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Théâtre en Normandie

Chez Catherine Delattres , le « songe » n'est plus un rêve

9 Mai 2016 , Rédigé par François Vicaire

Chez Catherine Delattres , le « songe » n'est plus un rêve

Il n'y a que le théâtre qui permette de s'offrir le luxe d'un tel paradoxe.

Ainsi, Catherine Delattres, après bien des interrogations et des doutes, est en train de voir son rêve se transformer en « songe ».

« Cela fait longtemps que je voulais monter « Le songe d'une nuit d'été » qui est une pièce que j'ai toujours aimée. En réalité cela fait au moins trois ans que j'y pense et que je remettais à chaque fois le projet. Il y avait chez moi une grand méfiance à l'égard de Shakespeare un peu comme pour Hugo. L'un et l'autre sont dans la démesure, dans l'excès et réclament des distributions souvent conséquentes et des budgets qui vont avec. Et quand je me suis enfin décidée, le hasard a voulu que ce rêve, enfin concrétisé, coïncide avec l'année Shakespeare. C'est un signe. C'est aussi un symbole car c'est la dernière année où nous pouvons jouer à l'Aître Saint Maclou dont nous allons être privé en raison de sa future affectation.. Tout cela a joué dans mon désir de monter la pièce et a formé une heureuse concordance ».


C'est donc en compagnie d'Obéron, de Titania, de Puck et de toute une théorie de fées et de génies que Catherine Delattres va jongler avec l'univers dans lequel la poésie, la tendresse et la truculence forment un cortège haut en couleur et déroule ses fastes – et ses farces – tout au long d'un nuit magique qui est un peu comme un rêve éveillé.

Pour répondre aux exigences d'une distribution pléthorique (quelque vingt deux personnages), Catherine Delattres a joué avec le principe du dédoublement de personnages comme déjà il était appliqué du temps de Shakespeare. Soucieuse, comme toujours, de la pertinence des rôles et de ceux à qui ils sont confié, elle a fait appel à des comédiens, la plupart de la région, dont certains appartiennent aux éléments de base de la compagnie comme Jean-François Levistre, Nicolas Dégremont ou Frédéric Cherboeuf et d'autres qu'elle est allée chercher dans des productions comme celles de Thomas Jolly qui sont déjà rompus aux trépidations de l'action shakespearienne.

Quand on connait Catherine Delattres, sa rigueur, son respect du texte et des comédiens, on sait l'importance qu'elle accorde au fond autant qu'à la forme. C'est pour elle accorder l'essentiel au théâtre, à savoir la mise en valeur d'un texte et garder à une œuvre cette fidélité intellectuelle qui peut à l'occasion faire fi des époques mais jamais le trahir par des intentions superfétatoires. Elle restera donc dans l'esthétique qui lui est familière des années 50/60 avec toutefois, grâce à l'imagination de Corinne Lejeune, une visualisation qui réponde aux perspectives de folies d'un divertissement ébouriffé. L'action tourne autour des apprêts des noces de Thésée et Hippolyta (qui sont les répliques du « Roméo et Juliette » que Shakespeare écrivait alors) et met en présence des personnages qui ont un pied dans les grâces éthérées de la féérie et l'autre dans la réalité un peu rude du monde du petit peuple. Une confrontation à laquelle Shakespeare se plaît à jouer avec les apparences, les faux-semblants et les quiproquos de la comédie et qui composent une vision contrastée de son temps. Pour Catherine Delattres c'est « une mise en abyme vertigineuse » dans laquelle le théâtre s'installe dans le théâtre, les personnages jouent avec le travestissement, le quotidien avec la magie, la réalité avec le songe. Toutes les audaces se révèlent dans la magie de la nuit et autorisent toutes les folies comme aux plus jours de carnaval.

C'est cette notion de liberté totale, de plaisirs débridés, cet hymne à la nature dans ce qu'il a de plus instinctif que Catherine Delattres veut imprimer à sa mise en scène.

« Jusque-là j'ai trouvé à l'Aître Saint-Maclou un cadre à la mesure de mes attentes même quand j'y ai monté des auteurs qui gardaient leur caractère intimiste comme Tchekov ou Feydeau... Mais cette fois, le cadre en lui-même ne prend pas la même signification. il n'y a pas de décors, pas d'éléments étrangers, pas de corrélation directe avec le lieu en lui-même.... rien que les arbres, la nature, le mystère de la nuit. Il en sera ainsi dans tous les lieux où nous allons jouer. Alors qu'habituellement je jongle avec la particularité et la beauté des bâtiment, pour le « songe » je leur tourne le dos pour renouer avec la vraisemblance de l'univers dans lequel baigne la pièce. Ce sont les frondaisons magiques des qui forment un décor bruissant et mystérieux permettant à tous les personnages de se fondre dans le désordre de la nuit et de s'y perdre pour qu'au petit matin, débarrassés des défroques de leurs rêves, ils retrouvent leurs esprits .... comme après un songe. »

Du 2 au 12 juillet à l'Aître Saint-Maclou à Rouen

Les 15 et 16 juillet à l'abbaye de Bonport

Les 22 et 23 juillet au Manoir de Villers

Au Moulin d'Andé les 29 et 30 juillet

Et plus tard …

su 4 au 8 octobre à la Scala de Strasbourg

le 13 octobre au châeau d'Eu

Les 8 et 9 novembre au Rive Gauche de Saint-Etienne du Rouvray

Le 25 novembre au Théâtre en Seine à Duclair

Le 7 février à Juliobona-Lillebonne

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Les arrivants » de Ronan Chéneau : un acte théâtral et social

7 Mai 2016 , Rédigé par François Vicaire

 Les arrivants » de Ronan Chéneau : un acte théâtral et social

Ils se connaissent depuis la fac. Le premier ne pensait déjà qu'au théâtre alors que le second n'imaginait pas encore qu'il ferait partie un jour de son univers.

Mais la loi des contraires étant un principe agissant, David Bobée et Ronan Chéneau se trouvèrent rapidement des atomes crochus même si les circonstances auraient pu faire touner court cette amitié naissante.

En effet, Chéneau eut un jour l'opportunité de faire un « papier » sur la première mise en scène de Bobée et, avec la belle assurance des néophytes, l'éreinta copieusement.

Intrigué par la démarche de ce jeune critique au jugement acéré, David Bobée lui offrit un peu par curiosité et peut-être par provocation la commande d' une mise en scène sur un texte de Jean-Pierre Siméon puis, sur sa lancée, l'écriture d'un monologue destiné à une comédienne.

Insidieusement, Chéneau se trouva pris dans un engrenage dont il ne voudra plus sortir. Son attirance pour le roman bifurqua vers le théâtre et vers ce goût de l'expérimental qu'il cultive avec gourmandise le plus souvent dans le sillage de David Bobée.

Un compagnonnage qui, depuis lors, s'est régulièrement développé. De Moscou à Montréal en passant par l'Indonésie et quelques horizons culturels lointains, leur collaboration s'est construite, solide, continue, fidèle, d'une certaine manière complémentaire. Ce qui ne les empêche pas de cultiver une indépendance qui permet à leurs carrières respectives de suivre des trajectoires parallèles qui, échappant à la logique de la physique, n'arrêtent pas de se croiser.

Leur parcours, en effet, est jalonné d'étapes communes qui ont nom « Res/persona », « Nos enfants nous font peur quand on les croise dans la rue », « Warm », « Petit Frère » ou, encore, « Fées » qui sera présenté dans sa troisième mouture au CDN en juin.. Créé en 2007, Ronan Chéneau en a réécrit le texte pour Moscou en 2012 et c'est cette version qui sera présentée en juin àb Rouen.

Un travail de longue haleine

Auparavant, Ronan Chéneau sera de nouveau à l'affiche du CDN pour une performance profondément originale et qui s'appuie sur un travail mené de longue date dans son atelier d'écriture et rejoignant, dans l'esprit, le « Laboratoire d'imaginaire social » que David Bobée avait dirigé à Caen avec Eric Lacascade.

Par l'entremise d'Amélie Vian, chargée des relations publiques de la maison, Ronan Chéneau a été mis en contact avec «l 'Association pour la Promotion des Migrants de l'Agglomération Rouennaise » qui se propose d'aider à l'insertion des personnes vivant en foyer ou dans des quartiers difficiles par l'alphabétisation, la découverte de la langue et tous les moyens de communication qui peuvent être mis à leur disposition de manière à faciliter leur acclimatation dans leur nouvelle terre d'asile. Un travail de longue haleine qui touche aussi bien les nouveaux arrivants que des éléments issus de la deuxième génération que l'isolement, la barrière du langage et la précarité des moyens mettent bien souvent dans des situations périlleuses.

Prolongeant le travail qu'il poursuit dans ses propres ateliers d'écriture, Ronan Chéneau s'est associé à l'APMAR dans une action répartie en deux temps. D'une part une participations aux ateliers proprement dits, puis dans une deuxième période sur un travail en profondeur qui entre « l'écrit » et le « dit » débouche sur un spectacle mis en scène par David Bobée.

C'est lui qui sera présenté, pour cette session, les vendredi 13 et le samedi 14 mai à 20 heures au Théâtre des Deuxs-Rives.

Auteur de son propre destin

Le spectace s'intitule « Les arrivants ». Il est le fruit d'une recherche autour des récits de personnages qui ont en commun un passé dramatique. Ronan Chéneau ne se contente pas de restituer chacune d'elles dans « leur jus » et de donner la parole aux intéressés. Il les réécrit et leur confère la force d'une dramatisation théâtrale qui est une véritable révélation. Elle porte, en effet, un nouvel éclairage sur une vérité écrite, pour certains dans leur propre langue ou pour d'autre restituée oralement et racontée dans la cruauté de leurs épopées.

« Les arrivants » n'est pas un spectacle de confidences surprises mais le résultat de démarches individuelles menées en connaissance de cause dans une grande liberté d'intention. Chacun des participants, par le regard de Ronan Chéneau et la visualisation qu'en donne David Bobée, va découvrir sur scène en jouant son propre rôle, la véritable dimension de ce qu'il a vécu.

Et il permettra aux spectateurs de toucher du doigt la réalité de détresses cruellement d'actualité même si elles ne sont pas nouvelles (cela fait deux ans que Cheneau travaille sur « Les arrivants ») et de les renvoyer à une salutaire prise de conscience tout en les faisant participer à un véritable acte théâtral et social.

Théâtre des Deux-Rives - Vendredi 13 à 20 heures et samedi 14 mai à 15 heures

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Avec les Amis du Musée Flaubert : la seconde vie de Berthe Bovary

4 Mai 2016 , Rédigé par François Vicaire

Avec les Amis du Musée Flaubert : la seconde vie de Berthe Bovary

Sous l'impulsion de sa présidente Marie-Odile Simottel, de sa secrétaire Michèle Guigot et d'une poignée de passionnés en tête desquels il faut placer Yvan Leclerc, l'association des « Amis du Musée Flaubert et d'Histoire de la médecine », rue de Lecat s'emploie à ouvrir en grand les portes d'une connaissance à la fois littéraire et humaine qui permet de mieux appréhender tout à la fois un personnage et son œuvre et l'univers dans lequel il passa une grande partie de sa jeunesse.

C'est pour le Musée la possibilité de donner plus d'éclat, s'il en était besoin, à un lieu privilégié qui parle fortement à l'imagination au point d'inspirer des prolongements qui débouchent sur de nouvelles découvertes. Michèle Guigot, animatrice d'un très actif atelier d'écriture avec ce goût du théâtre qui ne l'a jamais quittée s'était lancée, déjà l'année dernière, dans une entreprise à deux vitesses. Celle d'abord de donner aux participants de cet atelier l'opportunité de laisser courir sur le papier leur imagination et ensuite de la concrétiser dans une fonction théâtrale dont la comédienne Sophie Caritté était le pivot. Ainsi, les membres de l'association avaient abandonné la plume pour endosser l'habit des personnages qui s'inspiraient directement de la vie du père de « Madame Bovary».

Le succès a été tel que l'expérience appelait une suite. Cette fois, ils se lancent dans un travail beaucoup pplus précis tant au niveau de l'élaboration d'un texte imaginaire que de sa théâtralisation. Tout cela sous la houlette attentive et efficace de Michèle Guigot qui a choisi comme personnage central la petite Berthe qui dans « Madame Bovary » tient une place qu'on pourrrait dire subsidiaire :

« Si Berthe Bovary vivait aujourd’hui et si, pour comprendre et surmonter sa fragilité, elle consultait un psychiatre, les éléments du diagnostic seraient sans doute faciles à relever : enfant non désirée, carences affectives, maltraitances… Ces mots appartiennent au lexique médical contemporain, mais la souffrance n’est pas liée aux époques : pour n’être pas identifiée, elle n’en était pas moins intense. Ce que Flaubert nous dit de la fille de Charles et d’Emma dans le cours du roman est troublant et provoque autant de révolte que d’empathie. Pis encore, ce qu’il écrit dans les dernières lignes est d’une grande brutalité vis-à-vis de l’enfant dont il semble clore à tout jamais le destin, comme s’il apposait des scellés sur une vie sans valeur... Quand tout fut vendu, il resta douze francs soixante et quinze centimes qui servirent à payer le voyage de mademoiselle Bovary chez sa grand-mère. La bonne femme mourut dans l'année même ; le père Rouault étant paralysé, ce fut une tante qui s'en chargea. Elle est pauvre et l'envoie, pour gagner sa vie, dans une filature de coton. »

A partir de ce destin sans horizon, Michèle Guigot et les membres de l'atelier d'écriture lui ont inventé une vie.

« Chacun participant à la fabrique de la mythologie bovaryenne nous avons pris, plus modestement, le plaisir à faire ce que la culture populaire appelle aujourd’hui de la fanfiction, en prolongeant l’œuvre du maître, en sortant Berthe de son roman pour en faire un rôle de théâtre. »

Ce rôle - celui de Berthe adulte - c'est Sophie Caritté qui l'assume tandis que Louisa Glatigny sera son double dans l'enfance.

L'action de « Il s'appellerait Georges » se déroule à Yonville un samedi du mois de mai 1881. Rien d'étonnant à ce que pour la circonstance la pièce quitte le musée pour s'installer à la mairie de Ry à 20 heures le mardi 31 mai.

Mais bien évidemment l'essentiel des représentations se déroulera rue de Lecat, en mai les jeudi 19 et vendredi 20 et en juin les jeudi 2, vendredi 3 et vendredi 10.

Ce sont les dates arrêtées, mais il se pourrait bien comme pour l'année dernière qu'elles aient quelques prolongations.

Une manière, comme le souligne (et l'espère) Michèle Guigot, de donner à Flaubert l'occasion de suivre du coin de l'oeil cette « autre vie » de d'un être sacrifié de la littérature qui va retrouver dans cette évocation une juste légitimité du cœur.

Notre photo : Gilles Cléroux dans le rôle de Justin, le commis de la pharmacie Homais, rend visite à Berthe (Sophie Caritté), 35 ans après la fin du roman.

Au Musée Flaubert et d'histoire de la médecine, rue de Lecat à Rouen

Les jeudi 19 et vendredi 20 à 18 heures

Les jeudi 2 et les vendredis 3 juin et 10 juin à 18 heures

Le mardi 31 mai à 20 heures à la mairie de Ry

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