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Théâtre en Normandie

La nouvelle saison de David Bobée au CDN : Baroque, incisive, voluptueuse et musclée

29 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

La nouvelle saison de David Bobée au CDN :  Baroque, incisive, voluptueuse et musclée

L'ouverture de la nouvelle saison de « La Foudre » s'est déroulée dans une ambiance enfiévrée et porteuse de messages d'espoir, d'union et de partage.

Une grande fête qui clôturait un bilan on ne peut plus positif pour cette première saison dont les « retours » qu'elle a suscités ont démontré que la vision que David Bobée avait pour le Centre National de Normandie qu'il venait de prendre en main – et c'était un pari – était une réussite incontestable.

De plus, il se trouve qu'il va avoir à sa disposition une nouvelle maison à ajouter aux deux dont il a déjà la responsabilité. Il s'agit, bien évidemment, du Centre Marc Sangnier qui tardait à sortir de terre et dont les travaux, après quelques déboires vont redémarrer... après qu'on ait détruit ce qui avait été fait pour cause de malfaçon ! Comprenne qui pourra !

Mais l'essentiel est de savoir que le Centre aura à sa disposition la totalité de son potentiel d'action. Ce n'est pas pour demain bien sûr mais vraisemblablement pour 2017. Mont-Saint-Aignan sera alors doté d'une salle qui aura un des plus beaux plateaux de l'agglomération et une jauge raisonnable de 450 places qui pourra recevoir les pépites que le directeur du Centre Dramatique National lui aura ciselées.

En attendant sa concrétisation, la saison de « La Foudre », des « Deux-Rives » et dans une moindre mesure du « Rexy » déploie des bonheurs baroques, incisifs, voluptueux et musclés.

Une prise de conscience politique

Il serait vain, d'y chercher des thématiques…. Ce n'est pas le genre de la maison. Bobée est trop indépendant pour se laisser enfermer dans des démarches qui ne lui permettraient pas de passer d'un sujet à un autre pour le seul plaisir de les réunir.

Il y a dans ma démarche une constante et une certitude : celles que le théâtre n'est pas un art anodin mais qu'il a une fonction populaire, génératrice de bonheurs et de messages à partager. Une culture de l'échange, de la découverte de l'autre, la joie d'être ensemble dans un théâtre vivant mais conscient du monde qui l'entoure et dont il doit témoigner. Derrière ces idées-forces, il y a une prise de conscience politique dans le sens le plus noble du terme autour de laquelle s'élabore une philosophie faite de curiosité, d'audace, d'ouverture et de générosité.

Au milieu de ce foisonnement, il n'est pas étonnant de retrouver Béatrice Dalle dont le « Lucrèce » a fait un « tabac » en rassemblant quelque 97.000 spectateurs. Elle reviendra en 2017 avec les lettres d'amour d'Ovide. Entre temps elle reprendra le spectacle pour une grande tournée qui passera par l'international mais prendra le temps de s'arrêter, aussi, à Yvetot.

C'est une étape qui n'est pas anodine. C'est une manière d'affirmer mon attachement, à ma ville natale et à la Normandie, à ce territoire auquel je suis étroitement lié et dont j'ai l'ambition de faire, avec les comédiens et les compagnies qui y résident mais aussi ceux et celles que je voudrais y voir revenir plus souvent, une véritable communauté artistique.

Dès sa première saison, il avait jeté quelques pierres qui servaient de fondations à la plate-forme de productions qui reposeraient sur les piliers de la grande Normandie que sont outre Rouen, les structures de Caen, Vire, Cherbourg, Alençon.

Sur le plan plus directement haut-normand, les éléments de ce nouveau paysage tend à s'élargir. On y retrouve, entre autres, Marie-Hélène Garnier, Florent Houdu, Valérie Diome, Pauline Bureau, Maurice Attias, Lauren Toulin, Catherine Dewitt, les jeunes chanteurs de la troupe de l'Opéra de Rouen et quelques autres, et non des moindres comme Emmanuel Noblet dont le spectacle « Réparer les vivants » d'après le livre de Maïlys de Kérangal. a provoqué un raz-de-marée en Avignon et déclenché un énorme courant d'intérêt. Le succès est tel qu'il a fallu à Mont-Saint-Aignan rajouter des dates et reprogrammer le spectacle en mai prochain aux Deux-Rives avant de partir pour une tournée internationale.

Un spectacle, produit par le CDN, qui concoure à son rayonnement. Un rayonnement qui fonctionne sur deux plans : au-delà des frontières, de la Russie au Canada où Bobée travaille régulièrement en passant par la Tunisie où il met actuellement en scène « La vie est un songe « de Calderon et parallèlement sur le travail en profondeur qu'il entreprend en milieu scolaire ou en collaboration étroite avec le Conservatoire.

Une métaphore du sublime

Bobée le cosmopolite aime ouvrir les horizons. De la Colombie au Burkina Faso en passant par le Sénégal, l'Italie, la culture juive, le Portugal, sa nouvelle saison fait exploser les cadres comme il sait lui-même faire exploser ceux un peu trop traditionnellement répartis des disciplines théâtrales. Refusant les étiquettes et le cloisonnement des genres qui s'en tiendrait strictement au théâtre, son goût pour la chorégraphie, la fascination qu'exerce chez lui cet esthétique de l'effort qu'il cultive dans ses mises en scène, se retrouvent dans les jeux circassiens qui sont chez lui des dominantes de choix. Les mots et les corps se projettent, s'entremêlent comme les idées et les situations le font dans des actions où leur fragilité devient une véritable métaphore du sublime.

Et tout naturellement on en vient à Shakespeare.

Shakespeare est un auteur qui accompagne toute ma vie. Pour le quadricentenaire de sa mort il était logique de lui consacrer un mois tout entier. C'est une variation dans laquelle Ophélie, Lady Macbeth, Hamlet seront les prétextes à des confrontations de style et de culture aussi éloignées les unes des autres que celles du Burkina Faso ou du Portugal sans oublier la vision cinématographique que j'en ai réalisé

Dans cette somptueuse galerie, on devrait chaque fois retrouver cette renaissance humaine – humaniste pourrait-on dire - qui s'affranchit des concepts un peu trop pompeux de sa représentation. Tout Bobée est dans cet investissement

Un acte théâtral est un acte d'alerte et une prise de conscience politique. C'est un état d'esprit qui n'est pas de tout repos, qui interroge, qui inquiète.

Et quand on lui demande si toutes ces réussites qui accompagnent une carrière si parfaitement exemplaire au niveau de l'humain le rend heureux, il laisse tomber une réponse amère :

On ne peux pas être heureux quand on voit l'état du monde.

Reste pour lui la ressource de construire des univers qui hissent le spectateur dans les cintres du rêve et de l'oubli : vers la lumière.

Notre photo : « Dios proveera » (Mercredi 7, jeudi 8 et vendredi 9 à 20 heures – Théâtre de la Foudre)

Photo Arnaud Bertereau

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Gul de Boa et Philippe Davenet Quand les antipodes se rencontrent !

24 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Gul de Boa et Philippe Davenet  Quand les antipodes se rencontrent !

Le premier, derrière une écorce un peu rude qu'il entretient farouchement, laisse volontiers passer les fragilités d'un authentique poète tandis que le second, derrière le paravent des élégances impressionnistes qu'il affectionne, dissimule le goût des aventures artistiques voire téméraires, qui peuvent être totalement éloignées de son univers habituel.

Mais en dépit de leurs apparentes contradictions, ils ont en fin de compte la même vision des choses et des gens, le même humour corrosif et un même regard qui les condamnait presque automatiquement à se rencontrer un jour sur scène.

Je connais Gul depuis qu'il fait de la musique et j'aime son travail, son inspiration et surtout la manière qu'il a d'empoigner les textes et les musiques pour en faire des moments de grande intensité. Je suis sensible à ses textes, à sa présence formidable sur scène et à la grande générosité qui se dégage de son répertoire. Il est venu me voir dans le spectacle que j'avais fait sur Erik Satie pour Denis Buquet et à la fin de la soirée, il m'a demandé de travailler avec lui sur un tour de chant « à l'ancienne » dont il avait l'idée. J'ai tout de suite dit oui. Il m'a donné ses musiques. Je les ai travaillées avec Jérôme Charles qui est en quelque sorte le continuateur du travail magistral que François Raubert avait réalisé, entre autres, pour Brel et plus récemment pour Anne Sylvestre. Le reste c'est fait tout seul, presque naturellement.

C'est ainsi qu'est né dans la complicité ce « Gul duo Boa », un tour de chant improbable, qui tourne depuis deux ans – et continue de tourner – et dans lesquelles les bonheurs contradictoires des deux musiciens s'accordent parfaitement ...

Et le duo fonctionne si bien que nos deux compères ont enchaîné avec « Les crépuscules de Boa » qui, de petits levers du jour en couchers de soleil somptueux, les ont entraînés tout l'été dans un « road movie » poétique qui n'attend que les beaux jours pour reprendre du service.

Comme quoi, il n'y a que la musique qui permette aux antipodes de se rejoindre et de se dégager des cloisonnements des modes et des idées réçues.

C'est d'ailleurs, en quelque sorte, le résumé que l'on pourrait faire de la carrière de Philippe Davenet qui sut passer avec une désinvolture parfaite et un plaisir toujours renouvelé de la Comédie-Française à la « Pie Rouge ».

Il a collectionné tous les prix, toutes les reconnaissances que son talent d'interprète et ses qualité de virtuose méritaient. Et puis, n'était pas du genre à goûter la solitude du récital, il a été voir du côté du théâtre s'il n'y trouverait pas son bonheur. Et il ne s'y est pas trompé avec les expériences décapantes de « La Pie Rouge » dont il sera – et qu'il reste – un pilier. Plus académique, il fera les soirs de Gaveau avec les rencontres poétiques de Jean-Laurent Cochet . Entre temps, la Comédie Française le retiendra un bon bout de temps en attendant, un peu plus tard, de faire chez Hébertot ses premiers pas de comédiens dans « Donogoo » de Jules Romain.

Dès lors, la carrière de Philippe Davenet naviguera au grè de ses envie, allant de la musique au théâtre et du théâtre à la musique et souvent dans les deux à la fois sans se lasser des propositions qu'on lui fait et qui sont autant d'expériences qui attisent sa curiosité.

Depuis, il n'arrête pas de travailler pour des compagnies théâtrales pour qui sa double appartenance artistique et sa grande disponibilité intellectuelle sont des éléments dont elles usent sans réserve.

Ses collaborations à Paris comme en Normandie sont nombreuses avec toutefois des engagements fidèles qu'il entretient, entre autres, avec Alain Bézu aux Deux-Rives sans compter les multiples participations à des festivals en Pays de Bray, en bordelais en passant par le Berry et la Provence.

Ce sont à chaque fois des soirées et des rencontres au cours desquelles il aborde tous les styles, répond à toutes les tentations et ne refuse aucune tentative artistique.

La proposition de Gul de Boa était de celle-là. Il ne s'y est pas trompé. Il demandait un pianiste ? C'est un comédien qui l'obtint. Et Davenet le regard sur les textes et les mains sur son clavier a joué d'une dualité qu'il cultive comme on partage une gourmandise.

Et puis, au cours de cette démarche atypique, il y a eu la rencontre avec Anne Sylvestre qui fut une des plus belles de sa carrière. Il a entretenu pendant des années une collaboration étroite, généreuse, exigeante avec un personnage chez lequel il a partagé la rigueur, la fantaisie et la tendresse et qui reste un des plus attachants poètes de la chanson.

Et puis, histoire de faire une pause, il a décidé de revenir à ses émotions de jeune élève du conservatoire de Paris en tenant une classe d'accompagnement à l'école de musique de Bois-Guillaume. Mais ce serait mal le connaître que ce nouvel engagement suffise à remplir sa vie. Au contraire, il n'a jamais autant travaillé.

Il a actuellement en chantier un récital de mélodies contemporaines avec la soprano Delphine Astoux, des projets de musique de chambre avec Florent Dusson au violon et Patricia Trouvé au violoncelle et enfin des perspectives de concert avec Oswald Sallaberger.

Et Gul de Boa dans tout ça ? Il n'oublie pas Davenet, loin s'en faut .

Ainsi pour la soirée de lancement de son nouveau disque qui aura lieu le 3 novembre au Trianon Transatlantique et qu'il a intitulé pour faire plaisir à Baudelaire « Amour, calme et volupté », il lui a demandé d'être son invité en compagnie d'un (ou d'une) invité(e) surprise… dont on vous taira le nom sans quoi ce ne serait plus une surprise !

Pour la circonstance, il est probable que l'on verra Davenet monter sur scène – c'est là où il se sent le plus à l'aise - pour dire un texte de Gul qu'il affectionne particulièrement et qui s'intitule « le temps qui nous reste »…. Celui qui permet d'éviter de penser à celui qui passe toujours trop vite !

Photo : G. Painchault
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Marie Valentin-Dubuisson à Charles-Dullin : l'ouverture dans la continuité

22 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Marie Valentin-Dubuisson à Charles-Dullin : l'ouverture dans la continuité

C'est peu de dire que le Théâtre Charles-Dullin à Grand-Quevilly tient dans l'agglomération une place particulière.

Il fait partie, avec Maxime-Gorki – devenue « La Foudre - des premières salles qui ont commencé à briser le carcan rouennais en ouvrant leurs portes, d'une part, à un nouveau public et de l'autre à celui qui cherchait de nouvelles alternatives culturelles.

Ceci étant, contrairement à Daniel Lesur et Jean Joulin qui donnèrent à la salle de Petit-Quevilly un ton résolument novateur, Charles-Dulin se signala d'entrée dans des perspectives on ne peut plus traditionnelles, consacrant ses programmations avant tout à une politique souriante et familiale axée sur le ballet, la variété, l'opérette et le théâtre de boulevard.

Les deux conceptions ont cohabité harmonieusement, chacune des salles ayant un public qui sans s'ignorer vraiment ne pratiquait pas d'une manière systématique la culture de l'échange. Pourtant, au fur et à mesure les choses ont changé. L'importance du plateau et une jauge de 700 places ont incité les « grandes maisons » comme le théâtre des Arts ou les Deux-Rives à demander volontiers l'hospitalité à Ado Vasseur qui avec une urbanité jamais mise en défaut y consentit avec bonheur.

Un principe de vie chez cet humaniste amoureux du théâtre et des êtres qui a incité a offrir en 2009 son fauteuil directorial à Marie Valentin-Dubuisson, sa jeune administratrice depuis 2001.

Il n'était pas évident – ce ne l'est jamais tout à fait – à quelqu'un qui a construit une politique autour de la maison qu'il a créée de toute pièce d'en confier le prolongement à une jeune femme qui pourrait être au bas mot sa petite-fille.

Une grande élégance et un respect réciproque

Mais de part et d'autre on a fait preuve d'une grande élégance basée sur une estime réciproque. Ado Vasseur en dépit d'un âge qui semble aller plus vite qu'il ne lui en laisse des traces a toujours fonctionné avec la jeunesse, celle de l'esprit et celle du coeur. Il l'a trouvée chez Marie Valentin-Dubuisson qui, plus est, connaît bien les arcanes d'une institution qui fonctionne sous une forme de délégation de service public. Un pied dans les bureaux et un autre sur le plateau elle s'est forgé une philosophie de la salle qui tient tout à la fois dans le respect mais surtout dans l'ouverture tout en restant d'un grand considération à l'égard de celui auquel elle succédait :

« j'ai trouvé chez Monsieur Vasseur une grande compréhension au niveau de mes attentes et de mes projets. Il est toujours présent dans la maison car je crois qu'il ne la quittera jamais tant il y est attaché mais en même temps il me laisse totalement libre de mes choix et de mes actions. Même si je le sais attentif à ce que nous faisons maintenant, il me fait une totale confiance. Le projet culturel de la maison a évolué mais il reste inscrit dans une démarche qui va vers le public, tous les publics …. celui qui vient régulièrement au théâtre et celui qui continue de le découvrir à travers des programmations très ouvertes, accessibles. »

Marie Valentin-Dubuisson s'est retrouvée ainsi avec la responsabilité, non seulement de Dullin mais aussi du Centre Voltaire de Déville-les-Rouen qui fut la pierre angulaire sur laquelle se construisit, d'abord, l'avenir de « l'Expansion » et qui fut le point départ de l'aventure.

Des distances géographiques qui ont quelquefois poussé Ado Vasseur à faire le grand écart au niveau des calendriers et des styles encore que, très souvent, ils furent complémentaires. Cette fois, l'exercice va être triple avec la prise de possession de la salle du Centre Culturel Max Dormoy de Grand-Quevilly.

Garder un public populaire

Il s'agit pour nous de répondre à de multiples demandes comme celles d'organiser des matinées, chères au Centre Voltaire et de déclencher des envies et de fidéliser les spectateurs en jouant sur l'alternance entre les salles, voire les trois. C'est aussi une manière de multiplier les registres à travers des co-accueils, cette année avec le « Trianon Transatlantique » et le « Hangar 23 » et en règle générale – je pourrais dire en priorité – pour garder un public traditionnel populaire qui se fonde dans l'ensemble de toutes les catégories que nos programmations interpellent.

Et de fait si on regarde la saison 2015-2016, elle offre de belles surprise. De la chanson (La grande Sophie ), du jazz avec Hugh Coltman, de l'humour avec Arnaud Tsamère, de la danse avec le très académique ballet « Belle au bois dormant » ou le très exotique « Ballet de New-Delhi » mais aussi avec le hip hop de la compagnie « Badké » ou « Sillons » de Brahim Bouchelaghem.

Et puis, il y a le théâtre. Lassé d'être qualifié « de boulevard » avec les connotations péjoratives qu'on lui attribuait, le théâtre en tournée a changé de ton et de style. Dullin en offrira quelques beaux spécimens avec entre autres « La révolte » de Villiers de l'Isle-Adam avec Anouk Grimberg, « Le système » avec Lorant Deutsch, « Partie en Grèce » avec Valérie Mairesse, la superbe prestation de Marcel Bozonnet avec sa « Princesse de Clèves » et quelques autres raretés dont le ton oscille entre le drame et la fantaisie. Et puis, un événement : l'adaptation du livre de Marcel Carrère sur le drame de ce médecin de Romans – qui n'en était pas un – et qui à la veille d'être démasqué tua femme et enfants. On y retrouvera dans un rôle d'une force dérangeante Vincent Berger mis en scène par Frédéric Cherboeuf. Autre affiche normande de la saison, avec le spectacle de Sophie Lecarpentier « Qu'y a-t-il à présent ? » interprété par de jeunes comédiens amateurs du lycée Val de Seine de Grand-Quevilly et, enfin pour faire bonne mesure, la « Ba(ll)ade d'un stégophile... une déambulation musicale et aérienne dans laquelle on retrouvera Sylvain Dubos grand maître des « Hivernales du cuivre » qui posera son instrument le temps de s'engager sur cet itinéraire réunissant musique, danse et voltige.

Un spectacle qui résume bien les multiples directions dans lequel les spectateurs et surtout, selon l'expression de Marie Valentin-Dubuisson, les « non-spectateurs » vont s'engouffrer.

La saison de « Charles Dullin » et de « l'Espace Voltaire » sur www.dullin.voltaire.com

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L'auditorium de la Chapelle Corneille : Le Saint des Saints de la culture normande

20 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

L'auditorium de la Chapelle Corneille :  Le Saint des Saints de la culture normande

Tout dernièrement la presse a essuyé les plâtres – pardon les ors - de la chapelle Corneille. Devenu « Auditorium de Normandie », ce somptueux bâtiment va devenir le Saint des Saints de la culture avec une série de programmations confiées à quelques unes des structures parmi les plus représentatives de la Haute-Normandie.

Ce projet qu'avait porté en son temps Alain Le Vern est le fruit d'un extraordinaire travail de réhabilitation mené par la Région de Haute-Normandie. Le chantier arrive pratiquement à son terme puisque l'inauguration est prévue pour le début de février.

Les bonheurs rares ayant parfois tendance à se faire désirer, les travaux considérables qui étaient engagés techniquement et financièrement ont pris leur temps, mais au bout du compte le résultat valait bien que l'on attendît un peu.

Espace consacré à la musique et au chant, l'animation de la chapelle Corneille est confiée au « nec plus ultra » d'invernenants qui depuis longtemps déjà cherchaient à Rouen un lieu à la hauteur des exigences de leurs arts respectifs. Rien d'étonnant donc à ce que « l'affiche » en elle-même soit d'exception. Ainsi aux côtés de l'Opéra de Rouen et du « Poème Harmonique » qui avec « Accentus » forment en quelque sorte l'armature de l'édifice, on y retrouve un certain nombre de « pointures » de la région. Leur réunion devra, à n'en pas douter, donner à la Chapelle une tonalité de qualité que le classicisme du cadre impose presque naturellement.

On retrouve ainsi aux côté de Frédéric Roels, de Vincent Dumestre et de Laurence Equilbey, Jean-Paul Combet et son Académie Bach, Nicolas Simon et ses « Musicales de Normandie », Oswald Sallaberger et sa « Maison illuminée » et Sébastien Laab qui quitte le Hangar 23 pour s'installer dans un cadre plus académique qui était le sien jusque-là sans que pour autant il abandonne les spécificités de sa salle. Mais pour lui c'est faire un retour aux sources. Le Hangar 23 a été le lieu – le haut lieu devrait-on dire – de « Octobre » puis de « Automne en Normandie ». En ces temps prospères au cours desquels rien ne semblait pouvoir lui résister, Laurent Langlois avait fait sortir la chapelle de son assoupissement en y invitant quelques formations prestigieuses avec des chefs qui ne l'étaient pas moins pour des concerts qui créèrent alors des événements dont il faut bien dire que l'on n'a pas retrouvé l'équivalent depuis.

Revivifier le paysage musical

Dans cet esprit d'exception, on peut penser que la résurrection de la chapelle va revivifier le paysage musical de Haute- Normandie avec quelques uns de ces moments de grâce qu'on y a connus. Labb va s'y insérer avec l'impression de revenir en quelque sorte dans ses murs tout bruissants encore des bonheurs qu'ils se partageaient avec ceux plus spartiates du Hangar.

Des exposés qui ont été faits lors de la présentation à la presse, il ressort une abondance de biens dont on ne saurait se plaindre. Toutefois, on ne peut s'empêcher de penser que la Chapelle en étant le point de convergence de toutes les initiatives et de tous les désirs, va devenir – et on nous pardonnera cette trivialité - une sorte de somptueuse gare de triage où des trains de luxe s'emploieront dans la somme d'itinéraires impressionnants qu'ils vont tracer, à trouver les voies de l'unité .

Pour le président Mayer-Rossignol, l'essentiel dans cette aventure est de laisser aux intervenants culturels leurs propres marges de manœuvre. C'est une attention louable qui va permettre à chacun de présenter le meilleur de ce qu'il propose. Mais à la longue, il faudra bien déterminer qu'elle sera la frontière qui pourra s'établir. Ce n'est qu'un exemple, mais on voit bien qu'avec son « Mercredi de la chapelle », l'Opéra de Normandie tape un peu dans tous les genres en allant des « Ténèbres » de Lalande aux derviches tourneurs de Syrie, marchant tout à la fois sur les brisées du Hangar et du « Poème Harmonique » dont les programmations sont si parfaitement en accordance avec son intégrité d'inspiration.

Immanquablement et même si les calendriers se veulent complémentaires, ils ne pourront éviter parfois les télescopages.

Jean-Paul Combet, quant à lui, a fixé ses rendez-vous avec Bach les dimanches en matinée avec des portes qui s'ouvriront en grand à toutes les ressources qu'offre l'immense répertoire du cantor de Leipzig, y compris la gastronomie.

Quant à Oswald Sallaberger avec lequel, on doit l'avouer, nous n'étions pas toujours en phase avec ses conception de chef d'orchestre, il se révèle un « chambriste » éclairé qui fait la part belle à des compositeurs normands comme Marcel Dupré qui trouve une place enviable aux côtés d'Honneger, Roussel, Satie et même Marcel Duchamp.

Une partition à plusieurs voix

Cette première saison sera l'occasion de mettre en évidence les grandes ressources de cette partition à plusieurs voix. Toutefois, la Chapelle va devoir initier une véritable philosophie et lui donner une cohérence évitant les pièges de l'interférences.

En quelque sorte trouver celui ou celle qui saura juguler les tentations d'hégémonie, instaurer une politique d'ensemble des programmations, budgétiser l'aventure pour la pérenniser vraiment… bref, installer ni plus ni moins un vrai directeur de salle qui prenne en main l'avenir d'une entreprise, trop belle et trop riche pour la laisser se dépasser par une cacophonie d'intention.

Pour l'instant, la Région, et c'est son président qui l'assure, prend en charge l'intendance et la gestion de la Chapelle, du moins - ajoute-t-il - dans un premier temps .

A l'heure où les élections régionales approchent, il semble urgent de trouver celui ou celle, qu'il soit chef d'orchestre ou, si on a le goût des métaphores hasardeuses, chef de gare, qui mettra sur les rails d'une manière définitive ce convoi de luxe qui avant même d'être mis en marche véhicule le train des plaisirs à venir.

Notre photo : Les nouveaux piliers de la chapelle en compagnie du président Mayer-Rossignol, Frédéric Roels et Vincent Dumestre (photo Jean Pouget)

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Pour le musée Flaubert et de l'Histoire de la Médecine Andréa Férréol a rendez-vous avec Louise Colet

15 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Pour le musée Flaubert et de l'Histoire de la Médecine  Andréa Férréol a rendez-vous avec Louise Colet

C'est une enclave très particulière dans l'histoire du patrimoine culturel rouennais.

Le musée Flaubert et d'histoire de la médecine, en effet, y tient une place à part ne serait-ce que par la double appartenance qui est la sienne.

La maison natale du père de « Madame Bovary » peut revendiquer de multiples raisons pour capter l'intérêt des touristes et des Rouennais eux-mêmes qui passent souvent devant cette porte discrète sans imaginer les trésors qu'ils y découvriraient s'ils prenaient la peine de la pousser.

C'est donc là qu'est né Flaubert mais c'est là aussi que vécurent et oeuvrèrent Achille-Cléophas, son père, directeur de l'Hôtel-Dieu, puis Achille, le frère aîné, qui lui succéda.

L'enfance de Gustave et celle de sa sœur Caroline furent marquées par l'ambiance quelque peu délétère qui imprégnait une maison dans laquelle les repas familiaux étaient rythmés par les râles des malades, atteints du choléra, qui mouraient dans la grande salle voisine. C'est là aussi qu'avec la petite Caroline il surprendra derrière un mur les travaux de dissection de son père... une expérience qui l'imprégnera d'une manière définitive dans sa manière d'aborder les réalités du monde et la fragilité des humains. On comprendra qu'il ait tout fait pour échapper à cette ambiance morbide par l'écriture qu'il s'emploiera à apprivoiser dans sa thébaïde de Croisset.

Le musée Flaubert et d'histoires de la médecine est un endroit privilégié où il est possible d'aborder tous les grands thèmes d'inspiration de l'écrivain en même temps que ceux qui traitent de la vie quotidienne des médecins et de leurs malades.

C'est une excursion dans le monde des lettres et de la science. Elle est facilitée par une muséographie intelligente et très claire qui a été mise en quelque sorte en images à travers un travail d'écriture qui s'est transformé sous l'autorité de Michèle Guigot. Celui-ci un spectacle-promenade. Celui-ci fait parcourir les lieux en suivant, à la ligne près, les itinéraires que l'on peut croiser dans cette belle maison.

« L'association des amis du Musée Flaubert et d'Histoire de la médecine » que préside Marie-Odile Simottel s'est donné pour mission de faire découvrir le musée et de collecter des fonds pour acquérir des objets et des témoignages appelés à enrichir les collections.

Chaque année apporte son lot d'animations qui font la part belle aux deux vocations du musée grâce à une série de conférences, de sorties et d'ateliers qui sous un éclectisme d'apparence se rejoignent parfaitement. Les sujets font côtoyer aussi bien une histoire illustrée des poux et une conférence sur « les masques mortuaires », « Enfants trouvés, enfant de papier » ou la phrénologie dont le musée possède des témoignages hallucinants etc ....

On évoquera aussi les amours douloureuses que Flaubert entretint avec Louise Colet - sa maîtresse épisodique à laquelle il ira jusqu'à refuser sa porte à Croisset - à travers le livre de Joëlle Gardes dont la comédienne André Férréol viendra le 12 décembre lire de larges extraits.

A cela il faut ajouter une nouvelle petite forme théâtrale « il s'appellerait Georges » qui prolongera l'expérence réussie de cette année avec « Gustave est dans sa chambre » qui a fait un tabac tout au long du printemps et aussi à la rentrée etc...

L'association prolonge en quelque sorte la vocation du musée de la rue de Lecat en organisant des étapes à la fois littéraires et médicales qui forment un parcours qui englobe les grandes questions que se pose l'humanité et celles plus proches de nous de l'histoire de Rouen.

Pour avoir le programme complet des animations : amimusee.flaubert@gmail.com

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Jean-Romain Vesperini met en scène « Lucia » à l'Opéra de Rouen : Trouver l'adéquation entre les exigences de la partition et les impératifs du livret

8 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Jean-Romain Vesperini met en scène « Lucia » à l'Opéra de Rouen :  Trouver l'adéquation entre les exigences de la partition et les impératifs du livret

Il a 33 ans, et il dit lui-même avoir un pied dans le théâtre et l'autre dans l'opéra.

Fort d'une double formation, de chanteur (il est baryton) et de comédien, Jean-Romain Vesperini qui vient mettre en scène « Lucia de Lamermoor » à l'Opéra de Rouen fait de partie de cette génération qui se trouve confrontée tout à la fois aux exigences de codes qui sont pour la plupart d'une autre époque et les impératifs esthétiques et sociaux qui sont ceux de leur temps.

On pourrait attendre avec une certaine curiosité – appréhension pourrait penser certains - ce qu'il ferait de ce monument de l'art lyrique du XIX° dans lequel la performance vocale prime sur cette crédibilité que l'on aurait tendance aujourd'hui à détourner parfois, à dénaturer souvent, au-delà du raisonnable.

Il se trouve que Jean-Romain Vesperini est un esprit libre et qu'il n'est pas du genre à sacrifier aux modes et aux tentations saccageuses auxquelles l'opéra est trop souvent livré.

Pour lui le retour aux sources ne relève pas de l'exhumation mais rejoint une forme de dépoussiérage nécessité par le besoin d'accorder l'esprit d'une œuvre à ce qu'elle peut dire et démontrer :

« Ce qui m'intéresse c'est avant tout la partition, c'est l'ouvrage et ce qu'il raconte. Je n'ai pas de concept pré-établi à l'égard d'une œuvre. Je la regarde telle qu'elle fut créée, ce qu'elle veut dire – et- non pas ce qu'on veut lui faire dire – et trouver une logique qui la serve auprès du public. On ne peut ignorer ce qu'elle est fondamentalement. On peut lui trouver de nouvelles approches mais on ne peut échapper à ce que dit la musique, à ce qu'elle transmet et à la manière dont les chanteurs doivent d'une certaine manière s'y soumettre. Il ne s'agit pas d'être moderne ou ringard. Il s'agit plus simplement de faire passer entre le public et les chanteurs la réalité d'une œuvre de quelque époque qu'elle soit et celle de ses interprètes. En fait, ce qui est véritablement moderne, c'est l'approche qu'ont les chanteurs... Ce sont eux qui doivent transmettre à travers leur propre jeunesse un message qui peut venir du XIXème siècle sans être pour autant démodé ».

Chez Jean-Romain Vesperini, il y a un amour des chanteurs qui domine son travail et qui d'une certaine manière le dicte. On sent une tendresse particulière pour le bel canto qui derrière les rigidités des codes doit faire oublier la force des conventions :

J'avais monté pour l'opéra de Limoge une « Traviata » deéjà avec Venera Gimadieva et j'avais envie de travailler à nouveau avec elle. J'ai pensé un temps à « Norma » mais nous nous sommes arrêtés sur « Lucia » et j'en suis heureux car elle s'y révèle une interprète qui sait allier les exigences vocales redoutables de Donizetti aux impératifs d'une action dans laquelle elle s'investit totalement. J'ai été chercher dans le roman de Walter Scott de quoi alimenter ma mise en scène… « Lucia » c'est en réalité l'histoire d'une jeune femme moderne qui se trouve laminée par un entourage et des exigences sociales dont elle ne peut s'affranchir d'une certaine manière que dans la folie. J'y ai découvert un monde qui s'écroule, qui s'enfonce progressivement dans la tourbe... monde instable dans lequel Lucia se débat et qui trahit sa propre instabilité ».

Pour lui le travail du metteur en scène est de trouver la péréquation entre entre les convenances d'un livret et l'exigence d'un langage musical qui doit rester le plus fort. C'est pourquoi l'univers qu'il a créé reste à mi-chemin entre la réalité d'une époque et l'intemporalité de l'histoire

« Chaque œuvre génère sa propre dramaturgie. Il faut que le public s'y identifie et que le spectacle parle tout à la fois aux sens sur le plan de l'esthétique et permette une réflexion plus large, plus approfondie sans jamais perdre de vue que la partition et le langage musical sont les éléments essentiels sur lesquels s'appuie la crédibilité d'un opéra ».

Opéra de Rouen - « Lucia de Lamermoor »

Vendredi 2, mardi 6, jeudi 8 et samedi 10 octobre à 20 heures

Dimanche 4 octobre à 16 heures

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L'orchestre de l'Opéra de Rouen : L'inspiration vaporeuse d'un concert-promenade

3 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

L'orchestre de l'Opéra de Rouen :  L'inspiration vaporeuse d'un concert-promenade

Pour un peu on se croirait au Musikverein de Vienne un jour de gala du nouvel an. L'Opéra de Rouen, ne voulant pas être pris de court à devancé l'appel des violons pour les faire chanter dès maintenant aux quatre coins de la Normandie.

Ce concert intitulé fort opportunément « une soirée à Vienne » va valser de la Seine-Maritime à l'Orne en passant par l'Eure avec un répertoire susceptible de séduire tous les publics.

Frédéric Roels secondé par son chef Jean-Pierre Haeck, qui peut être considéré comme une des meilleures baguettes wallonnes, a concocté un programme tout ce qu'il y a de viennois en appelant à la rescousse les membres de la famille Strauss au grand complet et même un de leurs commensaux quelque peu écrasés par leur notoriété mais qui s'inscrit dans une inspiration vaporeuse telle que la musique de genre l'affectionne.

En effet, on va pouvoir entendre au cours de ce concert-promenade la célèbre « valse des patineurs » de Waldteufel sur laquelle quelques couples nostalgiques virevoltent peut-être encore sur la piste de la Wiener Eisstadthalle .

A côté de ce « monument » d'un délicieux kitch froufroutant, on retrouvera quelques unes des œuvres parmi les plus célèbres du père Strauss et de son fils, prénommé, comme lui Johann. Mais dans la dynastie, au sein de laquelle la rivalité fut parfois sévère, il y a aussi Josef, un autre fils, qui pour être moins connu que son père et que son frère tient une place estimable puisqu'il écrivit avec Johann (le second) cette « Pizzicato-Polka » que tout le monde a entendu au moins une fois dans sa vie et qu'on sera ravi de réentendre au cours de ce concert. Et pour faire bonne mesure (à quatre temps!) et rendre hommage à Josef, l'orchestre de l'Opéra de Rouen interprétera une de ses œuvres « Ohne Sorgen » qui se traduit par un « sans soucis » qui semble quelque peu dérisoire quand on sait que le pauvre Josef mourut à 43 ans.

Et ce floriège straussien, se terminera, tradition viennoise oblige, par la fameuse marche de Radtetsky que le public se fera un devoir et un plaisir d'accompagner des battements de mains de circonstance pour respecter une charmante tradition qu'en général le chef réclame afin de terminer la soirée dans l'ambiance à la fois martiale et trépidante qui donnait des ailes au Prater.

Le programme

Le premier concert avait lieu vendredi dernier à Ecos et va se poursuivre jusqu'à la mi-septembre selon le calendrier suivant :

Samedi 5 Septembre, 20h30

SACQUENVILLE - Salle des fêtes 02 32 34 02 63

Dimanche 6 Septembre 17h

BEUZEVILLE - Église Saint Hélier 02 32 57 70 40

Samedi 12 Septembre, 19h30

MORTAGNE au Perche - Carré du Perche - Festival Septembre musical de l’Orne (02 33 26 99 99 )

Vendredi 18 Septembre, 20h30

BERNAY Abbatiale http://www.ville-bernay27.fr

Samedi 19 Septembre 20h30

TAVERNY Église Notre Dame - Automne musical de Taverny (95)

http://www.automnemusicaltaverny.com tél. 06 11 03 50 93 ou 06 76 83 11 50

Dimanche 20 Septembre, 16h

BLANGY sur BRESLE Salle des fêtes

Mairie : 02 35 93 50 05 – OTSI : 02 35 93 52 48

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Guillaume Lamas et l'Orchestre Régional de Normandie : Une pugnacité souriante

3 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Guillaume Lamas et l'Orchestre Régional de Normandie : Une pugnacité souriante

Il a pris en main, en 2013, la direction de l'orchestre régional de Normandie et il est bouillonnant d'idées. C'est bien simple : Guillaume Lamas n'arrête pas. C''est un exercice qui lui permet de faire de ses bureaux de « L'Hôtellerie » à Mondeville, aux portes de Caen, un carrefour où s'élabore une réflexion construite autour de trois éléments-phares qui sont la formation, l'éducation toutes générations confondues et la mise en valeur du patrimoine.

C'est pour lui la possibilité d'étendre son champ d'explorations à la fois culturelle et géographique et de s'inscrire dans la perspective, encore fragile, de cette grande région normande telle que les politiques l'ont mise en place. Dans un avenir qui devra instaurer sur l'ensemble des cinq départements une entité humaine dont la cohérence est encore à trouver, Guillaume Lamas est convaincu, et on peut l'être avec lui, que c'est la culture qui en déterminera d'une certaine manière les contours.

Une volonté d'élargissement

Il sait de quoi il parle. Avec un cursus qui va du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il obtint son premier prix de musique de chambre à l'unanimité à l'administration de « Colonne », ses passages à l'Opéra de Paris, à l'Opéra de Rouen et à l'Opéra de Montpellier, il possède les arcanes de l'administration sans rien ignorer des bonheurs et des exigences des fonctions de musicien. En effet, percussionniste de formation, il a appartenu, entre autres, à l'Ensemble Intercontemporain, à l'Ensemble Itinéraire, à l'orchestre de Paris et à l'orchestre de l'Opéra de Paris. Tout cela représente une somme d'expériences qui ne pouvaient que le pousser vers le désir de mettre en place un projet qui soit le sien. L'Ensemble Régional de Basse-Normandie lui en a apporté l'opportunité. D'abord administrateur général, il en est devenu le directeur général. Il a rangé ses rêves de percussionniste et s'est attelé avec une pugnacité souriante et inflexible à une tâche périlleuse et exaltante à laquelle il consacre chaque minute de son temps.

En changeant le nom de « l'Ensemble » en « Orchestre Régional de Normandie », il entendait marquer son territoire. C'était aussi affirmer, d'emblée, sa volonté d'élargir ses ambitions au niveau du contenu des saisons et la mise en place d'une philosophie prenant en compte les attentes d'un public aux composantes multiples, dont une partie était déjà conquise, et une autre qui restait à conquérir.

Tout cela en gardant à l'esprit la nouvelle donne régionale et ce qu'elle implique vers une normalisation permettant à chacun des départements d'y trouver son compte et son plaisir.

C'est une question d'équilibre et d'élégance. A chacun sa spécificité : d'un côté, Rouen son opéra et la lourdeur inhérente à une fonction qui met en mouvement des masses importantes, de l'autre Caen et la souplesse et la liberté d'un orchestre dont la configuration (18 musiciens) n'a pas bougé mais qui s'ouvre à des expériences et à des bonheurs imprévus auxquels les musiciens souscrivent avec l'enthousiasme que leur jeune chef Jean Deroyer a su leur insuffler.

Le résultat est là. Dans sa saison 2014/2015, l'Orchestre Régional de Normandie totalise près de 180 prestations dont 159 en concerts proprement dits et 119 actions culturelles. Le tout se répartit sur 127 lieux de spectacles et 113 communes visitées ou plus exactement irriguées dans la mesure ou chaque concert est le prétexte à une animation ou au moins à des prolongements dont les établissement scolaires sont en priorité les bénéficiaires.

On pourrait égrener les étapes à succès d'un principe qui fonctionne parfaitement bien ou donner le détail de la saison qui s'annonce mais mieux vaut retenir deux des projets parmi les plus emblématiques de la politique menée par Guillaume Lamas. Ils sont l'un et l'autre conçus autour d'une réflexion particulièrement pointue en même temps que parfaitement originale et surtout marquée par un souci d'une recherche intelligente et profondément originale.

Au cœur des portraits

Le première associe la création musicale et la peinture. Lamas a écumé les musées des cinq départements pour y trouver dans chacun d'eux des portraits significatifs de l'impressionnisme. Il a commandé à trois jeunes compositeurs d'écrire des partitions qui les illustrent. La démarche se prolonge dans les visites des musées et permettra aux collégiens et lycéens auxquels cette opération est avant tout destinée d'ouvrir tout à la fois leurs yeux et leurs oreilles. La deuxième expérience est véritablement étonnante, voire déconcertante. En effet, elle concerne la venue de représentants de la tribu des pygmées Aka. qui ont fait le long voyage depuis leurs forêts traditionnelles de Centre Afrique pour rencontrer et travailler avec le guitariste Carmel Zakri qui est une personnalité parmi les plus représentatives de la recherche musicale et ethnologique. Cette confrontation qui est une véritable découverte de part et d'autre de deux cultures s'inscrit dans une démarche de recherche du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO auquel Zakri est particulièrement attaché.

Deux de ces concerts se dérouleront au Mont-Saint-Michel, autre grand lieu patrimonial de la grande Normandie. Avec cette expérience passionnante et unique, on peut dire que Guillaume Lamas a jeté les bases d'un nouveau pont reliant les continents.

Pour tout savoir sur l'orchestre Régional de Normandie et sa saison : www.orchestrenormandie.com

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