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Théâtre en Normandie

Articles récents

A l'Abbaye du Grestain, Nicolas Wapler cultive les bonheurs de l'instant

23 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Au pied du pont de Normandie, noyée dans une verdure qui la protège des animations industrielles toutes proches, l'abbaye du Grestain est un hâvre de paix qui après des siècles de solitude, voir d'oubli, a trouvé une nouvelle jeunesse grâce au théâtre .

Le maître des lieux Nicolas Wapler s'est fait le dépositaire d'une philosophie construite autour de deux notions qui pourraient paraître contradictoires mais qui sont parfaitement complémentaires pour peu qu'on veuille faire découvrir l'objet de sa passion sans qu'elle soit pour autant dénaturée.

Le Grestain est un de ces endroits privilégiés dont l'histoire se perd dans la nuit des temps et qui grâce à ceux qui l'animent se régénère.

Pourtant l'abbaye a connu bien des vicissitudes. Fondée en 1050, elle a fait partie de ces grands grands centres spirituels et intellectuels qui ont fait passer le souffle de l'esprit et de la connaissance sur les rudesses de l'épopée médiévale.

Rayonnant sur toute la région, possédant d'immenses domaines dont beaucoup lui avaient été concédés par Guillaume le Conquérant, elle fut victime de la marche de l'histoire et se retrouva, sous la Régence, dans un tel état d'abandon que c'est l'Eglise elle-même qui en ordonna la destruction. La Révolution fera le reste

Il n'en subsista, alors que quelques vestiges dont une très belle salle voutée, un mur d'enceinte impressionnant et des témoignages de restaurations réalisées au XVIIIème, dont le logis du chapelain et la chapelle.

Le Grestain s'endormira dans un navrant état de ruine jusqu'à ce qu'en 1960, Arnauld et Julie Wapler ne se prennent de passion pour ce lieux déserté et n'en deviennent les propriétaires. A l'époque, Arnauld Wapler était ambassadeur en Pologne et son épouse était sculpteur. Entreprenants, imaginatifs, dotés d'une volonté jamais remise en question, ils se lancèrent dans un titanesque travail de restauration en commençant par des travaux de terrassement qui permirent de retrouver les bases des bâtiments enfouis dans la glaise et de mettre l'ensemble à niveau avec la charmante façade XVIIIème située à l'arrière des vestiges du XIème siècle.
Pendant ce temps le jeune Nicolas Wapler poursuivait ses études de littérature en Sorbonne avant de bifurquer vers l'économie et de s'y faire un nom. Il faudra qu'à la faveur d'amours balkaniques (son épouse est croate) et de la guerre en Yougoslavie, il découvre l'âpreté des affrontements entre des communautés qui jusque-là vivaient dans une fragile mais tacite bonne intelligence. Dans le journal intime qu'il écrivait depuis sa jeunesse, il se lança alors dans une série de notes qui prirent rapidement la forme d'une pièce de théâtre « La guerre ou conversation familiale par un jour de grand vent ».

Le grand vent de l'écriture

Le grand vent le poussera alors à revenir à l'écriture d'une manière plus approfondie et, dans la foulée, il s'attaquera au mythe d'Antigone que de multiples adaptations s'étaient approprié sans vraiment lui rendre justice. Tout naturellement la théâtralité naturellement authentique du Grestain ne pouvait que l'inciter à faire de ce lieu à la fois spectaculaire et si particulier un élément déterminant dans sa vie d'homme et de créateur.

Le premier spectacle qu'il y présentera sera « la cantate à trois voix » de Claudel.

Ce sera, se rappelle Nicolas Wapler, « un enchantement ».... enchantement que celui qui l'avait provoqué entendait prolonger avec Claudel qui fut un des éléments fondateurs du lieux. Il y eut « Le soulier satin » par la compagnie que dirige Alica Roda et qui revient pour « La jeune fille Violaine », « L'Echange » présenté par Jean-Christophe Blondel qui créa également au Grestain un « Oedipe à Colone » dont Nicolas Wapler avait fait l'adaptation. Actuellement se déroule le tournage de « Violaine » qui prépare en quelque sorte la représentation qui en sera donnée le 27 mai à 20 heures. Viendra ensuite, les 10 et 11 juin, « Partage de Midi ».

De Claudel à George Sand en passant par Sophocle

Mais outre la sérieuse prédilection que Nicolas Wapler porte au père d'Ysé, la saison de l'abbaye est riche en rebondissements. Le mois de juillet fera un saut dans le passé avec le délicieux « Aucassin et Nicolette (les 14 et 25 juillet) puis la « Chanson »de Roland » (les 22 et 23 juillet) et le 5 août « Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc » pour rappeler que c'est là que Charles prit la décision de faire rouvrir le procès de la pucelle. Les 26 et 27 août, les « Echos du Moyen-Age » réveilleront quelques fantômes enfouis dans les ruines du Grestain.

Entre temps (les 28 et 29 juillet) George Sand investira les lieux, puis il y aura «  Le mariage » une pièce d'actualité qui s'interroge sur les problèmes de l'identité sexuelle (le 8 août), puis « Le souffle de l'enfer » qui fait revire les grands moments de la mythologie grecque (les 9 et 10 septembre) et dont les prolongement viendront en résonnances avec « La barque est pleine », une pièce de Nicolas Wapler dans laquelle les préoccupations actuelles liées aux problèmes de la migration se rejoignent avec le droit d'asile évoqué chez Sophocle.
Cette saison est à l'image de Nicolas Wapler pour qui l'histoire et le théâtre, en se confrontant par-delà les siècles, procurent à de jeunes comédiens et à un public averti l'occasion de cultiver les bonheurs de l'instant.

Pour le détail de la programmation : www.abbaye-de-grestain.fr

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Corneille : La parole et les vers

21 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Je suis folle de Corneille. Il nous redonnera encore  « Pulchérie » où l'on verra encore la main qui crayonna la mort du grand Pompée et l'amour de « Cinna »... il faut que tout cela cède à son génie.

Cet emballement que Madame de Sévigné fit partager à sa fille à propos de cette pièce tardive de Corneille ne sauvera pas « Pulchérie » de l'oubli. Peu appréciée à la création en 1672, elle « ne réussit point » d'après l'avis du « Mercure galant ». Il faut bien avouer que, depuis, sa carrière n'a pas déchaîné les foules sur lesquelles elle n'a pas laissé un souvenir impérissable.

Pièce de la vieillesse, Corneille y met en scène une impératrice byzantine qui succédera à son frère sur le trône et qui pour ne pas avoir à transgresser son vœu de virginité épousera un vieillard qui, en définitive, lui survivra. Ce qui lui vaudra d'obtenir le double privilège d'être considérée comme sainte à la fois orthodoxe et chrétienne.
Et ce ne sera pas le moindre intérêt que celui de redécouvrir cette « comédie héroïque » à la faveur d'un festival Corneille qui se déroulera du 31 mai au 2 juin,
organisé conjointement par l'Université de Rouen et le Mouvement Corneille-Centre international Pierre Corneille.

Ces trois jours d'études et de réflexion autour du père du « Cid » seront consacrés à des master classes, des colloques, des représentations théâtrales et un concert. Au cours de ces rencontres, on retrouvera parmi les principaux intervenants la metteuse en scène Brigitte Jaques-Wajeman dont on a déjà pu mesurer le travail au cours de mises en scène qu'elle a réalisées aux Deux-Rives.

Le thème autour duquel s'ordonnancera le festival Corneille se donne pour objectif de mettre en évidence la tension qui existe entre la dynamique du discours et la versification et par extension d'expérimenter la réalisation dramatique, poétique et lyrique dans le théâtre cornélien.

Dès le premier jour, le ton sera donné avec une master class dont le sujet sonnera comme un manifeste : « Je veux la liberté dans le milieu des vers ». (A l'Amphi Axelrad de 15 heures 30 à 17 heures 30, le mercredi 31 mai).

Le lendemain 1er juin à 19 heures, toujours à Axelrad, sera donné « Pulchérie » en déclamation baroque avec la compagnie des Lunes Errantes (un titre qu'aurait aimé Cyrano!) dans une mise en scène de Lionel Brun (entrée libre).

Enfin, le vendredi 2 juin sera une journée particulièrement dense avec, le matin, à 11 heures, salle divisible Nord, une projection construite autour des mises en scène de Corneille puis à 13h30 deux master classes simultanées autour de la « déclamation historiquement informée de l'alexandrin ».

Enfin, les participants reviendront à la salle Axelrad à 15h40 pour une communication en musique de Sarah Nancy et Florian Carré sur les stances du « Cid » de Charpentier.

L'ensemble représente une belle exploration des mystérieuses corrélations qui s'établissent entre la parole et les vers pour atteindre à la beauté formelle de la musique cornélienne.

Notre illustration :

On m'a dit que pour moi vous aviez de l'amour

Seigneur serait-il vrai ?

Pour tout renseignement : myriam.dufour-maître@univ-rouen.fr

 


 

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Molière et Beaumarchais … les compagnons d'Emmanuel Noblet

19 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Mis en scène et interprété par Emmanuel Noblet, «  Réparer les vivants » appelait à être reconnu par la profession. Sa nomination dans la catégorie « seul(e) en scène » est déjà en soi une reconnaissance qui ne demande plus qu'à être consacrée le 29 mai lors de la cérémonie des « Molières »

« Réparer les vivants » a été – et reste – une belle et grande aventure pour le comédien rouennais. La tournée, organisée par David Bobée et le Centre Dramatique National aura totalisé, jusque-là, 130 représentations. Le succès a été immédiat et unanime : le spectacle a affiché complet dès le début des cinq semaines au Théâtre du Rond-Point. Depuis la création en Avignon en 2015, il a totalisé plus de 180 représentations avec des salles pleines, intimes ou grandes, de 200 à 500 spectateurs. Il faut dire que le thème (les greffes du coeur) interpellait non seulement de simples spectateurs mais aussi des chirurgiens, des infirmier(e)s et a suscité des témoignages de patients greffés, des échanges sur l’éthique, sur la générosité et en général sur des questions de société qui ont déclenché beaucoup d’émotion et de sens.

L'aventure ne s'arrête pas là. Elle sera à Paris de septembre à décembre au Petit Saint Martin, une salle intime, idéale pour ce style de spectacle.

Sur sa lancée Noblet pourrait se retrouver ensuite à Tahiti pour fêter la 300eme. Un record !

Pour le comédien, la rencontre avec Maylis de Kérangal, auteure du livre qui lui avait donné carte blanche pour son adaptation, a été une révélation. Ce moment de théâtre d'une incroyable intensité aussi bien au niveau de l'acte théâtral lui-même que des prolongement humains qu'il génère, aura été un véritable tournant dans sa vie d'homme et de comédien. Une si longue cohabitation aurait pu émousser son enthousiasme. C'est le contraire qui s'est produit et cette permanence dans l'intensité est un des éléments déterminants dans sa nomination aux « Molières »

« J’ai conscience de vivre une aventure exceptionnelle avec ce spectacle. Alors je ne boude pas mon plaisir, je la vis jusqu’au bout. A ma grande surprise, je ne me lasse pas de jouer autant, j’ai toujours un plaisir immense à préciser le jeu, à passer du drame à la comédie, à sentir les silences vertigineux de la salle et emmener le public ailleurs la seconde d'après. Et je modifie quelques détails de mise en scène, des lumières, des ajouts de textes, je peaufine, je réfléchis même à des scènes qui manquent.

Et après ?

Après on verra, si j’ai toujours envie de le jouer, qui sait si on ne le reprendra pas plus tard ? 

Pour l'instant je suis dans la création de ma compagnie dans la Région pour préparer d’autres spectacles auxquels je réfléchis, mais je veux surtout libérer du temps pour retrouver d’autres projets comme acteur avec d’autres partenaires et d’autres metteurs en scène que moi. Entre deux dates j'ai réussi quand même à caser un tournage pendant mes vacances. Il s'agit d'une nouvelle série de France 2 pour la rentrée et dans laquelle je serai récurrent, avec une blouse blanche encore, celle du directeur scientifique du Louvre qui collabore à des enquêtes policières via son ex-compagne, l’héroïne de la série ».

Le 29 mai, Emmanuel Noblet croisera les doigts en attendant le verdict de cette compétition où il va se retrouver en lice avec Clémence Massart pour « L'asticot de Shakespeare, de Camille Chamoux pour « L'esprit de contradiction » et de Thomas Solivérès pour « Venise n'est pas en Italie ».

Pour cette circonstance, décisive dans sa carrière, il aura à ses côté pour le soutenir Philippe Chamaux, le bras droit de David Bobbée qui a fait le pari de l’aider quatre mois seulement avant Avignon et Benjamin Guillard son collaborateur artistique qui a assuré toute la direction d’acteur sur le spectacle.

Mais cette soirée ne sera pas la seule qui sera forte en émotions pour Emmanuel Noblet. En effet, « Réparer les vivants » est également nommé au Prix Beaumarchais pour le Meilleur Spectacle 2017. La cérémonie se déroulera le 12 juin.

Contrairement aux « Molières » le prix Beaumarchais ne se contente pas (si l'on peut dire) d'une jury de professionnels mais demande également le vote des spectateurs. Ainsi ceux de la région qui ont vu le spectacle à Mont-Saint-Aignan ou ailleurs peuvent très bien accorder leur suffrage à la pièce et par voie de conséquence à Emmanuel Noblet. Pour se faire, il suffit d'aller jusqu'au 30 mai, date limite des votes, sur le site du « Figaro » qui porte le projet et de suivre les indications qui permettront peut-être au spectacle de remporter la plume – pardon, la palme ! -

Molière …. Beaumarchais... décidément Emmanuel Noblet aura passé l'année en bonne compagnie !

 Photo Aglaé Bory

 

 

 

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Les tréteaux du Vert-Galant

16 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

A la fin du XVIIIème on pouvait voir sur les foires parisiennes la baraque du sieur Curtius qui présentait les masques mortuaires des hommes célèbres morts sur la guillotine. Curtius était un précurseur (sa nièce sera la célèbre Madame Tussaud qui créa à Londres le musée de cire qui porte toujours son nom). Il avait compris qu'en ces périodes où l'information était plus que fragmentaire, il fallait offrir l'Histoire au bon peuple et lui donner les moyens de mieux l'apprécier.
Les « mystères » devant les cathédrales n'avaient pas d'autre mission et de tout temps le théâtre, sous quelque forme que ce soit, s'est emparé des grands moments de l'épopée humaine ou spirituelle pour en donner une image parlante à ceux qui la découvraient.

D'une certaine manière, en moins macabre et en plus souriant, c'est ce que fait la compagnie des Papegault composée d'une solide et joyeuse équipe de comédiens qui, au théâtre de l'Echo du Robec, présente une vie du bon roi Henri IV en un « digest » remarquablement construit dans sa simplicité et sa compréhension.

Ce genre d'expérience exige de la rigueur dans le propos et de la fantaisie dans la manière de le montrer. Pour ce qui est de la rigueur, le texte de François-Xavier Vassard est un solide exposé qui suit à la lettre la vérité historique. Pour ce qui est de la fantaisie, il y a quelques clins d'oeil, quelques raccourcis qui font un sort (rapide) à la vraisemblance pour mieux coller à la tradition populaire. Mais l'essentiel est là. Rien ne manque aux événements sanglants qui jalonnèrent les carrrières tumultueuses des fils de Catherine de Médicis ni à l'accession au pouvoir du premier des Bourbon.

Gaillard au combat et paillard dans sa vie intime, Henri IV était hors du commun. L'évocation qu'en donne ce spectacle met en évidence les qualités et les défauts d'un souverain dont l'imagerie populaire a retenu surtout la poule au pot, son panache blanc et ses maîtresses, alors qu'il fut un des plus grands rois de France. Ce spectacle bon enfant dont la mise en lumière est de Jean-Claude Caillard et le son de Gérard Yon a le grand mérite de démontrer que le didactisme n'est pas aussi sévère qu'on voudrait le croire et qu'il sait montrer les bons côté de l'Histoire aussi bien que dénoncer les plus condamnables comme l'intolérance religieuse et ses dérives tragiques.

C'est un spectacle qu'on aurait pu voir, en d'autre temps, sur la place de grève ou à la foire de Saint-Germain. Il prend toute sa mesure sur les bords du Robec mais son approche mériterait de descendre dans la rue et pourquoi pas d'aller jusqu'aux établissements scolaires pour prouver que si l'Histoire n'est pas une fiction ou un jeu de rôles, elle est une réalité qui sans se renouveler vraiment dégage des leçons à entretenir mais aussi de grandes permanences dont il faut toujours se méfier.

 

« Henry, roi de coeur » - Théâtre de l'Echo du Robec, Samedi 20 mai - 20h30
Dimanche 21 mai – 16h30


Avec : Julie Allainmat, Dominique Bonafini, Hervé Boudin, Sophie Caritté , Erick Denis, Florence De Meulenaere, Patrick Desrues, Thomas Schetting et Francois-Xavier Vassard
 

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« La Maison illuminée » : la paix, la musique et la jeunesse

13 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Le concert qu'Oswald Sallaberger proposait dernièrement à la chapelle Corneille avec sa « Maison illuminée » s'ordonnançait autour de deux exigences qui illustrent – si on avait besoin d'en être convaincu – les complémentarités de pensées que la musique et la paix portent en elles en s'imprégnant d'exigences réciproques.

 


Rarement une programmation aura si bien démontré la volonté affichée de Sallaberger de mettre en présence des époques et des musiciens autour d'une notion commune.

En réunissant des éléments de factures parfois contrastées, il trace un itinéraire dont les méandres invisibles se rejoignent pour créer une unité intellectuelle et musicale qui fait tout le charme d'une démarche qui évite les pièges du patchwork.

C'est le cas, par exemple, avec le quatuor (devenu quintette) de Chostakovitch qui répond à la messe à trois voix de Caplet ou, d'une manière plus évidente encore, les sublimes Litanies à la vierge noire » de Poulenc qui prolongent en quelque sorte le « Fratres » d'Arvo Päert qui « voisine » si l'on peut dire avec le Barber.

Ce concert qui a démontré, une fois de plus, combien le grand vaisseau cornélien pouvait sans problème s'adapter à la musique de chambre, s'ouvrait sur le célébrissime adagio pour cordes de Samuel Barber dont le discours musical et le climat ne sont pas pas sans faire penser dans ses intentions au non moins célébrissime adagietto de la 5ème de Malher que Visconti immortalisa dans son « Mort à Venise ».

Autre compositeur et autre atmosphère avec celle, tendue et dramatique,de Chostakovitch et ce quintette dédié aux victimes de la seconde guerre mondiale. Sa richesse harmonique, sa violence et sa volubilité d'écriture furent admirablement mises en valeur par un quatuor d'exception composé de Cristina Vata, Claudine Christophe, Thibault Leroy, Antoine Sobczak et par Oswald Sallaberger qui affronta somptueusement les aspérités techniques de cette œuvre difficile et brillante.

Et puis, la « Maison illuminée » pour ce concert ouvrait grandes ses portes à la jeunesse, en l'occurrence les choristes de la Maîtrise de Saint-Evode qui interprétaient Poulenc (les « Litanies ») et André Caplet (la messe à trois voix). En écoutant ces jeunes gens perpétuer une tradition quasi millénaire et dont sont issus quelques éléments de la fine fleur musicale rouennaise comme Emmanuel Bondeville, Henri Beaucamp, Max Pinchard, Maurice Duruflé, Paul Paray, Marcel Dupré, André Cabourg et tant d'autres, on se prenait à penser que dans les rangs de ce bel ensemble dirigé par Loïc Barrois assisté de Monika Beuzelin se trouvaient peut-être ceux qui demain prendraient la relève de leurs illustres devanciers.
Mais pour l'heure le bonheur de chanter, la musicalité de leur interprétation, la qualité et la fraîcheur des timbres s'inscrivaient dans une réalité tangible : celle d'un enseignement de grande qualité et la volonté d'offrir à des jeunes la possibilité de s'initier, au chant choral mais aussi à une culture élargie tant au niveau de leurs voix que de leur esprit.

Poulenc et Caplet, même s'ils ont beaucoup écrit pour de jeunes timbres, ne sont pas des compositeurs complaisants. Leurs partitions, qui ont bien des points communs au niveau de l'écriture et des intentions spirituelles, réclament une grande capacité technique et vocale et aussi de réelles qualités d'interprétation et d'intériorité.

Dirigés par Loïc Barrois pour le Poulenc et par Oswwald Sallaberger pour le Caplet les jeunes chanteurs, tous issus des classes CHAM/ Musique du collège Sainte-Marie avec Muriel Pitte, ont fait preuve d'un professionnalisme déjà bien établi, d'une tenue vocale remarquable et ont assuré cette grande prestation avec une grande maîtrise

Et ce n'est pas une figure de style !

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Guillaume Lamas quitte la Normandie pour l'opéra de Lyon

10 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Directeur de l'Orchesre Régional de Normandie depuis huit ans, Guillaume Lamas quitte la Normandie pour prendre, à la rentrée, les fonctions de Délégué Général des Services Musicaux au sein de l’Opéra National de Lyon.

La grande région Normande va perdre ainsi un des éléments les plus dynamiques et les plus respectés d'un paysage musical dans lequel il ne s'est pas contenté de jouer les organisateurs de concert mais en a été un véritable moteur surtout dans un travail qui a rayonné sur tous les départements normands.

Dès son arrivée en juillet 2009, Guillaume Lamas avait développé un projet général et artistique ambitieux qui donna à l’Orchestre Régional de Normandie une nouvelle dimension faisant de cette belle formation un élément incontournable qui avait anticipé une politique qui a depuis culturellement éclaté.

Il aura été de ceux qui furent en première ligne pour décloisonner tout à la fois les style et la manière de les dispenser à un public qu'il voulait très ouvert, plaçant l'ORN dans une action s'adressant au plus grand nombre sans autre exclusive que celle de la qualité.

Ses nouvelles fonctions vont lui permettre d'appliquer une politique d'extension mais aussi d'organisation interne au sein d'une entité musicale de première grandeur. Un travail qu'il connaît bien pour l'avoir assuré tout au long d'une carrière particulièrement bien remplie.

Percussionniste de formation, il a appartenu à des ensembles prestigieux comme l’Orchestre Colonne, l’Orchestre de Paris, l’Ensemble Intercontemporain, l’Orchestre de l’Opéra National de Paris. Mais assez rapidement il a abandonné le pupitre pour se consacrer à la gestion et à l'organisation du domaine orchestral comme administrateur de l'orchestre Colonne puis, auprès de la direction et l'orchestre de Paris où il fut responsable adjoint des formations musicales.

C'est en 2003 que Guillaume Lamas prendra ses quartiers rouennais Il occupera, en effet, les fonctions d'administrateur général de l’orchestre et du choeur et celle de directeur des formations musicales au Théâtre des Arts. Il y restera jusqu'en 2009 ce qui lui donnera l'occasion de travailler un temps avec Laurent Langlois puis avec Daniel Bizeray.

Les circonstances continuent en quelque sorte à le relier à l'Opéra de Rouen puisque membre du bureau et trésorier du « syndicat professionnel d’employeurs des Opéras, Orchestres, Festivals d’art lyrique et musique classique » (Forces nouvelles) il a travaillé en étroite collaboration avec son directeur Loïc Lachenal, nommé depuis directeur de l'Opéra de Rouen/Normandie.

Guillaume Lamas prendra ses fonctions dans cette belle maison, relookée par Jean Nouvel, le 1er septembre prochain.

Il aura un feuille de route particulièrement chargée puisqu'il aura à gérer l'organisation administrative et l’encadrement des personnels artistiques, administratifs et techniques relevant de l'orchestre et participera à la mise en œuvre de la politique artistique et de la programmation lyrique et symphonique en étroite collaboration avec le chef permanent, le chef de chœur et les chefs invités.

Un beau challenge qui place Guillaume Lamas dans une position musicale stratégique passionnante . Il aura également sous sa houlette la responsabilité de l'auditorium Maurice Ravel qui est également dans le giron de l'orchestre, seule formation à posséder sa propre salle.

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Le « Richard III» de Thomas Jolly : époustouflant et dévastateur

6 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

On attendait avec impatience que le « Richard III » de Thomas Jolly vienne dans nos murs. Il faut dire que pour un tel spectacle qui déploie des moyens techniques importants, il faut un plateau qui soit à la mesure – ou à la démesure selon l'idée qu'on s'en fait – des ambition d'un scénographe extrêmement doué mais condamné – le succès de « Henry VI » oblige - à dépasser les limites du manteau d'Arlequin.

En attendant le dernier volet à Mont-Saint-Aignan du triptyque « CDN » qui a du mal à sortir de terre, et qui aura des capacités susceptibles de recevoir de grandes productions, c'est le « Rive Gauche » qui a accueilli ce spectacle programmé par « La Foudre ».

Le résultat ne s'est pas fait attendre : les deux soirs ont été pris d'assaut et il ne restait plus un strapontin de libre pour cette visualisation si particulière de l'épopée shakespearienne revue à l'aune d'une personnalité qui reste exceptionnelle dans sa détermination à casser les moules pour en inventer d'autres.

En fait, Thomas Jolly appartient à cette générations de jeunes créateurs qui montrent– et qui montrent admirablement bien – plus qu'ils ne donnent à réfléchir.

Marqués par le spectaculaire de leur époque, ils mettent leur imagination au service de l'apparence parfois au détriment du ressenti intérieur.

D'où un certain flottement dans les intentions. Ainsi, on admire sans réserve une visualisation époustouflante de maîtrise et d'imagination, mais en même temps on ressent une certaine frustration à l'égard du théâtre lui-même qui devient un événement à « grand spectacle » et non plus un espace de pensée.

Thomas Jolly est tombé, d'une manière totalement assumée, dans le piège sinon de la facilité car son spectacle est tout sauf facile, mais dans celui d'une certaine mode qui s'abandonne volontiers à un systématisme dont l'outrance n'est pas toujours exempte.

Il faut reconnaître que la pièce en elle-même, n'est pas simple et quon peut se laisser déborder par les fureurs tragiques qu'elle génère.

Thomas Jolly, porté par le succès fracassant de son « Henry VI » s'est laissé déborder par l'accueil qui lui a été fait et la réputation qu'à juste titre on lui a accordé. Mais à vouloir trop prouver on ne prouve plus rien si ce n'est faire la démonstration d'un talent quelque peu mégalomane surtout quand l'intéressé s'octroie le rôle-titre.

Cela dit ce spectacle est une grande et belle épopée, somptueusement mise en lumière et qui bénéficie d'un dispositif scénique d'une grande intelligence dans la manière de mener les actions sur des plans différents.

Au milieu de cette débauche d'effets tout à fait remarquable la distribution qui a les impétuosités de la jeunesse s'épuise dans un style de jeu gommant les nuances au bénéfice d'une violence qui imprègne cette page tragique – la plus tragique peut-être – de l'histoire de l'Angleterre.

On éructe, on vocifère, on s'invective avec une passion dévastatrice. Je sais bien que la pièce en elle-même ne donne pas dans la dentelle mais il faut convenir que Jolly en rajoute quelque peu même s'il décompresse l'ambiance avec quelques effets assez faciles en direction de la salle. Entre drame et truculence, entre emphase et clins d'oeil appuyés, la mise en scène navigue au gré d'un torrent discontinu qui déverse des images grandioses comme ce couronnement qui termine la première partie dans des fastes psychédéliques qui donnent à Thomas Jolly l'occasion de faire un grand numéro de rocker déjanté.

J'avoue en être resté là. Dans cette longue première partie on a largement le temps de mesurer les immenses qualités du spectacle et les défauts qui d'une certaine manière leur répondent.

C'est le risque des spectacles trop longs. Ils fascinent ou ils lassent. L'accueil du public, très jeune dans son ensemble, laisse à penser qu'il a succombé à la fascination.
Mais après tout, c'est le but du jeu !

photo : Nicolas Loubard

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« La Maison illuminée » : De beaux cousinages entre les styles

29 Avril 2017 , Rédigé par François Vicaire

C'est une évidence. Même s'il se sent tout à fait normand, Oswald Sallaberger reste profondément viennois

Cela se sent dans sa gestique enthousiaste, dans ses interprétations fiévreuses et surtout dans cette curiosité qui le pousse à multiplier les expériences musicales. Il se plait, en effet, à lancer des ponts entre les compositeurs en associant les époques et les styles à la faveur de « cousinages » musicaux qui peuvent être surprenants, voire risqués.

Mais on ne peut pas aller contre la nature profonde d'un pays dont sont issus Schönberg, Webern ou Malher mais aussi Mozart et Haydn et pour faire bonne mesure, Franz Lehar, les Strauss ou Joseph Lanner qui sont aussi des enfants du Danube.

Toutes ces composantes fortement diversifiées forment la structure musicale d'un pays autour duquel s'est construit une culture ouverte, curieuse... une sorte de melting pot dans lequel la dodécaphonie et la valse à quatre temps se côtoient sans vraiment se contrarier.

Le dernier concert en date de « La Maison illuminée » à l'auditorium Corneille relève de cette démarche dont les éléments pourraient passer pour contradictoires si Sallaberger ne les apprivoisait subtilement.

Dans ce voyage qui va de Rouen à New-York, il a su réunir les courants qui ont favorisé l'éclosion de parcours dont est issue la musique contemporaine.

Et il fallait un beau sens de l'opportunité pour parvenir à insérer entre « la diva de l'Empire » et le « limeligth » de Charlie Chaplin, une grande pièce de John Cage en forme d'hommage à Erik Satie et dont les pulsions minimalistes ont été servies par la louable interprétation des musiciens de l'ensemble instrumental du Conservatoire dirigé par Philippe Tailleux. Il fallait de la témérité à ces jeunes interprètes et à leur professeur pour affronter une partition périlleuse dont la logique peut parfois paraître hasardeuse dans sa construction. Mais l'opération relevait d'un bel exercice de style qui apportait la preuve que l'enseignement officiel sait échapper aux sentiers battus.

Dans ce concert, on découvrit – et ce fut pour beaucoup une découverte - une oeuvre de Ervin Schulhoff. Juif, homosexuel, communiste et musicien avant-gardiste, il fut une des cibles déclarées du nazisme et mourra en déportation. Sa musique s'inscrit dans une démarche à la fois classique et progressiste. La pièce qui avait été choisie permit de mettre en valeur les musiciens de « La maison illuminée » comme le contre-bassiste Gwendal Etrillard et la flûtiste Luce Zurita qui, avec Philippe Davenet aux claviers, formaient l'épine dorsale d'une formation de chambre de très grande qualité.

Stravinsky était également au programme ainsi que Kurt Weill, Bernstein plus proche mélodiquement de son « Candide » que de « West side » et qu'Albane Carrère porta avec un joli timbre et une grâce vocale qui lui permirent de mettre en valeur aussi bien les espiègleries d'intention de Satie que les grâces plus académiques de Chaplin.

Et puis Georges Auric apportait cette note excentrique et presque iconoclaste que les jeunes compositeurs français du début de l'autre siècle comme Darius Milhaud ou Henri Sauguet lançaient comme un clin d'oeil à la fois souriant et désinvolte à leur époque et auquel répondait la conception de ce concert.

Le prochain concert de « La Maison illuminée » aura lieu le vendredi 12 mai à la Chapelle sur le thème de « Musique et Paix » avec la participation de la Maïtrise Saint-Evode

Notre photo : Oswald Sallaberger et l'orchestre des jeunes musiciens du Conservatoire à rayonnement régional (photo Eric Peltier)

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Avant qu'il ne soit trop tard

27 Avril 2017 , Rédigé par François Vicaire

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas syndicaliste. »


A cette belle réflexion du pasteur Martin Niemöller, protestant contre l'inertie des milieux intellectuels face à la montée du nazisme, on pourrait ajouter une nouvelle strophe :

Quand ils sont venus chercher

les blacks, les arabes et les gays

je n'ai rien dit

je n'étais ni les uns ni les autres

et reprendre l'amère conclusion du poème :

Quand ils sont venus me chercher,
il ne restait plus personne
pour protester. »

et pour rester dans le domaine du spectacle qui aurait tout à craindre pour ses libertés de choix et d'expression, on pourrait se rappeler la réflexion de Sasha dans le « To be or not to be » (un remake de celui de Lubitch) de Mel Brook, à propos des rafles : mais alors - disait-il - si on ramasse les tziganes,  les juifs et les pédés.. il n'y a plus de théâtre.

Il serait temps de remuer un peu les consciences et ne pas s'amuser à jouer les Ponce Pilate avant qu'il ne soit trop tard


 

(merci à Pierre Turban qui m'a mis la puce à l'oreille avec la diffusion du texte de Niemöller !)

 

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Au « Rive Gauche » , Shakespeare revu et sublimé par Thomas Jolly

26 Avril 2017 , Rédigé par François Vicaire

Depuis un certain temps déjà, Thomas Jolly se faisait rare dans notre région. Ce n'était pas le fruit du hasard mais l'évolution logique d'un talent que l'on suit depuis pas mal de temps maintenant avec un intérêt soutenu.

Jusque-là, la compagnie s'était imposée en apportant de nouvelles couleurs au paysage artistique normand. Ses trois premiers spectacles, « Arlequin poli par l'amour », « Toa » de Guitry, et « Piscine (pas d'eau )» de Ravenhill avaient été autant de révélations dans une manière de vivre le théâtre et ont dépassé largement les frontières haut-normandes. Beaucoup d'idées, un sens de l'esthétique très sûr, une maestria dans sa manière d'ordonnancer des situations inextricables et une phlétore de comédiens gérés dans un esprit à la fois très libre et pourtant parfaitement construit, apportèrent   la confirmation d'une audace remarquablement maîtrisée.

Et ce n'est pas un hasard si son « Henry VI » lui a valu un  « Molière » pour une mise en scène dont la démesure opulente s'apparentait à une sorte de grand opéra tragique. Tout naturellement son sens du spectaculaire et son goût pour un certain gigantisme l'ont conduit à mettre en scène à Garnier un « Eliogabalo » qui porte en lui tous les ingrédients fantasmagoriques avec lesquels Jolly sait jouer admirablement.

Sur sa lancée, notre jeune homme s'est senti pousser des ailes et s'est lancé depuis dans une nouvelle aventure shakespearienne qui est en quelque sorte le prolongement de son « HenryVI ».

Ainsi, avec « Richard III », la compagnie rouennaise poursuit une incroyable épopée dans laquelle Jolly endosse lui-même le rôle-titre.

« Richard III » est le quatrième et dernier volet d’un cycle d’horreur et de barbarie, qui traverse la guerre de Cent Ans puis celle des Deux-Roses pour finir par la chute de la maison d’York et l’avènement des Tudor ; c’est la peinture d’une société meurtrie et dévastée, propice à l’éclosion d’un monstre qui est de tous le temps. D'où le parti-pris d'avoir transposé l'action à notre époque. Richard III, au look de punk à plumes, apparaît comme un manipulateur politique, une sorte d'oiseau de proie aux allures de rock star.

« A bien des égards, conclure la trilogie Henry VI par ce dernier sursaut de noire politique me semble urgent. Car voici qu’une quatrième génération poursuit les conflits amorcés par leurs aïeux. Une génération désolée d’enfants nés dans la guerre, sans autre repère que le sang et d’autre logique que la violence, élevés pour combattre, venger et tuer.
Si Richard peut évoluer avec tant d’aisance à la cour et que ses plans se concrétisent avec une facilité déconcertante, c’est certes par sophistication stratégique mais aussi par  une complète absence de règles et un climat d’angoisse permanent dans lequel évoluent tous les personnages.
Reconsidérer Richard III dans la continuité d’Henry VI permet d’accéder à la lecture que fait Shakespeare de l’Histoire. Il traduit traduit le resserrement de la notion de conflit : d’abord à l’échelle de deux royaumes (guerre de Cent Ans) puis dans l’opposition de deux familles rivales (guerre des Deux-Roses) pour atteindre la confrontation d’un seul personnage avec lui-même. »

Photo : Nicolas Joubard

Au Rive-Gauche de Saint-Etienne du Rouvray

les jeudi 4 et vendredi 5 mai à 19 heures (en co-accueil avec le Centre Dramatique National de Normandie-Rouen)

 

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