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Théâtre en Normandie

Opéra de Rouen : quand la politique est au pupître

22 Janvier 2014 , Rédigé par Vicaire François

Opéra de Rouen : quand la politique est au pupître

Les temps changent. Autrefois toutes les informations importantes le concernant arrivaient directement du théâtre. Aujourd'hui, c'est le président du Conseil régional qui tient la baguette. On savait Alain Le Vern très concerné par l'avenir de l'Opéra de Rouen, son successeur semble animé des mêmes bonnes intentions car c'est en effet de son cabinet qu'arrivent les nouvelles.

Jamais le politique n'aura pris d'une manière aussi évidente le pas sur l'artistique.

En fait, il n'y a là rien de bien nouveau. Si de tout temps les intentions ont toujours été les mêmes de la part des « bailleurs de fonds », ce sont les manières dont ils les affirment qui sont plus évidentes.

Il fut une époque où au « Arts » on déplorait dans les couloirs de voir le docteur Rambert, empiéter quelque peu sur les prérogatives réservées au directeur général et d'être en quelque sorte le patron de la maison. Mais, il faut dire que l'adjoint à la Culture de Rouen, qui savait de quoi il parlait, savait se battre pour « son » théâtre et avait une connaissance profonde de la maison. Une tutelle qui pour affectueuse qu'elle fût pouvait parfois sembler pesante à André Cabourg, mais qui lui permettait d'avoir auprès de lui quelqu'un qui le soutenait et usait de son poids pour épauler sa politique artistique. Ce n'est un secret pour personne, pour exemple, que lorsque Cabourg décida de monter la « Tétralogie » (alors qu'aujourd'hui on s'en tient à une modeste réduction du « Vaisseau ») l'appui de Robert Rambert fut plus que déterminant. Il en résulta une réussite prestigieuse à l'époque et qui continue, aujourd'hui, d'aviver les nostalgies.

Ce partage des compétences, on le retrouvait dans les rapports qu'entretenaient Paul Ethuin et André Cabourg et qui relevaient d'un véritable partenariat. Même s'il y eut parfois des divergences dont les échos ne dépassèrent jamais les murs du théâtre, c'était toujours pour la bonne cause, à savoir la bonne marche et la renommée de la maison.

La non-reconduction du contrat de Luciano Acocella montre que ce « modus operandi» avec Frédéric Roels n'a pas réussi à fonctionner. Les raisons « artistiques » avancées ne paraissent pas tenir face à la réussite de ce chef qui avait une parfaite connaissance du lyrique, mais c'est ainsi. Le contrat arrivant à expiration, le chef est remercié.

Un principe dont n'eut pas à souffrir l'inamovible Oswald Sallaberger qui est resté, pendant douze ans dans la maison alors que, si on doit lui accorder le mérite d'avoir remis à niveau un orchestre qui ne déméritait pas, certaines de ses directions furent souvent plus à mettre à l'actif des effets qu'il leur donnaient que de l'intériorité qu'il voulait leur imprimer.

Mais c'est ainsi, Acocella. s'en va et il va falloir le remplacer.

L'Opéra de Rouen lui recherche, donc, un successeur.

Jusque-là, il occupait le fauteuil de directeur musical et on dit – mais que ne dit-on pas – que Laurence Equilbey aurait caressé un temps, l'espoir de l'occuper. Depuis ses regards se sont portés vers la direction de l'Opéra-Comique et de toute manière c'eut été en vain puisque le président Mayer-Rossignol vient d'annoncer que le titre de directeur musical était supprimé. Le titre seulement et en théorie car dans la pratique la fonction ne bouge pas - du moins peut-on l'espérer - puisque le titulaire restera chef principal. Autant dire qu'il gardera la haute main sur la programmation musicale et qu'il aura son mot à dire dans le choix des ouvrages qu'il sera appelé à diriger.

Des auditions qui ont été organisées, rien n'a encore filtré. Entre les candidats dont on ne voulait pas ou ceux qui au contraire auraient été volontiers choisis mais qui ne voyaient pas l'utilité de venir à Rouen, la liste est longue et le choix risque d'être laborieux.

Il n'interviendra vraisemblablement pas avant les élections. Mais après, il faudra faire vite.

En effet, Frédéric Roels qui a la chance d'avoir un budget qui n'a pas bougé et c'est très confortable pour un directeur de théâtre surtout à notre époque, doit être en train de mettre la dernière main à sa prochaine saison. Il risque d'avoir, en plus, à gérer si les choses restent telles qu'elles semblaient vouloir être, la chapelle du lycée Corneille, qui devient l'auditorium Corneille et dont l'ouverture est pour 2015. Ce n'est pas pour demain mais ce n'est déjà plus hier. C'est maintenant qu'il faut penser à donner une nouvelle vie à ce cadre somptueux et si particulier... on ne peut pas y programmer n'importe quoi. La beauté des lieux dicte une politique et un budget bien spécifiques. On y verrait bien quelqu'un comme Vincent Dumestre et son « Poème harmonique ». A suivre...

Là encore les élections vont servir de butoir à toutes les décisions.. qu'on le veuille ou non, c'est la politique qui, une fois de plus, sera au pupître.

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Béatrice Hanin au Rive-Gauche : creuser des sillons harmonieux vers le public

20 Janvier 2014 , Rédigé par Vicaire François

Béatrice Hanin au Rive-Gauche : creuser des sillons harmonieux vers le public

Béatrice Hanin a pris les rênes du « Rive Gauche », il y a maintenant près d'un an et demi. Elle arrivait de Dijon où elle présidait aux destinées du Théâtre Universitaire de Bourgogne, « l'Atheneum ». Elle est venue en Normandie, où elle a fait, entre parenthèses, une partie de ses études à Rouen, avec dans ses bagages un projet s'appuyant sur deux pôles d'exigence répondant tout à la fois à une politique culturelle qui a fait de Saint-Etienne-du-Rouvray la « Ville qui danse » et à un combat contre l'illétrisme auquel la ville est particulièrement attachée.

Son arrivée aurait pu être difficile ou tout du moins compliquée. Il lui fallait, en effet, s'imposer dans une maison fortement marquée par l'empreinte de son prédécesseur sans donner l'impression d'estomper le poids d'une ombre quasi tutélaire mais en affirmant toutefois une spécificité qui lui appartenait. Difficile, en effet, de ne pas tenir compte de la personnalité de Robert Labaye dont l'attachement qu'il avait pour sa maison était à la mesure de celui que lui portaient ceux qui collaborèrent avec lui :

« C'est une question de confiance. Je devais mettre en place l'identité que j'entendais donner à cette salle. A Dijon j'avais la responsabilité d'un lieu universitaire consacré essentiellement, en plus de la programmation, à la recherche à travers l'écriture contemporaine et la danse. Au Rive-Gauche, j'y trouve les mêmes impératifs avec en plus la nécessité d'instaurer un vrai dialogue avec le tissu théâtral régional que je découvre. Plus qu'à Dijon, Saint-Etienne-du-Rouvray s'inscrit dans des actions de diffusion et d'animation pour un milieu métissé dans tous les sens du terme. La proximité avec Rouen oblige à jeter des ponts entre les sociétés différentes qui se retrouvent chez nous. D'une certaine manière ce n'est pas au public de s'adapter à la programmation mais à la programmation de tenir compte, quitte à lui apporter des correctifs en cours de route, tout à la fois de l'exigence etde l'accessibilité. J'avais le désir, après l'ambiance très particulière et un peu close de l'université, de construire mon projet avec un théâtre de ville, de jouer les complémentarités avec une agglomération et de façonner, face à elle, une véritable politique qui soit un partenariat bien plus qu'une concurrence. »

Avec une autorité souriante, il lui fallait imposer ses marques, créer de nouvelles émotions et établir avec son équipe, avec le public mais aussi avec la municipalité des liens qui en très peu de temps se sont tissés durablement.

« J'ai eu la chance de rencontrer des interlocuteurs qui m'ont fait découvrir la ville d'une manière sensible avant même que je ne connaisse vraiment le théâtre. J'ai pu appréhender les réalités sociales, éducatives, urbaines au milieu desquelles le théâtre s'impose comme un véritable centre intellectuel s'adressant avant tout et surtout à ses habitants. Le « Rive Gauche » fait partie d'un tout dont les composantes ne sont pas des transplantations un peu arbitraires mais des éléments se retrouvant dans une véritable pensée globale ».

Béatrice Hanin a pris rapidement la mesure de la maison et des idées-force qui l'animent : sa très forte connotation dans la danse contemporaine – la troisième convention avec ministère de la Culture a été signée tout dernièrement – et une action en profondeur autour de la lecture dans ce qu'elle a de plus vivant, de plus innovant. « J'avais envie de faire un retour à l'oralité qui joue tout naturellement sur la voix mais aussi sur le corps. Revenir en quelque sorte à la découverte de soi à travers les mots et le mouvement en associant le langage et le corps dans une même démarche initiatique s'adressant à toutes les générations et à tous les milieux. C'est pourquoi nous avons mis en place et nous développerons une opération « voulez-vous danser avec nous ? » qui permet au public, de quelque âge qu'il soit, de rencontrer un chorégraphe dans la perspective d'un spectacle qu'il présente ensuite, afin non pas de s'initier à l'acte chorégraphique, mais de sentir à travers sa découverte sa propre capacité à renouer avec une pratique intime du mouvement et de la gestique... »

Une démarche qui peut tout aussi bien s'appliquer à la manière d'aborder les mots et la lecture en déclenchant les mystères de la découverte et du plaisir de les maîtriser.

Dès sa première saison, Béatrice Hanin inscrit sa programmation dans cette pluridisciplinarité qui est spécifique à la maison : de la danse, beaucoup, ouverte à toutes les expressions et dont la grande diversité est une superbe approche d'un art dont l'évolution lui permet d'avoir une plus grande lisibilité. Côté théâtre, l'ancienne directeur de « L'Athénéum » a fait appel à quelques compagnies de la région qu'elle connaît bien en attendant d'inventorier le tissu régional normand qu'elle compte appréhender au fur et à mesure des spectacles qu'elle va voir. Toutefois, Schön, Catherine Delattres, Pauline Bureau s'y retrouvent comme, côté danse figure Dominique Boivin et, tout naturellement, Emmanuelle Yo-Dinh et le Centre Chorégraphique National du Havre.

Béatrice Hanin est venue à Saint-Etienne-du-Rouvray, avec un projet destiné à ce que, dit-elle, « cette maison reste belle ».

En un an de temps, elle s'y est employée en creusant des sillons harmonieux qui conduisent le public vers des découvertes et des désirs partagés.

Photo : Loïc Seron

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Quand la musique fait le pont entre les Normandies

18 Janvier 2014 , Rédigé par Vicaire François

Pendant que l'Opéra de Rouen est en recherche d'un nouveau chef, la musique de chambre lance des ponts entre les Normandies avec des nominations qui mettent en évidence des qualités musicales et d'administrateurs de deux personnalités qui se trouvent en charge de responsabilités musicales et régionales de tout premier plan : Xavier Berlingen et Guillaume Lamas.

Quand la musique fait le pont entre les Normandies

Xavier Berlingen, secrétaire général de l'Ecole Normale de Musique

Avec un père qui fut pendant des années l'animateur de l'Orchestre de chambre de Rouen qui prenait le relais d'Albert Beaucamp, Xavier Berlingen est tombé tout jeune dans la musique. Il a commencé ses études de violoncelle au Conservatoire de Rouen. Il aura la chance, ensuite, de rencontrer l'immense Paul Tortelier, qui dit-il, lui ouvrira les yeux sur « les capacités extraordinaires qu’offre le violoncelle dans le discours musical ». Il travaillera ensuite avec Frédéric Lodéon avec lequel il approfondira le monde des compositeurs et ce qu'il appelle « une expression certaine du sensible ». Un apprentissage qui se prolongera au Conservatoire de Lausanne d’où il sortira avec une licence de concert et qui aboutira à la « School of music of the Indiana University » (USA), où Janos Starker lui inculquera « une connaissance symbiotique du corps et de l’instrument pour un meilleur épanouissement de son interprétation ». Après avoir joué avec de nombreux ensembles français, Xavier reviendra en quelque sorte au bercail en prenant place dans les rangs de l’Opéra de Rouen en 1999.

Parallèlement à sa carrière musicale, Xavier Berlingen avait obtenu un Master Administration et Gestion de la Musique réalisé à la Sorbonne-Paris IV. Un cursus qui devait l'amener à poser son archet pour s'intéresser de près au fonctionnement administratif du monde musical. Il pourra s'y consacrer maintenant puisqu'il vient d'être nommé secrétaire général de l'Ecole Normale de Musique de Paris-Alfred Cortot où il va pouvoir concilier ses talents de musicien, son goût de l'enseignement et un sens très développé de l'organisation. Trois qualités qui vont lui être utiles dans une institution mondialement reconnue et qui fonctionne d'une manière totalement indépendante sur le plan financier, ce qui n'est pas le moindre casse-tête pour ceux qui la dirigent, en l'occurrence Françoise Noël-Marquis qui vient d'y être nommée. Au milieu de ses multiples occupations, Xavier Berlingen aura quand même le loisir de parler de Rouen puisqu'un des professeurs de l'illustre maison n'est autre que l'ancien directeur du Conservatoire de Rouen, le compositeur Anthony Girard.

Et puis, en remontant le temps, il pourra trouver protection dans les limbes musicales auprès de sommités prestigieuses comme Marcel Duprè cet autre rouennais célèbre, qui tint chez Cortot pendant de nombreuses années la classe d'orgue.

Quand la musique fait le pont entre les Normandies

Guillaume Lamas Directeur Général de l’Orchestre Régional de Basse-Normandie

A Caen dans cette Normandie-soeur, Guillaume Lamas que les milieux musicaux rouennais connaissent bien, vient d'être nommé directeur général de l’Orchestre Régional de Basse-Normandie.

C'est une formation qu'il connaît bien puisqu'il qu’il y occupait depuis 4 ans le poste d’administrateur général. Ses nouvelles fonctions sont en quelque sorte le prolongement naturel d'un parcours qui va lui donner la haute main sur l'avenir d'une formation pour laquelle il est chargé de «concevoir et de définir le projet artistique et culturel de l’orchestre».

Musicien de formation, titulaire de deux premiers prix du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, titulaire du Diplôme d’Etat de profes­seur de percussion, Guillaume Lamas a travaillé avec de nombreuses formations orchestrales parisiennes. Il a également rempli les fonctions de directeur-adjoint du Conservatoire du 7ème arrondissement de Paris, d’administrateur et directeur des formations musicales de plusieurs orchestres et opéras. C'est en juillet 2009 qu'il a intégré l’Orchestre Régional de Basse-Nor­mandie dont les chefs associés, Jean-Pierre Wallez et Jean Deroyer, ont pris la relève de Dominique Debart qui fut à la tête de l'ensemble pendant plus de 25 ans.

Les activités de l'Orchestre Régional de Basse-Normandie sont multiples et abordent toutes les formes d'expression musicale... une raison de plus pour regretter que la « Haute » ait laissé passer la chance d'avoir une semblable formation qui aurait pu, comme ce le fut dans le passé, trouver une place de choix dans un paysage musical singulièrement restreint.

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Jean-François Guémy : l'homme de toutes les aventures théâtrales

16 Janvier 2014 , Rédigé par Vicaire François

Jean-François Guémy : l'homme de toutes les aventures théâtrales

Ce document, sorti des archives familiales, résume bien ce que fut Jean-François Guémy : un découvreur, un amoureux des lettres et des mots, un formateur aussi et un être de réflexion dont les jeunes générations peuvent encore et peuvent faire leur profit.

On le voit ici, il y a quelques années, à Beaubourg, lors d'une soirée consacrée à son confrère en « Oulipie » Jean Queval. On y reconnaît, entre autres, François Caradec, Jacques Jouet et à gauche le père de « La Pie Rouge », Guy Faucon qui l'accompagnera longtemps dans ses aventures théâtrales et sera, entre autre de la mythique « Charrue dans les étoiles » au Théâtre du Robec.

Le Robec fut une grande étape dans la carrière de Jean-François Guémy et bon nombre de jeunes comédiens seront marqués par cette grande et exaltante aventure, considérée pour beaucoup comme l'acte de naissance de leur engagement théâtral. Il en sera un des pères fondateurs avec Jean Chevrin, qui lui-même avait créé « Les compagnons de Bellegarde » avec ses élèves du Conservatoire et Michel Humbert , père de la « Comédie de Rouen » (quelle époque !). Jean-François Guémy leur avait montré la route avec sa « Compagnie du Beffroy ». Il s'y montrera un précurseur en présentant des auteurs comme Kafka « La métamorphose », Sheridan Le Fanu (« Camilia). Il se lancera avec ses deux frères en théâtre dans cette entreprise un peu folle qui consistait à transformer un ancien moulin installé sur le bord de la rivière en un point de rencontre qui allait bouleverser les habitudes théâtrales d'un Rouen qui campait sur son académisme. Tout était à faire sur le plan des lieux et tout était à inventer au niveau d'une programmation qui fera découvrir aux rouennais des auteurs comme Ionesco ou O'Casey et toute une théorie de jeunes passionnés dont beaucoup feront carrière par la suite.

C'est peu de dire que Jean-François Guémy fut de toutes les aventures théâtrales de Haute-Normandie. Non seulement, il les suscitera et les précédera souvent dans le même temps où il inscrivait dans le paysage dramatique qui était en train de naître dans la mouvance de 68 des perspectives nouvelles.

C'est ainsi qu'il sera d'une certaine manière le parrain du Théâtre des Deux-Rives. A la suite de la seconde mise en scène que Maxime Gorki lui avait demandée (la première étant un « On ne badine pas avec l'amour » qui reste une référence), Alain Bézu monta « L'alcade de Zalamea» de Calderon avec Jean-François Guémy dans un des rôles principaux. C'est à l'occasion de ces représentations qui furent des révélations que Bézu décida en 1972 de donner une forme juridique à sa compagnie et c'est Guémy qui trouvera le nom des « Deux-Rives » qui devra attendre 1985 pour qu'il s'inscrive au fronton de la salle de la rue Louis-Ricard.

Professeur de lettres, comédien, metteur en scène, animateur de compagnie, Jean-François Guémy a connu et approfondi toutes les facettes d'un métier auquel il avait consacré toute sa vie.

Ce précurseur fut surtout un homme d'une grande humanité, qui savait jeter sur le monde du théâtre un regard d'une grande exigence et d'une parfaite clairvoyance sans jamais se départir d'une distance qui donnait aux avis dont il n'était jamais avare, des lumières toujours justes, toujours teintées d'indulgence qui savaient être exigeantes mais qui n'étaient jamais marquées d'amertume. D'une grande urbanité, d'une grande tendresse, d'une grande générosité intellectuelle, il laisse le souvenir d'un maître mais aussi et surtout celui d'un ami.

- L'inhumation aura lieu le samedi 1er février à 11 heures au crématorium du cimetière monumental de Rouen

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« Les parents terribles »... Quand la réalité humaine gomme le sceau du destin

12 Janvier 2014 , Rédigé par Vicaire François

« Les parents terribles »...  Quand la réalité humaine gomme le sceau du destin

« Il n'y a pas de pire vaudeville que ce drame » dit en substance un des personnages des « Parents terribles ».

Une petite phrase qui est la clé d'une ambiguïté qui court tout le long de la pièce de Cocteau. Catherine Delattres, avec cette solidité et cette clarté qu'elle donne à ses mises en scène, s'emploie à faire la part belle tout à la fois au drame bourgeois dans ce qu'il a de plus classique et à la complexité de rapports humains qui échappent aux normes. On pourrait sans problème faire osciller l'action d'un genre à l'autre par la simple manière d'utiliser les personnages et de les inscrire dans des emplois dont ils ne pourraient s'évader. Cocteau, avec cette pièce qui le faisait échapper à son registre habituel – ce qu'on lui pardonnera difficilement - réglait tout à la fois ses comptes avec sa mère et affichait l'admiration éperdue qu'il portait à Jean Marais. En lui associant Yvonne de Bray, il inscrivait à l'avance les personnages dans une dimension tragique assez proche, toute proportion gardée, de ceux de « L'aigle à deux têtes ».

Au lieu de gommer les aspérités de leurs sentiments contrastés, il les hissait au niveau de l'exception, bousculant les codes du « boulevard », tout en les utilisant, pour donner une tonalité dramatique aux rapports conflictuels et faussés s'établissant entre une mère et son fils.

Ne laissant rien au hasard, l'analyse que Catherine Delattres fait des personnages est comme toujours extrêmement juste, pertinente et tient compte des natures de comédiens pour lesquels ses choix sont toujours d'une parfaite cohérence.

Sa mise en scène suit le rythme de la comédie et sa distribution s'y plie sans problème mais sait aussi faire passer des frémissements qui peuvent frôler une fureur allant bien au-delà des codes régis par le genre.

Florent Houdu et Lisa Peyron, que l'on avait déjà appréciés dans le « Marivaux » de l'été dernier sont les deux jeunes héros – les seuls à ne pas être monstrueux – de cette histoire dans laquelle ils font valoir une sensualité juvénile et instinctive avec de grands moments déchirés et d'émotions vraies. Laminés mais terriblement « vivants », ils font face à l'égoïsme dévastateur d'un trio infernal que campent Maryse Raveva, Etienne Coquereau et Sophie Caritté.

Ravera est égale à elle-même, extravertie, tour à tour excessive et pitoyable. Maniant l'invective et le désespoir avec une efficacité implacable, elle fait passer par petites touches subtiles un humour de situation que Catherine Delattres a su très bien mettre en évidence. Etienne Coquerau dessine un personnage tout en demi-teinte, tiraillé entre révolte contenue et renoncement contrit. Quant à Sophie Caritté, elle joue avec toutes les facettes d'un rôle contradictoire qui va de l'autorité à l'émotion et qu'elle porte avec une grande retenue et une rigoureuse présence scénique.

Dans un espace conçu par Ludovic Billy qui fait la part belle au profil farouche de Marais vu par Cocteau, avec des lumières fort bien venues de Jean-Claude Caillard et les très élégants costumes de Corinne Lejeune, ces « Parents Terribles » échappent à l'esthétique très datée de sa création. Catherine Delattres remet à l'ordre du jour un théâtre qui semblerait convenu si elle ne s'attachait dans sa mise en scène à une lecture plus précise et moins marquée par la symbolique. En inscrivant la pièce dans une réalité humaine qui gomme quelque peu le sceau tragique du destin que lui conférait le poète, elle la rend plus proche, plus accessible et d'autant plus sensible.

- Du 23 au 26 janvier au TAPS Scala de Strasbourg

- Le 4 février à Lillebonne

- Le 14 février au Théâtre Montdory de Barentin

- Le 18 février au « Passage » à Fécamp

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Le « Henri VI » de Thomas Jolly : dix-sept heures de bonheurs à partager

9 Janvier 2014 , Rédigé par Vicaire François

Le « Henri VI » de Thomas Jolly : dix-sept heures de bonheurs à partager

Autant le dire tout de suite : quand Thomas Jolly annonça en 2012 qu'il avait l'intention de monter dans sa totalité le « Henri VI » de Shakespeare, ils furent nombreux ceux qui pensèrent qu'il avait un sacré culot. Il en fallait, en effet, pour s'en prendre à une odyssée qui va de Jeanne d'Arc à la guerre des deux roses en trois pièces qui ne totalisent pas moins de 15 actes et qui fait appel à une distribution pléthorique. En plus, et pour ne rien arranger, l'action – les actions devrait-on – se perdent dans les méandres de l'histoire mais plongent aussi dans l'imaginaire et le fantastique pour devenir une extraordinaire épopée qui tient tout à la fois de la sanglante chanson de geste et du drame intimiste.

Passer ainsi de Marivaux et de Guitry, tout imprégnés d'élégance et d'humour doux-amer, aux beautés outrancières du grand Will , demandait une bonne dose d'inconscience... pensait-on alors ! Depuis on a vu qu'il fallait surtout des capacités exceptionnelles de metteur en scène pour arriver à maîtriser le flot tumultueux d'un projet si parfaitement mené que pas un seul instant il n'en vienne – et c'était un risque – à submerger d'ennui les spectateurs emportés dans cette aventure au long cours.

Il fallait oser. Jolly a osé et non seulement il a osé mais il a réussi d'une manière imparable. Tant et si bien qu'aujourd'hui il récidive puisqu'après le premier cycle présenté en deux épisodes qui couvraient, en huit heures de temps réel, les trois premiers actes, il vient d'achever les deux suivants qu'il a présentés dernièrement à Rennes... le tout totalisant 17 heures !

Un pari fou qui exigeait aussi bien sur scène que dans la salle des capacités d'endurance qui, de part et d'autre, ont été parfaitement tenues.

Une immersion de quatre années
Inutile de chercher à résumer la suite des événements et la manière dont ils se placent dans la logique de l'histoire. Il suffit de savoir, pour faire court, que l'épopée présentée en trois temps à « La Foudre » puis intégralement à « Dullin » se terminait sur la mort du « grand protecteur » et correspondait à la fin d'une monde. La suite montre que dans le sillage sanglant et paroxysmique de leurs aînés, les jeunes générations de fauves qui leur succèdent n'ont rien à leur envier en matière de trahisons, de meurtres et de vilenies multiples.

Thomas Jolly a su prendre à bras le corps ce touffus monument pour arriver à lui donner une cohérence qui le rend, autant que faire se peut, compréhensible. C'est le travail d'une immersion dans l'œuvre qui a couru sur quatre années de découvertes et d'efforts :

« C'est une pièce qui n'est pas facile à manier. Elle se défend. On ne peut pas prendre trop de liberté avec elle. C'est elle qui dirige, qui impose, qui dicte ce qu'on peut lui demander. Si on lui en demande trop, ça ne marche pas. Il faut être d'une grande humilité à son égard et savoir jusqu'où il est possible d'aller sans la trahir et en même temps sans se trahir soi-même dans ce qu'on veut en faire ».

Une humilité qui n'est pas pour autant de l'asservissement. Jolly sait s'accommoder des exigences du texte pour les plier à une esthétique flamboyante qui est parfaitement la sienne tout en étant quelque part totalement shakespearienne.

27 comédiens pour 250 rôles

Quant à sa direction d'acteurs, il l'appuie tout autant sur l'emphase du geste que sur l'intériorité des intentions avec constamment un souci de mobilité qui pousse les comédiens à des performances d'autant plus exceptionnelles qu'ils sont 27 pour défendre pas moins de 250 rôles !

Tout cela représente un énorme travail... d'abord dans la manière de dénouer sans le rompre l'écheveau d'une action débridée et ensuite de tisser sur la durée – et quelle durée ! - les tableaux successifs.

Mais deux choses ont incité Thomas Jolly à poursuivre dans cette voie qui aurait pu être périlleuse : la première dans la réceptivité des salles au sein desquelles il n'a enregistré aucun signe de lassitude et de l'autre – qui est en quelque sorte le corollaire de la première – de retrouver chez les spectateurs, le sentiment de faire partie pour quelques heures d'une communauté de pensée et d'action. On ne peut pas impunément côtoyer des gens en un si long temps sans que ne s'établissent des correspondances que génèrent des bonheurs partagés.

Ils le seront au théâtre des Gémeaux à Sceaux du 10 au 22 janvier, le 1° février à Quimper et le 8 à Angers.

Après quoi, ce sera Avignon en Juillet où, à l'ombre du Palais des Papes (certainement à la « FabricA », ce nouveau grand lieu qu'il a déjà expérimenté) vont se déployer ces « fêtes triomphales » qu'à la fin de la pièce le roi Edouard promet à ses sujets.

Au bout de dix-sept heures, c'est le moins qu'il puisse faire !

Photo : Guillaume Prié

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La disparition de Pierre Gaudin : la mélodie interrompue

5 Janvier 2014 , Rédigé par Vicaire François

La disparition de Pierre Gaudin : la mélodie interrompue

Ce fut un bon et fidèle serviteur du théâtre … de ceux qui le servent et négligent de s'en servir.

Pierre Gaudin relevait d'une tradition aventureuse et exaltante pour qui le spectacle était une vocation pour laquelle on peut tout sacrifier sauf le plaisir de donner au public des instants de bonheur et d'émotions vraies sans jamais tomber dans les modes ni les compromissions.

Une exigence qui lui vaudra, dans les dernières années, quelques désillusions. Il les surmontera avec panache dissimulant derrière un sourire si souvent et si parfaitement ironique, une mélancolie rétrospective qui ne l'arrêtera pas pour autant. Jusqu'au bout il se battra pour maintenir une indépendance avec laquelle il ne transigea jamais et qui était le fil conducteur de sa manière d'être.

Il avait créé « Mélodie Théâtre » en 1986, avec Catherine Raffaeli, indissociable dans sa vie comme dans son métier et Denis Brely, le roi du « bricolage musical ». Avec une équipe de comédiens et de musiciens qui avaient en réserve des ressources musicales, vocales et dramatiques sans cesse renouvelées, il affirma, dès le départ, un souci d'associer la fantaisie des genres à la rigueur du style.

Sans jamais se départir d'une certaine forme d'humour que ses « pères fondateurs » entretenaient avec une gourmandise jamais prise en défaut, « Mélodie théâtre » a été une des compagnies parmi les plus dynamiques de Normandie. Sa « Noce chez les petits bourgeois » de Brecht et le remarquable « concert d'eau pour jardin d'hiver», entre autres, ont pulvérisé des records d'audience qui ont dépassé très largement les limites régionales, voire nationales.

Il y avait aussi les rossignols qui renouvelaient le genre du quatuor vocal et qui mettaient au diapason une musicalité sans faille et un humour sans défaut. Et puis, dans ces dernières années, Pierre savait dispenser avec générosité le bonheur du chant à travers un travail mené avec les chorales de la région, toutes générations confondues.

Cette préoccupation première de donner la prépondérance à la musique était la « marque de fabrique » de la compagnie. Le « Trio improbabile » qu'il avait formé avec Catherine Raffaeli et Denis Brely en était un des plus parfaits exemples.

Généreux, tendre, exigeant – intransigeant parfois mais pour la bonne cause – constamment à l'écoute des autres qu'ils soient d'un côté ou l'autre de la scène, Pierre Gaudin a marqué profondément la vie artistique de Haute-Normandie. Installé ces dernières années à Boos qui l'avait accueilli, il continuait à se battre, non pas pour exister lui-même même si la maladie fut son dernier combat, mais pour que la vision qu'il avait du spectacle, teintée d'ironie, de fantaisie mais aussi d'authenticité, puisse perdurer.

Les dernières occasions de le voir furent au « P'tit Ouest » dans « Photos de famille » avec Ben-Albert Larue.

Dans ce parcours à deux voix, il y avait beaucoup de tendresse, juste ce qu'il faut de nostalgie et en même temps la nécessité fondamentale de faire passer aux jeunes générations le flambeau pour que le fil de la mélodie ne soit pas rompu.

  • L'inhumation de Pierre Gaudin aura lieu au Crematorium du cimetière Monumentale à Rouen, le samedi 18 janvier à 8 heures 45.

  • (Photo Cléo Barré)

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