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Théâtre en Normandie

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Le festival de musique ancienne d'Arques-la-Bataille : Les derniers chants de l'été

28 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

Le festival de musique ancienne d'Arques-la-Bataille :  Les derniers chants de l'été

Cela fait maintenant treize ans qu'existe le festival de musique ancienne d'Arques- la -Bataille.... treize ans au cours desquels cette institution – car c'en est une – a su évoluer sans rien perdre pour autant de son originalité et des objectifs que Jean Paul Combet son directeur artistique voulait lui donner.

C'est, en effet, un des charmes de ces rencontres que d'avoir sauvegardé depuis leur naissance la saveur chaleureuse d'un rendez-vous échappant au parisianisme que ce genre de manifestation peut parfois entraîner.

Tout en lui gardant la fraîcheur de ses ambitions, le festival reste avant toute chose le rendez-vous de passionnés, qu'ils soient des environs immédiats ou que s'y joigne un contingent fidèle de vacanciers de la région. Les uns et les autres viennent se ressourcer aux exigences d'une programmation axée essentiellement sur la musique baroque sans pour autant s'arrêter à de strictes exclusives.

Une philosophie de la proximité qui favorise les contacts avec le public et qui chaque année prend de l'ampleur.

En effet, s'il en reste l'armature le festival de musique ancienne tel qu'il se présente aujourd'hui, déploie un certain nombre d'activités qui se recoupent, se complètent et forment un réseau qui couvre une année entière. Parallèmement il appuie son action sur des projets pédagogiques qui sont des éléments déterminants dans les activités du festival. Il en va ainsi d'expériences que Benjamin Lazar mène avec son « Théâtre de l'incrédule » auprès de jeunes élèves de cm1-cm2 d'Arques-la-Bataille qu'il inititie aux subtilités d'un phrasé et d'un travail d'expression autour des textes de Molière et de La Fontaine.

Dans le même temps, Jean-Paul Combet a mis en place, à raison d'un concert par mois, des séries de manifestations qui essaiment dans l'agglomération dieppoise et sont, en quelque sorte, le corollaire des cinq jours pendant lequel se déroule le festival proprement dit.

Celui-ci cette année s'est construit autour d'une thématique bien particulière qui est la chanson.... la chanson telle qu'on l'a pratiquée de tous temps et celle qui aujourd'hui encore reste un des véhicules privilégiés d'une culture populaire attestant, au fil des siècles, de sa vitalité et de sa grande diversité.

Jean-Paul Combet a voulu lui rendre hommage et montrer combien la chanson – qu'elle soit de geste ou d'intention - est un des supports sur lequel la musique baroque s'est particulièrement appuyée et développée. Cela va des trouvères juifs du XIIIème siècle aux pièces contemporaines écrites pour l'orgue. Quatre concerts qui sont comme une variation très libre déclinées autour d'un répertoire dans lequel des compositeurs comme Clément Jannequin, Froberger auquel, par ailleurs, une « nuit » sera consacrée, les compositeurs espagnols du XVIème siècle et des chansons de toutes les époques vont courir librement sur les claviers du bel orgue d'Arques qui reste le symbole de ces rencontres. (Les 24, 25, 26 et 27 août à l'église d'Arques-le-Bataille avec Benjamin Alard, Etienne Baillot, Gaël Liardion et Jean-Baptiste Monot).

Tout au long de ce parcours fredonné, le festival va favoriser des rencontres inattendues et passionnantes, entre autres, avec Christine de Pisan dont seuls les textes nous sont parvenus et sur lesquels l'ensemble « Voca me » a effectué une recherche qui est une véritable aventure historique et musicologique (Mardi 23 Août à l'église de Hautot-sur-Mer). Même découverte pour ces « chansons des vents et des saisons » dispensées par « Les Lunaisiens » d'Arnaud Marzorati le vendredi 26 août à Dieppe-Maritime-Innovation à Dieppe.

Auparavant, le mercredi 24 à 22 heures à la salle des fêtes de Martin-Eglise, on retrouvera d'une manière plus surprenante la célèbre Yvette Guilbert. On connaît d'elle surtout sa fameuse « Madame Arthur » et le non moins fameux « Fiacre ». Pourtant on sait moins qu'elle fut une fière propagandiste de textes rompant avec la grande tradition du « chat noir » et qu'elle revisita, surtout dans la seconde partie de sa longue carrière, un répertoire composé de chansons anciennes, pour ne pas dire moyenâgeuses. Françoise Masset et les « Musiciens de Saint-Julien » de François Lazarevitch évoqueront celle dont Toulouse-Lautrec immortalisa la silhouette longiligne et l'humour pointu. Ce sera rendre justice à une artiste à laquelle, contre toute attente, la musique baroque lui est redevable de l'avoir défendue à une époque où on s'en préoccupait peu.

Un autre personnage sera également au centre du festival. C'est Jehan Jacob Froberger, grand maître du clavier du XVII° siècle à qui il sera rendu hommage dans une « nuit » composée d'une série de concerts-promenades qui s'échelonneront en compagnie de Benjamin Alard, Etienne Baillot, Eric Bellocq et Eugène Michelangeli. (Le jeudi 25 août de 19 à 22 heures dans quatre lieux autour d' Arques).

Enfin pour rester dans le domaine de la chanson le festival se terminera avec le rendez-vous insolite mais passionnant que donnera Yann-Janch Kemener qui est « le » chanteur breton par excellence accompagné par le violoncelle à cinq cordes d'Aldo Ripoche

Bien entendu, autour de ce florilège chanté viendra s'intégrer – le maître oblige – Jean-Sébastien Bach avec son « Magnificat » par l'ensemble « Vox Luminis » le 25août à Arques-la-Bataille. Mais la veille, le 24 août les quintettes de Louis Vierne et de Gabriel Fauré seront en quelque sortes les garants de la beauté impressionniste de la région normande et de l'universalité de rencontres qui parent de ses feux les derniers chants de l'été.

Notre photo : Yann-Fanch Kemener

Festival de musique ancienne - Arques-la-bataille – Du 23 au 27 août –

Toute la programmation et réservations sur : www.academie.bach.fr – Tel 0235043075

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En Août, les bonheurs tourbillonnants d'Etretat

22 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

En Août, les bonheurs tourbillonnants d'Etretat

Le temps passe vite quand la musique est de bonne compagnie : cela fait 10 ans maintenant que le Festival Offenbach existe à Etretat, dix ans que la station où des célébrités comme Alphonse Karr, Maurice Leblanc, Maupassant, Flaubert et la cohorte du monde et du demi-monde de la fin du XIXème siècle s'y donnaient rendez-vous, organise une série de festivités qui ont toutes comme point de rencontre l'oeuvre et l'esprit du père de « La Belle Hélène ».

Présidée pendant de nombreuses années par Yves de Trégomain auquel a succédé Laetitia Leblond, l'Association des Amis d'Offenbach maintient le cap avec un bonheur souriant et efficace qui est le gage de sa longévité.

C'est Yves Coudray qui en est le directeur artistique depuis sa création. A chaque belle saison il s'emploie à trouver des artistes, des musiciens et des lieux qui soient significatifs d'un certain « bonheur d'être » dont toute l'oeuvre d'Offenbbach est imprégnée.

C'est un tour de force que de trouver des arguments pour que la rencontre de l'année ne ressemble pas à celle de l'année précédente et de savoir puiser dans un répertoire très divers avec la préoccupation d'aiguiser la curiosité des spectateurs. Cette année, le festival échappe aux galets étretataits pour aller prendre l'air à Fécamp et à Sainte-Adresse. Une manière de rendre hommage à cette côte normande qui fut et reste un fleuron du tourisme estival.

En tout, sept rencontres vont dispenser les bonheurs tourbillonnants d'une musique dispensée par l'orchestre et la troupe de comédiens-chanteurs placée sous la baguette de Philippe Hui qui est un habitué de la Normandie et qui dirigera, entre autres, cette pochade joyeusement parodique qu'est « Monsieur Choufleuri restera chez lui » dont l'auteur du livret n'était autre que le duc de Morny, lui-même, frère de la main gauche de l'Empereur Napoléon III.

L'argument met en scène des chanteurs amateurs qui se subsituent aux vedettes que Monsieur Choufleuri avait conviés et qui au pied – et à la voix – levés vont se livrer à des exercice de haute voltige vocale. Une occasion pour Offenbach de puiser dans les références lyriques de l'époque... ce qu'il avait déjà fait, par exemple, pour le fameux trio patriotique de « La belle Hélène » dans lequel les connaisseurs – et le public de l'époque l'était – avaient retouvé des réminiscence du « Guillaume Tell » de Rossini.

A côté de ce spectacle qui va mobiliser les sources vives du festival et qui sera donné les 4 et 6 août aux Bouffes Etretatais et le 7 à l'espace Sarah Bernhardt de Sainte-Adresse, des concerts, des rencontre, du cinéma même vont animer la station.

Le thème de cette année est « Offenbach portraitiste de son temps » ? De vrais chinois, de faux espagnols, des bourgeois parvenus forment une galerie haute en couleur qui est à quelques couplets près ceux de « La vie parisienne » et très caractéristique de la société cosmopolite du Second Empire que ce festival fait revivre heureusement.

Notre photo (Yves Petit) : la « stupéfiante » Edwige Bourdy dans le spectacle qu'elle avait consacré à Marie Dubas

Le programme

Vendredi 29 juillet - « Offenbach... avec l'Accent » à 19h - Hôtel Normandy, salle Maupassant – à Fécamp.

La soirée se poursuivra avec un repas au « Normandy », en compagnie des artistes

Samedi 30 juillet : Ouverture du Festival à 18h - le Perrey – Etretat – entrée libre Concert de l'Ensemble Instrumental du Festival et la troupe, dirigé par Philippe Hui

Lundi 1er août : « Offenbach l'Européen ... Viva España ! » À 16h - Au Domaine Saint Clair – Etretat - Avec la soprano basque Ainhoa Zuazua-Rubira, accompagnée par Nina Uhari.

Mardi 2 août : Cinéma qui chante – « Lumières de Paris » à 16h - Hôtel Dormy House – Etretat - Film musical avec Tino Rossi, Raymond Cordy et Marie Bizet. La projection sera présentée par Benoît Duteurtre.

Mercredi 3 août : « Offenbach passe l'archet » à 19h - Palais Bénédictine - Fécamp – avec le Quatuor de violoncelles composé de lauréats du Conservatoire de Rouen

Jeudi 4, samedi 6 août à 21h aux Bouffes Etretais, Dimanche 7 août à 20h à l'Espace Sarah Bernhardt à Sainte Adresse – 25 € « Monsieur Choufleuri restera chez lui le... » Avec Lionel Peintre, Edwige Bourdy, Clémence Olivier, Marc Larcher, Joseph Kauzman, Pierre Méchanick. Direction Philippe Hui

Jeudi 5 août - « Offenbach... avec l'Accent » à 20h30 - Espace Sarah Bernhardt - SainteAdresse – Concert avec les artistes de la troupe

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Rouen, la ville dont vous êtes le héros

17 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

 Rouen, la ville dont vous êtes le héros

« Promeneuses, promeneurs, amateurs d’épopées, fresques et sagas hautes en couleurs, aujourd’hui, à 18H précises, entrez par la grande porte de l’Histoire avec un grand H…

Prenez le grand escalier traversant les hautes sphères de l’Art avec un grand A…

Et rejoignez enfin l’interminable galerie de personnages illustres qui vous attendent pour partager la gloire et la renommée de notre capitale régionale… »

Cette belle formule de bateleur, on la doit à Olivier Gosse qui a concocté à l'intention des touristes et des rouennais qui ne partent pas en vacances un voyage imaginaire dans l'histoire de Rouen.

Un trio d’acteurs compopsé de Gaëlle Bidault, de Guillaume Payen et d'Olivier Gosse vont entraîner le public dans une déambulation théâtrale qui a travers une série de tableaux vivants vont évoquer, en mode décalé, les riches heures du passé rouennais.

Chaque station sera l’occasion d’évoquer une « gloire locale » dans un site qui lui est lié. Mais comme cette viste est de haute fantaisie les personnages « historiques » vont rencontrer ceux qui le sont moins ou qui s'apparentent à une démarche poétique qui fait fi de la vraisemblance pour approcher de plus près a une fiction romanesque aussi fascinante que la réalité.

C'est ainsi qu'aux détours d'un itinéraire mis en musique par Guilllaume Payen et Olivier Gosse, on rencontrera aussi bien Saint Romain que Corneille, Robert le Magnifique que la sœur (bien) cachée de Jeanne d’Arc,mais aussi un obscur peintre impressionniste et bien d’autres personnages nés tout à la fois de l'histoire la plus évidente et ceux imaginés pour les besoins d'un jeu de rôle qui permet de mieux appréhender les pulsations secrètes d'une ville.

Sur un ton volontairement léger et humoristique, la visite dévoile une facette cachée de l’histoire locale et plonge les spectacteurs dans une immersion qui fait d'eux les héros d'une saga revisitée grâce au charme et à la fantaisie de trois guides pas tout à fait comme les autres.

Les vendredis 22 et 29 juillet à 18 heures

Lieu de rendez-vous: Office de Tourisme, 25 Place de la Cathédrale

Réservation et réservation: 02 32 08 32 40



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Thomas Jolly en Avignon : l'histoire et l'aventure

11 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

Thomas Jolly en Avignon : l'histoire et l'aventure

Depuis qu'il a été happé par le succès et par Shakespeare on ne voit plus souvent Thomas Jolly à Rouen... Sa « Piccola familia » dépasse largement le cadre de sa Normandie natale et s'ouvre à des horizons plus vastes.

La compagnie viendra quand même en mai 2017 au Rive-Gauche pour un co-accueil avec le Cendre Dramatique National de Normandie-Rouen pour son « Richard III » qui est en quelque sorte le prolongement du « Henri VI » qui a été une formidable révélation.

Pour l'instant, après avoir fait un détour par Strasbourg pour travailler avec les élèves du TNS, Jolly s'est installé en Avignon avec deux performances qui ne vont pas manquer d'attirer un peu plus l'attention sur lui s'il en était besoin.

La première est d'une certaine manière une consécration dans la mesure où on lui a confié le redoutable privilège de raconter, d'après l'ouvrage d'Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque, la grande aventure avignonaise. Une rétrospective sentimentalo-théâtrale qui va de Jean Vilar jusqu'à nos jours et même au-delà et qui affirme la pérennité d'une institution qui en dépit des ans et des soubresauts de toutes sorte continue d'agiter les esprits et de faire rêver.

C'est au jardin Ceccano, à 12 heures, que se déroule ce feuilleton en seize épisodes réuni sous le titre (que l'on doit à Vilar lui-même) du « Le ciel, la nuit et la pierre glorieuse ». Il y sera pratiquement tout le mois de juillet et jusqu'au 23 avec une distribution dans laquelle on retrouve une bonne partie des comédiens qui constituent la famille de cœur de Thomas Jolly mais aussi avec la participation « d'amateurs et de citoyens » qui apportent la crédibilité de leur témoignage à travers leurs propres expériences.

Le second rendez-vous de Jolly se fait avec le concours de l’École supérieure d’art dramatique du Théâtre National de Strasbourg pour « Le radeau de la méduse », une pièce de Georg Kaiser qui met à jour les dérives de l’éducation, les mécanismes d’endoctrinement et la cruauté d’une société qui ne peut se passer de bouc émissaire.

L'histoire est celle de jeunes enfants anglais, âgés de neuf à douze ans qui se retrouvent isolés en pleine mer sur un canot. Ils avaient pris le bateau pour fuir le Blitz, mais leur navire, bombardé, a coulé. Bien décidés à être solidaires et exemplaires face à la situation, ces jeunes chrétiens s’organisent pour se rationner et se répartir les tâches. Mais la découverte de leur nombre va saper cette harmonie : ils sont treize. Qui est le « Judas » parmi eux, qui les empêchera d’être sauvés ?

Une pièce-parabole pour laquelle Thomas Jolly a eu le coup de foudre. Quand on lui a proposé de la monter avec les élèves de l'atelier de sortie du TNS, il a voulu que ce spectacle ne soit pas un événement de fin d'étude mais un véritable « spectacle d'entrée » dans lequel les garçons et filles qui composent la distribution se confrontent aux conditions réelles d'une production. Avignon leur offre une formidable opportunité avec ce séjour au gymnase du lycée Saint-Joseph du 17 au 29 juillet.

Pour Thomas Jolly, même s'il est singulièrement aguerri dans ce genre d'exercice, cette collaboration lui donne l'occasion d'explorer une nouvelle « pâte » humaine.

« Je ne suis pas un metteur en scène omnipotent face à des « exécutants ». Je suis le garant de la cohérence... celui qui manœuvre l'ensemble de l'équipe (en l'occurrence l'équipage) pour lui permettre de s'approprier l'oeuvre ».

Photo : « Le radeau de la méduse » - (Jean-Louis Fernandez)

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L'été, d'une abbaye à l'autre ....

7 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

L'été, d'une abbaye à l'autre ....

Guillaume à Mortemer ….

Avec l'été les ruines se chauffent au soleil et, quand il n'y en a pas, ce sont les projecteurs des festivals qui prennent le relais.

Il y a quelqu'un, en tout cas, qui s'est particulièrement bien habitué aux lumières changeantes de la Normandie. C'est Vytas Kraujelis qui a quitté les rives de sa lointaine Lituanie pour s'installer au coeur de la forêt de Lyons.

C'est là, en effet, que depuis quelques années, entre deux tournages et les cours qu'il donne chez Florent il répond à l'invitation de Jacqueline Caffin, la maîtresse des lieux, pour organiser des fêtes médiévales dans le cadre admirable de l'abbaye de Mortemer.

Campée sur les bords de la Baltique, toute nimbée d'histoire de chevalerie et de cette fantasmagorie mystérieuse comme seuls les pays du Nord savent en inventer pour réchauffer leur imaginaire, la Lituanie est un pays de légendes qui prennent racine dans une histoire aux déroulements épiques. Rien d'étonnant donc que Kraujelis ait trouvé l'inspiration à Mortemer. En effet, dans les ruines de cette abbaye dont subsistent encore quelques beaux témoignages architecturaux, on dit qu'avec un peu de chance on peut voir courir la nuit le fantôme de la reine Mathilde, fille du premier duc de Normandie, Henri Beauclerc et ceux de quelques moines tués à la Révolution.

Un telle histoire dans un tel cadre avec, en prime, des esprits qui flottent à la surface d'un superbe vivier qui est un des points d'attractions du lieu, ne pouvait qu'inspirer un jeune homme dont les blondeurs de vikings étaient comme un signe.

Tous les ans donc, Vitas Kraujelis met en scène des spectacles qui plongent les spectateurs dans un univers propre à faire rêver. Cette année, « Les journées de la Normandie médiévale » se décline en trois parties qui retiennent l'attention des visiteurs à partir de 11 heures jusqu'à la dernière programmation prévue à 17 heures.

L'argument central de cette journée est la commémoration des 950 ans de la bataille d'Hastings et bénéficie du label « Normandie médiévale ». L'épée, la couronne, le parchemin, des fables, des chants, des marionnettes émaillent un parcours qui pour bucolique qu'il soit se donne une certaine fonction didactique propre à éveiller l'intérêt des plus jeunes et aux plus grands de mieux approcher les événement et les êtres qui ont traversé cette époque lointaine qui a vu naître la notion de Normandie.

- Abbaye de Mortemer – 27440 Lisors

les samedi 16, dimanche 17, samedi 23, Dimanche 24 juillet et samedi 16 août

(de 11 heures à 19 heures les samedis et de 11 heures à 18 heures les dimanches)

L'été, d'une abbaye à l'autre ....

Et Sophocle à l'abbaye du Grestain

Et puisque nous sommes dans les abbayes – ou ce qui en reste – restons-y pour signaler qu'à l'abbaye du Grestain près d'Honfleur, Jean-Christophe Blondel reprend « Oedipe à Colonne » dont il avait présenté une première étape en juillet de l'année dernière :

« Il faut – dit-il - découvrir ou redécouvrir ce chant du cygne du vieux Sophocle. Il faut entendre ce qu'il a à dire sur la nature, sur la société, sur la responsabilité de l'Etat face aux exclus et aux réfugiés, sur celle de chacun face à ses enfants et au monde qu'il leur laisse. Il faut découvrir sa poésie et aussi cet humour caustique, cette malice permanente que nous avons nous-mêmes découverts et que nous tentons de transmettre comme le trésor le plus précieux »..

Portée à bout de bras et à bout de cœur par son propriétaire Nicolas Wapler, l'abbaye du Grestain, au pied du pont de Normandie, résiste au temps qui passe grâce à des passionnés de théâtre. Deux raisons pour ce pas manquer le rendez-vous qu'elle nous donne.

08 juillet à 20h30 à l'abbaye de Grestain (Eure), réservation au 02 32 57 72 10

10 juillet à 19h00 àu festival de théâtre antique de Vaison la Romaine

12 août à 20h30 à l'abbaye de Grestain (Eure),

13 août à 16h00 à l'abbaye de Grestain (Eure),

10 août à 20h00 au festival des Milliaires d'Argenton sur Creuse

du 10 au 14 janvier 2017 au Théâtre Berthelot (Montreuil)

Et pour faire bonne mesure ajoutons que Catherine Delattres et sa compagnie seront à l'abbaye de Bonport les vendredi 15 et samedi 16 à 21 heures avec « Le songe d'une nuit d'été » de Shakespeare

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A Jumièges : les grandes vacances de la photographie

4 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

A Jumièges : les grandes vacances de la photographie

L'abbaye de Jumièges est un endroit exceptionnel.... l'un de ceux où le souvenir des splendeurs passées répond aux nostalgies romantiques des plus belles ruines de la Seine-Maritime.
Le conseil général de la Seine-Maritime en a fait un « Centre des arts visuels » et c'est une fonction correspondant parfaitement à un cadre destiné à diffuser toutes les formes artistiques et techniques qu'offre la photographie.

C'est une manière de sublimer un art qui s'adapte à toutes les formes d'évolution et, quelles que soient les performances de la technique, passe obligatoirement par cet intermédiaire incontournable par lequel se transmettent toutes les beautés ou toutes les misères du monde, qu'est le regard

La nouvelle exposition que l'on peut admirer actuellement à Jumièges jusqu'au 13 novembre regroupe les témoignages et les prolongements d'une époque qui vit naître une véritable révolution sociale : l'arrivée des congés payés.

Il faut imaginer ce que fut cette découverte pour le monde du travail que ces grandes et nouvelles heures de loisir qui lui étaient offertes.
L'exposition fait la part belle à 1936, à ces « congés payés » dont les joies paisibles se prolongèrent jusque dans les années 50 quand l'arrivée du phénomène « club'med » déclencha des bonheurs plus exotiques.

Cartier-Bresson et Guy Le Querrec furent les témoins de ces jours heureux et fixèrent sur la pellicule des modes de vie que la guerre avait figées.

L'un et l'autre sont les témoins de leur époque et leur travail photographique relève du reportage, de la manière dont ils regardent vivre leurs congénères à une époque qui est aujourd'hui révolue et dont il est d'autant plus précieux de conserver le souvenir.

Pour donner un prolongement naturel à ces premiers éblouissements, l'exposition a invité également Harry Gruyaert et Martin Parr. Le premier est un homme du nord, aux ciels lourds et aux horizons qui parfois se noient dans les brumes maritimes. Il a choisi les bords de mer pour cette exposition même si, selon son expression, il a volontiers porté « ses pas vers les bords du monde ». D'où une nécessité d'insérer des notes de couleur dans ses compositions qui seraient académiques si, par exemple, ses cabanes de bains ne venaient percer l'horizon tourmenté de la baie de Somme.

Quant à Martin Parr, il laisse son objectif s'attarder sur les touristes de son temps ... ceux à qui les émotions de 36 sont devenues étrangères et qui pour s'étonner ont besoin d'aller chercher très loin les beautés qu'ils ne savent plus trouver dans les bonheurs simples qui sont à leur porte. C'est une promenade en sourire qui s'attache aux situations, à la cocasserie, au décalage qui se créé entre un légitime désir de voir de nouveaux paysages et les plaisirs d'en profiter dans une consommation de groupe.

Ces derniers témoignages sont « accrochés » si l'on peut dire sur tout le parcours qui mène au logis abbatial superbement restauré et qui à lui seul vaut une visite. Autour des fameux « écorchés » qui forme le noyau central de l'exposition s'ordonnance les éléments de cette belle exposition sortie des cartons de l'agence Magnum

Elle offre de belles confrontations de style mais on nous permettra d'avoir une tendresse particulière pour Cartier-Bresson et Guy Le Querrec qui dans la magie des « noir et blanc » captent la réalité des êtres dans cette irremplaçable esthétique de l'instant.

DLe dimanche 17 juillet à 15h00 au logis abbatial, les Filles du Bord de Scène) Le dimanche 17 juillet à 15h00 au logis abbatial, batial de l'abbaye un spectacle dédié aux congés payés en lien avec cette exposition ! batial de l'abbaye un spectacle dédié aux congés payés en lien avec cette exposition

Photo : Dimanche sur les bords de la Seine - 1938 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

A noter que le dimanche 17 juillet à 15 heures au logis abbatial de l'abbaye, "les Filles du Bord de Scène" présenteront un spectacle dédié aux congés payés en lien avec l'exposition !

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« Le songe d'une nuit d'été » : le respect dans l'irrevérence

4 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

« Le songe d'une nuit d'été » : le respect dans l'irrevérence

Catherine Delattres nous étonnera toujours. Chaque année avec une régularité que rien n'arrête – même pas le temps – elle nous revient avec une production de sa compagnie en s'efforçant à chaque fois de donner une nouvelle manifestation de son talent de metteure en scène qui refuse les modes pour mieux respecter les auteurs.

Aller, pour ces dernières années, de Tchekov à Feydeau en passant par Ionesco et Corneille pour arriver à Shakespeare sans faute de goût ni démonstration d'intention superfétatoire est une gageure qu'elle assume avec une vraie crânerie.

Avec ce « Songe d'une nuit d'été » qui ouvre les séries estivales de l'Aître Saint-Maclou, elle s'est engagée dans une entreprise à double tranchant : celle d'abord de s'attaquer à un auteur que l'on a déjà beaucoup pratiqué dans la région et de manière spectaculaire mais celle aussi de prendre à bras le corps un dramaturge qui était resté jusque- là dans ses cartons comme si le respect que l'on doit à des institutions incontournables l'avait retenue par pudeur.

Mais le respect et la pudeur sont deux qualités intrinsèques que l'on retrouve constamment dans le travail de Catherine Delattres. Sans s'abandonner à la moindre concession, elle s'appuie toujours sur la déférence que l'on doit aux textes et sur l'attention, l'exigence devrait-on dire, qu'elle réclame à ceux qui les servent.

Sa manière de traiter Shakespeare, sans le maltraiter, est exemplaire, d'une démarche à la fois scrupuleuse et désinvolte.

Il faut dire que la superbe traduction de Jean-Michel Déprats relève de la même démarche. Elle est d'une grande fidélité (celle de François Hugo qui fit longtemps référence, n'est jamais très loin) mais s'en affranchit pour faire émerger les beautés lyriques d'une poésie qui côtoie, sans jamais la heurter, une saine verdeur.

Avec un ouvrage aussi contrasté, on ne peut pas employer de moyen terme.

Comme on dit, « il faut y aller » et Catherine Delattres « y va » de très bon cœur. Avec une imagination débridée, une fantaisie dévastatrice et une gourmandise inventive qui jonglent avec un comique de situations constamment entretenu, sa mise en scène donne à l'ensemble une dimension extravagante qui explose dans le dernier acte quand le théâtre donne de lui-même une impayable représentation.

Catherine Delattres y jette le feu de ses trouvailles et soumet sa distribution au rythme d'une succession de gags effrénés.

Il faut dire qu'elle est bien servi. Autour du « noyau dur » que sont Bernard Cherboeuf, Jean-François Levistre, Nicolas Dégremont, Florent Houdu et Frédéric Cherboeuf, on retrouve de jeunes comédiens dont certains font déjà parti du paysage rouennais et d'autres que l'on découvre avec bonheur.

Damien Avice, Emmanuel Gil, Julie Mouchel, Julie Bouriche, Taya Skorokhodova se livrent avec un enhousiasme bondissant à des performances « sentimentalo-chorégraphiques » - voire érotiques - qui ne les empêchent pas – et c'est tout l'art de Catherine Delattres – de ciseler leur jeu de manière à ce que le texte n'aille pas se perdre sous les frondaisons de l'Aître.

Et à ce propos, on nous permettra une digression autour de l'avenir de ce lieu magique. Il semblerait qu'un projet voudrait, ni plus ni moins, en faire une sorte de marché de Noël permanent avec boutiques, salon de thé et tout ce qui s'en suit. Une véritable entreprise de démolition intellectuelle qu'on peut contrecarrer en demandant le classement du lieu par l'UNESCO (les bâtiments le sont mais pas la cour dont on projéterait d'abattre les arbres).

Une pétition court en ce sens actuellement. Il ne faut pas la laisser passer sans quoi les songes de Saint-Maclou et les moments aussi magiques que ceux que Catherine Delattres nous y fait passer (avec le concours des lumières de Jean-Claude Caillard, les costumes de Corinne Lejeune et la scénographie de Ludovic Billy) risquent de tourner au cauchemar.

- A l'Aître Saint-Maclou

Du samedi 2 au mardi 12 juillet

- Abbaye de Bonport – Pont-de-l'Arche

Vendredi 15 et samedi 16 juillet

- Manoir de Villers – Saint-Pierre de Manneville

Vendredi 22 et samedi 23 juillet

- Andé – Le Moulin

Vendredi 29 et samedi 30 juillet

- Strasbourg – TAPS SCALA

du mardi 4 au samedi 8 octobre

- Eu – Théâtre du château

Jeudi 13 octobre 2016

- Saint-Etienne du Rouvray – Le Rive-Gauche

Mardi 8 et mercredi 9 novembre

- Duclair – Théâtre en Seine

Vendredi 25 novembre

- Lillebonne – Juliobona

Mardi 7 février 2017

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Maurice Attias et les élèves du Conservatoire « Tout est tellement simple quand on est jeune ! »

1 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

Maurice Attias et les élèves du Conservatoire  « Tout est tellement simple quand on est jeune ! »

Comme tous les ans en cette fin de saison Maurice Attias présente les travaux de sa classe d'art dramatique du Conservatoire de Rouen.

Travaux est une expression impropre quand on voit la qualité de ce que réalisent tous ces jeunes en passe de devenir comédiens et qui ont déjà dans les jambes et dans la tête des qualités solidement aguerries.

On ne vous donnera pas le détail des prestations de chacun d'eux. C'est le travail d'un jury qui a fort à faire. Contentons-nous (si l'on peut dire) de mettre l'accent sur l'intelligence d'une formation qui se construit autour de la maîtrise du geste et la manière d'apprivoiser les textes.

Cette fois le spectacle s'est déroulé à « La Foudre » où le plateau répond aux exigences d'une mise en espace qui se déploie tout autant sur scène que dans la salle.

En choisissant le « Platonov » de Tchekov, Attias a fait un choix particulièreent pertinent dans les multiples moyens qu'il offre à ses jeunes élèves de se « sortir les tripes ».

Cette pièce-fleuve dans laquelle il a opéré de bonnes coupes a été écrite par Tchekov à l'âge de dix-huit ans. Il y avait déjà en lui ce regard acéré qu'il portera toute sa vie sur ses contemporains. C'est donc une pièce de jeunes et il était logique de la confier à des jeunes.

Tchekov sait décortiquer les tribulations du coeur, triturer les sentiments et mettre à nu des personnages tout imprégnés des contradictions de cette nature slave que Platonov illustre douloureusement.

Le goût de la villégiature est un art que la Russie du XIXème entretint avec passion. Dans les champs clos et pourtant si vaste de leurs propriétés, les protagonistes de « La Mouette », des « Trois soeurs » ou du « Un mois à la campagne » de Tourgeniev se heurtent aux vertiges de leurs propres contradictions et de leurs aspirations confuses. Ce microcosme vit ses derniers grands moments de quiétude avant les départs, les ventes ou les mariages forcés et, un peu plus tard, la grande poussée révolutionnaire qui verra s'envoler les dernières illusions d'une société qui se « déliquéfie » doucement.

Il y a dans ce théâtre un arrière-goût de fin d'un monde qui pousse les êtres à s'abandonner aux excès de l'âme et dont les bonheurs, aux rires trop forts, se fracassent sur des nostalgies trop longtemps réprimées.

« Platonov » avec sa distribution pléthorique est un merveilleux champ d'exploration pour de jeunes acteurs chez qui la nécessité de s'extérioriser rejoint le goût naturel de leur professeur à les y pousser. Car dans le travail d'Attias, il n'y a pas de place pour la demi-mesure. C'est la meilleure façon de mettre en évidence des ressources de passion, de tendresse et de révolte qui permettent de bien appéhender globalement les capacités des comédiens-élèves et de mesurer la manière dont ils peuvent s'insérer dans un métier de plus en plus sollicitant.

Sa mise en scène est dynamique, vivifiante, pleine de trouvailles et d'effets. Bien évidemment le procédé est quelque peu démonstratif mais c'est le but du jeu et c'est une réussite.

Il se dégage, en effet, de ce spectacle étourdissant une fébrilité juvénile et une belle ardeur enthousiaste.

Comme pour donner raison à ce fou de Platonov quand il dit :

« Tout est tellement simple quand on est jeune ! »

Photo de Lèna Kuhlanek

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Catherine Morin-Desailly : mettre en place le "marché commun" normand de la culture

25 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Catherine Morin-Desailly : mettre en place le "marché commun" normand de la culture

Avec le retour de la droite au Conseil Régional, les perspectives de la grande Normandie sont en train de prendre un contours plus précis, tout au moins au niveau de la culture d'autant plus qu'on y retrouve Catherine Morin-Desaily qui en est le symbole. Personnalité forte dans ses convictions mais ouverte sur la manière de les mener, celle qui fut adjointe à la culture de la ville de Rouen s'est imposée au monde culturel haut-normand par une consensualité et une connaissance profonde des problèmes qui, il faut le reconnaître, n'ont pas trouvé depuis d'équivalent tant au niveau de l'influence que de l'efficacité.

Les nouvelles compétences qui lui échoient lui offrent un rayon d'action singulièrement élargi, allant de la Culture à l'état pur, au Tourisme, au Territoire et d'une manière plus générale à tout ce qui touche à l'image de cette nouvelle Région en devenir.

De plus, présidente de la commission « culture, éducation et communication » au Sénat, Catherine Morin-Desailly occupe au Palais du Luxembourg une position de premier plan dont le champ de compétences englobe l'enseignement supérieur, la presse, la télévision, les nouveaux médias, la francophonie, le sport, la jeunesse et la vie associative. Un énorme domaine sur lequel vient se greffer maintenant cette grande Normandie qui pourrait à lui seule l'occuper à plein temps si le personnage n'était pas du genre à se laisser déborder par les événements.

Une démocratisation culturelle

« Je ne suis pas seule. J'ai à côté de moi Emmanuelle Dormoy, conseillère régionale du Calvados. Nous formons un binome qui nous permet d'englober les problèmes et les perspectives qui s'offrent à cette grande Normandie. D'ailleurs, chaque département garde une grande autonomie et se repartit les tâches en fonction des spécificités de chacun ce qui nous amène à travailler ensemble en portant sur l'ensemble un regard panoramique. Dans cette grande région qu'est désormais la Normandie nous mettons en place ce qu'on pourrait appeler un « marché commun normand » de la culture dans lequel les cinq départements apportent leurs offres. Un principe qui permet de développer un partenariat qu'il appartient aux présidents de chaque Conseil général d'harmoniser, d'équilibrer et d'une certaine manière de complémentariser en y associant les villes, les intercommunalités et toutes les composantes structurelle dont chacun, dispose. Bref, tout mettre en place pour une véritable démocratisation culturelle. »

Il est évident que les ressources des cinq départements normands représente un potentiel qui ne demande qu'à être coordonné et développé.

Jusque-là, on ne peut pas dire qu'il y ait eu une véritable osmose d'une frontière départementale à l'autre. La Grande Normandie devrait aplanir le paysage et trouver les moyens de dessiner une nouvelle carte.

« Notre travail est de faciliter les échanges et de les comparer afin que chaque département puisse déposer ce qu'il a de rare et d'unique et que cette confrontation se fasse au bénéfice de la Région » .

Et Rouen dans tout cela ?

Catherine Morin-Desailly a été trop longtemps en première ligne de la culture à Rouen pour ne pas avoir une idée sur ce qui fut dans ce domaine, ce qui aurait pu s'y faire et ce qui s'y fera, peut-être, dans l'avenir. Le poids de la région y tient, désormais, une place importante tout comme, d'ailleurs la métropole.... une situation qui met la ville en tenaille ce qui n'est pas une situation particulièrement confortable même si elle dispose de deux outils de première grandeur : l'Opéra de Normandie et l'auditorium de la Chapelle Corneille.

Présidente de l'Etablissement Public qui gère l'Opéra et Conseiller Régional à la Culture, elle a la haute main tout à la fois sur ces deux phares de la ville :

« La chapelle est un bel outil. C'est un lieu exceptionnel dont il faut éviter que par trop de propositions diverses et pas toujours complémentaires il ne se transforme en garage. La programmation ne doit pas être une simple juxtaposition artistique mais répondre à une ligne sur laquelle, et c'est le moins qu'elle puisse, faire, la musique et la voix aient la primauté . Il est nécessaire de lui trouver un directeur artistique qui ordonnance l'ensemble des intervenants afin de construire une véritable saison ».

Un propos qui peut tout autant s'adresser à l'Opéra de Rouen auquel Catherine Morin-Desailly veut redonner la priorité et un élargissement régional avec des « productions d'envergure » et lui rendre « la place qui lui revient naturellement sur la scène française et européenne ».

Une feuille de route qui sera dans les objectifs du nouveau (?) directeur puisque le contrat de Frédéric Roels arrivant bientôt à expiration, il y a de fortes chances pour qu'un nouvel appel à candidatures fixe l'avenir de la maison d'ici la fin de l'année.

En fait même si elle n'est plus dans le giron municipal elle n'en continue pas moins à observer avec une grande prudence et une parfaite élégance de ton ce qui se passe dans sa ville :

« Le théâtre Duchamp-Villon aurait pu être le nouveau centre dramatique national mais on l'a fermé... fermé aussi le Hangar 23 dont la philosophie et le public rejoignaient parfaitement ceux du studio 106... le jazz aurait dû trouver sa place à Sainte-Croix des Pelletiers... la Chapelle Saint-Louis devenir le lieu naturel d'accueil pour les compagnies de la région ». Et quand on lui demande si, quelque part, il n'y a pas chez elle la tentation de revenir, un jour, sur la scène politique rouennaise, elle élude le problème avec le sourire :

« J'ai beaucoup de choses à faire et elles sont passionnantes … et puis, il faut laisser la place aux jeunes »

Occupée (très) mais non affairée, tout entière consacrée à la chose publique sans pour autant sacrifier son énergie au détriment de son équilibre personnel, Catherine Morin-Desailly livre les clés de sa réussite :

« J'aime les gens, j'aime la culture, j'aime les êtres dans l'action ».

Photo : Jean Pouget

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Le tiercé avignonais de "Verschu" : Cendrars, Rebotier et Feffer

23 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Le tiercé avignonais de "Verschu" : Cendrars, Rebotier et Feffer

C'est un des vieux routiers d'Avignon....

Une nouvelle fois Patrick Verschueren vient s'installer au pied des remparts aves des spectacles qui bien souvent font l'événement. De « Tombeau pour Boris Davidovich » à « Baal » en passant par « Dialogues d’exilé » ou le « Cabaret du diable », on peut compter une bonne douzaine de spectacles qu'il a joués ou mis en scène..

Alors qu'il est de bon ton, parfois, de trouver qu'Avignon est un fourre-tout dans lequel il n'est pas toujours facile de séparer le bon grain de l'ivraie (il suffit de chercher et de suivre la bonne piste et, après tout, c'est ce qui fait le charme du festival), Verschu avec un enthousiasme qui ne se dément pas continue de s'y produire. Cette année, pour faire bonne mesure, il y vient pour deux raisons qui sont des références puisqu'il emmène dans ses bagages Blaise Cendrars et Jacques Rebotier.

Ils seront présentés, en alternance, du 8 au 30 juillet au Centre Européen de poésie rue Figuière. Le premier est un « récital de poche » intitulé « Quand tu aimes il faut partir... » dans lequel Patrick Verschueren et Raphaëlle Weber s'envoient si l'on peut dire la balle, le second, avec Arno Feffer dans une mise en scène de Verschueren et une scénographie de Raphaëlle Weber est consacré à « Contre les bêtes », un texte de Jacques Rebotier.

Jacques Rebotier est tout à la fois écrivain, poète, compositeur, comédien, metteur en scène. Bref c'est l'homme-Protée du théâtre contemporain et on peut le considérer comme un créateur inclassable, ce qui n'est pas pour lui déplaire. Ses interpellations sont à la fois une critique des rapports humains, un point de vue sur l’état du monde et un travail sur la mécanique des mots à travers une écriture exigeante.

« Le propre de l’homme ? Être le seul qui détruise son nid, et avec entrain, et tout le reste avec».

Son texte « Contre les bêtes » montre comment éliminer de la surface de la terre tous les animaux qui s’avèrent inutiles et encombrants. Il interpelle toutes les espèces animales, des plus communes aux plus menacées, leur rappelant la supériorité de l’omme (sic), et résumant l’évolution des hespèces (re-sic) par la lente et inexorable transformation du ptérodactyle en crocodile et du crocodile en poulet (label rouge).

Derrière l'ironie on sent percer l’agacement d'un personnage face à la prétention de se vouloir au-dessus de toutes les contingences écologiques. Une fable d'une lucidité destructrice, à la fois drôle et mordante dont Arno Feffer interprète avec une acuité saisissante les obscurs vertiges de notre époque.

NB - A noter que le fim de "La Pie Rouge" consacré à l'écrivain Maurice Pons disparu dernièrement est présenté au cinéma "Utopia

Notre photo : Arno Feffer – Photo Serge Périchon

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