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Théâtre en Normandie

Les trois feuilles du trèfle de « La Foudre » Energie, audace et innovation

31 Août 2013 , Rédigé par Vicaire François

Les trois feuilles du trèfle de « La Foudre »  Energie, audace et innovation

Ce n'est pas tout à fait un trèfle à quatre feuilles mais la symbolique s'en rapproche singulièrement. Le visuel de la saison de « La Foudre » que l'on doit à Pascal Coltrat, annonce la couleur et surtout les intentions de Gérard Marcon qui avant de quitter la maison voulait l'installer dans les perspectives d'avenir qu'il s'était donné pour elle.

En attendant David Bobée, qui est dans le Lubéron sur le tournage de son « Roméo et Juliette » qu'il avait créé à Chaillot et qui prendra officiellement ses fonctions au 1° janvier, Marcon ne s'est pas contenté de faire une saison de transition mais bien plus une certaine préfiguration de l'avenir sans pour autant anticiper sur une aventure qui n'est plus la sienne mais qu'il avait appelée de ses voeux.

C'est ainsi que dans la saison qui s'annonce, six spectacles sont présentés en co-accueil avec les « Deux-Rives » et sont assez significatifs dans leur style pour qu'on y retrouve la « patte » de celui qui est à l'origine de cette mutation culturelle qui va ouvrir de nouveaux horizons au paysage culturel haut-normand. Bien évidemment à côté de ces six rendez-vous les deux salles ont mis en place leur propre saison, la dernière pour leurs directeurs avant d'aller en construire d'autres ailleurs.

Des propositions qui vont dans le sens des trois maires concernés, Yvon Robert, Frédéric Sanchez et Patrice Colasse, chapeautés par l'Etat, qui dans un texte commun – qu'on retrouve également dans la brochure de saison des « Deux-Rives » - mettent l'accent sur la nécessité de donner une cohérence aux « énergies, audaces et innovations » que les nouvelles dispositions vont développer sous la houlette de David Bobée.

D'ailleurs la brochure de la saison de « La Foudre » comme dans celle des « Deux-Rives » (donnons lui encore ce nom en attendant qu'il prenne celui de « Centre Dramatique National ») officialise sur le plan politique la naissance d'un nouveau-né qui gardera du moins dans les mémoires et pour un certain temps encore ses noms d'origine.
« La Foudre », « Marc-Sangnier » et les « Deux-Rives » vont donc progressivement s'estomper pour laisser au Centre Dramatique National la prééminence qu'on lui accorde désormais, mais il est bien certain que ces trois lieux historiques de l'agglomération rouennaise, vont garder dans l'esprit du public qui leur était fidèle une charge sentimentale avec laquelle Bobée sera bien obligé de jouer tout en s'en dégageant avec élégance. On peut lui faire confiance !

Il est vrai que les passerelles entre les trois salles avaient été jetées depuis longtemps. Aucune des trois, pour aussi intéressantes qu'elles soient, n'avaient pas – et n'ont toujours pas – la capacité d'accueillir des spectacles d'envergure. Les directeurs quels qu'ils soient quand ils voulaient voir plus loin que leurs cintres étaient obligés d'aller le plus souvent à Charles-Dullin (ce sera le cas pour la « Lucrèce Borgia » programmé par Elizabeth Maccoco et plus rarement au Rive-Gauche comme « Ce que j'appelle l'oubli » de Preljocaj) … Deux salles qui gardent encore leur belle indépendance – ce dont on peut se réjouir car trop de vision unique risquerait de brouiller l'horizon – mais pour lesquelles il ne serait pas improbable que des perspectives d'adjonction se révèlent un jour.

D'ailleurs Gérard Marcon laisse filtrer à demi-mot cette perspective en évoquant la possibilité les trois feuilles de ce trèfle dont la symbolique résume la situation actuelle ne se trouve pas doté d'un quatrième élément.

On n'en est pas encore là. Il faut d'abord que ce charmant végétal s'épanouisse sur les terres qui lui sont dévolues avant de penser comme aurait dit Molière à « changer d'herbage ».

Les co-accueils Foudre/Deux-Rives

- 18 et 19 novembre 2013

(en co-accueil avec le Festival Automne en Normandie)

Perturbation - Krystian Lupa, d’après Thomas Bernhard

- Du 15 au 17 janvier 2014

Une année sans été - Catherine Anne / Joël Pommerat

- 13 et 14 février 2014

Sirènes - Pauline Bureau / Cie La Part des Anges

- 26 et 27 mars 2014

Journal d’un corps - Daniel Pennac / Clara Bauer

- Du 2 au 4 avril 2014

Des Héros -Duo constitué des pièces Ajax et Œdipe Roi - Sophocle / Wajdi Mouawad

- Du 8 au 11 avril

J’avance et j’efface - Alexis Armengol / Théâtre à cru

Pour consulter l'ensemble des saisons :

La Foudre :www.scenationale.fr

Deux-Rives www.cdrdeuxrives.com

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Nathalie Grandet et Thomas Rollin... du pis à la pomme d'api ….

30 Août 2013 , Rédigé par Vicaire François

Nathalie Grandet et Thomas Rollin...  du pis à la pomme d'api ….

Depuis une dizaine d'années Marie-Odile Follet organise des opérations mettant en valeur le Pays de Caux . « A la découverte de nos villages » est prétexte à un certain nombre de rencontres qui vont du théâtre au cinéma, du conte à la musique en passant par des randonnées sur des chemins que les usages se sont quelquefois appropriés et qui forment un réseau d'excursions à la fois sportives et intellectuelles qui ne demandent qu'à être de nouveau balisés dans tous les sens du terme.

Chaque année, Marie-Odile Follet lance l'idée d'une thématique autour de laquelle se tissent des intentions et des attentions. Le principe est générateur d'initiatives et d'expériences qui ouvrent des pistes d'aventure sur toute la région.

Thomas Rollin et Nathalie Grandet s'y sont engouffrés depuis deux ans en jonglant avec ce qu'on pourrait qualifier des « idées-farce » qui derrière le rire, la fantaisie et l'humour dessinent le quotidien d'un monde qui perd chaque jour un peu plus de sa singularité.

L'année dernière nos deux complices se sont lancés sur les traces de la vache … la vache dans ce qu'elle comporte de symbolique alimentaire mais aussi dans tout ce qu'elle représente depuis le moment où elle a quitté son pré et qu'elle arrive sur l'étal de celui qui est un peu le héros de l'histoire (après la vache, bien sûr!), c'est- à- dire le boucher.
Thomas Rollin et Nathalie Grandet ont collecté des témoignages écrits ou chantés à partir desquels ils ont construit un scénario à variations multiples qui met en scène un boucher, sa femme et leur commis. Les affaires n'étant plus ce qu'elles sont, le trio qui s'affirmait « boucher par passion » et devenu « charcutier par raison », s'improvise « chanteur par obligation ». On voit bien que derrière la pochade transparaît des préoccupations qui rejoignent le statut précaire des petits commerçants de campagne pour qui la passion et la raison se télescopent et se contrarient.
C'est un peu le principe que Thomas Rollin et Nathalie Grandet ont développé en prenant cette année, la pomme pour argument.. Ce « Tour de chant pomologique » porte fièrement le titre de « pom pom pom pom » pour faire plaisir à Beethoven et se déroule comme une variation autour du couple et, comme il se doit, du fruit défendu.

Mais auparavant Thomas Rollin se lance dans une conférence qui ne reste pas sérieuse très longtemps et bifurque du côté du jardin d'Eden pour arriver aux « Pieds sur terre » c'est-à-dire à des tribulations matrimoniales plus ou moins contrariées.

Un spectacle qui se décompose en quartiers avec une bonne dose de clins d'œil et d'humour mais qui n'hésite pas à montrer que si la pomme est un fruit délectable quand on veut la croquer à deux, elle peut aussi quand les amours sont trop vertes se révéler aigres-douces.

Cette promenade commence avec les célèbres couplets du cidre des « Cloches de Corneville » et se termine avec les non moins célèbres « Ratés de la bagatelle »... Entre ces deux classiques Thomas Rollin et Nathalie Grandet, accompagnés au piano par Corine Bertucat, déploient toutes les séductions d'un produit dont la principale vertu est – et c'est la chanson qui le dit – de « guérir toutes les maladies ».

Comme le rire ….

Tour de chant pomologique en trois quartiers :

Jeudi 19 septembre à 20h30, salle des Fêtes de Saint-Vaast-Dieppedale

Samedi 21 septembre à 20h30 à La Bergerie de Sotteville-sur-Mer

Dimanche 22 septembre à 19 heures à la chapelle de Hautot l'Auvray

Réservation : 02 35 95 47 15

« Le cabaret boucher » se jouera le 29 novembre à la salle des fêtes de Gueure et le vendredi 10 janvier à 15h30 à Maison pour tous à Sotteville-les-Rouen

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« L'Eveilleur d'Aurore » : Pour Rostand … et pour Marie Ragu

27 Août 2013 , Rédigé par Vicaire François

« L'Eveilleur d'Aurore » :  Pour Rostand … et pour Marie Ragu

C'est une curieuse invétérée. Il n'y a rien qui du théâtre, de la voix, de l'univers du clown ou même du boniment, dans ce qu'il a de plus vertigineux et fascinant, qui lui échappe. Personnage atypique, comédienne qui n'en finit pas d'arpenter les chemins les plus escarpés pourvu qu'ils soient jalonnés de beaux textes, c'est Marie Ragu..

Elle n'est pas du genre à se laisser enfermer dans un style ou dans une mode.Son intelligence, son instinct de l'aventure, son indépendance la placent toujours quelque part où on ne l'attend pas mais toujours là où il y a de la qualité et de l'exigence.Déjà dans « la Dentellière », elle avait inauguré un dialogue inventif avec l'art dans ce qu'il a de plus subtil au niveau des correspondances invisibles qui relient les sons et les couleurs. Dans « Sur la balançoire ou l'éloge de l'instantané », elle réunissait dans une même réflexion autour de l'art autour de Renoir et de Zola. Cette fois dans « L'Eveilleur d'aurore » c'est à « Chantecler » et à Edmond Rpostand qu'elle fait appel.Choix à priori étrange si l'on considère que cette pièce qui date un peu, n'est pas la meilleure et la plus jouée du père de « Cyrano » et de « L'Aiglon .Par contre elle porte en elle toute une panoplie de sentiments et une force expressive qui l'a inspiré. Marie Ragu n'a pas voulu s'en tenir, si l'on peut dire à l'instantané pour construire autour de ce personnage, qui se pousse sur ses ergots pour être plus près du soleil, un dialogue imaginaire à partir de ce monologue magistral qui est un magnifique et formel hymne à la nature.De là, est né «L'Eveilleur d'aurore » - un titre qui a lui seul est déjà un poème - dans lequel le roi de la basse-cour, à l'heure « où l'aube hésite au bord du ciel obscur », fait sa cour à une poule faisane qui, submergée par son discours, hésite entre la peur et le doute, ce doute qui est pour Marie Ragu celui de l'artiste :« Le personnage de Chantecle m'a inspirée par l'énergie, la force et la passion qu'il met en œuvre au service de sa croyance chaque matin... grâce à son chant, il arrache le soleil aux ténèbres. Sa générosité à faire partager sa tâche puis son émerveillement face à la beauté de chaque chose, que ce soit une fleur ou un bruit, est vibrante et hypersensible ».L'histoire contée dans ce spectacle est adaptée de celui de Rostand afin que le dialogue puisse exister en tant que monologue. Avec quelques adaptations et de subtils ajouts personnels, le spectacle en lui-même tient au propre et au figuré dans une valise. Les mots, les intentions, les sentiments étant le décor naturel à cette quête vers le beau et vers l'impossible au lieu de se réduire, se démultiplient et ouvre des horizons qu'avec un battement d'aile et un vibrant cocorico, Chantecler fait surgir par la seule force de son chant.Grâce à l'espace créé par une petite scène et la petite échelle d'un paysage qui se construit devant ses yeux, le public finit par renter dans cet univers et se surprend à s'émerveiller de l'apparition du soleil tandis que Chantecler se débarrasse de ses plumes, remet son costume dans sa valise et, comme tout bon bateleur qui a rempli son office, laisse les spectateurs avec les rêves qu'il a fait surgir devant eux.Dans une scénographie de Hélène Chancerel et une mise en scène de Liu Ragu, « L'éveilleur d'aurore » est un beau et grand moment de poésie et en même temps la réhabilitation d'un texte qu'on a le tort d'avoir quelque peu oublié et qui porté par Marie Ragu retrouve une véritable dimension lyrique.

« L'Eveilleur d'aurore » tourne actuellement dans l'Hexagone avec un bonheur qui ne semble pas vouloir s'arrêter. « Animations Bray Culture l'a invité à Forges-les-Eaux, à « L'Espace » le mercredi 18 septembre à 20h30. (Réservations au 06 15 95 55 14)

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