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Théâtre en Normandie

Ionesco et Catherine Delattres : l'art de la déstructuration

31 Mai 2015 , Rédigé par François Vicaire

Ionesco et Catherine Delattres : l'art de la déstructuration

Molière, Feydeau, Corneille, Gombrowicz, Nathalie Sarraute, Marivaux, Tchekov et aujourd'hui et presque en même temps Ionesco et Cocteau en attendant Shakespeare l'année prochaine... Il y a chez Catherine Delattres ce qu'on pourrait appeler une boulimie de découverte qui la pousse à explorer toutes les ressources que lui offre l'écriture théâtrale :

« En fait, j'ai un tiroir dans lequel j'ai mis les auteurs que j'aime. C'est une petite réserve intime dans laquelle cohabitent des amours qui viennent de loin. C'est d'une certaine manière un bilan qui n'est jamais clôt, et qui est constitué de lectures de jeunesse, d'émotions multiples ressenties au fil d'une vie et de spectacles que j'ai vus... les souvenirs s'engrangent. J'y retrouve les personnages qui sont comme des repères littéraires autour desquels s'élabore une réflexion aboutissant à une vision... mon bonheur, c'est de voir, de rechercher, de vagabonder autour d'un texte choisi et de lui trouver les significations particulières qui vont permettre à des abstractions littéraires de prendre vie à travers le regard que l'on pose sur eux.... »

Et le regard de Catherine Delattres, c'est avant tout celui de la curiosité et celle d'une recherche qu'elle entretient en s'immergeant dans une oeuvre sans se départir jamais du respect absolu qu'elle lui doit.

Il en résulte un travail solide, attentif, cohérent, animé d'une parfaite intégrité intellectuelle dans l'art de faire cohabiter l'esprit et la lettre.

De plus, elle a su réunir une équipe de comédiens qui constitue sa famille de cœur et avec laquelle elle se sent si parfaitement en phase qu'elle peut lui demander d'aller du rire aux larmes en restant toujours d'un naturel qui répond parfaitement à la linéralité rigoureuse de ses mises en scène.

Ce qui leur permet d'aborder des répertoires qui vont des amours cavalcadantes de la jeunesse comme chez « L'Etourdi » à l'âpreté des déchirements des « Parents terribles » de Cocteau et aux circonvolultions absurdes de Ionesco.

Cocteau et Ionesco

Cocteau et Ionesco, deux personnages qui chacun à leur manière ont tenté de faire un sort au théâtre d'avant-guerre, même si « Les parents terribles » s'y apparentent encore. Mais ils ont en commun cette même volonté de déstructuration qui passe chez Cocteau par la poésie et chez Ionesco par un délire de situation qui confine à l'iconoclastie..

De quoi s'agit-il dans cette « Cantatrice chauve » dont le titre vient du lapsus d'un comédien sans rapport avec la pièce. D'ailleurs la pièce a-t-elle en réalité un rapport quelconque avec la logique d'un système qui ne repose sur rien ?

Elle est née un peu par hasard de la lecture par Ionesco de la méthode Assimil dans laquelle les mots et les phrases ne sont là que pour donner un sens à une traduction litéralle qui, elle-même, n'a pas de sens. De ce constat sans contenu, Ionesco a construit – et ce sera la prermière fois chez lui – cette folie de l'absurde dans laquelle les êtres se débattent et s'entrechoquent comme des hannetons dans un bocal. Avec un certain plaisir sadique Ionesco se complait à bousculer le langage et à déconstruire les couples. Dans sa mise en scène Catherine Delattres en fait des marionnettes qui, d'une certaine manière, ont perdu le fil de leur mémoire. Elle use avec une géméllité illusoire en jouant avec une chorégraphie dans lequel les personnages oublient leur propre reflet pour se plonger dans celui des autres et, à leur tour, mieux s 'y perdre. Dans ce jeu de glace, la mise en scène installe la folie avec un plaisir frénétique et pourtant soigneusement élaboré, car la folie ne s'improvise pas, eelle devient une décomposition progressive du verbe et de la chair. Un procédé qui est, aussi, permanent puisqu' au milieu des plusieurs fins que Ionesco propose Catherine Delattres a choisi celle qui fait reprendre au départ une action qui sombre dans un vertige sidéral.

Pour cette série de représentations à l'Aître ; Catherine Delattres ne jouera pas avec le cadre éclaté du lieu. Au contraire, elle va y construire un univers resserré dans lequel Gaëlle Bidault, Jean-François Levistre, Bernard Cherboeuf, Sophie Caritté, Gwen Buhot et Nicolas Dégremont vont se perdre dans le délire paroxismique de l'absurde.

A Rouen, - Aître Saint-Maclou – du 3 au 13 juillet (relâche le jeudi 9) à 21 heures

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Putzulu dans « L'attentat », un investissemement à bras-le-corps

27 Mai 2015 , Rédigé par François Vicaire

Putzulu dans « L'attentat », un investissemement à bras-le-corps

Il y eut d'abord le livre, puis un film et une bande dessinée.

« L'attentat » de Yasmina Khadra n'en finit pas d'inspirer les auteurs mais curieusement le théâtre n'avait pas encore abordé ce drame de « l'incompréhensible » plus que de l'incompréhension.

C'est maintenant chose faite grâce à Franck Berthier et Amandine Klep qui en ont fait une adaptation pour la scène, qui était présentée la semaine dernière à la Comédie de Picardie à Amiens.

C'est pour rendre hommage aux femmes algériennes que Mohammed Moulessehoul a décidé de faire une grande partie de sa carrière littéraire sous le pseudonyme féminin de Yasmina Khadra. Et c'est derrière le voile symbolique des illusions il est- devenu une des grandes figures de la littérature maghrébine avec des livres comme « Les hirondelles de Kaboul » et « Les sirènes de Bagdad » qui forment avec « L'Attentat » une trilogie dramatiquement d'actualité .

De par les implications et la densité émotionnelle et historique de l'oeuvre, c'était un risque que de la ramener dans les limites de la théâtralité.

Franck Berthier dans sa mise en scène a pris le parti de suivre le découpage du livre en utilisant une suite de séquences. L'ensemble étant rythmé par une très évocatrice bande-son, de belles projections et des éléments scèniques dont la mobilité permet à l'action de dérouler l'inexorable écheveau dans lequel se débat le triste héros de ce drame qui a la force des tragédies antiques même s'il est terriblement de notre temps.

Un médecin palestinien installé en Israël se trouve du jour au lendemain confronté à l'impossible quand il apprend que sa femme, palestinienne elle aussi, est une kamikaze qui s'est fait sauter avec sa bombe dans un restaurant de Tel-Aviv. Echappant soudainement à la sécurité illusoire que lui donne sa double appartenance, il se voit confronté à l'incompréhension d'abord puis très rapidement à l'horreur. Tout va alors basculer. Il n'aura de cesse de chercher les raisons d'un comportement que jusqu'au bout, il aura du mal à admettre. Face à deux réalités qu'il refusait de voir jusque-là, celle de la réalité profonde et plus intime de la personnalité de sa femme et celle des blessures infligées au peuple palestinien, il va s'engager dans une course à la vérité dont il sera lui-même la victime.

Entouré d'une distribution sympathique mais assez inégale, Putzulu est le pivot de la pièce. Pathétique, violent, tour à tour brisé et révolté, il s'insère avec une parfaite virtuosité dans les méandres d'une pensée qui se perd un peu plus à chaque fois qu'elle approche de la vérité .

Putzulu prend ce rôle difficile à bras-le-corps dans un investissement tout à la fois physique et intellectuel. Dans le remarquable travail de comédien qu'il accomplit , il laisse percer chez le personnage cette petite fêlure qui, au milieu du tumulte qui le submerge, lui confère sa véritable dimension humaine.

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La saison de l'Opéra : la culture ici, là ... et ailleurs !

27 Mai 2015 , Rédigé par François Vicaire

La saison de l'Opéra : la culture ici, là ... et ailleurs !

La présentation à la presse des saisons n'échappe pas, dans quelque théâtre que ce soit, à une sorte de rituel académique qui permet de développer les bonheurs à venir et dont on se dit que la seule lecture des documents proposés suffirait aux besoins d'information d'une assistance quelque peu blasée par l'exercice.

Et puis voilà que, soudain, au détour d'une phrase, surgit la pépite qui permet de réveiller l'intérêt. Au cours de la conférence de presse sur la future saison de l'Opéra de Normandie initiée par Frédric Roels c'est le président Mayer-Rossignol qui l'a offerte sur un plateau avec une petite phrase qui a donné du baume au cœur à tous ceux qui s'inquiètent à juste titre de l'avenir des maisons dont le sort dépend du bon vouloir des institutions qui les gère.

Le président de la région Haute-Normandie l'a dit sans ambages en conclusion de son propos « dans les perspectives actuelles, nous avons besoin de culture, encore plus de culture ».

On ne peut que prendre acte de cette volonté fermement exprimée qui fait plaisir à entendre et qui se justifie par la richesse du calendrier qu'affiche l'opéra de Normandie. La saison recèle, en effet, des bonheurs assez divers pour que chacun y trouve son compte.

La saison de l'Opéra : la culture ici, là ... et ailleurs !

Concerts à la Chapelle Corneille

De l'opéra, des concerts symphoniques qui marquent la prise en main officielle de l'orchestre par Léo Hussain, des ballets, de la musique de chambre, du jazz même … bref, comme disait autrefois les bateleurs de foire, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses avec, en prime, un très net souci d'élargissement. Une démarche qui s'inscrit, d'emblée, dans le titre de la saison même « Ailleurs, ici ! » qu'on pourrait traduire par « ici et là » tant les propositions sont éclectiques. Avec ce manifeste quasi expansionniste, Frédéric Roels entend faire tomber les frontières aussi bien géographiques qu'artistiques, y compris celles qui existent entre la Haute et la Basse Normandie. La présence du caennais Guillaume Lamas, directeur de l'Orchestre Régional de Normandie dit assez, même si la question n'est pas encore à l'ordre du jour, combien la grande Normandie passera elle aussi par la culture.

En plus de l'affirmation du président Mayer-Rossignol de doter la Région d'un surcroît culturel, l'autre annonce sortant du lot habituel de dates et de manifestations s'y rapportant est l'ouverture de la somptueuse chapelle du Lycée Corneille qui depuis que Laurent Langlois avait eu l'excellente idée d'en faire une salle de concert était restée longtemps en sommeil et qui après un lifting définitif a retrouvé ses splendeurs d'antan. L'Opéra de Normandie va en prendre possession selon un partage dont on ne sait rien encore de l'équité avec le « Poème Harmonique » de Vincent Dumestre qui trouve là un cadre à la mesure des ses grandes qualités et Sébastien Lab qui y importera des éléments de sa propre saison. Pour l'heure, c'est Frédéric Roels qui annonce la couleur avec une vingtaine de rencontres se partageant entre des concerts classiques et des « mercredi » qui ne le seront pas moins.
Le cadre ne pouvait qu'influer sur la composition de la saison. Une soirée consacrée aux musiques pour François 1er, l'admirable « reppresentatione di Anima et di corpo » de Cavalieri, « Les balladins » de Jérôme Correas et Sandrine Piau, de Lalande et ses « Ténèbres », Vivaldi, Mozart, Rameau, Bach résonneront sous les voûtes de la chapelle Corneille mais on y verra aussi les derviches tourneurs de Syrie et l'Ensemble Intercontemporain et les admirables et troublantes musiques arabo-andalouses

La saison se partage, comme il se doit, entre des opéras, des concerts, des ballets. Pas question d'en faire un tour complet mais d'en extraire quelques exemples significatifs sans qu'ils soient pourtant exhaustifs et donnent une approche assez riche de l'ensemble pour que l'on ait envie d'aller plus loin dans les explorations qu'ils proposent.

A cela près que dans le domaine de l'opéra il est difficile de faire un choix entre Mozart (« Don Giovanni » mis en scène par le maître de maison), « Les caprices de Marianne » du délicieux et un peu oublié Henri Sauguet et quelques raretés comme le « Djamileh » une petite forme dite « de chambre » qui se propose au Théâtre des Deux Rives ou le « Ali Baba » de Charles Lecoq au mois d'avril et dont les joyeux sortilèges se prolongeront en mai à l'Opéra-Comique.

La saison de l'Opéra : la culture ici, là ... et ailleurs !

Un étonnant panorama

C'est « Lucia de Lamermoor », ce monument du bel canto avec Venera Gimadieva la « Violetta » de Bastille) qui ouvrira la saison et c'est le « Poème Harmonique » qui la clôturera avec un double hommage à Purcell et à Shakespeare mais aussi à Jeremiah Clarke auteur du célèbre « Trumpet Voluntary » qu'on attribua longtemps, et à tort, au père de « Didon et Enée » que Dumestre présenta à Rouen il y a tout juste un an. On sait que le « Poème » va prendre, en partie, possession de la chapelle du Lycée Corneille. C'est un cadre qui colle parfaitement à l'excellence d'un travail à la fois fidèle et novateur et qui donne à l'art baroque un « ton » qui échappe à la rétrospective pour s'inscrire dans cet « art vivant » qui lui permet, sinon de rajeunir, du moins de passer le cap des années sans accuser son âge.

La saison symphonique, quant à elle, réserve quelques grands moments dans lesquels se rejoingent sans se contrarier jamais, Brahms, Ligeti, Puccini, Mozart, Schumann, Wagner, Chausson, Strauss et Bernstein sans oublier dans le domaine du jazz Diana Reeves et Michel Portal.

« Accentus » qui garde à Rouen une place privilégiée offrira deux moments forts avec deux concerts qui sous le générique de « Guerre et Paix » réunissant, l'un Beethoven et Weber et l'autre composé des motets de Bruckner et les « Fragmenta passionis » de Wolfgang Rihm, un compositeur contemporain qui avait été l'invité du festival Aspects des Musiques d’Aujourd’hui au conservatoire de Caen en 2013.

Côté ballet, Frederic Roels a mis, et c'est le cas de le dire, la barre très haut avec Carolyn Carlson dont ce sera une des dernières prestations en tant qu'interprète, Sylvain Groud qui va se lancer dans l'interactivité (c'est à la mode!) avec le public, Kader Attou qui jongle avec les différentes intentions que l'on peut mettre dans le Hip Hop ou le génial Alonso King avec « Rasa » une création sur un quatuor à cordes de Chostakovitch.

En fouillant encore plus loin dans cette programmation, on trouve des perles rares ou des bijoux qui ont déjà fait leurs preuves et à qui le temps ne fait pas perdre l'once de son éclat.

Tout cela représente un étonnant panorama qui franchit allègrement les pays, qui transgresse les genres et les styles avec pour dénominateur commun cette liberté de ton répondant à la volonté de repousser les frontières, « ailleurs… et ici !

Nos photos : Frédéric Roels et le président Mayer-Rossignot - Vincent Dumestre - Léo Hussain

(photos Jean Pouget)

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« Lohengrin » à l'Opéra de Rouen : Pour les yeux d'Elsa

14 Mai 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Lohengrin » à l'Opéra de Rouen : Pour les yeux d'Elsa

Allons ne boudons pas notre plaisir et ne perdons pas notre temps à nous remémorer les souvenirs d'hier pour ne pas gâcher ceux qui s'offrent aujourd'hui.

Ainsi Wagner revient en force à l'opéra de Rouen avec ce « Lohengrin » qui n'est pas exempt de quelques faiblesses mais qui renoue avec une tradition solidement ancrée dans les mémoires et qui globalement offre assez de plaisir pour qu'on en jouisse sans réserve.

En premier lieu, c'est un spectacle qui fait passer sur la maison un souffle épique porté par un orchestre et une masse chorale tout à fait remarquables. Sous la conduite à la fois précise et enflammée de Rudolph Pielhmayer, les sonorités wagnériennes, qu'elles soient éclatantes avec un pupitre de cuivre aux beautés saisissantes ou portées par des cordes animées véritablement d'une sensualité mystique. Sous sa conduite, la fosse fait déferler sur la salle les splendeurs d'une partition unique auxquelles répondent les somptuosités de timbres et de forces expressives d'un cadre de choeur qui est un des éléments forts de ce qu'il est bien convenu d'appeler une cérémonie

Le deuxième élément de ce succès est la mise en scène de Carlos Wagner. Bien sûr on peut s'interroger sur les raisons qui font se dérouler l'action entre une salle des archives et une salle de presse avec en prime des hommes en armes qui font penser qu'il y a de la rébellion dans l'air. Sa configuration en amphithéâtre offre de belles ressources d'évolutions même si elles sont quelque peu répétitives. Mais la visualisation ne manque pas de grandeur. Mettre Wagner en scène n'est jamais simple. La force des mythes retient, devrait retenir ceux qui s'y attaquent. Doit-on rester d'une fidélité exemplaire aux exigences de Wagner lui-même qui ne laissait rien passer ou au contraire s'affranchir de l'exception pour lui donner des motivations plus actuelles. En fait quand y on réfléchit, le livret de « Lohengrin », c'est du « people » à la sauce médiévale . On s'aime, on se trahit, on fait jouer toutes les ressources d'éléments extérieurs comme la magie qui sont là pour pigmenter l'histoire et qui débouchent toujours en final sur la victoire du bien sur le mal.

Carlos Wagner joue en quelque sorte sur les deux tableaux en restant imprégné d'un certain respect initiatique dans de grands tableaux grandiloquents ou au contraire en l'agrémentant de quelques « gamineries » étranges comme cette empoignade entre Elsa et Ortrude qui se transforme en conversation autour d'une tasse de thé ou en transformant la chaste héroîne fagotée dans un ciré très « années cinquante » en meringue bavaroise .

Mais tout cela est accessoire. Ici, tout comme la musique ce sont les voix qui importent et ce sont elles en définitive qui sont appelées à donner le ton et la mesure à l'épopée. Elle faut donc des timbres et des volumes susceptible passer le cap redoutable des ensembles.

Trois éléments de la distribution y parviennent. Ce sont le roi de Jean Teitgen, solide et d'une belle présence, l'admirable Telramund d'Anton Keremidtchiev qui impose une personnalité vocale et scénique tout à fait remarquable et la belle Barbara Haveman qui fait valoir un timbre d'une richesse mordorée et une superbe ligne de chant et vers laquelle tous les yeux et les oreilles se sont tournés.. Par contre, Janice Baird est un peu en-deçà de ce qu'on peu attendre d'Ortrud. Avec une voix trop claire pour le mezzo – voire le grand soprano dramatique – qu'elle devrait être, son personnage perd de ce mordant quasi hystérique dont elle ne devrait pas se départir tout au long de l'action.

Enfin, il y a Lohengrin. Viktor Antipenko a incontestablement la blondeur athlétique des héros wagnériens. Malheureusement sa voix n'est pas à la mesure des moyens que réclament le rôle. Il n'est manifestement pas mûr pour ce type d'emploi qui demande la densité dramatique et le rayonnement de la grande maturité. D'où des problème d'émission et un vibrato obstiné qui empêche de goûter véritablement à la qualité d'un timbre qui doit pouvoir se signaler dans un répertoire plus adapté à ses ressources.

Dimanche, comme les autres jours vraisemblablement, le public bon enfant, lui a fait une ovation. C'est sympathique mais ce n'est pas nécessairement lui rendre service.

Mais gageons que dans les applaudissements nourris par lequel ce spectacle a été accueilli, l'orchestre et les choeurs y ont tenu une première place très méritée.

Et ce n'est que justice.

(photo : Jean Pouget)

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Alain Fleury donne la parole aux enfants de la résistance

2 Mai 2015 , Rédigé par François Vicaire

Alain Fleury donne la parole aux enfants de la résistance

Le cabaret des jours heureux revient à « L'Echo du Robec » le 19 mai pour une soirée. Loin de mettre un terme à cet excellent spectacle, Alain Fleury en a fait, d'une certaine manière, le point de départ d'une nouvelle aventure engagée depuis février dernier par « Alias Victor » sur les chemins du souvenir.

En effet, le cabaret est le titre générique d'un certain nombre d'actions citoyennes, littéraires et musicales s'inscrivant dans une démarche beaucoup plus large et intellectuellement plus ambitieuse puisqu'elle s'adresse prioritairement aux jeunes générations.

Et si le cabaret va très temporairement fermer ses portes le temps de faire ses valises pour la Haute-Savoie les 23 et 24 mai au plateau des Glières, c'est pour mieux les ouvrir à une évocation consacrée aux enfants dans la résistance. Alain Fleury en a trouvé l'argument dans un ouvrage de Philippe Chapleau qui regroupe les témoignages de personnes se remémorant les péripéties d'une jeunesse aventureuse et exaltante tenant tout à la fois de l'héroïsme le plus pur et du jeu de piste le plus innocent.

Les circonstances voudront en effet que des gamins, âgés de 9 à 18 ans deviennent, au milieu des soubresauts de l'Histoire, les estafettes de groupes de résistance. Leur mobilité, leur insouciance et en même temps, une prise de conscience rapidement développées par les événements dramatiques que certains avaient traversés, en feront des agents de liaison d'une très grande efficacité ; la clandestinité les utilisera pour des actions qu'ils accomplirent avec l'impétuosité inconsciente de la jeunesse. Utilisé mais non exploité ce commando juvénile ne sera jamais autre chose que des gamins courant après leur liberté et celle de leurs aînés et surtout pas des kamikazes sacrifiés à la cause des adultes.

En réalité, on connaît mal l'histoire de ces petits-cousins de Guy Mocquet qui traversent la résistance à la vitesse du vent et ne laisseront que des souvenirs fugaces qu'Alain Fleury fait justement revivre. Créée à l'intention des adolescents, cette « petite forme épique et spectaculaire » pose au jeune public le problème de l'engagement. A travers la parole de jeunes qui avaient leur âge à l'époque, ils appréhendent la question fondamentale de la résistance avec en corollaire l'interrogation sur leur propre capacité à défendre leur pays et leurs idées si les circonstances l'exigeaient.

Prenant ce livre de témoignages comme armature , Alain Fleury a construit son spectacle comme une conversation en mode frontal réservée à de petites jauges pour permettre un engagement plus étroit entre les comédiens et le public.

Sur le plateau des Glières – haut lieu de résistance s'il en fut – ce sera « Le cabaret des jours heureux » qui sera présenté dans le cadre d'un forum consacré à toutes les formes de résistance telles qu'aujourd'hui encore, il reste essentiel de les mettre en application. Mais on peut imaginer que « Enfants dans la résistance » tiendra la première place dans les discussions et déclenchera des souvenirs et des témoignages qui viendront enrichir la réflexion d'Alain Fleury, de ses camarades et de son jeune public.

Avec Alain Fleury, Thomas Rollin, Karine Preterre et Laurent Mathieu (photo Serge Périchon)

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Terres de paroles : c'est la fiesta parisienne !

2 Mai 2015 , Rédigé par François Vicaire

Terres de paroles : c'est la fiesta parisienne !

La nouvelle programmation de « Terres de paroles » vient de sortir.

Mais, au fait, de quelle terre s'agit-il ? Pas de la normande en tout cas car si c'est d'elle qu'il s'agit c'est plutôt une terre brûlée. Plutôt que de sombrer dans des pataquès régionaliste, mieux vaudrait admettre qu'il s'agit tout bonnement d'un salon du livre amélioré qui prend la Normandie comme toile de fond. En effet, cette nouvelle édition, rescapée de celles qu'avait mis en place Robert Lacombe, relève d'une réflexion « chic et choc » qui, comme d'habitude, va déboucher sur des mondanités culturelles vues de la capitale. En prenant pour alibi quelques lieux régionaux, le public va s'aventurer dans les dédales d'une programmation qu'on peut imaginer sans mal dispendieuse et où se retrouvent – ou plutôt ne se retrouvent pas – des auteurs à qui on ne donnent pas justement la parole sur leur terre.

Bien sûr, il ne s'agit pas de déterrer les sempiternels Corneille, Maupassant, Flaubert, d'Aurévilly et autres têtes d'affiche anciennes.... Foin donc des gloires locales, ce serait trop facile et surtout trop public ! Pourtant il n'aurait pas été désagréable de goûter à côté des nouveautés littéraires qui vont être à juste titre proposées, à une pincée de Maurice Pons qui a ses quartier à Andé, un zeste de Michel Onfray, d'Annie Ernaux, d'Any Duperey, de Michel Bussi ou des Delerm père et fils agrémentés de quelques autres qui ont élu domicile ou qui sont toujours présents sur les terres normandes.

On pourrait jeter encore au hasard et pêle-mêle, Patrick Granville, Raymond Queneau, Armand Salacrou, Raymond Barthes le cherbourgeois et même pour faire dans le raffinement Alexis de Tocqueville dont on ne sait pas toujours qu'il fut conseiller général de Sainte-Mère Eglise. On pourrait, même, pour la rareté, remonter le temps et aller du côté de Bernardin de Saint-Pierre ou chez madame Leprince de Beaumont la « mère » de « La belle et la bête » qui était rouennaise. Et pourquoi pas faire au passage un clin d'oeil à Maurice Leblanc et son Arsène Lupin ou à son voisin Alphonse Karr qu'il a peut-être croisé aux pieds des falaises d'Etretat …. Bref, tout cela fait du monde dans lequel on pouvait puiser allègrement pour jouer avec les alternances si l'on voulait vraiment que ces terres à qui on donne la parole ne soient pas balayées par les vents de l'indifférence. Certains auteurs ont certes déjà figuré dans les premières éditions mais les autres, ou certains d'entre eux, auraient pu se fondre dans le ton résolument novateur sur le plan de l'actualité littéraire par lequel « Terres de paroles » entend se signaler. Un principe qui aurait replacé la région à sa juste place sur les plans de l'écriture et de la pensée.

Mais il y a Jeanne !

Mais l'honneur est sauf …. il y a Jeanne d'Arc qui revient en force même si on ne peut résister au plaisir d'être irrévérencieux en trouvant le sujet quelque peu … grillé !

Jusque-là, le souvenir de la sainte – pardon de l'héroïne - (enfin les deux, tout dépend de la manière dont on veut l'appréhender) se réduisait en mai à quelque jets de fleurs en Seine par un groupe de jeunes rouennaises tout voile dehors et quelques hortensias déposés au pieds de la statue du très discutable Real Del Sarte.

Par un salutaire retour de l'Histoire Jeanne revient sur les lieux de son martyre et personne ne s'en plaindra. Comme il faut mieux ne jamais trop s'éloigner des grands courants, « Terres de Paroles » lui accorde une place de premier choix. La pucelle d'Orléans fait l'objet d'une mobilisation de sommités et de spectacles qui fleurent bon la récupération. De Robert Badinter à Michel Piccoli en passant par les voix de Mitterrand et de Malraux, histoire de faire jeune, il n'y a pas moins de dix dates qui lui sont réservées. Il ne s'agit pas de les discuter et elles se placent dans la prolongement de ce que Rouen a décidé, enfin, de lui accorder. Nul ne déplorera la reprise de la superbe « Jeanne » de Deltheil ou celle du « Procès de Jeanne » de Brecht. Cela dit, on pouvait penser que dans cet illustre assemblage, la Normandie y trouverait son compte. En bonne logique, les comédiens normands auraient pu y avoir leur place d'autant plus que beaucoup d'entre eux font partie de la distribution des séquences filmées qui animent le bel et passionnant Historial à l'Archevêché.

Mais quand on feuillette la saison, on est quand même surpris de constater que sur la flopée de comédiens et lecteurs qui sont prévus dans la programmation, il n'y ait que Jean-Marc Talbot et Marie-Hélène Garnier avec en prime Jean-Pierre Brière et Bruno Putzulu. qui soient rescapés de ce défaut de mémoire artistique.

On ne se plaindra pas de leur participation, bien au contraire, mais quatre noms, aussi intéressants qu'ils soient c'est peu pour être les garants normands de cette fiesta parisienne.

Jeanne d'Arc, pour la circonstance, aurait trouvé là une belle occasion d'ajouter un exploit à sa carrière,….celui de bouter hors de l'esprit des décideurs la conviction qu'il n'y a, comme disait Villon, « de bon bec que de Paris ».

notre photos : les "rescapés" Jean-Marc Talbot et Marie-Hélène Garnier
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