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Théâtre en Normandie

Articles récents

« Poésie dans (e) la rue Quand les mots se font signes …

19 Septembre 2017 , Rédigé par François Vicaire

Cela fait maintenant la septième année que la poésie descend dans la rue …. d'une manière officiellement visible tout du moins car la poésie si elle n'a pas d'âge, elle n'a pas non plus de limites ni dans ses expressions ni dans son territoire mais elle a besoin de s'afficher aussi et « Poésie dans(e) la rue » s'y emploie parfaitement.

Le festival est devenu au fil des ans une grande fête des mots qui se développe dans toute l'agglomération rouennaise. Elle fait même des incursions jusqu'à la Porte Océane en s'installant à la librairie » La Galerne » pour une lecture à plusieurs voix du livre de Lara Dopff « Avoir un Havre ».

Une volonté d'élargissement vers un public de plus en plus ouvert, de plus en plus jeune et surtout de plus en plus attaché à cette notion d'intemporalité poétique qui favorise le rêve, donc l'évasion et qui trouve sa raison d'être dans une collaboration étroite avec des bibliothèques de l'agglomération rouennaise.

« Poésie dans(e) la rue » porté avec passion par Jacques Perrot et Françoise Navarro propose donc, essentiellement sur Rouen et surtout au Jardin des Plantes, des performances dans lesquelles les idées sous toutes leurs formes et le mouvement s'accordent, se développent, se complètent et s'assemblent pour faire passer le souffle de l'imaginaire.

Les bibliothèques de Sotteville, la Grand-Mare et de Rouen-centre y sont associées pour des actions bien spécifiques. Ainsi, à la Grand-Mare, c'est la compagnie « Alias Victor » qui présentera une petite forme dont le titre « édantépoèmtamikoi » mérite qu'on le dise à haute voix pour en goûter tout le sel, interprétée par Sophie Caritté et Alain Fleury dans une mise en espace de Karine Préterre.

A « Simone de Beauvoir » un atelier de lecture animé par Jacques Perrot, sera consacré à Laurence Vielle qui est une des invités d'honneur du festival.

Quant à la bibliothèque de Sotteville, c'est le livre du poète Claude Ber qui servira de base de réflexion autour de son livre « Il y a des choses que non ». Un livre qui se veut un moment de résistance face à l'inacceptable et qui sera « lu » - si l'on peut dire – dans une traduction en langage des signes par les associations « LIESSE » et « Arts résonnances ».
Et c'est un des grands intérêts du festival que d'y intégrer cette année le langage des signes qui depuis quelques années maintenant a pris une importance tout à fait considérable au point de faire l'objet d'un enseignement en faculté. C'est la prise en compte d'un moyen d'expression qui allie le silence à une gestique bien particulière qui l'apparente à une véritable chorégraphie et qui relève véritablement d'un acte poétique. Ce sera donc autour du livre de Claude Ber mais aussi dans la très belle rencontre qui se fera avec « Haïkus , dans lequel Thumette Léon, la « danseuse sourde » comme elle se qualifie elle-même, et le musicien Olivier Hüe feront « faire danser les signe et signer la danse ». Une rencontre subtile qui se prolongera avec François Brajou, poète sourd et comédien, qui se livrera à une expérience totalement inédite. En effet si jusque-là, les gestes pouvaient « dire » les choses ce sera l'inverse qui se produira puisqu'à partir d'un poème écrit dans l'abstrait, ce sont les mots qui devront les retranscrire. Un détournement fascinant qui est la belle illustration d'une semaine riche en découvertes, en bonheurs insolites et en impressions et des rencontres avec des invités comme Antoine Mouton, Ludovic Degroote, Laure Vielle, Laure Dopff, Claire Gohart etc ...

L'essentiel des animations aura pour cadre le Jardin des Plantes. Les compagnies « Diagonales » animée par Marie-Aude Babault, « Eteile » de Caen, « Lagrimas », « Alias Victor » formeront l'épine dorsale de cette nouvelle édition poétique qui se dérouera du 29 septembre au 14 octobre.

 

Le programme sur www.poesie-danse-la-rue

notre photo : Thumette Léon : la poésie du signe

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Le Concours « Corneille » : un beau partage d'émotions

18 Septembre 2017 , Rédigé par François Vicaire

Après l'instrumentation l'année dernière, c'est l'expression lyrique qui était mise, ces derniers jours, à l'honneur pour le concours Corneille. Des candidats venus de tous les horizons s'y sont affrontés devant un jury de spécialistes présidé par le ténor anglais John Mark Ainsley.

 

Au départ, ils étaient trente-quatre à avoir été sélectionnés. En demi-finale, ils présentaient un programme dans lequel, ils se mesuraient avec des oeuvres de Bach, Monteverdi, Rameau etc … Passé ce premier cap redoutable, ils étaient une douzaine, le lendemain, à se retrouver en lice avec un programme libre qui leur donnait l'occasion de convaincre, non seulement les membres du jury, mais aussi le public puisque celui-ci avait son mot à dire dans le palmarès en décernant son propre prix.

 

Et, en finale, ils n'étaient plus que quatre à représenter la quintessence d'une discipline dans laquelle la maîtrise de l'ornementation, l'élégance du style et la qualité du timbre constituent les bases même de l'art baroque.

A ce stade de la compétition, la qualité des voix et la nature des timbres ne sont plus à prouver. Il s'agit avant tout de mesurer les capacités de conviction de chacun dans leurs interprétations. Le baroque, depuis un certain temps, s'est libéré des rigueurs académiques d'une philosophie qui sans être immuable reste néanmoins tributaire de codes respectueux tout à la fois de l'esprit et de la lettre, si ce n'est de la note.

En ce sens les prestations des quatre finalistes étaient significatifs de ce qu'on pouvait en attendre. De beaux timbres, une belle assurance, un professionnalisme déjà affirmé pour certains mettaient la barre assez haute pour rendre infiniment délicates les décisions du jury.

A la fin des auditions, on pouvait déjà se faire une certaine idée du palmarès. Les noms du contre-ténor américain Eric Jurenas et de la soprano belge Jana Pieters semblaient s'y trouver en bonne place. Romain Bockler, le baryton français retenait,  l'attention par un timbre intéressant et une interprétation solide mais , mais en dépit de ses grandes et jeunes qualités, ne parvint pas à convaincre vraiment..

Et puis, il y a Eugénie Lefebvre dont la voix généreuse et les interprétations enflammées se signalaient par une nature et un timbre éclatant qui la destinent, d'une manière évidente, à des emploi de « grand soprano » romantique.
Contre toute attente, pourrait-on dire, ce sont ses interprétations spectaculaires et une excessive dramatisation de son chant qui ont séduit le jury qui lui a accordé le premier prix, le second allant à Eric Jerenas pour une solide et sensible utilisation d'un timbre rare.

Eugénie Lefebvre possède un timbre éclatant et une conviction indiscutable, mais la retenue, l'élégance du style, la qualité d'un timbre rond et mordoré, la superbe ligne de chant, la maîtrise remarquable dans le phrasé et l'intériorité, ce sont chez Jana Pieters qu'on les trouvait. Le public ne s'y est pas trompé en lui décernant son prix et ce n'est que justice.

Comme dans tout concours et surtout à ce niveau, il y a une part de subjectivité qui intervient. L'appréhension d'une nature et d'une voix relève des capacités d'émotion qu'un artiste déclenche. En ce sens ce premier concours de la voix baroque, dont la finale était porté par les musiciens du « Poème Harmonique », s'est montré à la hauteur de ce qu'on en attendait : un beau partage de découvertes et d'émotions.

 

Notre photo : les trois lauréats au centre : Eric Jerenas, Eugénie Lefebvre, et Jana Pieters entre, - à gauche- John Mark Ainsley et – à droite – Catherine Morin-Desailly et Vincent Dumestre

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« Les saisons baroques » à Corneille : une richesse exceptionnelle

14 Septembre 2017 , Rédigé par François Vicaire

«La Chapelle Corneille ouvre cette année ses portes au « Poème Harmonique » avec le concours international de musique baroque consacrée aux voix qui s'achèvera dimanche prochain 17 septembre après trois jours de compétition pendant lesquels 34 candidats venus de tous les points du globe se seront pacifiquement affrontés

C'est une belle manière de commencer la saison et d'affirmer la vocation d'un lieu dont la souplesse permet de l'adapter à toutes les jauges depuis la plus intimiste à celle susceptible de recevoir sans problème de « grands messes ».

Une élasticité d'utilisation qui donne à Vincent Dumestre la possibilité d'affirmer une politique artistique qui joue avec les facettes des principales disciplines portées par un courant culturel d'une richesse incroyable.

Mais tout en restant d'une grande fidélité à l'esprit de l'époque dont il est imprégné, le baroque peut - et sait – s'affranchir du carcan de l'académisme avec une pointe d'humour et une bonne dose d'inventivité.

La programmation de cette nouvelle saison en est l'évident manifeste.

Ce subtil dosage se répartit cette année en quatre volets principaux qui promettent

« des fièvres italiennes, des grâces françaises, des extases spirituelles et des frissons dramatiques ».

Tout un programme !

Le premier volet sera consacré au « Focus Venise » et plongera les auditeurs dans l'univers de la Sérénissime à une époque où la musique qui était encore un art des salons, va descendre dans la rue et s'intaller dans des théâtres ouverts à tous les publics. Pour ce passage « dalle calli ai Palazzi » Vincent Dumestre a construit un parcours musical, mis en scène et en lumière (aux chandelles  par Benjamin Lazar (vendredi 17 novembre à 20 heures). Il annoncera l'âge d'or du violon baroque dont Telemann et surtout Vivaldi seront les étendards. Ce sera l'occasion de retrouver Evgeny Sviridov qui avait obtenu l'année dernière le grand prix du « Concours Corneille » et qui revient avec sa propre formation ( Samedi 18 novembre à 20 heures). Enfin cette trilogie vénitienne se clôturera avec un récital de cantates de Vivaldi, Abinoni, Cavalli interprétées par la soprano Silvia Frigato accompagnée au clavecin par Rinaldo Alessandrini (Dimanche 19 novembre à 16 heures).

Le deuxième vocable sera consacré aux parodies, pastiches et autres métamorphoses auxquelles la musique baroque – mais aussi le théâtre - sut se soumettre avec délectation. Confrontés au rythme effréné auquel ils étaient soumis par leurs protecteurs, des compositeurs comme Bach ou Monteverdi multipliaient les citations, passant souvent du sacré au profane et véhiculant auprès des couches populaires qui n'y avaient pas accès un art qui s'ouvrait au monde. « Breve è la vita nostra » (Jeudi 14 décembre à 20 heures).

Ces métamorphoses successives, ces expériences qui s'accommodent de toutes les situations et de tous les plaisirs, on les retrouve dans les « Funérailles de la foire » construit comme une suite de vaudevilles, de farces et de parodies dans lesquelles l'opéra prend des couleurs teintées d'impertinence et de fantaisie. C'est « La compagnie des Pêcheurs de perles » qui s'attache à restituer ces grands courants iconoclastes dans lesquels la tradition et la modernité se cherchent et s'affrontent (Vendredi 15 décembre à 20 heures).

Dans ce même esprit, il ne faudra pas manquer le même jour à 18 heures un concert baroque avec «Les goguettes» qui d'un siècle à l'autre (et jusqu'au nôtre) démontent le mécanisme de l'humour dans la grande tradition « chansonnière ».

Et ce chapître se refermera le samedi 16 décembre à 20 heures avec Bach pour un concert s'appuyant sur le célèbre « Erbarme dich » de la  « Passion selon Saint Mathieu ».

Enfin, le troisième volet se fera sous le vocable de « La voix de Marie ». Vincent Dumestre y ouvre quelques intéressants chemins de traverse et parmi eux, « Les mystères de la danse et de la rose » construit par l'Ensemble Ausona autour de la « Cantate du rosaire » de Biber. Son illustration, confiée à l'acteur japonais Masato Matsuura, mettra en corrélation la spiritualité d'un partition inspirée et le cérémonial symbolique du théâtre No (Jeudi 5 avril à 20 heures).

Le lendemain très exactement «  Le concert de la loge » de Julien Chauvin présentera le « Stabat Mater » de Boccherini. (Vendredi 6 avril à 20 heures)

Dans cette perspective « Le tremblement de terre » s'inscrira dans la même connotation. Ce « tremblement », c'est celui qui se déclencha à la suite de la crucifixtion. Antonio Braghi en a fait un opéra sacré, intéressante variante scénarisée de l'oratorio (le samedi 7 avril à 20 heures).

Et dans le même temps, même jour, même lieu mais à 22 heures, Marc Mauillon reprendra un itinéraire qui va de Guillaume de Machault à Georges Aperghis, véritable parcours initiatique d'un artiste d'exception.

A côté de ces grands axes s'ordonnancent des manifestations, conférences données dans le cadre d'une collaboration avec le Musée des Beaux-Arts, visites de la Chapelle et même une incursion dans la gastronomie avec les »Contrepoints du palais » et surtout un « Festival à pleine voix » qui va ouvrir la chapelle à quelques uns des grands choeurs normands : la Maîtrise de Seine-Maritime (vendredi 18 mai à 20 heures), le Choeur « Ars Viva » d'Evreux (samedi 19 mai à 16 heures), l'ensemble vocal « Impressions » du Havre (samedi 19 mai à 20 heures), « Le Madrigal de Condé » de Caen (dimanche 20 mai à 16 heures), l'Ensemble vocal de Dieppe (Dimanche 20 mai à 20 heurs) avec en point d'orgue l'Ensemble vocal Maurice Duruflé et l'orchestre régional de Normandie qui, avec le Poème Harmonique, tous placés sous la direction de Vincent Dumestre, interpréteront le « Miserere » d'Allegri et le « Requiem » de Mozart (le lundi 21 mai à 16 heures).

Un grand moment qui clôturera la saison du « Poème » qui enchaînera avec un événement de première importance : la création de « Phaeton » de Lully dans l'impressionnant opéra de Perm en Russie avec une reprise ensuite à l'Opéra du château de Versailles en attendant, peut-être, une présentation à l'Opéra de Rouen que l'on espère avec impatience.

 

La programmation complète sur www.poemeharmonique.fr

nos photos :

En haut : "Venezia" par le "Poème Harmonique

A gauche : - L'ensemble" Ludus Instrumentalis" dirigé par Evegeny Sviridov

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Les connotations métisséesde l"Etincelle"

6 Septembre 2017 , Rédigé par François Vicaire

Quand on a de grandes ambitions et qu'on dispose d'une petite jauge comme celle de la chapelle Saint-Louis, il faut cultiver l'art de la démultiplication. C'est ce que fait Sébastien Lab qui sous le label générique de « L'Etincelle » fait feu de tout bois tout aussi bien dans ses murs place de la Rougemare, qu'avenue Porte des Champs au Conservatoire et aux Sapins à la salle Louis Jouvet sans oublier le fleuron rouennais qu'est devenu l'auditorium Corneille.

Une situation qui l'oblige à jouer avec les contrastes qu'offrent ces différents lieux et à répondre aux demandes d'un public dont les aspirations multiples interdisent l'exclusive.

Un exercice de haut vol dont Lab a su prouver en un an de temps qu'il était possible non seulement de le réaliser mais de lui donner des prolongements.

La saison qu'il propose pour 2017/2018 en est un parfait exemple.

Un des spectacles porte le nom évocateur de « Trajectoires » (à Corneille le 12 janvier) et c'est bien de trajectoire qu'il s'agit... depuis le jazz avec Avishai Cohen (le 6 octobre au Conservatoire) jusqu'aux chants kurdes de « Aynur » (le 31 mai à Corneille ») en passant par le « Noir lac » de Khrystle Warren (à Corneille le 19 décembre) ou le Dhaffer Youssef quartet (le 8 novembre, toujours à Corneille), « l'Etincelle » lance dans le ciel rouennais des gerbes tour à tour scincillantes et graves qui ont toutes, musicalement parlant, une connotation métissée extrêmement vivifiante.

Cela va de l'expression la plus pure mais aussi la plus innovante du tango avec le quarteto Gardel (au Conservatoire le 6 avril), aux improvisations inspirées de Shahin Novrasli (au Conservatoire le 10 novembre) jusqu'aux élégances déchirées du flamenco baroque de Rocio Marquez et Fahmi Alquai.

Dans ce bel artifice on peut extraire quelques soleils chorégraphiques comme « Partition(s) » de Jérôme Ferron et Frédérique Unger qui prennent véritablement Mozart à bras le corps (salle Louis Jouvet les 7 et 8 décembre) et « Belles et Bois » d'Emmanuelle Vo-Dinh pour aboutir à une curieuse évocation cavalière de Stéphanie Chêne avec « Au galop ! » (à la chapelle Saint-Louis, les 20, 21 et 22 mars à la chapelle Saint-Louis).

L'actualité en alerte

Le monde du spectacle se veut de plus en plus en phase et en alerte avec l'actualité... « L'Etincelle » n'y reste pas insensible avec deux moments très forts : l'un consacré a aux problèmes de la Palestine (« Décris-Ravage » les 1°, 2 et 3 février à la chapelle Saint-Louis) l'autre est l'étonnant « We love Arabs » de Hillel Kogan où l'on surprend un chorégraphe israélien en quête d'un danseur arabe (toujours à la Chapelle Saint-Louis les 18 et 19 janvier).

Le théâtre et en particulier le théâtre régional tient une belle place dans cette programmation : on y verra (ou reverra) le beau « Songe d'une nuit d'été » de Catherine Delattres (à la chapelle Saint-Louis les 13, 14 et 15 février), le troublant « Qui suis-je » de Yann Dacosta (les 12, 13 et 14 avril à la salle Louis Jouvet), le non moins troublant « Kaspar et Juliette » du Théâtre de l'Escouade (le 15 novembre à la salle Louis Jouvet) ou le décapant « Sandy et le vilain Mc Coy » de Acid Kostik (les 12, 13, 14 et 15 décembre à la chapelle Saint-Louis) etc...

Et nous terminerons ce tour d'horizon qui mérite d'être approfondi par un grand moment d'exploration musical le 10 avril à Corneille que proposera l'ensemble « Variance » en déployant les circonvolutions subtiles que Stravinski, Thierry Pécou et Astor Piazzolla ont su, entre autres, construire autour du tango.

Autant dir que « L'Etincelle »,ça va balancer !

 

Le programme complet sur www.letincelle-rouen.fr

 

Nos photos :

En haut à droite :Avishai Cohen (le  6 octobre au Conservatoire)

A gauche ; Shahin Novrasli (le 10 novembre au Conservatoire)

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Vincent Dumestre et Guillaume Lamas : Des horizons lointains qui ne sont pas chimériques

18 Juillet 2017 , Rédigé par François Vicaire

Même si c'est une évidence, on ne dira jamais assez combien le « Poème Harmonique » est une des valeurs parmi les plus sûres qui font la réputation culturelle de la Normandie.

En quelques années qu'il y est en résidence (déjà 15 ans!), Vincent Dumestre a déployé une activité qui porte à un très haut niveau de rayonnement une action dont la région bénéficie d'une manière si évidente qu'elle en devient naturelle.

Pourtant un rapide tour d'horizon permet de se convaincre de l'impact international du « Poème ».

Ainsi, cette année le coup d'envoi a été donné à Cracovie pour le prestigieux « Festival Misteria Paschalia » dont Dumestre était le grand ordonnateur et au cours duquel le « Poème » donna le « Selva orale e Spirituale » de Monteverdi, « Il Terremoto », d'Antonio Draghi et trois des neufs  « Leçons des Ténèbres » de Jean-Baptiste Gouffet. S'en suivra une tournée dans les plus belles maisons d'opéra de Chine :  Shangaï, Pékin , CantonLanzhou, puis au Japon à Tokyo et à Kobé. Enfin, à la rentrée va se mettre en place une tournée à Mexico et au monumental Festival Cervantino de Guanajuato avec une anthologie consacrée à l'exotisme oriental dans ce qu'il a déterminé dans le goût musical français et européen au XVIIe siècle.

Ce sera ensuite une tournée aux USA (San Diego, Boston, Milwaukee..) et au Canada (Quebec, Montreal…).

Au milieu de toutes ces « réjouissances », s'insère la programmation à la Chapelle du Lycée Corneille qui est le manifeste le plus évident de l'opportunité  artistique normande de Vincent Dumestre et de son équipe.

Et l'Opéra dans tout cela ?

« Le Poème Harmonique » y a eu longtemps droit de cité avec des productions somptueuses qui ont fait – et font encore – date : « Cadmus et Hermione », un très remarquable « Bourgeois » dans une mise en scène de Benjamin Lazar, le « Carnaval baroque », « Egisto », « « Dido et Acneas ». Autant de bonheurs rares qui donnaient à l'Opéra de Rouen une place privilégiée dans le domaine du théâtre baroque. Depuis, le rideau de scène ne s'est plus relevé pour Vincent Dumestre si ce n'est cette année pour une « petite forme » pour les enfants, « La mécanique de la générale » qui ne sera pas vraiment à la mesure de l'importance ni d'une maison qui se dit « d'opéra », ni de l'Ensemble

C'est un peu comme si le fait de s'être installé à Corneille interdisait à Dumestre de présenter ses productions à l'Opéra de Rouen alors que celui-ci programme à la Chapelle des concerts baroque qui font un sort à la réciprocité de bonne compagnie qu'on pouvait attendre. Question d'élégance !

Une procédé tout à fait étrange qui remet en cause le partage des genres sur lequel Loïc Lachenal, le nouveau directeur de l'Opéra de Rouen, va pouvoir se pencher dès son arrivée.

Un état de fait d'autant plus dommageable pour Rouen que « Le Poème Harmonique » est en train de mettre en place le « Phaéton » de Lully pour le gigantesque et prestigieux Opéra de Perm en Russie (800 salariés, 2 orchestres, 2 choeurs, dirigé par le grand chef Teodor Currentzis). Le spectacle, mis en scène par Benjamin Lazar, est une coproduction avec l’Opéra Royal de Versailles  où il sera présenté ensuite.

Rouen devra attendre des jours meilleurs pour en profiter.

Mais pour l'instant, c'est Caen qui a le privilège de recevoir le « Poème ».

Guillaume Lamas vit ses dernières heures de direction à l'Orchstre Régional de Normandie avant de rejoindre l'orchestre national de Lyon. Il part sans trop savoir ce que va devenir cette formation qu'il a porté à un très haut niveau de notoriété. La seule chose que l'on sache, c'est …. qu'il ne sera pas remplacé.

En effet, les institutionnels envisagent de fondre en une seule structure les musiciens de l'orchestre de l'Opéra de Rouen et ceux de l'Orchestre Régional de Normandie. Sous quelle forme ? Selon quels critères et quelle philosophie ? Nul ne sait. Pour l'instant la saison 2017/2018 a été construite par Lamas selon une formule très élargie qui permet d'ouvrir au maximum les oreilles des bas-normands (et accessoirement des « hauts ») et donnent aux dix-huit musiciens de l'orchestre l'occasion d'aborder tous les genres. C'est ainsi qu'ils ont découvert – si cela était utile ! - la musique baroque avec Vincent Dumestre pour un projet construit autour de la personnalité de Paolo Lopez, un jeune sopraniste qui possède une voix très étonnante et qui fut la doublure de Philippe Jaroussky, pour le « Il Santo Alessia » avec les « Arts Florissants ». Le programme suit les oeuvres que le célèbre Farinelli a pu chanter dans sa vie. On aura donc l'occasion d'entendre, à l'occasion d'une tournée à Arcachon, à Livarot et à l'abbaye de Lessay des oeuvres de Porpora, Giacomelli, ou de Farinelli lui même (sous son vrai nom, Broschi) qui éclaireront quelques uns des mystères du Naples cher au Porporino de Dominique Fernandez.

nos photos :

Vincent Dumestre, Guillaume Lamas, Paolo Lopez et les musiciens de l'ORN

Vincent Dumestre et Guillaume Lamas

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Jacqueline Caffin : la « Dame de Mortemer »

11 Juillet 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il y a des coups du sort qui se transforment en coups de cœur !

En effet, quand Max et Jacqueline Caffin achetèrent le beau château de Fleury-la-Forêt (devenu depuis un délicieux Musée des poupées) pour en faire – le croyaient-ils, alors - leur résidence privée, ils ne se doutaient pas qu'à quelques encablures de là, dans la forêt de Lyons, les fantômes de l'abbaye de Mortemer leur faisaient déjà signe et allaient changer une grande partie de leur vie.

Il faut dire que ce lieu, tombé dans l'oubli même si son propriétaire y organisait des visites sporadiques, avait de quoi exciter des ambitions assez cartésiennes pour les inciter à se lancer dans son sauvetage et en même temps suffisamment aventureuses sur le plan de l'esprit pour faire de ce lieu qui avait connu des heures prestigieuses le point de rencontre de l'imaginaire et de l'histoire.

Il y a l'Histoire tout d'abord … celle qui se rattache aux péripéties anglo-normandes que secouèrent la France.

Henri 1er Beauclerc, un des fils de Guillaume le Conquérant, avait son château à Lyons-la-Forêt et, surtout, une fille Mathilde qu'il maria toute jeune à l'Empereur d'Allemagne. Sa succession semblait assurée par un fils qui disparut dans ce qu'il est convenu d'appeler le naufrage de la « Blanche Nef » au cours d'une de ses nombreuses traversées entre la Normandie et la France.

Peu de temps après, Mathilde devenue veuve revint à Mortemer à la demande de son père puis épousa un Plantagenet. Cette maîtresse femme eut un fils, le futur Henri II, et batailla ferme pour lui préserver ses droits sur les royaumes de France et d'Angleterre. Sans y parvenir, elle sera quand même un des éléments majeurs d'une unité « introuvable » qui aboutira à placer les Plantagenêt parmi les premiers de la dynastie anglaise et fera d'elle la grand-mère du fameux Richard-coeur-de-Lion.

Mathilde gardera toujours à Mortemer une attention sans défaut et y séjournera fréquemment.

Et c'est là où la légende prend le pas sur la réalité tout en y collant étroitement.

Depuis toujours, en effet, il se disait que le fantôme de « l'Emperesse » continuait de courir dans les ruines et avait été rejoint par ceux des cinq moines qui furent assassinés dans le cellier du monastère sous la Révolution.

Max et Jacqueline Caffin, en prenant possession des ruines de cette abbaye cistercienne démantelée à la révolution et toute bruissante des traditions orales qui se perpétuaient sous les frondaisons de la forêt, trouvèrent les ingrédients permettant à l'imaginaire et aux éléments les plus authentiques de l 'Histoire de représenter un potentiel qui pouvait redonner à Mortemer l'oubliée, un peu de son lustre d'antan et surtout celui qui permettrait à sa nouvelle vocation de s'épanouir.

Des perspectives que les Caffin en s'en portant acquereurs évaluèrent très vite et s'employèrent avec une obstination éclairée à développer.

Mortemer étant Monument Historique les ruines de l'abbaye et le beau bâtiment conventuel étaient dans un état relativement satisfaisant mais il fallait tout refaire au niveau de son histoire (sans parler de la totalité des toitures dont le réfection prit plusieurs années) et redonner une signification à un site admirable.

C'est par le théâtre, par le texte, par la connaissance profonde qu'elle a de ce lieu unique et qu'elle a acquis au fil des découvertes que Jacqueline Caffin a trouvé les moyens de faire de Mortemer un lieu de rencontre, de loisirs et de rêve. Elle a eu la chance de rencontrer un jour Vytas Kraujelis, véritable homme-Protée de Mortemer qui monte, met en scène, crée les costumes et règle les combats pour des spectacles qui sont à chaque fois une véritable plongée dans l'Histoire de Mortemer.

Cela fait des années maintenant que le duo Caffin/Kraujelis concocte des manifestations qui, au fil des années, déploient de nouvelles performances racontant l'histoire de l'abbaye et celle des personnages – en particulier Mathilde – qui la hantent. A travers des fastes médiévaux ou populaires qui reviennent cet été, c'est l'histoire de Mortemer qui resurgit des brumes du passé grâce à des rendez-vous qui flirtent entre la vraisemblance et le supposé: le premier, les samedis 15 et 22 et les dimanches 16 et 23 juillet, à 16 heures, consacrés à l'histoire de « Mathilde l'Emperesse », le second les lundi 14 et mardi 15 août, toute la journée avec des fêtes médiévales données à la gloire de Mathilde et, enfin, le troisième qui entraînera les spectateurs pour une nouvelle création dans laquelle les fantômes peupleront les nuits de Mortemer le samedi 16 août et les samedis 2, 9, 16 et 23 septembre à partir de 21 heures.

Et pour être encore plus près du personnage de Mathilde, le spectacle qui lui est consacré sera donné le 29 juillet à 16 heures sur le parvis de la cathédrale de Rouen à l'intérieur de laquelle une plaque rappelle que « l Emperesse » y est enterrée sans que l'on sache où pouvait être sa sépulture. Mathilde continue, par delà la mort, d'entretenir son mystère.

Ainsi, du musée des fantômes et des légendes en passant par la visite des appartements qui retracent les grandes lignes de histoire de l'abbaye, en flânant dans le beau parc dont les ruines forment un décor somptueux et en allant jusqu'aux étangs où il est possible désormais de se livrer aux joies de la pêche à la mouche, ce lieu magique offre des ressources d'animations et de bonheurs divers sur lesquels veille Jacqueline Caffin, véritablement nouvelle « dame de Mortemer ».... et ce n'est pas un fantôme !

 

Pour en savoir plus : www.abbaye-de-mortemer.fr

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Avec Thomas Rollin, les délices rouennaises de l'amour masqué

4 Juillet 2017 , Rédigé par François Vicaire

Quand Patrice Quéréel est décédé en 2015, les amis de ce « trublion poétique » qui avait fait de Rouen son champ d'exploration favori, ont organisé une longue déambulation dans les rues qu'il avait lui-même arpentées en exerçant le regard aiguisé et souriant d'un promeneur égaré dans ses rêves et pourtant bien ancré dans la réalité des choses.

Observateur souriant et attentif, fils spirituel de Marcel Duchamp, chantre du surréalisme et, surtout, amoureux inconditionnel de sa ville, Quéréel tenait une place particulière dans le paysage rouennais.

Pas étonnant qu'il ait fait des émules et qu'il continue de déclencher les tentations d'aller dans ses pas pour prolonger un parcours initiatique qui ouvrait les voies de la liberté à un imaginaire sans cesse en mouvement.

C'est en quelque sorte ce à quoi s'est attaché Thomas Rollin. Prenant pour base de référence son « Rouen érotique » et s'en inspirant très librement, il a construit un itinéraire qui traversera la ville et entraînera le public dans une « errance organisée » qui aura pour but d'aller à la rencontre des symboles affichés ou dissimulés du « Rouen libertin ».

Pour peu qu'on soit curieux, on peut en trouver des témoignages qui se cachent aux détours des rues, des immeubles dont les frises révèlent les polissonneries d'angelots délurés ou des symboles phalliques qui se dissimulent dans les sculptures de la cour d'honneur du Palais de Justice, voire dans les gargouilles de la cathédrale.

Thomas Rollin, Sophie Caritté, Nadia Sahali et à la guitare Evrard Moreau vont inviter les 28 juillet et 4 août les touristes et les rouennais qui ne sont pas partis en vacances à une promenade interdite quand même aux moins de 12 ans!. Elle partira du Palais de Justice pour aller vers la rue des Fossés Louis VIII, la rue du Petit-mouton en passant par la place des Carmes, histoire de saluer Flaubert, en passant, déambulera dans la rue Eau-de-Robec pour finir au bord de la grande fontaine du parc de l'Hôtel-de-Ville et, pourquoi pas, dans les fourrés propices aux délices des amours masquées.

Tout cela, bien sûr, restera dans les limites d'un imaginaire alimenté par des textes de Flaubert, de Maupassant, de George Sand, de Molière et de quelques autres auteurs inspirés par les délicieuses transgressions de la morale et aussi de chansons qui viendront ponctuer les étapes de ce charmant prétexte à mieux connaître la ville.

Organisé par « Le Safran » sous l'égide des services du Patrimoine de la Métropole, ce parcours poético-érotique est susceptible de réveiller les ardeurs caniculaires de l'été... du moins on l'espère.

 

Les vendredis 28 juillet et 4 août à 20 heures – Entrée (ô combien libre) devant le Palais de justice.

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"Bohème" à l'Opéra de Rouen ; du charme mais pas d'émotion

9 Juin 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il faut dire les choses comme elles sont : ce sont les vieilles recettes qui marchent le mieux.

La preuve en est avec cette série de « Bohème » que l'on n'avait pas entendue à Rouen depuis une bonne dizaine d'années et qui remplit les salles à défaut de les combler d'aise.

 

Hier jeudi, en prime, l'Opéra de Rouen s'est offert le luxe d'une alerte qui a obligé les spectateurs à piétiner allègrement sur le parvis pendant près d'une heure.

En définitive, il semble bien que l'affaire se soit résumée à un problème lié à la maison.

Des invectives venues des balcons et des envois de tracts lancés sur la salle et dont les propos diffamants ne permettent pas qu'on les développe ici, laissaient penser que la représentation pouvait souffrir de malencontreuses perturbations... d'où la sage précaution de résoudre le problème avant qu'il ne dégénère. Tout ayant été, pour un temps, réglé en interne Mimi et Rodolphe purent en toute tranquillité mener leurs amours difficiles.

En toute tranquillité est le terme adéquat car ce spectacle s'en tient à une bonne tenue d'ensemble mais ne provoque pas d'emballements excessifs. Il est sans éclat particulier, avec une distribution honnête, sans plus. La mise en scène de Laurent Laffargue, quant à elle, ne peut résister à la mode qui exige de déplacer dans le temps des actions qui sont pourtant si à l'aise dans celles pour lesquelles elles sont faites.
L'exercice n'est pas nouveau et dans le cas présent, l'audace est bien mince et le procédé fait mouche. Une machine à écrire, une antenne de télévision trônant à l'avant-scène pour faire croire que l'on est sous les toits (au cas où l'on aurait pas compris !), quelques néons sur la façade d'un cabaret dans le tableau de l'octroi, des écrans-témoins qui escamotent le défilé chez Momus (bien confus musicalement) ne font pas une mise en scène mais une illustration un peu béotienne et sans réelle logique.

Les personnages, eux, sont mieux traités dans la mesure où la musique, pour laquelle Leo Hussain fait chanter admirablement son orchestre, imprègne cette œuvre pétrie de sensibilité et de lyrisme. Puccini était et reste un magicien. La beauté de sa mélodie, la richesse de son orchestration, cet art incomparable qu'il a de faire chanter sa partition est d'une telle cohérence musicale et dramatique qu'elle emporte sur son passage toutes les réserves qu'on pourrait émettre surtout dans ce dernier acte qui a fait pleurer des générations. En dépit de tout, des ans qui passent et des expériences qu'on lui fait subir, « Bohème » continue d'émouvoir.

Mais pour cela, il faut une distribution qui soit à la hauteur des émotions que l'on attend d'elle. Celle réunie à Rouen est d'un niveau sympathique mais, à quelques exceptions près, ne fait pas passer un véritable rayonnement lyrique.

Dès le premier acte, redoutable pour les chanteurs, les deux airs de bravoure donnent la mesure et les limites des interprétations de Rodolphe et de Mimi. Le premier, Alessandro Liberatore, possède un beau timbre qui ne perdrait rien à être plus percutant et, surtout, ses aigus assez courts et d'une certaine dureté enlèvent toute séduction à son chant. Quant à la Mimi d'Anna Patalong, elle a du charme et de la sensibilité, mais souffre d'un problème persistant de justesse qui vient d'un mauvais placement de voix et d'une absence évidente de style.
Il faut attendre les seconds rôles pour retrouver un peu de cet allant qu'insuffle naturellement la partition de Puccini. La Musette d'Olivia Doray a une très jolie voix, bien placée avec de beaux aigus mais la visualisation qu'on en donne va à l'encontre de son personnage. Musette, excusez-nous du terme, n'est pas une pute mais une cocotte.... une subtile nuance que les fantasmes du metteur en scène n'ont pas su distinguer et qui tuent totalement la si merveilleuse scène des retrouvailles avec Marcel. Et puisque nous parlons de Marcel disons qu'il s'affirme avec Yuri Kissin dont la « défroque » était remarquable, les deux véritables belles voix de cette distribution. Avec le Schaunard, solide et très en place, de Mikhael Piccone, ils forment un trio qui anime avec intelligence une mise en scène aux audaces approximatives comme l'indigne intermède relevant d'un raccoleur numéro de cabaret qui casse la progression dramatique entre « la barrière d'Enfer » et la mansarde..

A noter, avec la participation des choeurs celle, très bien venue, des jeunes de la maîtrise du Conservatoire.

En définitive, cette « Bohème » souffre d'une cruelle absence de lyrisme. Elle charme un peu sans émouvoir beaucoup... alors que c'est l'émotion qui fait le charme incomparable de Puccini.

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De Lalande au « Poème Harmonique » : la grandeur et l'intériorité

2 Juin 2017 , Rédigé par François Vicaire

La fin de saison rouennaise du « Poème Harmonique » se termine en majesté !

Concert chez la Reine, concert dansé chez le roi et, tout dernièrement, déroulement des pompes spirituelles telles que le XVIIème les sublima dans la rigueur d'une réflexion qui répondait en même temps aux exigences versaillaises.

De Lalande est le musicien qui représente le mieux cette somptueuses alternative qui imprégnait un siècle où le monarque voulait mettre en accordance l'humilité et la grandeur.

Laissant à Lully le bénéfice des productions spectaculaires, Lalande au contraire fut le serviteur fidèle et discret d'une illustration plus intérieure au nom d'une spiritualité qui contrebalançait les fastes de la comédie-ballet.

Louis XIV en fit son musicien favori, lui laissant le champ libre dans sa manière d'accompagner ses offices (et même ses musiques « de table »), d'où une succession de motets et de pièces de circonstance qui échappaient à la théâtralité du temps et rejoignaient des préoccupations plus directement religieuses.

Le concert que Vincent Dumestre proposait à la Chapelle Corneille, prolongement de celui qu'il avait présenté en avril au festival de Cracovie avec le même programme, résumait parfaitement cette dualité entre les intentions intimes de l'assistance, et surtout du Roi et la manière de les transmettre au cours des offices.

Un programme historique puisque les deux premiers motets qui ouvraient le concert n'avaient pas été donnés en public depuis leur création. Ces deux « raretés » se complétaient de deux pièces majeures démontrant les courants musicaux qui traversaient le siècle. D'un côté, un « Magnificat » dont les beautés altières, interprétées en faux-bourdon, ne sont pas sans se rapprocher de ses « Ténèbres ». Irradiant la chapelle de résonnances surgissant des hauteurs de la Chapelle dans une grandiose quadriphonie, cette grand pièce méditative, mettait en valeur, une fois de plus et définitivement, la qualité des lieux et les ressources dont ils disposent. Pour lui répondre, le grand « Te Deum », parmi les plus connus et l'un des plus joués dans l'immense production de De Lalande, éclatait sous les voûtes et, par son ampleur et la qualité de son interprétation, affirmait la prédominance d'un style monumental auquel il lui fallait sacrifier tout en confiant aux solistes de grandes plages d'émotion pure. Emanuelle de Négri, Dagmar Saskova, Sean Clayton, Cyril Auvity et André Morsch firent valoir cette subtilité du chant baroque qui, tel qu'il est restitué, reste fidèle au style de son époque dans l'utilisation des timbres mais sait aussi dépasser son formalisme pour atteindre, et c'était sensible dans certains passages du « Te Deum » à une grande modernité.

Vincent Dumestre avait mobilisé pour la circonstance une impressionnante formation qui réunissait la masse orchestrale du « Poème » et l'admirable ensemble « Aedes » préparé par Mathieu Romano.

Passionné, précis et sensible, il porta avec un allant remarquable cette triomphante phalange dont la grande cohésion et la qualité intrinsèque sont le fruit d'un travail exemplaire de recherche et d'initiation .

Cela dit, il n'est pas inutile de rappeler que la résidence en Normandie du « Poème » ne se contente pas d'organiser des concerts et quand on lui en donne les moyens de monter des opéras. Il poursuit également un travail suivi auprès de jeunes des Hauts-de-Rouen qui, grâce à lui, découvrent non seulement la musique mais la manière de la servir et de la prolonger dans la pratique d'un instrument. On pourra en mesurer les résultats au cours du concert de fin d'année de l'école harmonique, mardi prochain à 16 heures et 19 heures à la Chapelle.

En quelque sorte le creuset des bonheurs à venir.

 

Notre photo : le « Poème » au festival de Cracovie - photo de Attila Nagy

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« Qui suis-je ? » : une passionnante ébauche de réponse par Yann Dacosta

31 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

En général, la « cuisine » interne d'un spectacle échappe aux spectateurs et c'est une bonne chose qu'ils ignorent tout des secrets de son élaboration.

Mais, il y a, comme dans tout, des règles qu'on peut transgresser et c'est une démarche que Yann Dacosta affectionne et qu'il a mise en application cette semaine.

Il y a chez lui comme une manière de mettre à nu son travail et de démonter, à travers des « maquettes » préliminaires, les rouages des productions qu'il met en scène.

C'est un exercice qui relève de l'initiation surtout quand il s'adresse à un jeune public dont la curiosité est aiguisée tout autant par les textes, le plus souvent contemporains, qu'il découvre que par les moyens mis en œuvre pour parvenir jusqu'à eux.

Le « Qu'y suis-je » de Thomas Gornet est exemplaire de cette démarche intellectuellement généreuse.

Le travail réalisé en amont par le « Chat Foin » était ainsi présenté à la Chapelle Saint-Louis devant des « regards amis » mais surtout devant des élèves de troisième qui ont pu, d'une certaine manière, prendre leur part des attentes contradictoires qui traversent l'adolescence et qui forment l'argument de la pièce.

L'histoire se déroule dans le vestiaire d'un établissement scolaire. Lieu de rencontre entre copains mais aussi espace de solitude ou de trouble que l'amitié seule ne parvient pas à combler.

Dans cet environnement « survitaminé » où des jeunes gens se cherchent et jaugent leur propre personnalité ou leur propre faiblesse en se lançant des défis réciproques, il y a ceux qui s'affirment et d'autres qui au contraire en viennent à se poser la question fondamentale du « Qui suis-je ? »

Sur ce thème essentiel, Thomas Gornet a construit une histoire dans laquelle les attentes, les doutes, les espérances et les non-dits engagent les comportements de toute une vie.

C'est sensible, d'une grande justesse de ton et d'une pudeur absolue. La pièce se déroule entre trois comédiens qui endossent plusieurs personnages à l'exception du héros principal autour duquel viennent se fracasser les lazzis et les brimades.

Pour présenter cette ébauche de spectacle, la proposition de Yann Dacosta s'est répartie entre deux postulats. D'un côté, il y a la pièce en devenir qui prend progressivement sa réalité à l'aide d'éléments de décors et dans des lumières qui sont encore en devenir et de l'autre une lecture dans laquelle les mots prennent leur sens sans le secours de la scénographie.

Dans ce double exercice, les comédiens naviguent entre la réalité de la scène et l'exercice préparatoire du texte avant d'entrer dans le jeu lui-même. On y retrouve Manon Thoret dont on connaît déjà la pertinence (on l'a vue, entre autres, chez Thomas Jolly) et deux nouvelles personnalités qui sont d'heureuses révélations, du moins, pour la Normandie. Il s'agit de Côme Thieulin qui fait valoir une belle sensibilité dont les fragilités viennent se heurter à la solide présence, quasi animale, de Théo Costa Marini.
La mise en scène s'appuie pour une grande part sur la projection des dessins de Hugue Barthe et la scénographie de Grégoire Faucheux. D'après ce qu'on peut en juger dès maintenant, l'ensemble baigne dans un climat où les lumières et les jeux d'ombres habillent un univers dépouillé qui laisse aux comédiens toute latitude pour s'investir avec passion et enthousiasme dans ce qui sera un beau message de tolérance et d'espoir, pour tous ceux qui cherchent une réponse à ce « Qui suis-je ? » qui les taraude.

Réalisé avec le soutien de « La Rotonde » à Petit-Couronne, « Qui suis-je ?»  est co-produit par Dieppe Scène Nationale, le Rive-Gauche, L'Etincelle et l'Atelier des Spectacles à Vernouillet et sera présenté au Rive-Gauche les 15 e 16 mars 2018

Photo : Arnaud Bertereau - Agence Mona

 

 

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