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Théâtre en Normandie

Articles récents

L'effet boomerang de la « 56° compagnie »

30 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Il y a des retours en arrière qui sont de grands pas en avant.

La preuve en est la reprise de « L'effet fin de siècle » par la « 56° compagnie » (du nombre de compagnies que comptait alors la région rouennaise et qui ne semble pas avoir été depuis égalé).

Ce spectacle mis en scène en 1998 par Serge Gaborieau et Jean-Marc Talbot était une satire acidulée de mœurs qui à l'époque régissaient le monde du travail et qui, si on y regarde bien, n'ont pas vraiment changé.
Sur un mode bi-frontal extrêmement attractif, sept comédiens se livraient à un travail d'improvisation à partir de textes qui étaient de leur cru mais que Frédérique Grandpierre-Vitali avait réécrits pour leur donner une nouvelle théâtralité.

 

 

L'ensemble résumait sur un ton incisif et joyeux les travers d'un univers qui englobait tous les cas de figure, qu'ils soient administratif, commerçant ou autre, qu'on rencontrait, et qu'on rencontre toujours, dans les rapports parfois conflictuels qui s'établissent entre les employeurs et leurs salariés.

Il se trouve que Gilles Cauchy, directeur du Théâtre des Charmes à Eu avait beaucoup aimé « l'effet fin de siècle ». Il n'était pas le seul et le spectacle a tourné dans toute la région avec un succès qui ne se démentit nulle part. L'idée le tenaillait de le remonter un jour et les circonstances ont fait que les hasards associés du calendrier et des finances du théâtre lui ont permis de regrouper l'équipe de la création pour présenter à nouveau cet « effet » à long terme.

Encore fallait-il retrouver les bonnes conditions qui avaient fait sa réussite et en premier les comédiens. Chacun d'eux était parti vivre ailleurs sa vie théâtrale et l'idée aurait pu ne pas se réaliser exactement dans les conditions de distribution qu'elle avait connues. Mais la chance fera que ce regroupement, reconstitué à pratiquement 15 ans de distance, se reforme sans problème. C'est ainsi que sous la houlette commune de Gaborieau et de Talbot, Marie-Hélène Garnier, Thomas Germaine, Jane Fabulet, Bénédicte Lescène, Françoise Leplesnier, Gwenn Buhot et Sylvain Josse se sont retrouvés pour une résidence au Théâtre des Charmes dans la perspective d'une unique représentation qui y fut donnée tout dernièrement.

L'aventure n'a pas pris une ride. Les interprètes ont gardé la fraîcheur d'esprit (et de teint) d'il y a quinze ans et ont repris tout naturellement leurs marques comme s'ils avaient joué le spectacle la veille. Si bien que Serge Gaborieau est en train de prospecter les salles de la région pour l'y présenter de nouveau.

Entre temps la « 56° compagnie » reprend la route. Installée à Paris depuis une dizaine d'années, elle continue de travailler à la défense des bons textes dont ceux que Gaborieau lui-même a écrit au cours d'une résidence à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon.

Parmi les projets il y a notamment celui de "Passion simple" d'Annie Ernaux avec Françoise Leplesnier et la musicienne Ryz Désormais qui sera présenté au Théâtre Paris-Villette du 12 au 16 décembre. Dans le même temps Serge Gaborieau peaufine un projet autour de « Yonisos le furieux » de Laurence Gaudé avec Malik Faraoun.

Pour l'heure, il s'est installé aux Bains-Douches d'Elbeuf dans le cadre des « Sorties de bain » mises en place par Jean-Paul Viot et Rosemary Fournier et répète « Jeune homme cherche un fusil » de Aude Sabin dans une mise en scène de Ariane Heuzé.

Ainsi la «56 ° compagnie » reprend-elle du service en Normandie.

En définitive, son « Effet de siècle » se transforme en un salutaire « effet boomerang ».

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Yvan Duruz fait passer un vent de fraîcheur sur le Siroco

25 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Soyons juste : faire rire un auditoire de quelque 200 gamins qui viennent peut-être pour la première fois au théâtre et pour qui c'est une fête que de se plonger sans retenue dans un mode en rupture avec leur univers scolaire, n'est pas en soi une performance difficile à atteindre.

Avec un fond d'innocence qui reste enfoui dans le cœur de chaque comédien, la maîtrise d'un acte théâtral qui sait se mettre au niveau d'un public tout neuf et en utilisant les ressources d'un comique de situation bien mené, le tour est joué.

Par contre savoir instaurer sur une salle chauffée à blanc de grands moments de calme, capter l'attention par des mots et juguler de jeunes attentions est une autre histoire.

Yvan Duruz y parvient sans problème mais non sans imagination.

C'était cette semaine à Saint-Romain-de-Colbosc chez Bruno Régnier au « Siroco » qui est certainement un des meilleurs exemples qu'on puisse trouver d'équipement d'animations culturelles dans une agglomération de moyenne importance.

Les « Voyageurs imaginaires » y avaient posé leurs valises et déployé tous les charmes de leurs accessoires hétéroclites et chatoyants pour construire un monde dans lequel la réalité et le rêve se côtoient, se bousculent parfois sans jamais se contrarier.

L'histoire est linéaire : dans une petite compagnie théâtrale menée tambour battant par un père passionné et fantasque, le fils se rebelle et décide de partir. Non par lassitude mais par amour et c'est une bonne raison pour qu'au bout du compte l'affrontement familial trouve un dénouement sympathique.

Tout commence sur le ton de la farce. On saute, on cabriole, on multiple les effets qui font mouche et la salle en redemande dans de grands éclats de rires communicatifs. Et puis, l'ambiance progressivement s'apaise avec le déroulement d'une histoire dont se dégage une morale dans laquelle un jeune public peut trouver ses propres applications: la complexité du sentiment amoureux, le besoin d'indépendance face à l'autorité parentale, la prise de responsabilité devant les décisions à prendre etc ….

Jouer le théâtre dans le théâtre est la bonne manière de faire entrer de jeunes esprits dans la magie d'un conte. C'est, en l'occurrence, celui de « La belle et la bête » que les comédiens et les spectateurs vivent jusqu'à ce que la réalité viennent les sortir de ce rêve éveillé que peut être le théâtre.

C'est une bonne initiation et une excellente approche au monde de l'imaginaire en passant par des notions toutes simples et très parlantes. Avec des moyens qui soumettent Yvan Duruz, Boris Zordan et Marie Rubert à un rythme très soutenu, la mise en scène de Sabine Zordan est vive, intelligente, sans pathos mais aussi sans excessive simplification. Dans la matinée les enfants sont venus en masse... le soir et le lendemain, leurs parents sont venus à leur tour se ressourcer à ce bon spectacle, vivifiant et joyeux qui a fait passer sur le « Siroco » un grand vent de fraîcheur.

 

Photo Elisabeth Delestre

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Claude Brendel au Conservatoire : trouver les bonnes vibrations

22 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Ils sont pratiquement arrivés ensemble avenue Porte-des-Champs. La première en qualité de directrice, le second comme directeur-adjoint. Claire Paris-Messler et Claude Brendel se sont retrouvés dans les mêmes murs d'une manière quasiment concomittante. Leur arrivée en 2005 au Conservatoire National de Région a boosté l'ambiance d'une maison qui s'était quelque peu assoupie

 

 

 

Avec une belle complémentarité, ils lui impulseront une nouvelle dynamique à travers une irrigation constante et élargie dépassant les frontières naturelles d'un conservatoire à rayonnement régional en accentuant une politique de partenariats.

Et, cette volonté d'aller plus avant dans les champs d'exploration s'ouvre à de nouvelles perspectives puisque Claire Paris-Messler a pris la direction du conservatoire de Caen et que Claude Brendel lui a succédé à la tête d'une maison qu'il connaît bien en tant que musicien, pédagogue et chef.

Cette double nomination en forme de chaise musicale est en quelque sorte une manière de mettre sur les rails cette « grande Normandie » de la culture telle qu'elle doit maintenant se développer. Et il y a de fortes chances qu'avec deux personnalités qui se connaissent bien et fonctionnent selon les mêmes critères de développement artistique les passerelles entre Caen et Rouen aillent en s'intensifiant.

Pour Claude Brendel, la direction du Conservatoire de Rouen est une étape importante dans une carrière déjà bien fournie. Son parcours est d'une richesse qui va de la direction artistique de formations de jeunes musiciens à une importante activité de chef qui l'a conduit et le conduit encore sous des ciels orchestraux très divers comme l'orchestre symphonique national du Viet-Nam, au Festival international d'orchestres de jeunes de Florence mais aussi à Brasilia, à Budapest, en Autriche, en Espagne ou en Chine à l'Université de Canton où il continue de diriger régulièrement.
Son arrivée à Rouen lui aura donné l'occasion de mettre en application une somme d'expériences acquises tout au long d'un parcours d'une grande richesse musicale. On lui doit, entre autres, la création d' une formation de chambre pour instruments anciens mais aussi d'un ensemble instrumental lui permettant de mettre en valeur un répertoire lyrique auquel il est extrêmement sensible et qu'il a découvert à ses débuts auprès du chef Jean-Claude Hartemann (qui était alors préfet de la musique à l'Opéra-Comique) qu'il considère comme son mentor et auquel il fait constamment référence.

 

Une ruche aux talents prometteurs

 

Homme de musique Claude Brendel se trouve être maintenant homme de pouvoir dans le sens le plus administratif du terme. En effet, le conservatoire est une véritable entreprise qui compte plus de 1300 élèves (1000 musiciens, 200 danseurs et 310 comédiens) dont les formations sont assurées par 94 enseignants. Autant dire que la maison est une ruche au sein de laquelle peuvent s'épanouir les talents prometteurs qui constituent l'épine dorsale du développement culturel d'une région et qu'il convient de gérer au plus près.

Pour Claude Brendel le problème est d'entretenir avec les composantes locales et régionales des rapports extrêmement étroits. Et en premier lieu avec la ville de Rouen qui est le partenaire naturel du Conservatoire puisque qu'elle assure plus de 80% de son fonctionnement, le reste se répartissant dans des proportions moindres entre l'Etat, le Département, et la Métropole et au bout du compte les recettes propres à la maison.

D'où la nécessité d'établir des partenariats qui concrétisent des ambitions communes. C'est ainsi que depuis 2008, « Les Méridiennes » s'inscrivent dans un cycle de concerts et d'animations purement rouennais dans lequel le conservatoire est associé directement ce qui ne l'empêche pas, dans le même temps d'assurer une saison qui lui est propre.

C'est la bonne manière pour faire sortir la maison du cycle de l'enseignement pour la faire entrer par la grande porte dans celui de l'expérience en directe avec le public. C 'est aussi pour Claude Brendel la bonne manière de mettre en valeur les ressources que possède la maison en offrant aux enseignants l'opportunité d'affirmer leur fonction d'artistes à part entière à côté de celle de pédagogue.
Pour ce faire il a mis sur pied une série de rencontres se déclinant sur trois thématiques dans lesquelles maîtres et élèves se trouvent associés pour des rendez-vous qui englobent toutes les disciplines du Conservatoire. Il y a eu un grand rendez-vous avec Erik Satie, puis du 9 au 14 janvier ce sera l'occasion de faire un tour de table en goûtant aux subtilités de la poire belle Hélène ou de la pêche Melba en passant par la truite de Schubert et la poule faisane de Rostand jusqu'aux musique de table du XVIII° siècle qui déroulera ses fastes culinaires et musicaux au lycée hôtelier de Canteleu.

Enfin le troisième rendez-vous entraînera les publics dans les dédales mystérieuses d'une itinérance dont le parcours se construira autour du Japon, de la Chine, des pays de l'Est, de l'Arménie et même de cette contrée un peu mystérieuse et mal connue appelée l'iodiophonie qui veut que chaque corps solide émette des ondes qui composent sa propre musique.

C'est presque la définition qu'on peut donner de la maison où chaque expression artistique qui s'y retrouve émet une petite musique personnelle qui, au bout du compte, constitue un grand concert dont l'harmonie est constamment renouvelable.

 

Le détail de la programmation sur : www.conservatoirederouen.fr

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« Loveless » de Yann Dacosta et Anne Buffet ;: la brutalité de vies particulières

18 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

En 1975, un groupe de prostituées occupera pendant plus d'une semaine l'église Saint-Nizier de Lyon. L'événement fera les titres de l'actualité et cette prise de pouvoir alertera l'opinion et les retombées de ce combat symbolique bousculeront un temps quelque idées reçues sans pour autant les gommer vraiment, sombrera bientôt dans l'indifférence.

Pour ces femmes, le temps semblait pourtant venu de mettre en évidence les réalités devant lesquelles les bonnes consciences – à commencer par celle des politiques - continuaient et continuent de se voiler pudiquement la face. Sans existence réelle au regard de leur « métier » sauf pour la police qui les rafle et les impôts qui leur prennent leur argent, elles avaient voulu affirmer leur condition de femme et de travailleuse du sexe.

Pendant une dizaine de jours, elles revendiqueront haut et fort le droit d'utiliser leur corps (qu'elles « louent » disent-elles pour la plupart, plus qu'elles ne le vendent) et réclameront de la société une reconnaissance humaine et sociale à défaut d'être morale.

Il y avait dans cette manifestation une certaine forme d'ingénuité dans sa volonté de vouloir convaincre ces « badauds » chez qui sommeillent un « client » en puissance qu'elles étaient des femmes avant d'être des objets de plaisir ou d'illusion et de se montrer telles qu'elles sont et non pas telles que l'hypocrisie les regarde et les juge.
Tout le long de ce sitting installé symboliquement dans ces lieux d'accueils que sont naturellement les églises, ces nouvelles Marie-Madeleines se mobiliseront et surtout se confieront à la journaliste Claude Jaguet qui recueillera un certain nombre de leurs confessions. Autour de son livre, « une vie de putain », Yann Dacosta et Anne Buffet ont construit un très beau spectacle qui met en exergue quelques tranches de vie qui, dégagées de la crudité de leur « état » d'objet de consommation, révèlent des humanités tour à tour pathétiques ou joyeuses mais toutes portées par une « santé » étrangement vivifiante.

Tout ce qui est dit dans ce spectacle est authentique. Ce sont des témoignages lancés avec la brutalité de vies particulières. Derrière la provocation de façade et le rire souvent contraint, on surprend des grandes moments de tendresse inassouvie et des regrets à peine reconnus.

Dacosta met en scène des personnages hauts en couleur et parfois forts en gueule mais tous marqués par l'amertume des destins gâchés.

Il le fait avec ce sens de l'humanité qui le caractérise et cette maîtrise de la scène qui lui permet de mettre en situation des natures qui ont la force de la vraisemblance sans tomber pour autant dans l'exibitionisme à outrance.

C'est un piège dans lequel la mise en scène aurait pu tomber. Ils sont bien évidemment outranciers ces personnages qui semblent sortis tout droit d'un délire fellinien. Mais si le regard de Yann Dacosta est sans faiblesse, il est aussi d'une grande tendresse et d'une véritable empathie à leur égard. Il manie avec une grande précaution ces êtres fragilisés par une vie qui ne leur fait pas de cadeau.

Le texte est implacable et donc d'une efficacité redoutable. Ce moment d'humanité quelque peu marginal est porté par une équipe de comédiennes – et un comédien – qui assume des emplois difficiles avec une grande liberté de mouvement et d'expression.

Anne Buffet, Jade Collinet, Rebecca Chaillon, Marie Petiot, Suzanne Schmidt et Julien Cussonneau font passer avec la force de la conviction des éclairs de poésie désespérée qui révèlent des beautés authentiques à l'image de cette belle et somptueuse chorégraphie qui sublime le corps dans une volupté sauvage tout à fait fascinante.

Le temps d'une révolte ces femmes vécurent la vie qu'elles désiraient peut-être.

« Loveless » les montrent jouissant d'une grande fête baroque qui déroule ses fastes dérisoires sous le regard d'une vierge couronnée dont le sourire pourrait être, du moins on l'espère, celui de l'indulgence.

Au "Rayon-vert" à Saint-Valéry-en-Caux le 17 mars 2017

Photo : Arnaud Bertereau pour l'agence « Mona »

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« Retours » et «Voyage d'hiver » chez Jean-Christophe Blondel : un humour glaçant

16 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

De Sophocle à Claudel en passant par Duras et Marivaux, Jean-Christophe Blondel n'en finit pas d'élargir le champs de ses ouvertures sur le monde et ses découvertes à travers les textes et des auteurs qui sont souvent des révélateurs, voire des révélations.

C'est le choix qu'il a fait avec Fredrick Brattberg, un auteur norvégien dont les deux courtes pièces qu'il propose jettent un regard corrosif sur la manière d'aborder les difficultés de la parentalité dans le nord de l'Europe.


Dans ces pays où les cœurs s'enveloppent volontiers dans des gangues de givre, c'est une constante que de situer les problèmes complexes qui régissent les rapports s'établissant entre les parents et les enfants beaucoup plus au niveau de l'analyse du comportement que de celle d'une approche réellement instinctive et pour tout dire amoureuse.

Les deux exemples que présente «  La Divine comédie » sont significatifs d'un mal-être dont les conséquences sont en tout point glaçantes !

Dans la première qui frôle le fantastique, on voit un couple laminé de douleur par la disparition de leur fils et qui guette un retour auquel il ne s'attend pas et pour cause ! Et voilà que soudainement, le « disparu » revient au bercail. Etait-il réellement mort ? Revient-il dans le monde des vivants pour tenter de retrouver sa place autour de la table familiale ?

Les parents – et les spectateurs avec eux - ne se posent pas la question. Le fait d'être là suffit à leur joie retrouvée jusqu'à ce que ce fils prodigue disparaisse à nouveau pour revenir encore... et ainsi de suite dans un long va-et-vient entre la réalité et le pays des morts-vivants.

Mais bientôt, l'éventualité progressive d'un non-retour distille chez les parents une anxiété qui fait place aux bonheurs des retrouvailles. L'exaspération, enfin, devant tant d'acharnement à vouloir vivre aboutit à un même acharnement à le faire mourir une bonne fois pour tous.
C'est une fable cruelle sur un amour dont on ne sait que faire et qui, d'une certaine manière pourrait être le prolongement de la pièce qui la suit et qui met en scène un jeune couple encombré d'un amour qu'il maîtrise mal.

Eux, aussi, comme dans « Retours », ont le cœur qui déborde devant la naissance de leur petite fille. Mais les réalités de leur vie font rapidement déraper leurs illusions à la vitesse d'un train un peu fou qu'ils n'arrivent pas à quitter comme ils ont du mal à s'adapter au rythme d'une nouvelle vie.

Dans ce « Winterreise » (qui n'a rien à voir avec celui de Schubert) les poncifs sur les joies de la parentalité éclate en morceaux.

On retrouve dans ce théâtre venu du froid, les composantes qui font les caractéristiques du cinéma nordique comme l'angoisse, la névrose, la difficulté d'être, celle de se faire comprendre ou de mieux comprendre les autres... le tout additionné d'une certaine dose d'absurde qui touche au pathétique.

Dans sa mise en scène, Jean-Christophe Blondel manie ses personnages comme des marionnettes un peu déjantées et Valérie Blanchon, Sylvain Levitte, Guillaume Laîné et Albertine Villain-Guimmara leur donnent une crédibilité à la fois quotidienne et surréaliste d'une grande justesse avec juste ce qu'il faut d'excès sans jamais aller jusqu'à l'outrance.

Dans un décor qui permet aux deux spectacles de trouver une identité commune, on découvre un théâtre étonnant. Sans concession, d'une grande pertinence dans l'observation des rapports conflictuels qui régissent les personnages et Jean-Christophe Blondel s'emploie grâce à un décor quasiment unique à trouver la bonne "accordance" entre l'esprit et l'action avec ce qu'il faut d'humour pour gommer les aspérités d'un propos qui deviendrait gênant s'il était pris au pied de la lettre. Mais la tonalité est au rire et même s'il grince quelque peu, il n'en est que plus efficace et au bout du compte régénérant..

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Sophie Caritté et Alain Bézu au Musée Flaubert : l'art de bien se connaître sans se rencontrer jamais

12 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Gustave Flaubert est né un 12 décembre.

Chaque année les « Amis du Musée Flaubert et d'Histoire de la Médecine » s'emploient à coller au plus près de cette date pour lui souhaiter un bon anniversaire.

Cette année ce sera le samedi 10 décembre à 14 heures 30 au Musée à travers une promenade dans la correspondance qu'entretint le romancier avec une de ses plus ferventes admiratrices et la moins connue, Marie-Sophie Leroyer de Chantepie.

Sophie Caritté qui participe à pratiquement toutes les évocations qui sont faites autour de l'univers flaubertien y retrouvera Alain Bézu avec lequel elle déroulera le fil d'un échange épistolaire étonnant.
Ce n'est pas peu dire que Flaubert a toujours eu des problèmes avec les femmes.

A l'exception de sa sœur et de sa nièce qui sont les images idéalisées d'une vision sentimentale inatteignable, les visages féminins traverseront son existence comme des comètes et ne laisseront dans son souvenir qu'un scintillement fugace

De la belle Elisa Schlesinger dont il surprendra le sein nu sur une plage de Trouville quand elle nourrissait sa petite fille et qui lui causa un choc dont il eut du mal à se remettre – si jamais il s'en remit – à Madame Sabatier, la « présidente », dont il partagea, parfois, les faveurs avec Maxime du Camp en passant par quelques anicroches sexuelles tarifées, il n'y a, en définitive, que Louise Collet qui trouva grâce à ses yeux sans que pour autant il ait pensé un instant atteler son char à celui de cette poétesse de haut vol à qui il fermera la porte de Croisset sans le moindre ménagement.

Une seule image de femme émerge au milieu de cette galerie des bonheurs insatisfaits. C'est celle de Marie-Sophie Leroyer de Chantepie.

Un personnage étonnant.

Perdue dans le fin fond de sa province angevine, Mademoiselle Leroyer de Chantepie inondait d'articles les feuilles locales pour compenser son mal d'écrire, ses frustrations et sa solitude affective et intellectuelle. Pourtant, celle qu'on aurait pu, à tort, considérer comme un « bas-bleu » portait en elle une exaltation romanesque qui la fit presque s'identifier à « Madame Bovary » qu'elle va dévorer avec une passion fiévreuse.

Avec le toupet de l'innocence, elle écrira à Flaubert pour lui dire son admiration éperdue.

L'étonnant voudra que ce déjà vieil atrabilaire (il a 35 ans!) qui se méfie des femmes va répondre à cette admiratrice qu'il ne connaît pas et avec laquelle, il va entretenir une correspondance qui durera jusqu'à la fin de sa vie.

Entre ces deux êtres qui n'avaient rien de commun si ce n'est le même amour de la littérature et la même exigence d'absolu va s'établir un échange qui au fil des lettres prendra de la densité, teinté de respect et d'admiration réciproque et marqué de sentiments à la fois amicaux et intimes.

En prenant toujours à témoin Emma qui est leur référence absolue, ils s'abandonneront sans réserve, l'une dans une sorte d'introspection qui trahit ses attentes et ses déceptions, l'autre dans des confidences qui trahissent ses angoisses devant l'écriture, ses déceptions devant l'incompréhension du monde et, en définitive, sa propre difficulté d'être.

Il lui fera partager cette exaltation d'écrire, il lui donnera des conseils, la malmènera parfois et fera preuve à son égard d'une patience et d'une gentillesse qui confèrent au personnage un tonalité humaine assez surprenante.

Dans l'histoire de la littérature, Marie-Sophie Leroyer de Chantepie ne tient pas une place primordiale. Pourtant sa correspondance avec Flaubert, regroupée dans « La Pléiade », est précieuse parce qu'innocente et sincère. Elle regarde son « grand homme » avec une admiration absolue et lucide. Quant à lui certainement séduit par tant d'ingénuité enthousiaste et par les qualités d'une âme dont il mesurait la « hauteur », il se laissera prendre à un jeu qui les fera se connaître beaucoup

et, ce qui est extraordinaire, sans se voir jamais.

 

Notre photo : Sophie Caritté dans le spectacle-promenade : « Gustave est dans sa chambre » présenté au Musée Flaubert

 

«  Mademoiselle et cher confrère » - le samedi 10 décembre à 14h30 au musée Flaubert et de la médecine

Uniquement sur réservation (obligatoire !) : amismuseeflaubert@gmail.com  ou  06 32 39 15 45

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David Bobée et l'opéra : une esthétique apprivoisée et une réussite absolue

8 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

On attendait avec intérêt ce qu'allait donner la confrontation entre le monde de l'opéra et David Bobée.

On se doutait bien que le directeur du CDN allait ouvrir le cadre stricte du lyrique et s'affranchir, tout à la fois, des impératifs dictés par la partition et, il faut bien l'admettre, les conventions sur lesquelles s'appuient ce style de spectacle.

Et c'est une réussite absolue.

Rien n'est plus difficile que d'aller de l'avant sans faire machine arrière. Mais dans le monde de l'opéra on n'est pas à une lapalissade près. Si l'on veut le sortir de l'enlisement des habitudes, il faut casser les codes pour en inventer de nouveaux sans les rendre pour autant illisibles.

C'est une question d'intelligence, d'approche raisonnée et surtout une connaissance profondément humaine d'une fiction qu'il convient de dégager des parti-pris qui l'alourdissent pour atteindre à une existence plus proche de la réalité sans sacrifier les rêves qu'elle suscite.

C'est le challenge qui était proposé à Bobée et il l'a emporté de haute main.

Ce « Rake's progress » présenté dans la production du Théâtre de Caen auquel se sont associés les théâtres de Limoge et de Rouen est d'une totale pertinence. Ce que Stravinsky s'était déjà employé à faire avec sa musique, Bobée le prolonge en échappant aux fioritures d'une gravures anglaise du XVIIIème pour la transposer - plus exactement - pour la transplanter à notre époque.

Tom Rakewell, le héros, est moins un libertin qu'un « trader » de notre temps harcelé par une soif de la réussite par l'argent qui sera à l'origine de sa réussite et de sa perte. Transbahuté dans un monde qui le dépasse, il est laminé par le rouleau compresseur de la finance qu'actionne le personnage de Shadow (remarquable Kevin Short) qui tient tout autant du Mephisto de Goethe que du Peter Quint de Henry James.

L'histoire par la grâce d'une scénographie éblouissante (la salle des changes est une merveille de trouvailles) devient un conte moderne construit avec une telle pertinence qu'on en vient à suivre les péripéties effervescentes de Rakewell sans jamais être sollicité par une approximation d'intentions qui ramènerait au livret initial : tout est juste, logique, évident.

Dans ce travail marqué par une grande intelligence novatrice, les chanteurs gardent leurs intégrité et se plient à un travail de comédiens qui reste, somme toute, tout à fait raisonable même s'il est très sollicitant. La distribution dans son ensemble est de grande tenue et se réfère dans les voix et dans le style à cette école de chant britannique fait de mesure et de maîtrise. La partition est particulièrement ardue aussi bien pour les solistes que pour le choeurs et se réfère à des citations dans lesquelles on retrouve souvent du Britten pour Benjamin Hulett (Tom) et parfois du Mozart chez Marie Arnet qui dans le rôle d'Anne Truelove affronte des airs redoutables. (Pas étonnant que ce soit Schwarzkopf qui ait créé le rôle en 1951 à Venise).

Dans la distribution Isabelle Druet campe avec intelligence une Baba la turque au timbre très séduisant et Stephan Loges, Colin Judson, Kathleen Wilkinson et Edouard Portal ne souffrent d'aucune faiblesse vocale ou dramatique.

En fait, Bobée s'interdit de prendre trop de libertés avec le fond dramatique de l'histoire si ce n'est dans la visualisation actuelle qu'il lui donne. Il n'y a chez lui aucune irrévérence à l'égard de l'oeuvre elle-même et sa mise en scène ajuste sa définition personnelle aux impératifs d'une partition qui bouscule parfois sans déranger jamais.

Jean Deroyer à la tête du très performant Ensemble Régional de Normandie porte avec une passion rigoureuse le foisonnement et la richesse d'une inspiration musicale qui est un véritable manifeste d'indépendance esthétique et qui rejoint parfaitement les conceptions que David Bobée développe avec une justesse et une intelligence qui méritent d'aller plus avant dans un domaine, nouveau pour lui, mais qu'il a merveilleusement apprivoisé.

On attend la suite avec impatience.

 

« The rake's progress » sera présenté à l'Opéra de Rouen/ Normandie les dimanche 11 décembre à 16 heures et les 13, 15 et 16 décembre à 20 heures dans la mise en scène de David Bobée et sous la direction musicale de Léo Hussain

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« Les Ténèbres » à la chapelle Corneille : la splendeur et l'humilité

6 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

On ne le dira jamais assez : la chapelle du lycée Corneille n' est pas un lieu comme les autres. On ne peut pas y faire n'importe quoi. Les institutionnels qui vont se pencher sur son avenir ont intérêt à venir s 'imprégner de cette combinaison subtile, propre à l'inspiration jésuitique, faite tout à la fois de splendeur et d'humilité pour trouver la bonne « tenue » convenant à ce cadre exceptionnel.

On en a eu la démonstration avec ces « leçons de ténèbres » que le « Poème Harmonique » dispensait il y a quelques jours en associant aux extraits des œuvres de compositeurs comme Couperin, Lebègue et Clérambault, quelques grands textes de Pascal dits par Benjamin Lazar.

On le sait, le tandem Dumestre-Lazar est d'une parfaite connivence intellectuelle dans la manière d'aborder un travail qui va bien au delà de la restitution pour ainsi dire historique pour atteindre, en la circonstance, cette vérité intérieure qui conduit l'auditeur à une réflexion intime relevant presque de la célébration.

C'est ce à quoi voulait parvenir ces grandes pièces liturgiques qui, avant de devenir des évènements profanes, offrait au XVIIème siècle l'opportunité de faire un salutaire retour sur lui-même.

Le « Poème » met superbement en évidence cette exigence. Chacune de ses productions s'emploie à maintenir une authenticité permettant d'aborder avec un rare bonheur les facettes d'un répertoire aux richesses incomparables et des interprètes qui ne le sont pas moins.

Sophie Junker, Eva Zaïcik et Lucile Richardot, dans une parfaite accordance de timbres et de subtiles élégances dans les ornementations, savent éviter un lyrisme trop évident pour maintenir à son plus haut niveau les rigueurs de la réflexion. Le tout étant porté par un discret et solide « continuo » composé de Sylvia Abramowicz, Frédéric Rivoal au clavecin et à l'orgue et, bien sûr, Vincent Dumestre au théorbe.

Et puis il y a Benjamin Lazar qui fait passer le souffle de la pensée pascalienne dans une approche de reconstitution phraséologique tout à fait fascinante.

Dans le dernier texte, Pascal replace l'homme à sa vraie place face à la nature.

Et s'il est un « roseau pensant », ce soir-là à la lueur vacillante des cierges, il était aussi une âme qui chante.

 

Notre photo : Vincent Dumestre par Matthew Murphy

 

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A l 'Opéra de Rouen : la course est lancée !

3 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

La partie n'est pas jouée, loin de là, mais les dés sont jetés.

En lançant le processus de recrutement d'un nouveau directeur pour 2017, l'Etablissement Public de Coopération Culturelle a mis en mouvement une opération qui devrait déboucher dans l'année à venir sur les perspectives de développement qu'elle entend donner à la maison.

C'est le jeu habituel. Le recrutement d'un nouveau « patron » entraîne une mise à plat des éléments susceptibles de séduire celui ou celle qui lui succédera.

Pour se faire l'Etablissement a concocté deux textes qui administrativement parlant mettent surtout en évidence les contraintes mais restent prudent quant aux implications qu'entraînera le choix du futur directeur (ou directrice). En effet, il - ou elle - devra concilier des impératifs artistiques (ce qu'on lui demande en priorité), administratifs et, préoccupation essentielle, répondre aux attentes d'un public qui s'est quelque peu éparpillé.

Au demeurant, il se dégage deux points forts de ce « cahier des missions et des charges » qui est jeté sur le tapis : une candidature au label « opéra national » et l'élaboration d'un projet artistique pour la chapelle Corneille .

Le premier ambitionne de redonner ce qui fut le Théâtre des Arts la place qu'elle occupa longtemps et qui la réintégrerait dans le peloton de tête des maisons d'opéra. Elle sont cinq actuellement à se prévaloir d'un label  qui engage de nouveaux moyens mais aussi de nouvelles sources de revenus par subventions interposées. Ce sont l'Opéra du Rhin, les opéras de Lyon, de Montpellier et de Bordeaux et l'Opéra National de Lorraine.
Pour ce faire l'EPCC met en avant les atouts que le théâtre possède : une maison en état de marche, un orchestre permanent, un solide ancrage territorial, un rayonnement régional et national – voire international - et la perspective de la création d'un pôle lyrique régional dans lequel s'intégreraient d'une manière plus affirmée le théâtre de Caen, l'orchestre régional de Normandie, les conservatoires à rayonnement régional de Rouen et de Caen. Avec bien sûr, la mise en évidence d'une fréquentation des publics qui constituent le nerf essentiel d'une construction ambitieuse se justifiant par son histoire et la volonté des politiques de redorer quelque peu le blason culturel de Rouen et de la région.

La chapelle : une identité "singulière"

Quant au deuxième point fort, il s'appuie sur la même démarche de rayonnement et sur la réputation toute neuve et déjà incontournable de la chapelle Corneille. En intégrant l'Etablissement Public de Coopération Culturelle, elle trouverait enfin un statut qui lui permettrait, selon les termes du cahier des charges, de « lui donner une identité culturelle et artistique singulière ».

En fait, ces deux textes n'apportent rien qui soit nouveau. Ils expriment des désirs et des attentes. Il appartiendra à la personnalité choisie de les concrétiser ensuite. C'est d'une part, une affaire de choix et de l'autre, de confiance.

D'où une certaine prudence dans le contenu de l'ordre de mission qui trace les grandes lignes de ce qu'on attend du futur directeur général.

Pour faire court, il aura  la responsabilité générale de la direction de l'Opéra de Rouen-Normandie. Il/elle devra mettre en œuvre le projet artistique et culturel avec une programmation artistique se donnant pour objectif 100 levers de rideau par an dans ses différentes salles. Avec pour chaque saison un minimum de cinq productions différentes pour trente représentations, en faisant vivre les œuvres lyriques du XVIIème au XXIème siècle avec au moins une œuvre contemporaine en menant une politique de commandes, de reprises d'œuvres, de recherches patrimoniales etc.Le tout prenant l'orchestre pour appui dans le cadre d'un véritable projet artistique sur le territoire régional, dans la dynamique du Pôle lyrique. Enfin, on demandera aux postulants de tracer le grandes ligne de l'identité culturelle et artistique de la chapelle Corneille dont il conviendra d'entretenir et de développer la singularité.

D'ailleurs le véritable challenge sera justement de faire de la chapelle une réalité qui lui soit propre et qui ne soit pas une succession d'événements collés arbitrairement et sans réelle philosophie.

Et on demandera à la nouvelle direction qui aura la responsabilité de deux salles importants de s’associer, dans le même temps, aux établissements culturels normands afin de s’inscrire dans la dynamique de la création d'un Pôle Lyrique Régional.

Enfin, on ne va pas manquer de lui demander de favoriser les partenariats en développant une politique d'artistes associés et/ou d'artistes en résidence, notamment avec les ensembles et compagnies présents en région.

Sur ce point précis, le cahier des charges « gomme » étrangement dans ses attendus, les deux résidences importantes qui apportent à la maison une grand part de son rayonnement national, à savoir « Le Poème harmonique » de Vincent Dumestre et « Accentus » de Laurence Equilbey.

Certain y verront la reconnaissance tacite de leur participation déterminante dans le paysage normand tandis que d'autres iront peut-être chercher des raisons dont celles de mettre en porte-à-faux d'éventuelles candidatures.

Qui peut savoir ?

Bref, en assortissant ces desiderata des recommandations habituelles concernant le développement d'une politique d'action culturelle en direction du jeune public et la recherche et le développement des financements publics et privés, l'EPCC esquisse le profil requis pour diriger la maison : être un(e) professionnel(le) confirmé(e) du spectacle vivant, apporter une expérience dans la gestion d’un équipement du même type ou comparable et d’une équipe pluridisciplinaire... Avoir une parfaite connaissance des réseaux du secteur lyrique, musical et chorégraphique sur le plan national et international à tout le moins offrir une très grande disponibilité.

La fin du contrat de Frédéric Roels arrivant au 1er octobre 2017, son successeur aura à gérer une fin de saison qui ne sera pas la sienne et devra déposer sur son bureau les éléments de sa saison 2018-19.

La date butoir pour le dépôt des candidatures est le 31 décembre 2016. Il n'y a donc pas de temps à perdre. On peut imaginer qu'ils sont déjà nombreux à se presser sur la ligne de départ. La commission présidée par Catherine Morin-Desailly et au sein de laquelle vont se retrouver les représentants de la « Culture », de la Région, de la Métropole et de la ville de Rouen devra choisir la personnalité qui engagera pour cinq ans (la durée du contrat) l'avenir de la maison.

Ce n'est pas une petite affaire.

photo : Jean Pouget

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Chez « Petit à Petit », Rodrigue et Cyrano sortent en bande

25 Octobre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Ils pourraient très bien être cousins éloignés !

Cyrano et Rodrigue ont en commun le goût du panache, l'impétuosité qui rend invincible et cette difficulté d'aimer qui fait des mythes des êtres de chair qui sortent grandis plus encore de leurs amours difficiles que des combats qu'ils livrent pour les gagner.
Pour être franc, on peut admettre que c'est pousser un peu loin la comparaison en mettant sur un même pied (de vers, évidemment) Corneille et Rostand. C'est pourtant d'une certaine manière ce qu'a fait Olivier Petit en les associant dans une collection tout à fait originale, innovante et pourtant d'une fidèlité scrupuleuse aux textes.

Caser des histoires aussi vastes dans le cadre quelque peu réducteur d'une bande dessinée relevait de la gageure. Les Editions «  Petit à Petit » se sont lancées dans une aventure qui avait une double vocation : celle d'abord de mettre en image ces deux épopées et de les ramener aux limites d'un story-board et de l'autre de travailler sur des textes difficiles sans en retrancher une virgule, ni une rime en gardant à travers les images le rythme d'une versification difficile à maintenir dans le respect de leurs qualités respectives.
Bien évidemment, Corneille dans le découpage qu'en a fait Olivier Petit, y reste impérial et le graphisme de Jean-Louis Mennetrier et Christophe Billard confère aux personnages une illustration altière. Il suit à la lettre le noble déroulement de la tragédie qui devient ainsi beaucoup plus lisible pour le jeune public auquel cette collection s'adresse en priorité.

Quant à Cyrano, Fanch Juteau lui donne ce côté chat écorché vif dont le feutre en bataille et la moustache vengeresse font penser au baron de Sigognac de Paul Féval. Là encore, l'histoire avance sans faire de faux-pas, sans rien omettre des passerelles quelque peu hasardeuses qui ont permis à Rostand de jouer avec les mots et de maintenir les alexandrins dans un lyrisme qui, comme à la fin de l'envoi, doit faire mouche.

Noblesse normande oblige, Philippe Torreton a écrit la préface consacrée à ce personnage qu'il a si admirablement campé au théâtre et de tirer, au passage, quelques leçons d'indépendance à l'intention de ceux qui vont découvrir chez Cyrano cette liberté d'esprit qui est le moteur naturel d'un héros de cape et d'épée.

« Heureux veinards » adresse Torreton en guise de conclusion aux jeunes lecteurs qui vont grâce à ces livres intelligents, pénétrer dans des univers épiques qui sont mis ainsi à leur portée.

Cela dit, c'est une chance que peuvent saisir, aussi, les « âmes bien nées » de toutes les générations.

Notre illustration : ""Le Cid" par Jean-Louis Ménétrier et Christophe Billard

 

 

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