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Théâtre en Normandie

« Norma » à l'Opéra de Rouen : Surtout pour Adalgise

30 Septembre 2017 , Rédigé par François Vicaire

Sans vouloir jouer les gardiens du temple, on peut se demander quelle mouche a piqué Fréderic Roels pour inverser les tessitures de « Norma » et donner à un mezzo – en l'occurrence pas du tout colorature – l'emploi de soprano et obliger la soprano à s'employer à trouver des graves qu'elle n'a pas.

Rien dans l'histoire de cet ouvrage historique à plus d'un point, n'autorisait cette « audace » qui relève, au mieux, de la faute de goût et, au pire, d'une surprenante méconnaissance du chant.

Au milieu de ce champ d'expérimentations contestables, il faut reconnaître aux artistes bien du mérite à s'être engagées dans une démarche qui les contraint à des acrobaties approximatives. C'est en tout cas le cas pour Ruxandra Donose qui essaie tant bien que mal d'être à la hauteur d'un pari dont dès le départ on sent qu'elle aura du mal à le tenir. C'est d'autant plus flagrant qu'elle n'a pas – indépendamment de la voix - la nature que réclame ce personnage d'exception.

Chantant bas pour aborder au mieux qu'elle le peut un rôle qui demande de la flamme et un investissement dramatique qui fait la force et la séduction de son emploi, elle s'en tient à un médium tout à fait séduisant mais qui se gâte quand il lui faut affronter des aigüs qui lui valent parfois – et c'est normal – quelques petits problèmes de justesse.

Par contre l'Adalgise de Anna Kasyan est impériale. C'est elle qui domine haut la main la distribution. Avec un timbre clair, solide, d'une belle étendue et d'une agilité qui fait regretter qu'on ne lui ait pas donné le rôle de Norma qui lui revenait d'une manière évidente, elle impose une présence dramatique portée par une technique de chant véritablement belcantiste.

Le reste de la distribution est solide. Marc Laho avec couleur de timbre séduisante se tire avec adresse d'un emploi de ténor qui pourrait être plus encore efficace s'il avait véritablement le coffre d'un « lirico spinto ». Par contre l'Orovese de Wojtek Smilek se signale par un beau timbre aux couleurs d'airain tout à fait remarquable. Enfin, Kévin Amiel et Albane Carrère sont solides et efficaces.

Pour revenir à cette confrontation ambiguë qui s'établit entre Norma et Adalgise, les dichotomies vocales sont trop évidentes pour qu'on ne les déplore pas. Elles apparaissent particulièrement quand les deux personnages se retrouvent pour des duos comme celui, admirable, du premier acte où les comparaisons sont redoutables. Elles laissent l'auditeur dans un curieux état d'interrogation. Qui est qui ? Qui chante quoi ? Qu'y a-t-il à prouver avec un procédé qui ne relève d'aucune logique ?

On pourrait y chercher une réponse dans les prochaines représentations puisque les distributions sont alternées mais franchement il y aurait du mérite à renouveler l'expérience. Il faudrait se plonger à nouveau dans cet univers, scéniquement, intelligent et très évocateur des barbaries de l'époque, mais dont la terne mise en scène, pour un fois très académique, n'est éclairée que par les interventions chorégraphiques des danseurs de « Beau Geste » et quelques projections bienvenues. Cela pourrait être aussi, il est vrai, pour l'excellence de l'orchestre et des choeurs de l'Opéra qui sont portés par la direction précise de Fabrizio Maria Carminati.

Tout cela c'était vendredi soir.

Gageons que les protagonistes des prochaines représentations se montreront, pour certains, plus convaincants. Toutefois si, pour paraphraser Carmen, il est permis d'attendre, compte tenu des approximations inhérentes à un principe contestable, il serait vain d'espérer.

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