Fantasio » dont la partition avait disparu dans l'incendie de l'Opéra-Comique en 1887. Une version en a restitué les merveilles de fraîcheur et de musicalité et c'est Thomas Jolly, abandonnant pour un temps les fureurs shakespeariennes qui l'avait mis en scène pour la salle Favart et c'est cette version que sera présentée à Rouen. Une occasion de redécouvrir une œuvre rare et un metteur en scène qui se frotte, maintenant, à la mise en scène lyrique (vendredi 26 et mardi 30 janvier à 20 heures et le dimanche 28 à 16 heures).

Dans une saison qui se respecte on retrouve toujours un Mozart. Celui que propose l'Opéra de Rouen est le délicieux « Enlèvement au sérail » qui pour la circonstance se transforme en cabaret. Il est de mode aujourd'hui d'opérer des transpositions d'intentions toutes plus hasardeuses les unes que les autres comme si la musique ne se suffisait pas à elle-même et qu'il faille l'habiller de considérations annexes. Mais les metteurs en scène, jaloux sans doute de la part qu'on laisse aux compositeurs, veulent imposer leur « patte ». Ils le font parfois avec légèreté et c'est sympathique, d'autres fois avec des intentions moins discrètes et moins louables. Mais l'essentiel est dans la beauté de la partition et la qualité des distributions. Qu'on le veuille ou non, c'est là qu'on reconnaît la pérennité d'un chef d'oeuvre.

Deux « monuments » du Bel Canto

Enfin le « gros » de cette programmation passe par le bel canto et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de deux œuvres majeures, la « Norma » de Bellini et la « Médée » de Cherubini.

La premiere ouvrira la saison et on attend avec intérêt la mise en scène de Frédéric Roels mais la vraie surprise sera dans l'inversion des tessitures pour les deux rôles féminins. En effet, Norma sera chantée par une Mezzo et Adalgise par une soprano. Il est vrai qu'à l'époque romantique les frontières vocales étaient plus élastiques. Des chanteuses comme Pauline Viardot ou la Malibran naviguaient dans des tessitures qui pouvaient passer allègrement du grave à l'aigu sans que l'on sache vraiment quel en était le résultat. Mais des compositeurs comme Bellini ou Rossini connaissaient si parfaitement les voix qu'ils laissaient une grande latitude à leurs interprètes. Entre une mezzo colorature et un soprano dramatique les limites dépendent surtout des ressource vocales des chanteuses. Le bel canto en lui-même est le plus brillant exemple de cette somptueuse ambiguïté vocale immortalisée par Callas (vendredi 29 septembre à 20 heures, dimanche 1er octobre à 16 heures, jeudi 5 et samedi 7 à 20 heures)

Enfin, Cherubini fermera la saison lyrique avec sa «Médée » sommet du bel canto dans lequel, comme chez Bellini la palette vocale du rôle-titre est exemplaire d'un style à la fois dramatique et acrobatique. Resté longtemps dans l'oubli, il faudra que Callas (encore elle!) en donne une version vertigineuse pour que ce personnage tragique revienne sur le devant de la scène avec ce long et admirable monologue du dernier acte qui se suffit à lui-même pour assurer la gloire de l'ouvrage (le mardi 22 mai et le vendredi 25 à 20 heures, le dimanche 27 à 16 heures).

A cette saison lyrique d'une belle densité et qui réserve des surprises, voire des raretés, vient s'adjoindre une programmation de ballets dans laquelle on retrouve, entre autres, Sidi Larbi Cherkaoui, Bianca Li, Emmanuel Gat etc …. et une saison de concerts et de récitals qui se partagent entre la scène de l'Opéra et la Chapelle Corneille.

Et gardons pour la fin et avec une tendresse particulière une opération « Musique et doudou » réservée aux bambins de 0 à 4 ans... de quoi avoir envie de retomber en enfance !

Notre photo : « Médée » - photo Gilles Abegg

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A l'Abbaye du Grestain, Nicolas Wapler cultive les bonheurs de l'instant

23 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Au pied du pont de Normandie, noyée dans une verdure qui la protège des animations industrielles toutes proches, l'abbaye du Grestain est un hâvre de paix qui après des siècles de solitude, voir d'oubli, a trouvé une nouvelle jeunesse grâce au théâtre .

Le maître des lieux Nicolas Wapler s'est fait le dépositaire d'une philosophie construite autour de deux notions qui pourraient paraître contradictoires mais qui sont parfaitement complémentaires pour peu qu'on veuille faire découvrir l'objet de sa passion sans qu'elle soit pour autant dénaturée.

Le Grestain est un de ces endroits privilégiés dont l'histoire se perd dans la nuit des temps et qui grâce à ceux qui l'animent se régénère.

Pourtant l'abbaye a connu bien des vicissitudes. Fondée en 1050, elle a fait partie de ces grands grands centres spirituels et intellectuels qui ont fait passer le souffle de l'esprit et de la connaissance sur les rudesses de l'épopée médiévale.

Rayonnant sur toute la région, possédant d'immenses domaines dont beaucoup lui avaient été concédés par Guillaume le Conquérant, elle fut victime de la marche de l'histoire et se retrouva, sous la Régence, dans un tel état d'abandon que c'est l'Eglise elle-même qui en ordonna la destruction. La Révolution fera le reste

Il n'en subsista, alors que quelques vestiges dont une très belle salle voutée, un mur d'enceinte impressionnant et des témoignages de restaurations réalisées au XVIIIème, dont le logis du chapelain et la chapelle.

Le Grestain s'endormira dans un navrant état de ruine jusqu'à ce qu'en 1960, Arnauld et Julie Wapler ne se prennent de passion pour ce lieux déserté et n'en deviennent les propriétaires. A l'époque, Arnauld Wapler était ambassadeur en Pologne et son épouse était sculpteur. Entreprenants, imaginatifs, dotés d'une volonté jamais remise en question, ils se lancèrent dans un titanesque travail de restauration en commençant par des travaux de terrassement qui permirent de retrouver les bases des bâtiments enfouis dans la glaise et de mettre l'ensemble à niveau avec la charmante façade XVIIIème située à l'arrière des vestiges du XIème siècle.
Pendant ce temps le jeune Nicolas Wapler poursuivait ses études de littérature en Sorbonne avant de bifurquer vers l'économie et de s'y faire un nom. Il faudra qu'à la faveur d'amours balkaniques (son épouse est croate) et de la guerre en Yougoslavie, il découvre l'âpreté des affrontements entre des communautés qui jusque-là vivaient dans une fragile mais tacite bonne intelligence. Dans le journal intime qu'il écrivait depuis sa jeunesse, il se lança alors dans une série de notes qui prirent rapidement la forme d'une pièce de théâtre « La guerre ou conversation familiale par un jour de grand vent ».

Le grand vent de l'écriture

Le grand vent le poussera alors à revenir à l'écriture d'une manière plus approfondie et, dans la foulée, il s'attaquera au mythe d'Antigone que de multiples adaptations s'étaient approprié sans vraiment lui rendre justice. Tout naturellement la théâtralité naturellement authentique du Grestain ne pouvait que l'inciter à faire de ce lieu à la fois spectaculaire et si particulier un élément déterminant dans sa vie d'homme et de créateur.

Le premier spectacle qu'il y présentera sera « la cantate à trois voix » de Claudel.

Ce sera, se rappelle Nicolas Wapler, « un enchantement ».... enchantement que celui qui l'avait provoqué entendait prolonger avec Claudel qui fut un des éléments fondateurs du lieux. Il y eut « Le soulier satin » par la compagnie que dirige Alica Roda et qui revient pour « La jeune fille Violaine », « L'Echange » présenté par Jean-Christophe Blondel qui créa également au Grestain un « Oedipe à Colone » dont Nicolas Wapler avait fait l'adaptation. Actuellement se déroule le tournage de « Violaine » qui prépare en quelque sorte la représentation qui en sera donnée le 27 mai à 20 heures. Viendra ensuite, les 10 et 11 juin, « Partage de Midi ».

De Claudel à George Sand en passant par Sophocle

Mais outre la sérieuse prédilection que Nicolas Wapler porte au père d'Ysé, la saison de l'abbaye est riche en rebondissements. Le mois de juillet fera un saut dans le passé avec le délicieux « Aucassin et Nicolette (les 14 et 25 juillet) puis la « Chanson »de Roland » (les 22 et 23 juillet) et le 5 août « Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc » pour rappeler que c'est là que Charles prit la décision de faire rouvrir le procès de la pucelle. Les 26 et 27 août, les « Echos du Moyen-Age » réveilleront quelques fantômes enfouis dans les ruines du Grestain.

Entre temps (les 28 et 29 juillet) George Sand investira les lieux, puis il y aura «  Le mariage » une pièce d'actualité qui s'interroge sur les problèmes de l'identité sexuelle (le 8 août), puis « Le souffle de l'enfer » qui fait revire les grands moments de la mythologie grecque (les 9 et 10 septembre) et dont les prolongement viendront en résonnances avec « La barque est pleine », une pièce de Nicolas Wapler dans laquelle les préoccupations actuelles liées aux problèmes de la migration se rejoignent avec le droit d'asile évoqué chez Sophocle.
Cette saison est à l'image de Nicolas Wapler pour qui l'histoire et le théâtre, en se confrontant par-delà les siècles, procurent à de jeunes comédiens et à un public averti l'occasion de cultiver les bonheurs de l'instant.

Pour le détail de la programmation : www.abbaye-de-grestain.fr

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Corneille : La parole et les vers

21 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Je suis folle de Corneille. Il nous redonnera encore  « Pulchérie » où l'on verra encore la main qui crayonna la mort du grand Pompée et l'amour de « Cinna »... il faut que tout cela cède à son génie.

Cet emballement que Madame de Sévigné fit partager à sa fille à propos de cette pièce tardive de Corneille ne sauvera pas « Pulchérie » de l'oubli. Peu appréciée à la création en 1672, elle « ne réussit point » d'après l'avis du « Mercure galant ». Il faut bien avouer que, depuis, sa carrière n'a pas déchaîné les foules sur lesquelles elle n'a pas laissé un souvenir impérissable.

Pièce de la vieillesse, Corneille y met en scène une impératrice byzantine qui succédera à son frère sur le trône et qui pour ne pas avoir à transgresser son vœu de virginité épousera un vieillard qui, en définitive, lui survivra. Ce qui lui vaudra d'obtenir le double privilège d'être considérée comme sainte à la fois orthodoxe et chrétienne.
Et ce ne sera pas le moindre intérêt que celui de redécouvrir cette « comédie héroïque » à la faveur d'un festival Corneille qui se déroulera du 31 mai au 2 juin,
organisé conjointement par l'Université de Rouen et le Mouvement Corneille-Centre international Pierre Corneille.

Ces trois jours d'études et de réflexion autour du père du « Cid » seront consacrés à des master classes, des colloques, des représentations théâtrales et un concert. Au cours de ces rencontres, on retrouvera parmi les principaux intervenants la metteuse en scène Brigitte Jaques-Wajeman dont on a déjà pu mesurer le travail au cours de mises en scène qu'elle a réalisées aux Deux-Rives.

Le thème autour duquel s'ordonnancera le festival Corneille se donne pour objectif de mettre en évidence la tension qui existe entre la dynamique du discours et la versification et par extension d'expérimenter la réalisation dramatique, poétique et lyrique dans le théâtre cornélien.

Dès le premier jour, le ton sera donné avec une master class dont le sujet sonnera comme un manifeste : « Je veux la liberté dans le milieu des vers ». (A l'Amphi Axelrad de 15 heures 30 à 17 heures 30, le mercredi 31 mai).

Le lendemain 1er juin à 19 heures, toujours à Axelrad, sera donné « Pulchérie » en déclamation baroque avec la compagnie des Lunes Errantes (un titre qu'aurait aimé Cyrano!) dans une mise en scène de Lionel Brun (entrée libre).

Enfin, le vendredi 2 juin sera une journée particulièrement dense avec, le matin, à 11 heures, salle divisible Nord, une projection construite autour des mises en scène de Corneille puis à 13h30 deux master classes simultanées autour de la « déclamation historiquement informée de l'alexandrin ».

Enfin, les participants reviendront à la salle Axelrad à 15h40 pour une communication en musique de Sarah Nancy et Florian Carré sur les stances du « Cid » de Charpentier.

L'ensemble représente une belle exploration des mystérieuses corrélations qui s'établissent entre la parole et les vers pour atteindre à la beauté formelle de la musique cornélienne.

Notre illustration :

On m'a dit que pour moi vous aviez de l'amour

Seigneur serait-il vrai ?

Pour tout renseignement : myriam.dufour-maître@univ-rouen.fr

 


 

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Molière et Beaumarchais … les compagnons d'Emmanuel Noblet

19 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Mis en scène et interprété par Emmanuel Noblet, «  Réparer les vivants » appelait à être reconnu par la profession. Sa nomination dans la catégorie « seul(e) en scène » est déjà en soi une reconnaissance qui ne demande plus qu'à être consacrée le 29 mai lors de la cérémonie des « Molières »

« Réparer les vivants » a été – et reste – une belle et grande aventure pour le comédien rouennais. La tournée, organisée par David Bobée et le Centre Dramatique National aura totalisé, jusque-là, 130 représentations. Le succès a été immédiat et unanime : le spectacle a affiché complet dès le début des cinq semaines au Théâtre du Rond-Point. Depuis la création en Avignon en 2015, il a totalisé plus de 180 représentations avec des salles pleines, intimes ou grandes, de 200 à 500 spectateurs. Il faut dire que le thème (les greffes du coeur) interpellait non seulement de simples spectateurs mais aussi des chirurgiens, des infirmier(e)s et a suscité des témoignages de patients greffés, des échanges sur l’éthique, sur la générosité et en général sur des questions de société qui ont déclenché beaucoup d’émotion et de sens.

L'aventure ne s'arrête pas là. Elle sera à Paris de septembre à décembre au Petit Saint Martin, une salle intime, idéale pour ce style de spectacle.

Sur sa lancée Noblet pourrait se retrouver ensuite à Tahiti pour fêter la 300eme. Un record !

Pour le comédien, la rencontre avec Maylis de Kérangal, auteure du livre qui lui avait donné carte blanche pour son adaptation, a été une révélation. Ce moment de théâtre d'une incroyable intensité aussi bien au niveau de l'acte théâtral lui-même que des prolongement humains qu'il génère, aura été un véritable tournant dans sa vie d'homme et de comédien. Une si longue cohabitation aurait pu émousser son enthousiasme. C'est le contraire qui s'est produit et cette permanence dans l'intensité est un des éléments déterminants dans sa nomination aux « Molières »

« J’ai conscience de vivre une aventure exceptionnelle avec ce spectacle. Alors je ne boude pas mon plaisir, je la vis jusqu’au bout. A ma grande surprise, je ne me lasse pas de jouer autant, j’ai toujours un plaisir immense à préciser le jeu, à passer du drame à la comédie, à sentir les silences vertigineux de la salle et emmener le public ailleurs la seconde d'après. Et je modifie quelques détails de mise en scène, des lumières, des ajouts de textes, je peaufine, je réfléchis même à des scènes qui manquent.

Et après ?

Après on verra, si j’ai toujours envie de le jouer, qui sait si on ne le reprendra pas plus tard ? 

Pour l'instant je suis dans la création de ma compagnie dans la Région pour préparer d’autres spectacles auxquels je réfléchis, mais je veux surtout libérer du temps pour retrouver d’autres projets comme acteur avec d’autres partenaires et d’autres metteurs en scène que moi. Entre deux dates j'ai réussi quand même à caser un tournage pendant mes vacances. Il s'agit d'une nouvelle série de France 2 pour la rentrée et dans laquelle je serai récurrent, avec une blouse blanche encore, celle du directeur scientifique du Louvre qui collabore à des enquêtes policières via son ex-compagne, l’héroïne de la série ».

Le 29 mai, Emmanuel Noblet croisera les doigts en attendant le verdict de cette compétition où il va se retrouver en lice avec Clémence Massart pour « L'asticot de Shakespeare, de Camille Chamoux pour « L'esprit de contradiction » et de Thomas Solivérès pour « Venise n'est pas en Italie ».

Pour cette circonstance, décisive dans sa carrière, il aura à ses côté pour le soutenir Philippe Chamaux, le bras droit de David Bobbée qui a fait le pari de l’aider quatre mois seulement avant Avignon et Benjamin Guillard son collaborateur artistique qui a assuré toute la direction d’acteur sur le spectacle.

Mais cette soirée ne sera pas la seule qui sera forte en émotions pour Emmanuel Noblet. En effet, « Réparer les vivants » est également nommé au Prix Beaumarchais pour le Meilleur Spectacle 2017. La cérémonie se déroulera le 12 juin.

Contrairement aux « Molières » le prix Beaumarchais ne se contente pas (si l'on peut dire) d'une jury de professionnels mais demande également le vote des spectateurs. Ainsi ceux de la région qui ont vu le spectacle à Mont-Saint-Aignan ou ailleurs peuvent très bien accorder leur suffrage à la pièce et par voie de conséquence à Emmanuel Noblet. Pour se faire, il suffit d'aller jusqu'au 30 mai, date limite des votes, sur le site du « Figaro » qui porte le projet et de suivre les indications qui permettront peut-être au spectacle de remporter la plume – pardon, la palme ! -

Molière …. Beaumarchais... décidément Emmanuel Noblet aura passé l'année en bonne compagnie !

 Photo Aglaé Bory

 

 

 

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Les tréteaux du Vert-Galant

16 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

A la fin du XVIIIème on pouvait voir sur les foires parisiennes la baraque du sieur Curtius qui présentait les masques mortuaires des hommes célèbres morts sur la guillotine. Curtius était un précurseur (sa nièce sera la célèbre Madame Tussaud qui créa à Londres le musée de cire qui porte toujours son nom). Il avait compris qu'en ces périodes où l'information était plus que fragmentaire, il fallait offrir l'Histoire au bon peuple et lui donner les moyens de mieux l'apprécier.
Les « mystères » devant les cathédrales n'avaient pas d'autre mission et de tout temps le théâtre, sous quelque forme que ce soit, s'est emparé des grands moments de l'épopée humaine ou spirituelle pour en donner une image parlante à ceux qui la découvraient.

D'une certaine manière, en moins macabre et en plus souriant, c'est ce que fait la compagnie des Papegault composée d'une solide et joyeuse équipe de comédiens qui, au théâtre de l'Echo du Robec, présente une vie du bon roi Henri IV en un « digest » remarquablement construit dans sa simplicité et sa compréhension.

Ce genre d'expérience exige de la rigueur dans le propos et de la fantaisie dans la manière de le montrer. Pour ce qui est de la rigueur, le texte de François-Xavier Vassard est un solide exposé qui suit à la lettre la vérité historique. Pour ce qui est de la fantaisie, il y a quelques clins d'oeil, quelques raccourcis qui font un sort (rapide) à la vraisemblance pour mieux coller à la tradition populaire. Mais l'essentiel est là. Rien ne manque aux événements sanglants qui jalonnèrent les carrrières tumultueuses des fils de Catherine de Médicis ni à l'accession au pouvoir du premier des Bourbon.

Gaillard au combat et paillard dans sa vie intime, Henri IV était hors du commun. L'évocation qu'en donne ce spectacle met en évidence les qualités et les défauts d'un souverain dont l'imagerie populaire a retenu surtout la poule au pot, son panache blanc et ses maîtresses, alors qu'il fut un des plus grands rois de France. Ce spectacle bon enfant dont la mise en lumière est de Jean-Claude Caillard et le son de Gérard Yon a le grand mérite de démontrer que le didactisme n'est pas aussi sévère qu'on voudrait le croire et qu'il sait montrer les bons côté de l'Histoire aussi bien que dénoncer les plus condamnables comme l'intolérance religieuse et ses dérives tragiques.

C'est un spectacle qu'on aurait pu voir, en d'autre temps, sur la place de grève ou à la foire de Saint-Germain. Il prend toute sa mesure sur les bords du Robec mais son approche mériterait de descendre dans la rue et pourquoi pas d'aller jusqu'aux établissements scolaires pour prouver que si l'Histoire n'est pas une fiction ou un jeu de rôles, elle est une réalité qui sans se renouveler vraiment dégage des leçons à entretenir mais aussi de grandes permanences dont il faut toujours se méfier.

 

« Henry, roi de coeur » - Théâtre de l'Echo du Robec, Samedi 20 mai - 20h30
Dimanche 21 mai – 16h30


Avec : Julie Allainmat, Dominique Bonafini, Hervé Boudin, Sophie Caritté , Erick Denis, Florence De Meulenaere, Patrick Desrues, Thomas Schetting et Francois-Xavier Vassard
 

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« La Maison illuminée » : la paix, la musique et la jeunesse

13 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Le concert qu'Oswald Sallaberger proposait dernièrement à la chapelle Corneille avec sa « Maison illuminée » s'ordonnançait autour de deux exigences qui illustrent – si on avait besoin d'en être convaincu – les complémentarités de pensées que la musique et la paix portent en elles en s'imprégnant d'exigences réciproques.

 


Rarement une programmation aura si bien démontré la volonté affichée de Sallaberger de mettre en présence des époques et des musiciens autour d'une notion commune.

En réunissant des éléments de factures parfois contrastées, il trace un itinéraire dont les méandres invisibles se rejoignent pour créer une unité intellectuelle et musicale qui fait tout le charme d'une démarche qui évite les pièges du patchwork.

C'est le cas, par exemple, avec le quatuor (devenu quintette) de Chostakovitch qui répond à la messe à trois voix de Caplet ou, d'une manière plus évidente encore, les sublimes Litanies à la vierge noire » de Poulenc qui prolongent en quelque sorte le « Fratres » d'Arvo Päert qui « voisine » si l'on peut dire avec le Barber.

Ce concert qui a démontré, une fois de plus, combien le grand vaisseau cornélien pouvait sans problème s'adapter à la musique de chambre, s'ouvrait sur le célébrissime adagio pour cordes de Samuel Barber dont le discours musical et le climat ne sont pas pas sans faire penser dans ses intentions au non moins célébrissime adagietto de la 5ème de Malher que Visconti immortalisa dans son « Mort à Venise ».

Autre compositeur et autre atmosphère avec celle, tendue et dramatique,de Chostakovitch et ce quintette dédié aux victimes de la seconde guerre mondiale. Sa richesse harmonique, sa violence et sa volubilité d'écriture furent admirablement mises en valeur par un quatuor d'exception composé de Cristina Vata, Claudine Christophe, Thibault Leroy, Antoine Sobczak et par Oswald Sallaberger qui affronta somptueusement les aspérités techniques de cette œuvre difficile et brillante.

Et puis, la « Maison illuminée » pour ce concert ouvrait grandes ses portes à la jeunesse, en l'occurrence les choristes de la Maîtrise de Saint-Evode qui interprétaient Poulenc (les « Litanies ») et André Caplet (la messe à trois voix). En écoutant ces jeunes gens perpétuer une tradition quasi millénaire et dont sont issus quelques éléments de la fine fleur musicale rouennaise comme Emmanuel Bondeville, Henri Beaucamp, Max Pinchard, Maurice Duruflé, Paul Paray, Marcel Dupré, André Cabourg et tant d'autres, on se prenait à penser que dans les rangs de ce bel ensemble dirigé par Loïc Barrois assisté de Monika Beuzelin se trouvaient peut-être ceux qui demain prendraient la relève de leurs illustres devanciers.
Mais pour l'heure le bonheur de chanter, la musicalité de leur interprétation, la qualité et la fraîcheur des timbres s'inscrivaient dans une réalité tangible : celle d'un enseignement de grande qualité et la volonté d'offrir à des jeunes la possibilité de s'initier, au chant choral mais aussi à une culture élargie tant au niveau de leurs voix que de leur esprit.

Poulenc et Caplet, même s'ils ont beaucoup écrit pour de jeunes timbres, ne sont pas des compositeurs complaisants. Leurs partitions, qui ont bien des points communs au niveau de l'écriture et des intentions spirituelles, réclament une grande capacité technique et vocale et aussi de réelles qualités d'interprétation et d'intériorité.

Dirigés par Loïc Barrois pour le Poulenc et par Oswwald Sallaberger pour le Caplet les jeunes chanteurs, tous issus des classes CHAM/ Musique du collège Sainte-Marie avec Muriel Pitte, ont fait preuve d'un professionnalisme déjà bien établi, d'une tenue vocale remarquable et ont assuré cette grande prestation avec une grande maîtrise

Et ce n'est pas une figure de style !

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