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Théâtre en Normandie

Articles récents

La Seine-Maritime : la terre d'élection de la parole

22 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

Marianne Clévy devrait offrir une boussole à ceux qui cherchent à s'y retrouver dans la nouvelle programmation de « Terres de Paroles » qu'elle a mise en place.

En effet dans le foisonnement de cette exploration au pays des livres qui commence dès le 23 mars et va se terminer fin avril, les propositions sont telles que l'on a du mal à sélectionner son bonheur au milieu de tous ceux qui sont proposés.
Heureusement, les choix sont quelque peu facilités grâce aux thématiques qui s'emploient à lancer des pistes autour desquelles s'organise une multitude de rencontres, de lectures, de théâtre avec en prime des rendez-vous tout azimut qui s'éparpillent un peu partout en Seine-Maritime.

L'objectif , généreux, se donne pour mission de porter la bonne parole culturelle dans les principales villes de département mais aussi dans le moindre chef-lieu d'arrondissement... un principe particulièrement louable et qui justifie une dispersion d'intérêt qui a l'avantage de démultiplier les demandes mais l'inconvénient de restreindre le « champ des possibles » alors qu'on aurait envie de tout voir et de tout entendre.

« Amour, justice et débordements » , « Mémoire pour le futur», l'Oulipo et une immersion dans la « galaxie Tolkien » sont les points forts autour desquels s'organise un itinéraire d'une richesse exceptionnelle dont il faudra, pour bien en profiter, fixer minutieusement les étapes en s'offrant le luxe de quelques déviations surprenantes comme la randonnée à vélo.dédiée à l'Oulipo auquel un large volet est consacré. On est surpris, d'ailleurs, qu'il n'y ait pas eu de place pour le Moulin d'Andé, grand centre de  pensée  oulipienne où séjourna jusqu'à la fin de sa vie Maurice Pons, ami de longue date de Paul Fournel et où Sylvie Habault et Guy Faucon entretiennent, contre vent et marée, l'esthétique et le ton d'un esprit authentiquement oulipien.

Lors de la dernière édition de « Terres de paroles » nous avions déploré que la Normandie ait été si peu représentée ou du moins reléguée au second plan par rapport à ses auteurs et aux comédiens appelés à les servir. Cette fois le tir a été singulièrement rectifié...

Côté auteurs Gustave Flaubert, Hector Malot, Maeterlinck – si son séjour à Saint-Wandrille et sa liaison avec la sœur de Maurice Leblanc fait du père de « L'oiseau bleu » un normand d'occasion – sont à l'honneur. De contemporains, on n'en trouve guère ou bien peu... parisianisme oblige !

Par contre du côté des interprètes, des musiciens et des metteurs en scène, les rangs sont plus serrés.

On y retrouve Laëtitia Botella, Yann Dacosta, Philippe Davenet, Pierre Delmotte, Paul Desveaux, Valérie Diome, Vincent Fouquet, Marie-Hélène Garnier, Thomas Jolly, Jean-François Levistre, Jean-Pierre Menuge, Anne-Sophie Pauchet, Alexis Peltier, Bruno Putzulu, Alexandra Rubner, Olivier Saladin, Jean-Marc Talbot, Laurent Terrier etc....

Quant aux lieux, ils mettent en valeur des salles que l'on connaît et d'autres à découvrir. Elles vont permettre au public de faire quelques belles incursions « touristico-culturelles » dans l'esprit de ces festivals qui sont en priorité destinés plus à l'extérieur qu'aux habitants du cru qui bien souvent se sentent étrangers à des manifestations « chics et chocs » dont l'intérêt est indéniable mais singulièrement limitées sur le plan local qu'il déclenche.

Une manière pour le Département qui « met le paquet » sur le plan de son investissement logistique et financier pour porter la bonne parole sur ses terres.

Notre photo : Jean- Marc Talbot et Marie-Hélène Garnier : deux normands sur leur terre

 

Toute la programmation sur : terresdeparoles.com

 

 

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« Somos » au CDN : la force, la jeunesse et la rage

15 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

Depuis qu'elle a pris les rênes du cirque-théâtre d'Elbeuf Yveline Rapeau qui était déjà en charge de « La Brêche » de Cherbourg a mis en place – grande Normandie oblige – une plateforme constituée de deux pôles « cirque » implantés en Normandie .

 

 

Ce qui inclut des programmations dont la multiplicité ouvre de nouveaux horizons à une tradition plusieurs fois centenaire. Un peu comme ce fut le cas en son temps pour la danse contemporaine, l'air du temps favorise une évolution radicale qui bouscule les habitudes, affine les regards et révolutionne le principe même du spectacle qui s'en tient toujours à une performance sans cesse renouvelée mais lui insuffle de nouvelles respirations.

Bien sûr on pourra regretter qu'avec le départ de Roger Le Roux à Elbeuf ces nouvelles donnes, pour vivifiantes qu'elles soient imposent une culture unique alors que chacun des responsables des lieux dont il était responsable imprimait sa « patte » à des programmations dont l'originalité était liée à sa propre sensibilité et surtout à celle de la maison qu'il dirigeait.
Mais, bon, l'heure est aux regroupements et paradoxalement à l'éclatement – voire à l'éparpillement (« Terres de Paroles » est exemplaire du phénomène) - et on ne saurait se plaindre qu'il y ait trop de propositions alors qu'on déplora souvent qu'il n'y en eût pas assez.
Bref, avec le festival « Spring », les territoires normands se définissent en quatre grands rayons d'action (La Manche et l'Orne, Le territoire de Caen et la mer, l'Eure, la Métropole Rouen Normandie). Ils déploient des plaisirs qui ne sont plus exclusivement circassiens et abordent des formes d'expression qui vont du théâtre à la danse et – c'est nouveau – à la réflexion. Une manière d'ouvrir l'art du cirque à des perspectives qui échappent aux simples limites du chapiteau dans lequel il s'est cru longtemps cantonné et qui trouvait ses lettres de noblesses dans sa pérennité.

Mais le monde bouge et les pistes avec lui. Le cirque est une discipline par définition universelle. De tout temps, il a réuni des nationalités qui trouvent dans l'effort et le tour de force un nouveau langage. Il peut devenir parfois celui des signes comme le démontre le beau « Somos » de la compagnie El Nucleo dans un spectacle dont l'originalité tient beaucoup dans son discours et dans la manière de l'illustrer.

Ces six jeunes gens, originaires de Colombie et d'Italie, étaient cette semaine à « La Foudre » où on les avait déjà vus, entre autres, dans "Dios Proveera", "Wam" et "Romeo et Juliette".

Une fois encore, ils ont emballé des salles subjuguées par leur force, leur jeunesse et une rage merveilleusement contrôlée. Leur travail s'inscrit dans une mouvance résolument novatrice même si leurs prestations physiques sont, somme toute, assez classiques.

En fait, tout est dans la manière de construire un univers à la fois violent et sensuel. C'est celui de grands enfants se battant à grands jets de tampons de magnésie qui crépitent comme des balles et dont les volutes meurtrières s'évanouissent dans le feu des projecteurs.

On est loin de la sophistication des grands « banquistes» fixés par la tradition pour s'approcher au plus près d'une réalité humaine qui renouvelle le principe et le colore d'enthousiasme, de sensualité mais aussi de douleur.

C'est remarquablement construit et pensé. Les performances se succèdent, se juxtaposent, s'interposent dans des discours qui s'établissent à plusieurs niveaux y compris celui de l'humour et de la tendresse.

Le passage entre le tour de force le plus abouti et la chorégraphie à l'état pur est subtil et les enchaînements des corps et des idées déroulent une philosophie dans laquelle les changements de pied sont des changements de cap que ces jeunes gens nous font franchir allègrement.

 

Pour tout savoir sur le festival « Spring » 2017 : www.festival-spring.eu

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« L'île des esclaves » : l'élégante lucidité de Marivaux

13 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

C'est par-delà les siècles une pièce d'une étonnante actualité.

La manipulation, les retournements de situation, les mensonges consentis et les travestissements de l'esprit, pourraient trouver leur application dans notre propre actualité faite de faux-semblants et de rebondissements pour le moins théâtraux.

Dans le jeu des pouvoirs mit en place sur cette île dont les esclaves sont les maîtres, des naufragés voient les rapports de force s'inverser radicalement et sont soumis aux règles d'une république dont les citoyens voudraient qu'elle soit harmonieuse.
Nous somme au cœur de ce XVIIIème qui commence progressivement à s'ouvrir aux « lumières » et « L'île des esclaves » répond d'une manière très directe aux préoccupations sociales sous-jacentes qui se trouvent dans l'oeuvre de Marivaux. D'une certaine manière, le propos s'apparente par bien des points à celui que Beaumarchais mettra en évidence avec une violence quasi révolutionnaire..
Mais Marivaux est un tendre. Son discours se veut dénonciateur sans être pour autant insolent et il est imprégné de résonances rousseauistes dans la volonté de construire un univers pour ainsi dire équitable et en fin de compte singulièrement idéalisé.
En réalité, cette île est assez éloignée de la Cythère de Watteau même si le réquisitoire s'enrobe d'une galanterie courtoise qui joue habilement avec les situations convenues d'un procédé cher à l'époque.

Dans la vision qu'en donne la compagnie « AKTE », et qui a fait les beaux soirs des Deux-Rives, Anne-Sophie Pauchet parvient à garder l'essentiel du fond en s'affranchissant quelque peu de la forme.

Elle le fait en jouant avec toutes les ressources qu'offre le lieu.

A l'aide de panneaux télévisuels qui font éclater l'action sans lui faire perdre pour autant son unité, portée par un climat sonore très bien venu et qui n'alourdit pas l'ensemble, sa mise en scène, à la fois innovante et respectueuse, baigne dans une alacrité qui convient parfaitement à une distribution que dominent Valérie Diome et Arnaud Troalic. Ils sont les pivots d'une jeune équipe de comédiens dont l'enthousiasme tempère les approximations de style qu'on pourrait trouver dans ce spectacle juvénile qui dérrière l'élégante désinvolture propre à Marivaux jette sur le monde de son temps – et sur le nôtre – un regard d'une lucidité incisive.

Au Rayon Vert - Saint-Valéry-en-Caux le jeudi 23 mars

Photo : Roger Legrand

 

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A Radio HDR, la culture ça engage à tout !

14 Février 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il y a quelques années une floraison de radios libres s'est épanouie en offrant à des générations de nouveaux auditeurs les bonheurs de la liberté de paroles et de la proximité.
Parmi elles beaucoup n'ont pas résisté à ce phénomène qui pour sympathique qu'il fût demandait des moyens humains et techniques qui très rapidement devinrent trop soliicitants pour que ceux qui en avaient été les initiateurs puissent se maintenir.
Par contre, d'autres se sont implantées assez durablement et solidement pour occuper une place déterminante dans le paysage audiovisuel de la région. Parmi elle, il y a la radio des Hauts de Rouen qui a construit un réseau d'animateurs « de bonne volonté » extrêmement agissant et qui en épaulant les sept permanents de la station forment un tissu d'informateurs bénévoles qui entretient le dialogue entre les communautés à travers des sujets qui s'emploient à toucher un maximum d'oreilles et de coeurs.

 

 

 

Il est évident que depuis 15 ans qu'elle existe, HDR joue un rôle essentiel dans un quartier qui a mis un certain temps avant de trouver son affirmation sociale. Il n'est donc pas étonnant que son audience se soit élargie au point de pousser Nicolas Leborgne, responsable technique de la radio et réalisateur, à trouver de nouvelles raisons de fidéliser son public. Parmi elles, il y a la culture.

Le domaine est d'importance même s'il n'est pas toujours facile de maintenir, sur une chaîne pluraliste, la juste mesure entre un didactisme trop appuyé et l'indépendance de ton qui fait le charme des radions libres.

Nicolas Leborgne a eu la chance de retrouver, un peu par hasard, un ancien camarade du lycée Jeanne-d'Arc dont le profil, ou plus exactement les multiples profils auquel son métier de comédiens le prédispose, correspondait parfaitement aux attentes d'une radio dont un des buts est d'être le « mix des cultures ».

Steeve Brunet, en effet, est un personnage qui ne se laisse pas enfermer dans des genres trop précis. Une indépendance d'esprit revendiquée qui lui offre une belle liberté d'action.

Au départ, sa carrière semblait le destiner à Sciences-Po jusqu'à ce que son goût pour l'aventure ne le fasse bifurquer vers le cinéma et le théâtre. De Molière à Kundera, de Goldoni à Racine en passant par Brecht et quelques autres, il a intégré « Théâtre en cie" » auquel il reste fidèle - « j'aime le théâtre en compagnie » précise-t-il - sans se faire oublier pour autant par la télévision, le cinéma ou la radio !

De ces retrouvailles rouennaises est née « ça n'engage à rien », une émission bi-mensuelle dans laquelle Brunet et Leborgne se livrent à un savoureux jeu de ping-pong dont la fonction est de mettre en évidence des spectacles présentés sur l'agglomération rouennaise et de donner envie d'aller les voir.

Le « ton » est résolument jeune et décalé et offre à un public, à priori néophyte, l'occasion d'avoir une approche sympathique et chaleureuse d'événements ou de manifestations culturelles se déroulant sur la région. C'est ainsi que HDR s'est assuré le soutien et la collaboration du Musée des Beaux-Arts et du 106 qui sont en quelques sorte pour la station de nouvelles antennes.

Quant à Steeve Brunet il se félicite de ces nouvelles collaborations :

« C'est une manière d'inciter le public qui ne va pas au théâtre de faire des découvertes et de répondre à une demande culturelle qui, au départ, ne se formule pas dans la mesure où il pense que ce n'est pas pour lui ou trop éloigné de ses attentes et de ses plaisirs ».

Jusque-là David Bobée et Yann Dacosta ont été ses invités. Tout prochainement, Romanes qui avait planté son chapiteau à Mont-Saint-Aignan viendra parler de ses expériences pour une série d'émissions. Puis Steeve Brunet recevra Ahmed Madani puis en juin la thématique tournera autour du spectacle "Inquiétudes", le tout étant en partenariat avec le CDN.

L'objectif de Steeve Brunet et de Nicolas Leborgne, répétons-le, est de susciter des envies, de favoriser l'accessibilité à d'autres formes de spectacles, de sauter en quelque sorte le pas pour faire tomber les barrières des idées reçues ou de l'indifférence.

En juillet et août Steeve Brunet s'envolera pour le Burkina Faso pour le « Kino Ouaga », une série de rencontres dans lesquelles cinéastes, techniciens et comédiens vont se retrouver pour confronter et partager leurs expériences et faire des films ensemble... une manière de prouver que la culture si « ça n'engage à rien », ça mène toujours quelques part !

Pour écouter radio HDR : 99.1

radiohdr.net et sur la page facebook où vous retrouverez les enregistrements de « ça n'engage à rien »

Steeve Brunet et Nicolas Leborgne : une partie  de ping-pong (photo :Melvin Renault)

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Les chants de la négritude pour le « Printemps des poètes »

11 Février 2017 , Rédigé par François Vicaire

De son observatoire de l'Ile du Roy, Patrick Verschuren a développé depuis des années une connaissance profonde des éléments et des êtres qui lui permet de dessiner sans grand risque des prévisions poétiques qui échappent aux caprices de la météorologie.

C'est pourquoi avec la belle assurance des spécialistes qui font plus confiance aux impressions qu'à la statistique, il nous annonce sans coup férir que le Printemps de cette année sera chaud et ensoleillé.

Une assertion optimiste qui s'inscrit dans le cadre de la nouvelle saison du « Printemps des poètes », mise en place en partenariat avec « La Factorie / Maison de Poésie en Normandie », « Alias Victor » et « Détournements » le tout étant placé sous la houlette de la direction des affaires culturelles et avec l'aide de la ville de Rouen.

Ecoute le message de l'Afrique lointaine et le chant de ton sang

Prenant pour appui la première phrase du « Chant de printemps » de Léopold  Sedar Sanghor, la programmation du « Printemps des poètes », a construit un parcours qui illustre parfaitement les grands courants d'inspiration de cette Afrique  dont la richesse instinctive alimente les imaginaires d'un occident qui a beaucoup puisé dans la diversité de ses origines.

C'est en quelque sorte une exploration en négritude dans laquelle les principales étapes qui la composent vont voir se succéder du 4 au 5 mars des poètes du Maghreb, des conteurs africains et des personnalités qui du Congo au Cameroun en passant par l'Algérie et la Tunisie forment un véritable panorama poétique dans lequel s'intègrent des artistes normands qui font en quelque sorte le lien intellectuel et humain entre les continents.

On y retrouve en effet Alexis Pelletier pour un montage de textes de poètes d'Afrique noire, Gersende Michel qui s'intéresse aux poétesses du Maghreb et d'Orient, Evelyne Pellerin Ngo Maa qui déroule les subtilités du langage et du chant qui se répondent et s'interpénètrent, la compagnie « Alias Victor » d'Alain Fleury qui présentera un spectacle réservé au jeune public etc ... Céline Gouel qui proposera aux jeunes générations un spectacle « Têtenlair et Maman lampadaire »  avec Jérôme Revel et.... un lampadaire, le tout mis en scène par Patrick Verschueren.

On y retrouvera également des élèves du Conservatoire de Région de Rouen qui pimenteront une série de parcours allant du musée d'Histoire naturelle à celui des Antiquités sans omettre des incursions sur le marché de Fécamp avec des « Pêcheurs de poèmes » ou à Blangy avec l'étonnant « Contre les bêtes » de Jacques Rebotier avec Arno Feffer dans une mise en scène de Patrick Verschueren mais aussi dans l'Eure, entre autres, à Evreux, Louviers, Bernay, Val de Reuil et dont bien évidemment l'Ile du Roy.

Toute la programmation sur printempsdespoetes.com

Notre photo : « Tetenlair et Maman lampadaire » de Céline Gouel avec Jérôme Revel (photo Olivier Bonnet)

 

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« Les lettres d'amour » au CDN Les soubresauts du corps et les mouvements de l'esprit

10 Janvier 2017 , Rédigé par François Vicaire

Les « héroïdes » est un travail de reconstruction littéraire et sentimentales à travers des lettres dans lesquelles Ovide imagine une correspondance des grandes héroines de la mythologie à l'adresse de l'être séparé.

Dans cette suite sans réponse de déplorations sublimes, l'exacerbation des sentiments hisse les douleurs humaines au niveau d'un tragique dont le paroxysme est porté par un style d'un lyrisme à l'étonnante modernité.

 

Et c'est certainement ce qui a incité Evelyne de la Chenelière à s'intégrer dans ce qui échappe à « l'art d'aimer » pour devenir celui des amours contrariées et qu'elle développe d'une manière résolument contemporaine tout en lui restant relativement fidèle.

Prenant pour argument quelques unes des plus belles lettres de ce recueil dans lequel Phèdre, Didon, Pénélope, Ariane s'abiment et ne se remettent pas de l'absence, elle a construit un long monologue qui se développe dans les circonvolutions haletantes d'un « Quand tu m'as dit, je ne t'aime plus» qui devient en quelque sorte le leitmotiv du spectacle. L'idée est intéressante et trouve sa cohérence dans le travail remarquable de Macha Limonchik qui joue avec une palette de sentiments qui la fait passer de la tendresse à l'imprécation avec une grande aisance et une grande sensibilité comme elle sait aller d'un style à un autre sans que les différences d'intention et de ton s'en ressentent vraiment.

Il faut dire que le lien qui unit les différents éléments de ce procédé quelque peu artificiel se fait grâce à un époustouflant travail aux sangles dans lequel Anthony Weiss allie tout à la fois une beauté hiératique formelle à la grâce et la souplesse à la sensualité.
On retrouve là la « patte » de David Bobée qui ne se départit jamais de faire jouer les soubresauts du corps avec les mouvements de l'esprit dans une même exigence.

Dans cette mise en scène qui fait la part belle au tempérament de la comédienne dont les projections videos n'épargnent rien d'un investissement très sollicitant, la musique a son rôle à jouer. Elle le joue presque trop bien et d'une manière très présente.

Le groupe « Dear criminals » confère à ce spectacle une note très actuelle mais qui d'une certaine manière vient en décalage d'une mise en cène qui s'emploie, justement, à trouver une unité de pensée, voire d'action. Elle la souligne avec une certaine insistance et casse parfois la magie des mots et la force des intentions. Il faut attendre la toute fin du spectacle pour qu'avec quelques accords de guitare elle revienne au registre plus intime dans lequel ce beau spectacle mériterait de rester.

Cela dit « Les lettres d'amour » créé à l'Espace GO de Montréal la saison dernière dans la mise en scène de Bobée offre un grand moment dans lequel l'intériorité et l'expression corporelle se rejoignent et se complètent parfaitement.

On peut encore en profiter aujourd'hui, au Théâtre des Deux-Rives, mercredi 11 et jeudi 12 à 20 heures et samedi 14 à 18 heures. Quant à « Dear criminals »,qui est au demeurant une excellente formation, il sera en concert à la chapelle Saint-Julien de Petit-Quevilly mardi 17 et mercredi 18 à 20 heures

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Bonnes et heureuse fêtes de fin d'année

15 Décembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

 

Bonnes et heureuse fêtes de fin d'année

 

La réouverture de la Chapelle du Lycée Corneille à Rouen aura été un événement marquant de l'année 2016.

Nous l'avons choisie comme symbole pour marquer cette fin d'année et envoyer pour 2017 une pensée affectueuse à tous ceux qui défendent le spectacle vivant et s'emploient à mettre de la lumière, de l'amour et de la tolérance dans la grisaille d'un monde en folie.

Bonne année à tous !


 


 

Notre photo : Lors d'un concert du « Poème Harmonique » de Vincent Dumestre à la Chapelle Corneille (photo JB Pellerin)

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L'effet boomerang de la « 56° compagnie »

30 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Il y a des retours en arrière qui sont de grands pas en avant.

La preuve en est la reprise de « L'effet fin de siècle » par la « 56° compagnie » (du nombre de compagnies que comptait alors la région rouennaise et qui ne semble pas avoir été depuis égalé).

Ce spectacle mis en scène en 1998 par Serge Gaborieau et Jean-Marc Talbot était une satire acidulée de mœurs qui à l'époque régissaient le monde du travail et qui, si on y regarde bien, n'ont pas vraiment changé.
Sur un mode bi-frontal extrêmement attractif, sept comédiens se livraient à un travail d'improvisation à partir de textes qui étaient de leur cru mais que Frédérique Grandpierre-Vitali avait réécrits pour leur donner une nouvelle théâtralité.

 

 

L'ensemble résumait sur un ton incisif et joyeux les travers d'un univers qui englobait tous les cas de figure, qu'ils soient administratif, commerçant ou autre, qu'on rencontrait, et qu'on rencontre toujours, dans les rapports parfois conflictuels qui s'établissent entre les employeurs et leurs salariés.

Il se trouve que Gilles Cauchy, directeur du Théâtre des Charmes à Eu avait beaucoup aimé « l'effet fin de siècle ». Il n'était pas le seul et le spectacle a tourné dans toute la région avec un succès qui ne se démentit nulle part. L'idée le tenaillait de le remonter un jour et les circonstances ont fait que les hasards associés du calendrier et des finances du théâtre lui ont permis de regrouper l'équipe de la création pour présenter à nouveau cet « effet » à long terme.

Encore fallait-il retrouver les bonnes conditions qui avaient fait sa réussite et en premier les comédiens. Chacun d'eux était parti vivre ailleurs sa vie théâtrale et l'idée aurait pu ne pas se réaliser exactement dans les conditions de distribution qu'elle avait connues. Mais la chance fera que ce regroupement, reconstitué à pratiquement 15 ans de distance, se reforme sans problème. C'est ainsi que sous la houlette commune de Gaborieau et de Talbot, Marie-Hélène Garnier, Thomas Germaine, Jane Fabulet, Bénédicte Lescène, Françoise Leplesnier, Gwenn Buhot et Sylvain Josse se sont retrouvés pour une résidence au Théâtre des Charmes dans la perspective d'une unique représentation qui y fut donnée tout dernièrement.

L'aventure n'a pas pris une ride. Les interprètes ont gardé la fraîcheur d'esprit (et de teint) d'il y a quinze ans et ont repris tout naturellement leurs marques comme s'ils avaient joué le spectacle la veille. Si bien que Serge Gaborieau est en train de prospecter les salles de la région pour l'y présenter de nouveau.

Entre temps la « 56° compagnie » reprend la route. Installée à Paris depuis une dizaine d'années, elle continue de travailler à la défense des bons textes dont ceux que Gaborieau lui-même a écrit au cours d'une résidence à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon.

Parmi les projets il y a notamment celui de "Passion simple" d'Annie Ernaux avec Françoise Leplesnier et la musicienne Ryz Désormais qui sera présenté au Théâtre Paris-Villette du 12 au 16 décembre. Dans le même temps Serge Gaborieau peaufine un projet autour de « Yonisos le furieux » de Laurence Gaudé avec Malik Faraoun.

Pour l'heure, il s'est installé aux Bains-Douches d'Elbeuf dans le cadre des « Sorties de bain » mises en place par Jean-Paul Viot et Rosemary Fournier et répète « Jeune homme cherche un fusil » de Aude Sabin dans une mise en scène de Ariane Heuzé.

Ainsi la «56 ° compagnie » reprend-elle du service en Normandie.

En définitive, son « Effet de siècle » se transforme en un salutaire « effet boomerang ».

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Yvan Duruz fait passer un vent de fraîcheur sur le Siroco

25 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Soyons juste : faire rire un auditoire de quelque 200 gamins qui viennent peut-être pour la première fois au théâtre et pour qui c'est une fête que de se plonger sans retenue dans un mode en rupture avec leur univers scolaire, n'est pas en soi une performance difficile à atteindre.

Avec un fond d'innocence qui reste enfoui dans le cœur de chaque comédien, la maîtrise d'un acte théâtral qui sait se mettre au niveau d'un public tout neuf et en utilisant les ressources d'un comique de situation bien mené, le tour est joué.

Par contre savoir instaurer sur une salle chauffée à blanc de grands moments de calme, capter l'attention par des mots et juguler de jeunes attentions est une autre histoire.

Yvan Duruz y parvient sans problème mais non sans imagination.

C'était cette semaine à Saint-Romain-de-Colbosc chez Bruno Régnier au « Siroco » qui est certainement un des meilleurs exemples qu'on puisse trouver d'équipement d'animations culturelles dans une agglomération de moyenne importance.

Les « Voyageurs imaginaires » y avaient posé leurs valises et déployé tous les charmes de leurs accessoires hétéroclites et chatoyants pour construire un monde dans lequel la réalité et le rêve se côtoient, se bousculent parfois sans jamais se contrarier.

L'histoire est linéaire : dans une petite compagnie théâtrale menée tambour battant par un père passionné et fantasque, le fils se rebelle et décide de partir. Non par lassitude mais par amour et c'est une bonne raison pour qu'au bout du compte l'affrontement familial trouve un dénouement sympathique.

Tout commence sur le ton de la farce. On saute, on cabriole, on multiple les effets qui font mouche et la salle en redemande dans de grands éclats de rires communicatifs. Et puis, l'ambiance progressivement s'apaise avec le déroulement d'une histoire dont se dégage une morale dans laquelle un jeune public peut trouver ses propres applications: la complexité du sentiment amoureux, le besoin d'indépendance face à l'autorité parentale, la prise de responsabilité devant les décisions à prendre etc ….

Jouer le théâtre dans le théâtre est la bonne manière de faire entrer de jeunes esprits dans la magie d'un conte. C'est, en l'occurrence, celui de « La belle et la bête » que les comédiens et les spectateurs vivent jusqu'à ce que la réalité viennent les sortir de ce rêve éveillé que peut être le théâtre.

C'est une bonne initiation et une excellente approche au monde de l'imaginaire en passant par des notions toutes simples et très parlantes. Avec des moyens qui soumettent Yvan Duruz, Boris Zordan et Marie Rubert à un rythme très soutenu, la mise en scène de Sabine Zordan est vive, intelligente, sans pathos mais aussi sans excessive simplification. Dans la matinée les enfants sont venus en masse... le soir et le lendemain, leurs parents sont venus à leur tour se ressourcer à ce bon spectacle, vivifiant et joyeux qui a fait passer sur le « Siroco » un grand vent de fraîcheur.

 

Photo Elisabeth Delestre

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Claude Brendel au Conservatoire : trouver les bonnes vibrations

22 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

Ils sont pratiquement arrivés ensemble avenue Porte-des-Champs. La première en qualité de directrice, le second comme directeur-adjoint. Claire Paris-Messler et Claude Brendel se sont retrouvés dans les mêmes murs d'une manière quasiment concomittante. Leur arrivée en 2005 au Conservatoire National de Région a boosté l'ambiance d'une maison qui s'était quelque peu assoupie

 

 

 

Avec une belle complémentarité, ils lui impulseront une nouvelle dynamique à travers une irrigation constante et élargie dépassant les frontières naturelles d'un conservatoire à rayonnement régional en accentuant une politique de partenariats.

Et, cette volonté d'aller plus avant dans les champs d'exploration s'ouvre à de nouvelles perspectives puisque Claire Paris-Messler a pris la direction du conservatoire de Caen et que Claude Brendel lui a succédé à la tête d'une maison qu'il connaît bien en tant que musicien, pédagogue et chef.

Cette double nomination en forme de chaise musicale est en quelque sorte une manière de mettre sur les rails cette « grande Normandie » de la culture telle qu'elle doit maintenant se développer. Et il y a de fortes chances qu'avec deux personnalités qui se connaissent bien et fonctionnent selon les mêmes critères de développement artistique les passerelles entre Caen et Rouen aillent en s'intensifiant.

Pour Claude Brendel, la direction du Conservatoire de Rouen est une étape importante dans une carrière déjà bien fournie. Son parcours est d'une richesse qui va de la direction artistique de formations de jeunes musiciens à une importante activité de chef qui l'a conduit et le conduit encore sous des ciels orchestraux très divers comme l'orchestre symphonique national du Viet-Nam, au Festival international d'orchestres de jeunes de Florence mais aussi à Brasilia, à Budapest, en Autriche, en Espagne ou en Chine à l'Université de Canton où il continue de diriger régulièrement.
Son arrivée à Rouen lui aura donné l'occasion de mettre en application une somme d'expériences acquises tout au long d'un parcours d'une grande richesse musicale. On lui doit, entre autres, la création d' une formation de chambre pour instruments anciens mais aussi d'un ensemble instrumental lui permettant de mettre en valeur un répertoire lyrique auquel il est extrêmement sensible et qu'il a découvert à ses débuts auprès du chef Jean-Claude Hartemann (qui était alors préfet de la musique à l'Opéra-Comique) qu'il considère comme son mentor et auquel il fait constamment référence.

 

Une ruche aux talents prometteurs

 

Homme de musique Claude Brendel se trouve être maintenant homme de pouvoir dans le sens le plus administratif du terme. En effet, le conservatoire est une véritable entreprise qui compte plus de 1300 élèves (1000 musiciens, 200 danseurs et 310 comédiens) dont les formations sont assurées par 94 enseignants. Autant dire que la maison est une ruche au sein de laquelle peuvent s'épanouir les talents prometteurs qui constituent l'épine dorsale du développement culturel d'une région et qu'il convient de gérer au plus près.

Pour Claude Brendel le problème est d'entretenir avec les composantes locales et régionales des rapports extrêmement étroits. Et en premier lieu avec la ville de Rouen qui est le partenaire naturel du Conservatoire puisque qu'elle assure plus de 80% de son fonctionnement, le reste se répartissant dans des proportions moindres entre l'Etat, le Département, et la Métropole et au bout du compte les recettes propres à la maison.

D'où la nécessité d'établir des partenariats qui concrétisent des ambitions communes. C'est ainsi que depuis 2008, « Les Méridiennes » s'inscrivent dans un cycle de concerts et d'animations purement rouennais dans lequel le conservatoire est associé directement ce qui ne l'empêche pas, dans le même temps d'assurer une saison qui lui est propre.

C'est la bonne manière pour faire sortir la maison du cycle de l'enseignement pour la faire entrer par la grande porte dans celui de l'expérience en directe avec le public. C 'est aussi pour Claude Brendel la bonne manière de mettre en valeur les ressources que possède la maison en offrant aux enseignants l'opportunité d'affirmer leur fonction d'artistes à part entière à côté de celle de pédagogue.
Pour ce faire il a mis sur pied une série de rencontres se déclinant sur trois thématiques dans lesquelles maîtres et élèves se trouvent associés pour des rendez-vous qui englobent toutes les disciplines du Conservatoire. Il y a eu un grand rendez-vous avec Erik Satie, puis du 9 au 14 janvier ce sera l'occasion de faire un tour de table en goûtant aux subtilités de la poire belle Hélène ou de la pêche Melba en passant par la truite de Schubert et la poule faisane de Rostand jusqu'aux musique de table du XVIII° siècle qui déroulera ses fastes culinaires et musicaux au lycée hôtelier de Canteleu.

Enfin le troisième rendez-vous entraînera les publics dans les dédales mystérieuses d'une itinérance dont le parcours se construira autour du Japon, de la Chine, des pays de l'Est, de l'Arménie et même de cette contrée un peu mystérieuse et mal connue appelée l'iodiophonie qui veut que chaque corps solide émette des ondes qui composent sa propre musique.

C'est presque la définition qu'on peut donner de la maison où chaque expression artistique qui s'y retrouve émet une petite musique personnelle qui, au bout du compte, constitue un grand concert dont l'harmonie est constamment renouvelable.

 

Le détail de la programmation sur : www.conservatoirederouen.fr

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