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Théâtre en Normandie

Articles récents

Jacques Petit ; le mamamouchi du « Grand Turc »

11 Avril 2017 , Rédigé par François Vicaire

 

Dans sa folle mais laborieuse jeunesse au Conservatoire National Supérieur de musique de Paris, en plus de tous les prix qu'il remporta haut la main, Jacques Petit avait présenté lors de son concours une variation pour orchestre sur les exercices de style de Raymond Queneau qui avait enthousiasmé Olivier Messiaen.

C'est dire si celui qui fut pendant des années professeur d'écriture et de composition au Conservatoire de Rouen savait déjà allier la rigueur à la fantaisie.

Depuis, mieux que personne, il a su s'affranchir – sans jamais les renier – des beautés formelles d'une partition pour se livrer à une sorte de folie ordonnée dans laquelle les exigences inhérentes à sa formation classique se plient au gré d'une vision quelque peu irrévérencieuse .

L'orchestre du Grand Turc en est le témoignage le plus éclatant.

Son nouveau programme, présenté dernièrement à Dullin, est un véritable manifeste d'humour et d'intelligence. Porté par la grande qualité de musiciens rompus aux aventures musicales auxquelles leur chef les soumet avec une autorité à la fois souriante et détachée, l'ensemble catapulte les genres avec un bonheur jubilatoire.

Mais il ne faut pas s'y tromper, dans cette succession de numéros loufoques qui tient tout à la fois d'Hellzapoppin, de Hoffnung et même d'une « Nuit à l'opéra » des Marx Brothers, la musique garde droit de cité même si l'esprit joyeusement saccageur de Jacques Petit la pimente sans que le procédé ne devienne jamais indigeste.

Il faut dire que les gags musicaux, mais aussi visuels et vocaux se succèdent à une vitesse qui permet juste d'attraper ça et là des réminiscences passées à la moulinette d'un esprit irrémédiablement potache. Avec un irrespect total, le Grand Turc affronte de périlleuses approximations d'intention et opère des enchaînements d'une grande subtilité musicale qui rappellent que Jacques Petit n'est pas seulement un compositeur de talent mais aussi un orchestrateur hors-pair.

Et tout cela se déroule dans un joyeux désordre soigneusement maîtrisé.

Il faut du toupet et une grande maîtrise de son métier pour faire se rencontrer la quarantième de Mozart avec le « Ne me quitte pas » de Brel ou passer de Schubert à Beethoven sans autre transition que le plaisir de jouer avec quelques modulations barbares (mais très bien venues) et de se livrer à des parodies d'opéra dont l'incroyable duo de « La Mascotte » qui est en lui-même un véritable gag.

Et en même temps, revenant à des amours pas si lointaines, l'ensemble puise aussi ses références dans un univers très « jazzi » qui fait penser souvent aux « Collégiens » de Ray Ventura.

Tout cela est remarquable, drôle, improbable et pourtant toujours parfaitement dosé entre cocasserie et authentique musicalité.

Le « Grand Turc » avec son « Mamamouchi » en meneur de jeu, fait passer un souffle de liberté et d'impertinence sur une époque où le spectacle a la tentation de se prendre trop souvent au sérieux.

C'est rafraîchissant et d'une certaine manière, rassurant.

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Loïc Lachenal à l'Opéra de Rouen : l'urbanité et l'ouverture

31 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

Les jeux sont faits ou plus exactement la messe est dite : l'opéra de Rouen Normandie a trouvé un successeur à Frédéric Roels. Il s'agit de Loic Lachenal qui prendra ses fonctions en octobre prochain et ce pour une durée de cinq ans.

Ce presque « quadra » (il est né en 1978) s'est détaché d'un peloton de six personnalités qui toutes, à des degrés divers, pouvaient prétendre à un poste qui est politiquement et artistiquement stratégique. Dans la perspective d'un pôle « Opéra » qui va englober la grande Normandie, la maison, aprés avoir été pendant deux siècles le « Théâtre des Arts », s'ouvre en effet à une nouvelle dimension et le choix de celui (ou de celle car une candidature féminine fut jusqu'au bout sur la sellette) qui en prend la responsabilité est déterminante dans l'avenir de la maison et par voie de conséquence dans celui d'une région élargie.

On pouvait se demander quel allait être le choix de l'Etablissement public Opéra de Rouen Normandie présidé par Catherine Morin-Desailly. Soit, on optait pour un chef d'orchestre ou un metteur en scène ou bien on se dirigeait vers une direction plus administrative sans qu'elle soit pour autant coupée des impératifs artistiques qu'implique une gestion d'opéra.

Il semble bien que le choix de Loïc Lachenal réponde à ces deux exigences. Il connaît déjà bien Rouen pour avoir été délégué artistique pour « Accentus » de 2006 à 2011. Directeur de production pour « Musicatreize » avec Roland Hayrabedian, il a été également administrateur adjoint à l’Opéra de Saint-Etienne en 2001 et chargé de production et de programmation à l’Opéra de Massy 2000.

Le monde de la musique et de la voix lui est donc familier mais on retiendra surtout le rôle stratégiquement déterminant au sein des « Forces musicales »... une structure née de la fusion entre la Chambre professionnelle des directions d'opéra et les structures orchestrales. C'est lui qui aux côté d'Alain Surrans, alors directeur de l'Opéra de Rennes et, depuis cette année, directeur d'Opéra Angers-Nantes Opéra, a conduit les étapes d'une convergence d'intérêts qu'il fallait mettre en place en tenant compte des demandes et des besoins de chacun.

On peut donc dire que Loïc Lachenal maîtrise parfaitement le paysage musical et lyrique français. On lui accorde un art de la négociation, une grande urbanité et une efficacité souriante qui font de lui un interlocuteur avisé et d'une grande ouverture d'esprit.... Des qualités qui lui permettront certainement de tenir la maison dans ue ambiance à la fois sereine et laborieuse. Passionné de musique et de lyrique, il « hante » les maisons d'opéras dont il connaît les arcanes administratives et les ressoures artistiques et humaines.

Des éléments qui devraient donner à l'Opéra de Rouen-Normandie des opportunités de co-productions accrues.

Pour l'instant les intentions artistiques de Loïc Lachenal ne sont pas encore détaillées, du moins pour le grand public. Prenons patience et attendons qu'il nous en dise plus d'ici quelque temps.

 

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Christelle Theuret et Jean-François Levistre... quand l'amour chante

29 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

Le couple est un argument qui depuis toujours fait mouche.

De la littérature au théâtre en passant par le cinéma, il reste une valeur indémodable sur laquelle les publics de tous âges et de toutes générations ont des chances de s'y retrouver …. ou s'y perdre.

De l'amour-passion des débuts aux désamours des fins de liaison, la circonvolution des sentiments se déroule comme une mélodie qui n'aurait pas de fin.

Christelle Theuret et Jean-François Levistre ont construit autour de cette histoire éternellement recomposée un bien sympathique spectacle qui sur le mode désinvolte du cabaret dissèque toutes les étapes qui jalonnent l'évolution des sentiments.

C'est clair, joyeux, avec de temps à autre de réelles poussées de mélancolie.  Mais l'entrain et les capacités d'enthousiasme des interprètes s'emploient à désamorcer les drames qui dorment sous la cendre des bonheurs contrariés et ne demande parfois qu'à se réveiller.

Pour cette petite encyclopédie  du « Tendre » à laquelle Mademoiselle de Scudéry n'avait pas pensé,  le duo Theuret-Levistre a fait appel à quelques spécialistes dans le domaine de l'amour, de ses joies et de ses contradictions.

Chacun y apporte une petite musique  différente mais l'ensemble forme une variation sur le thème du « je t'aime … moi non plus » de Gainsbourg auquel répond en contre-point – ou en contre-chant - la superbe « Complainte des vieux amants » de Brel.

En fait, ce spectacle mis en espace avec l'amicale complicité de Jean-Claude Caillard est un véritable panorama dans lequel textes et chansons se répondent et se complètent pour dessiner un paysage composé de plusieurs vies et de plusieurs amours.

Pour un semblable sujet, la mobilisation est générale. Elle va de Tchekov à Prévert, de Feydeau à Anouilh et de Renaud à Mistinguett !

Comme on le voit il n'y a pas d'exclusives dans l'univers amoureux de Christelle Theuret et de Jean-François Levistre. Dans une succession de petites scènes dans lesquelles ils jouent avec toutes les ressources d'un choix qui prend ses références parmi les meilleurs, ils se renvoient la balle - et les couplets - avec un humour  tout à fait réjouissant. Ils sont aidés par Yves Mouchel qui leur apporte une solidité musicale et parfois vocale qui donne un relief très tonique à l'ensemble avec un répertoire qui joue avec les réminiscences et qui bouscule les genres en allant des plus joyeux aux plus graves en même temps qu'elle réveille les souvenirs et leur donne l'assurance qu'en amour rien n'est jamais tout à fait fini et qu'il suffit d'une romance pour le faire chanter à nouveau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Prévert chez « Petit à Petit » : juxtaposer le trait et la rime

24 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

Corneille, Rostand, bientôt Racine et Jarry…. Olivier Petit aime les auteurs et s'emploie à les faire découvrir sous une facette qui rompt avec l'académisme qui en général les accompagne pour donner aux lecteurs – surtout aux plus jeunes – l'occasion de les aborder d'une manière plus ludique.

La bande dessinée à cet avantage de dire et de montrer vite sans pour autant trahir l'essence même des textes. Chez « Petit à Petit » c'est un principe qu'on a érigé depuis longtemps comme une vertu pédagogique.

C'est un exercice d'autant plus périlleux que la manière de montrer les choses de doit rien entamer du respect que l'on doit porter à des personnages dont les noms sont inscrits dans le marbre d'une notoriété immémoriale.

Bref, pour résumer, on ne fait pas n'importe quoi avec les vers de Corneille ou de Racine

Il s'agit, en effet, de donner aux images une cohérence parfaite entre ce qu'on est appelé à lire et ce qu'une nouvelle esthétique donne à voir et d'une certaine manière à entendre. Mais c'est là où le travail réalisé en équipe chez « Petit à Petit » est épatant. Il ne manque rien dans la musique des mots et des phrases. Le découpage fort adroit maintient le rythme que réclame celui de la versification.

Ainsi Rodrigue devient un super héros de BD sans rien perdre de sa superbe tragique, Cyrano passe d'une image à une autre sans sauter une seule strophe en évitant d'oublier un enjambement qui mettrait le souffle d'une tirade en péril.

Le dernier en date de ce travail d'adaptation intelligente est consacré à Prévert. Il n'était pas évident de puiser dans une production aussi dense pour arriver à cerner le parcours d'un poète aux cordes multiples et de naviguer dans des univers aussi différents que la guerre des tranchées en 14 ou la chanson d'un escargot qui va à un enterrement.

Cette fois, l'unité se fait …. à l'unité. En effet, Olivier Petit – qui s'est investi dans le scénario de certains textes entre autres avec Daniel Pecqueur et de Mathieu Gabella - a confié l'illustration et le découpage de chacun d'eux à des artistes différents.

C'est à chaque fois un nouveau regard, une nouvelle approche, une sensibilité plus ouverte en même temps qu'un intéressant travail sur la fonction même de la BD avec, par moment, l'occurrence d'un double regard.

Ces dix poèmes sont autant d'étapes dans la vie de Prévert. Les textes choisis ponctuent des émotions et des bonheurs fragiles.

Chacun des illustrateurs (Gwendal Blondelle, Sophie Chaumard, Clod, Olivier Desvaux et Raphaël Gauthey) à construit un monde à l'image ce qui revenait au texte.

Une manière de juxtaposer le trait et la rime. Un exercice à la Prévert !

Dessin de couverture :Christelle Espié

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La Seine-Maritime : la terre d'élection de la parole

22 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

Marianne Clévy devrait offrir une boussole à ceux qui cherchent à s'y retrouver dans la nouvelle programmation de « Terres de Paroles » qu'elle a mise en place.

En effet dans le foisonnement de cette exploration au pays des livres qui commence dès le 23 mars et va se terminer fin avril, les propositions sont telles que l'on a du mal à sélectionner son bonheur au milieu de tous ceux qui sont proposés.
Heureusement, les choix sont quelque peu facilités grâce aux thématiques qui s'emploient à lancer des pistes autour desquelles s'organise une multitude de rencontres, de lectures, de théâtre avec en prime des rendez-vous tout azimut qui s'éparpillent un peu partout en Seine-Maritime.

L'objectif , généreux, se donne pour mission de porter la bonne parole culturelle dans les principales villes de département mais aussi dans le moindre chef-lieu d'arrondissement... un principe particulièrement louable et qui justifie une dispersion d'intérêt qui a l'avantage de démultiplier les demandes mais l'inconvénient de restreindre le « champ des possibles » alors qu'on aurait envie de tout voir et de tout entendre.

« Amour, justice et débordements » , « Mémoire pour le futur», l'Oulipo et une immersion dans la « galaxie Tolkien » sont les points forts autour desquels s'organise un itinéraire d'une richesse exceptionnelle dont il faudra, pour bien en profiter, fixer minutieusement les étapes en s'offrant le luxe de quelques déviations surprenantes comme la randonnée à vélo.dédiée à l'Oulipo auquel un large volet est consacré. On est surpris, d'ailleurs, qu'il n'y ait pas eu de place pour le Moulin d'Andé, grand centre de  pensée  oulipienne où séjourna jusqu'à la fin de sa vie Maurice Pons, ami de longue date de Paul Fournel et où Sylvie Habault et Guy Faucon entretiennent, contre vent et marée, l'esthétique et le ton d'un esprit authentiquement oulipien.

Lors de la dernière édition de « Terres de paroles » nous avions déploré que la Normandie ait été si peu représentée ou du moins reléguée au second plan par rapport à ses auteurs et aux comédiens appelés à les servir. Cette fois le tir a été singulièrement rectifié...

Côté auteurs Gustave Flaubert, Hector Malot, Maeterlinck – si son séjour à Saint-Wandrille et sa liaison avec la sœur de Maurice Leblanc fait du père de « L'oiseau bleu » un normand d'occasion – sont à l'honneur. De contemporains, on n'en trouve guère ou bien peu... parisianisme oblige !

Par contre du côté des interprètes, des musiciens et des metteurs en scène, les rangs sont plus serrés.

On y retrouve Laëtitia Botella, Yann Dacosta, Philippe Davenet, Pierre Delmotte, Paul Desveaux, Valérie Diome, Vincent Fouquet, Marie-Hélène Garnier, Thomas Jolly, Jean-François Levistre, Jean-Pierre Menuge, Anne-Sophie Pauchet, Alexis Peltier, Bruno Putzulu, Alexandra Rubner, Olivier Saladin, Jean-Marc Talbot, Laurent Terrier etc....

Quant aux lieux, ils mettent en valeur des salles que l'on connaît et d'autres à découvrir. Elles vont permettre au public de faire quelques belles incursions « touristico-culturelles » dans l'esprit de ces festivals qui sont en priorité destinés plus à l'extérieur qu'aux habitants du cru qui bien souvent se sentent étrangers à des manifestations « chics et chocs » dont l'intérêt est indéniable mais singulièrement limitées sur le plan local qu'il déclenche.

Une manière pour le Département qui « met le paquet » sur le plan de son investissement logistique et financier pour porter la bonne parole sur ses terres.

Notre photo : Jean- Marc Talbot et Marie-Hélène Garnier : deux normands sur leur terre

 

Toute la programmation sur : terresdeparoles.com

 

 

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« Somos » au CDN : la force, la jeunesse et la rage

15 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

Depuis qu'elle a pris les rênes du cirque-théâtre d'Elbeuf Yveline Rapeau qui était déjà en charge de « La Brêche » de Cherbourg a mis en place – grande Normandie oblige – une plateforme constituée de deux pôles « cirque » implantés en Normandie .

 

 

Ce qui inclut des programmations dont la multiplicité ouvre de nouveaux horizons à une tradition plusieurs fois centenaire. Un peu comme ce fut le cas en son temps pour la danse contemporaine, l'air du temps favorise une évolution radicale qui bouscule les habitudes, affine les regards et révolutionne le principe même du spectacle qui s'en tient toujours à une performance sans cesse renouvelée mais lui insuffle de nouvelles respirations.

Bien sûr on pourra regretter qu'avec le départ de Roger Le Roux à Elbeuf ces nouvelles donnes, pour vivifiantes qu'elles soient imposent une culture unique alors que chacun des responsables des lieux dont il était responsable imprimait sa « patte » à des programmations dont l'originalité était liée à sa propre sensibilité et surtout à celle de la maison qu'il dirigeait.
Mais, bon, l'heure est aux regroupements et paradoxalement à l'éclatement – voire à l'éparpillement (« Terres de Paroles » est exemplaire du phénomène) - et on ne saurait se plaindre qu'il y ait trop de propositions alors qu'on déplora souvent qu'il n'y en eût pas assez.
Bref, avec le festival « Spring », les territoires normands se définissent en quatre grands rayons d'action (La Manche et l'Orne, Le territoire de Caen et la mer, l'Eure, la Métropole Rouen Normandie). Ils déploient des plaisirs qui ne sont plus exclusivement circassiens et abordent des formes d'expression qui vont du théâtre à la danse et – c'est nouveau – à la réflexion. Une manière d'ouvrir l'art du cirque à des perspectives qui échappent aux simples limites du chapiteau dans lequel il s'est cru longtemps cantonné et qui trouvait ses lettres de noblesses dans sa pérennité.

Mais le monde bouge et les pistes avec lui. Le cirque est une discipline par définition universelle. De tout temps, il a réuni des nationalités qui trouvent dans l'effort et le tour de force un nouveau langage. Il peut devenir parfois celui des signes comme le démontre le beau « Somos » de la compagnie El Nucleo dans un spectacle dont l'originalité tient beaucoup dans son discours et dans la manière de l'illustrer.

Ces six jeunes gens, originaires de Colombie et d'Italie, étaient cette semaine à « La Foudre » où on les avait déjà vus, entre autres, dans "Dios Proveera", "Wam" et "Romeo et Juliette".

Une fois encore, ils ont emballé des salles subjuguées par leur force, leur jeunesse et une rage merveilleusement contrôlée. Leur travail s'inscrit dans une mouvance résolument novatrice même si leurs prestations physiques sont, somme toute, assez classiques.

En fait, tout est dans la manière de construire un univers à la fois violent et sensuel. C'est celui de grands enfants se battant à grands jets de tampons de magnésie qui crépitent comme des balles et dont les volutes meurtrières s'évanouissent dans le feu des projecteurs.

On est loin de la sophistication des grands « banquistes» fixés par la tradition pour s'approcher au plus près d'une réalité humaine qui renouvelle le principe et le colore d'enthousiasme, de sensualité mais aussi de douleur.

C'est remarquablement construit et pensé. Les performances se succèdent, se juxtaposent, s'interposent dans des discours qui s'établissent à plusieurs niveaux y compris celui de l'humour et de la tendresse.

Le passage entre le tour de force le plus abouti et la chorégraphie à l'état pur est subtil et les enchaînements des corps et des idées déroulent une philosophie dans laquelle les changements de pied sont des changements de cap que ces jeunes gens nous font franchir allègrement.

 

Pour tout savoir sur le festival « Spring » 2017 : www.festival-spring.eu

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« L'île des esclaves » : l'élégante lucidité de Marivaux

13 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

C'est par-delà les siècles une pièce d'une étonnante actualité.

La manipulation, les retournements de situation, les mensonges consentis et les travestissements de l'esprit, pourraient trouver leur application dans notre propre actualité faite de faux-semblants et de rebondissements pour le moins théâtraux.

Dans le jeu des pouvoirs mit en place sur cette île dont les esclaves sont les maîtres, des naufragés voient les rapports de force s'inverser radicalement et sont soumis aux règles d'une république dont les citoyens voudraient qu'elle soit harmonieuse.
Nous somme au cœur de ce XVIIIème qui commence progressivement à s'ouvrir aux « lumières » et « L'île des esclaves » répond d'une manière très directe aux préoccupations sociales sous-jacentes qui se trouvent dans l'oeuvre de Marivaux. D'une certaine manière, le propos s'apparente par bien des points à celui que Beaumarchais mettra en évidence avec une violence quasi révolutionnaire..
Mais Marivaux est un tendre. Son discours se veut dénonciateur sans être pour autant insolent et il est imprégné de résonances rousseauistes dans la volonté de construire un univers pour ainsi dire équitable et en fin de compte singulièrement idéalisé.
En réalité, cette île est assez éloignée de la Cythère de Watteau même si le réquisitoire s'enrobe d'une galanterie courtoise qui joue habilement avec les situations convenues d'un procédé cher à l'époque.

Dans la vision qu'en donne la compagnie « AKTE », et qui a fait les beaux soirs des Deux-Rives, Anne-Sophie Pauchet parvient à garder l'essentiel du fond en s'affranchissant quelque peu de la forme.

Elle le fait en jouant avec toutes les ressources qu'offre le lieu.

A l'aide de panneaux télévisuels qui font éclater l'action sans lui faire perdre pour autant son unité, portée par un climat sonore très bien venu et qui n'alourdit pas l'ensemble, sa mise en scène, à la fois innovante et respectueuse, baigne dans une alacrité qui convient parfaitement à une distribution que dominent Valérie Diome et Arnaud Troalic. Ils sont les pivots d'une jeune équipe de comédiens dont l'enthousiasme tempère les approximations de style qu'on pourrait trouver dans ce spectacle juvénile qui dérrière l'élégante désinvolture propre à Marivaux jette sur le monde de son temps – et sur le nôtre – un regard d'une lucidité incisive.

Au Rayon Vert - Saint-Valéry-en-Caux le jeudi 23 mars

Photo : Roger Legrand

 

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A Radio HDR, la culture ça engage à tout !

14 Février 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il y a quelques années une floraison de radios libres s'est épanouie en offrant à des générations de nouveaux auditeurs les bonheurs de la liberté de paroles et de la proximité.
Parmi elles beaucoup n'ont pas résisté à ce phénomène qui pour sympathique qu'il fût demandait des moyens humains et techniques qui très rapidement devinrent trop soliicitants pour que ceux qui en avaient été les initiateurs puissent se maintenir.
Par contre, d'autres se sont implantées assez durablement et solidement pour occuper une place déterminante dans le paysage audiovisuel de la région. Parmi elle, il y a la radio des Hauts de Rouen qui a construit un réseau d'animateurs « de bonne volonté » extrêmement agissant et qui en épaulant les sept permanents de la station forment un tissu d'informateurs bénévoles qui entretient le dialogue entre les communautés à travers des sujets qui s'emploient à toucher un maximum d'oreilles et de coeurs.

 

 

 

Il est évident que depuis 15 ans qu'elle existe, HDR joue un rôle essentiel dans un quartier qui a mis un certain temps avant de trouver son affirmation sociale. Il n'est donc pas étonnant que son audience se soit élargie au point de pousser Nicolas Leborgne, responsable technique de la radio et réalisateur, à trouver de nouvelles raisons de fidéliser son public. Parmi elles, il y a la culture.

Le domaine est d'importance même s'il n'est pas toujours facile de maintenir, sur une chaîne pluraliste, la juste mesure entre un didactisme trop appuyé et l'indépendance de ton qui fait le charme des radions libres.

Nicolas Leborgne a eu la chance de retrouver, un peu par hasard, un ancien camarade du lycée Jeanne-d'Arc dont le profil, ou plus exactement les multiples profils auquel son métier de comédiens le prédispose, correspondait parfaitement aux attentes d'une radio dont un des buts est d'être le « mix des cultures ».

Steeve Brunet, en effet, est un personnage qui ne se laisse pas enfermer dans des genres trop précis. Une indépendance d'esprit revendiquée qui lui offre une belle liberté d'action.

Au départ, sa carrière semblait le destiner à Sciences-Po jusqu'à ce que son goût pour l'aventure ne le fasse bifurquer vers le cinéma et le théâtre. De Molière à Kundera, de Goldoni à Racine en passant par Brecht et quelques autres, il a intégré « Théâtre en cie" » auquel il reste fidèle - « j'aime le théâtre en compagnie » précise-t-il - sans se faire oublier pour autant par la télévision, le cinéma ou la radio !

De ces retrouvailles rouennaises est née « ça n'engage à rien », une émission bi-mensuelle dans laquelle Brunet et Leborgne se livrent à un savoureux jeu de ping-pong dont la fonction est de mettre en évidence des spectacles présentés sur l'agglomération rouennaise et de donner envie d'aller les voir.

Le « ton » est résolument jeune et décalé et offre à un public, à priori néophyte, l'occasion d'avoir une approche sympathique et chaleureuse d'événements ou de manifestations culturelles se déroulant sur la région. C'est ainsi que HDR s'est assuré le soutien et la collaboration du Musée des Beaux-Arts et du 106 qui sont en quelques sorte pour la station de nouvelles antennes.

Quant à Steeve Brunet il se félicite de ces nouvelles collaborations :

« C'est une manière d'inciter le public qui ne va pas au théâtre de faire des découvertes et de répondre à une demande culturelle qui, au départ, ne se formule pas dans la mesure où il pense que ce n'est pas pour lui ou trop éloigné de ses attentes et de ses plaisirs ».

Jusque-là David Bobée et Yann Dacosta ont été ses invités. Tout prochainement, Romanes qui avait planté son chapiteau à Mont-Saint-Aignan viendra parler de ses expériences pour une série d'émissions. Puis Steeve Brunet recevra Ahmed Madani puis en juin la thématique tournera autour du spectacle "Inquiétudes", le tout étant en partenariat avec le CDN.

L'objectif de Steeve Brunet et de Nicolas Leborgne, répétons-le, est de susciter des envies, de favoriser l'accessibilité à d'autres formes de spectacles, de sauter en quelque sorte le pas pour faire tomber les barrières des idées reçues ou de l'indifférence.

En juillet et août Steeve Brunet s'envolera pour le Burkina Faso pour le « Kino Ouaga », une série de rencontres dans lesquelles cinéastes, techniciens et comédiens vont se retrouver pour confronter et partager leurs expériences et faire des films ensemble... une manière de prouver que la culture si « ça n'engage à rien », ça mène toujours quelques part !

Pour écouter radio HDR : 99.1

radiohdr.net et sur la page facebook où vous retrouverez les enregistrements de « ça n'engage à rien »

Steeve Brunet et Nicolas Leborgne : une partie  de ping-pong (photo :Melvin Renault)

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Les chants de la négritude pour le « Printemps des poètes »

11 Février 2017 , Rédigé par François Vicaire

De son observatoire de l'Ile du Roy, Patrick Verschuren a développé depuis des années une connaissance profonde des éléments et des êtres qui lui permet de dessiner sans grand risque des prévisions poétiques qui échappent aux caprices de la météorologie.

C'est pourquoi avec la belle assurance des spécialistes qui font plus confiance aux impressions qu'à la statistique, il nous annonce sans coup férir que le Printemps de cette année sera chaud et ensoleillé.

Une assertion optimiste qui s'inscrit dans le cadre de la nouvelle saison du « Printemps des poètes », mise en place en partenariat avec « La Factorie / Maison de Poésie en Normandie », « Alias Victor » et « Détournements » le tout étant placé sous la houlette de la direction des affaires culturelles et avec l'aide de la ville de Rouen.

Ecoute le message de l'Afrique lointaine et le chant de ton sang

Prenant pour appui la première phrase du « Chant de printemps » de Léopold  Sedar Sanghor, la programmation du « Printemps des poètes », a construit un parcours qui illustre parfaitement les grands courants d'inspiration de cette Afrique  dont la richesse instinctive alimente les imaginaires d'un occident qui a beaucoup puisé dans la diversité de ses origines.

C'est en quelque sorte une exploration en négritude dans laquelle les principales étapes qui la composent vont voir se succéder du 4 au 5 mars des poètes du Maghreb, des conteurs africains et des personnalités qui du Congo au Cameroun en passant par l'Algérie et la Tunisie forment un véritable panorama poétique dans lequel s'intègrent des artistes normands qui font en quelque sorte le lien intellectuel et humain entre les continents.

On y retrouve en effet Alexis Pelletier pour un montage de textes de poètes d'Afrique noire, Gersende Michel qui s'intéresse aux poétesses du Maghreb et d'Orient, Evelyne Pellerin Ngo Maa qui déroule les subtilités du langage et du chant qui se répondent et s'interpénètrent, la compagnie « Alias Victor » d'Alain Fleury qui présentera un spectacle réservé au jeune public etc ... Céline Gouel qui proposera aux jeunes générations un spectacle « Têtenlair et Maman lampadaire »  avec Jérôme Revel et.... un lampadaire, le tout mis en scène par Patrick Verschueren.

On y retrouvera également des élèves du Conservatoire de Région de Rouen qui pimenteront une série de parcours allant du musée d'Histoire naturelle à celui des Antiquités sans omettre des incursions sur le marché de Fécamp avec des « Pêcheurs de poèmes » ou à Blangy avec l'étonnant « Contre les bêtes » de Jacques Rebotier avec Arno Feffer dans une mise en scène de Patrick Verschueren mais aussi dans l'Eure, entre autres, à Evreux, Louviers, Bernay, Val de Reuil et dont bien évidemment l'Ile du Roy.

Toute la programmation sur printempsdespoetes.com

Notre photo : « Tetenlair et Maman lampadaire » de Céline Gouel avec Jérôme Revel (photo Olivier Bonnet)

 

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« Les lettres d'amour » au CDN Les soubresauts du corps et les mouvements de l'esprit

10 Janvier 2017 , Rédigé par François Vicaire

Les « héroïdes » est un travail de reconstruction littéraire et sentimentales à travers des lettres dans lesquelles Ovide imagine une correspondance des grandes héroines de la mythologie à l'adresse de l'être séparé.

Dans cette suite sans réponse de déplorations sublimes, l'exacerbation des sentiments hisse les douleurs humaines au niveau d'un tragique dont le paroxysme est porté par un style d'un lyrisme à l'étonnante modernité.

 

Et c'est certainement ce qui a incité Evelyne de la Chenelière à s'intégrer dans ce qui échappe à « l'art d'aimer » pour devenir celui des amours contrariées et qu'elle développe d'une manière résolument contemporaine tout en lui restant relativement fidèle.

Prenant pour argument quelques unes des plus belles lettres de ce recueil dans lequel Phèdre, Didon, Pénélope, Ariane s'abiment et ne se remettent pas de l'absence, elle a construit un long monologue qui se développe dans les circonvolutions haletantes d'un « Quand tu m'as dit, je ne t'aime plus» qui devient en quelque sorte le leitmotiv du spectacle. L'idée est intéressante et trouve sa cohérence dans le travail remarquable de Macha Limonchik qui joue avec une palette de sentiments qui la fait passer de la tendresse à l'imprécation avec une grande aisance et une grande sensibilité comme elle sait aller d'un style à un autre sans que les différences d'intention et de ton s'en ressentent vraiment.

Il faut dire que le lien qui unit les différents éléments de ce procédé quelque peu artificiel se fait grâce à un époustouflant travail aux sangles dans lequel Anthony Weiss allie tout à la fois une beauté hiératique formelle à la grâce et la souplesse à la sensualité.
On retrouve là la « patte » de David Bobée qui ne se départit jamais de faire jouer les soubresauts du corps avec les mouvements de l'esprit dans une même exigence.

Dans cette mise en scène qui fait la part belle au tempérament de la comédienne dont les projections videos n'épargnent rien d'un investissement très sollicitant, la musique a son rôle à jouer. Elle le joue presque trop bien et d'une manière très présente.

Le groupe « Dear criminals » confère à ce spectacle une note très actuelle mais qui d'une certaine manière vient en décalage d'une mise en cène qui s'emploie, justement, à trouver une unité de pensée, voire d'action. Elle la souligne avec une certaine insistance et casse parfois la magie des mots et la force des intentions. Il faut attendre la toute fin du spectacle pour qu'avec quelques accords de guitare elle revienne au registre plus intime dans lequel ce beau spectacle mériterait de rester.

Cela dit « Les lettres d'amour » créé à l'Espace GO de Montréal la saison dernière dans la mise en scène de Bobée offre un grand moment dans lequel l'intériorité et l'expression corporelle se rejoignent et se complètent parfaitement.

On peut encore en profiter aujourd'hui, au Théâtre des Deux-Rives, mercredi 11 et jeudi 12 à 20 heures et samedi 14 à 18 heures. Quant à « Dear criminals »,qui est au demeurant une excellente formation, il sera en concert à la chapelle Saint-Julien de Petit-Quevilly mardi 17 et mercredi 18 à 20 heures

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