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Théâtre en Normandie

Au Musée Flaubert et de la médecine : un collier pour le souvenir

8 Octobre 2017 , Rédigé par François Vicaire

Au XIXème siècle, Rouen comptait une quarantaine de théâtres dit « de société » qui réunissaient dans le même amour de l'art des personnes d'âges et de conditions diverses qui dispensaient à leur entourage immédiat un peu de rêve et beaucoup d'émotions.
Leur but, précisait un sieur Brigalant dans les arguments qu'il avançait pour convaincre les autorités municipales de lui accorder le droit d'exister, était «  de jouer en famille et devant des personnes invitées … L'ordre et la décence seront saintement respectés. Ce sera un amusement paisible et passager pour dissiper allègrement les longues soirées d'hiver. Notre réunion n'aura rien de pécuniaire ni même public ».

Il s'agit de l'acte de naissance, éphémère il est vrai puisqu'il tiendra le temps de deux saisons! du « Théâtre de la Madeleine » qui s'installera, non pas comme on pourrait le penser par son appelation, du côté de notre avenue Pasteur, mais dans une partie de l'ancien hôpital de la Madeleine qui se situait entre les rues du Bac et Grand-Pont et que la vétusté obligea de transférer à l'Hôtel-Dieu

Et cette lointaine appartenance au monde hospitalier nous ramène, par l'anecdote, à l'association des amis du Musée Flaubert et d'histoire de la médecine qui, à quelques variantes près mais dans le même esprit, met en place chaque année un spectacle qui évoque son illustre occupant et l'histoire des lieux que sa famille occupa.

L'initiative en revient à Michèle Guigot, toujours tenaillées par le goût du théâtre, et à Sophie Demoy, qui s'emploie à faire mieux connaître une maison fascinante par les souvenirs qui la hantent. C'est à travers un atelier d'écriture mené en collaboration avec des membres de l'association que Michèle Guigot construit depuis quelques années maintenant des parcours qui font la part belle tout autant à littérature qu'à la médecine.

Cette année le thème tournait – si l'on peut dire – autour du fatal tourniquet (on le voit toujours à l'ancienne entrée de Charles-Nicolle) où des mères en détresse venaient abandonner leur bébé. A travers ce fait divers dramatique mais coutumier à l'époque, le texte trace un itinéraire dans lequel la vie du docteur Flaubert, le père de Gustave, croise celle d'une jeune femme qui s'acharne à garder l'espoir insensé de retrouver sa petite fille.

La grande qualité de cette évocation est d'être historiquement et humainement juste. C'est d'autant plus évident que les comédiens, tous amateurs, jouent avec un naturel parfois déconcertant avouons-le si on s'en tient à l'acte théâtral lui-même mais d'une grande sincérité. Michèle Guigot a pris le soin de choisir des « natures » et de les installer dans des situations qui évitent le piège de la dramatisation outrancière et les incitent à jouer beaucoup plus de leur instinct que de l'utilisation d'une technique qui n'est pas de leur fait et que de toute manière on ne leur demande pas..

Il n'en va pas ainsi pour Sophie Caritté qui tient le rôle principal et qui fait passer une réelle et belle émotion.

Cette histoire, inventée par les interprètes eux-mêmes, recèle de beaux moments de fantaisie et se risque à quelques allusions de carabins. Elle donne l'occasion de faire défiler une galerie de patients hauts en couleur qui font penser à ceux du « Knock » de Jules Romain... ce qui donne au passage à Yvon Leclerc, aussi bon comédien qu'il est universitaire distingué, de prendre des intonations à la Jouvet !

L'ensemble de la distribution montre des talents de bonne volonté qui se prennent au jeu dans des lieux où elle aurait pu avoir lieu. Cette proximité entre entre la réalité et le romanesque ajoute encore au charme de cette évocation.
Et quand, au bout de treize ans, l'héroïne retrouve sa fille, on se prend à penser à toutes ses femmes qui ont été contraintes d'abandonner leur enfant et n'ont pas eu, comme Emilienne, la chance de le retrouver.

On aurait presque envie, comme le Némorino de « l'Elixir d'amour » de Donizetti qui ouvrait ce spectacle, d'écraser du coin de l'oeil « una furtiva lacrima ».

Notre photo : les retrouvailles entre Sophie Caritté,(Emilienne) un beau talent confirmé et Louisa Glatigny (Honorine) : une présence pleine de promesses.

 

Avec Jean-Jacques Malandain, Sophie Caritté, Claudine Spingart, Jean-Claude Simottel, Jeanne Orts, Gilles Cléroux, Jean-Michel Guyard, Marie-Françoise Guyard, Yvan Leclerc, Marie-Odile Simottel, Claudine Lecointre, Danièle Dehesdin, Arlette Dubois, Françoise Beuret, Louisa Glatigny

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