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Théâtre en Normandie

« Djamileh» : les charmes et l'élégance d'un opéra de poche

16 Mars 2016 , Rédigé par François Vicaire

« Djamileh» : les charmes et l'élégance d'un opéra de poche

Le spectacle que présente actuellement l'Opéra de Normandie dans une petite forme très souple et très agréable a deux avantages : celui, d'une part, de découvrir un petit ouvrage de Bizet, compositeur prolixe s'il en fut, qui porte en lui les charmes d'un opéra de poche dont le livret vaut ce qu'il vaut et qui est sauvé, disons-le, par la musique. De l'autre il fait la part belle aux jeunes chanteurs de la troupe qui défendent vaillamment les espérances que l'on peut mettre en eux.

Dans une mise en scène intelligente et rapide et un univers esthétique très convaincant, l'histoire déroule les rapports assez simplistes de trois personnages auxquels David Lescot s'emploie à donner une cohérence plus actuelle. Il y est aidé par le très élégant décor de François Gautier-Lafaye qui est un des atouts de ce spectacle et au moyen de projections vidéo qui fait un sort aux tentations orientalisantes cher au XIXeme. Rien d'ailleurs qui soit gênant dans la mesure où l'argument s'y intègre tout naturellement. Il suffit d'un peu d'imagination et Lescot n'en manque pas !

Les trois protagonistes y évoluent avec un grand naturel et font valoir des ressources vocales prometteuses pour certains et déjà parfaitement en place pour d'autres. Il en va ainsi de Madjouline Zerari dont on a déja eu plusieurs fois l'occasion d'apprécier les beautés mordorées d'un timbre élégant et une belle musicalité. Benjamin Mayenobe possède une grande aisance vocale qu'il met au service d'un timbre solide et d'une émission percutante qui donne beaucoup de présence et d'efficacité à son chant. Enfin Carlos Natale met une belle vaillance dans un emploi très sollicitant qu'il assure scéniquement avec beaucoup de maîtrise mais qui vocalement souffre d'une couleur de timbre quelque peu acidulée qui ne perdrait rien à s'arrondir pour prendre de l'ampleur dans les sonorités et se montrer ainsi totalement convaincant.

Tous trois portent allègrement les difficultés d'une partition qui privilégie les timbres et le style. Car, en réalité, ce spectacle tient beaucoup par la qualité de la partition et aux élégances mélodiques de Bizet. Le père de «Carmen » était un pianiste hors pair qui, dit-on déchiffrait à vue des partitions d'orchestre pour en faire des réductions ébouriffantes. C'est le cas pour ce « Djamileh » interprété au piano par Brigitte Clair. Elle s'y montre d'une solidité impériale – impérieuse quand il le faut – et d'une grande connaissance de ce lyrisme qui permet aux chanteurs de donner le meilleur d'eux-mêmes....

Avec une virtuosité qu'elle assume avec une belle crânerie, elle est un élément déterminant dans la réussite de cette co-production avec « La Comédie de Caen » et le Centre Dramatique National qui a déjà été présentée, entre autres, à Lillebonne et à Neufchâtel-en-Bray avant de venir au Théâtre des Deux-Rives.

Rouen - Théâtre des Deux-Rives les 22, 23, 24, 25 et 26 mars à 20 heures

Notre photo (Frederic Carnuccini) : Majdouline Zerari et Carlos Natale

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