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Théâtre en Normandie

La saison au CDN : Riche en bonheurs brûlants

22 Septembre 2017 , Rédigé par François Vicaire

On le sait, David Bobée est un homme engagé. Chez lui l'acte théâtral n'est jamais très éloigné du politique.

C'est si vrai que le texte préliminaire à sa présentation de saison déployait en douze axes majeurs une philosophie généreuse. Outre les ambition qu'il met pour la maison qu'il dirige, il évoque des directions plus générale comme la lutte contre les discriminations, l'accélération du mouvement égalitaire entre les hommes et les femmes, la défense des valeurs de la démocratie. Et à côté de ses considérations à la fois générales et personnelles, il dessine le destin du CDN : l'affirmer comme un pôle de création décentralisé, offrir à son public une grande variété de spectacles, faire évoluer les limites de son champ d'action pour favoriser l'enrichissement et l'épanouissement personnel des habitants à travers une culture contemporaine multiculturelle etc …

Un texte ambitieux qui donne la tonalité de la vision qu'il propose de sa nouvelle saison et le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle lui ressemble dans ses intentions.

En effet, avec tout ce que, intellectuellement cette démarche signifie, Bobée l'humaniste renvoie les spectateurs à leurs propres interrogations, à leurs peurs profondes, à leurs désirs secrets.

Sa programmation a les beautés singulières d'un monde qui se cherche à travers de nouvelles esthétiques et s'ingénie par de nouveaux modes de pensée à interpeller un public confronté aux beautés violentes et sensuelles de spectacles qui sont tout à la fois des œuvres d'art et des axes de réflexion.

Il installe les spectateurs dans un état d'alerte, voire d'inquiétude, qui associe le simple fait de donner du plaisir aux spectateurs à celui de les faire devenir en quelque sorte les acteurs d'un véritable laboratoire d'idées.

Mais au demeurant le plaisir, justement, est toujours là. Immédiat, tendre ou brutal voire démoniaque mais toujours en phase avec l'urgence d'une actualité brûlante. Il se colore de beautés dans lesquelles la force des idées et le frémissement des corps s'interpellent dans une étrange chorégraphie qui se développe sur un certains nombre de spectacles, désarçonnant parfois comme celui évoqué par la vie de Marc Dutroux, interprétée par de jeunes enfants

Dans son programme,il faut aller à la recherche des bonheurs à venir et puiser dans la somme des expériences qui feront de cette  saison « 4 » des moments d'exception.

Difficile de détailler vraiment ce qui nous en attend : 40 propositions de spectacles marquées par la singularité d'une politique pluridisciplinaire, avec cette année une dominante donnée aux « spectacles/textes » contre 12 plus dirigés vers les arts du mouvement et de la performance.

Et la performance elle est en soi dans la constitution de cette programmation présentée par David Bobée avec Philippe Chamaux et Charlotte Flament qui sont en quelque sorte les courroies de transmission privilégiées d'une pensée riche, inventive, étrange, interpellante.

Elle se résume, si l'on peut dire, en 17 compagnies nationales, 13 projets internationaux et 10 compagnies normandes. Le tout s'ordonnançant selon une ligne de pensée qui associe des grands auteurs comme Racine, Corneille, Wedekink ou Gorki à des témoignages intimes (Voyage en territoire féminin) ou « Warm » de Ronan Chéneau, mis en scène par Bobée pour Béatrice Dalle et deux acrobates.Quant ce n'est pas une incursion carrément pornographique avec un « Opéra Porno » à ne pas mettre à la portée de tous les regards, ni de toutes les oreilles !

Et toujours, dans cet itinéraire bouillonnant, l'impérieuse nécessité de donner la parole à tous ceux dont les tranversalités déroulent leur mythologie intime comme Mehdi-Georges Lahloud ou Gurshad Shaheman qui dérangent, fascinent et séduisent.

Quant aux compagnies normandes, elles tiennent une place importante. On y retrouve Yann Dacosta avec ses « Légendes de la forêt viennoise » de Horwath, Mathieu Létuvé et « Sur la route du petit Poucet » la « Lulu » de Paul Desveaux, « Les Bas-Fonds » de Gorki par Eric Lacascade, Marie-Hélène Garnier et ces «  drôles et drôlesses », la reprise du « Réparer les vivants » d'Emmanuel Noblet etc...

Quant au « patron » il s'est réservé quelques pépites dont certaines iront s'expérimenter sous d'autres cieux avant de revenir en Normandie comme ce « Peer Gynt » dont on connaît mieux, avouons-le, la partition de Grieg que la pièce elle-même et qui ouvrira la nouvelle salle (et un nouveau nom) de Mont-Saint-Aignan.

Après le « Rake progress » avec lequel il s'était exercé avec bonheur à la mise en scène lyrique, David Bobée va occuper le plateau de l'Opéra-Comique pour un opéra de Gounod qui est en lui-même une rareté, « La nonne sanglante » qu'on peut espérer être repris – peut-être – à l'Opéra de Normandie.

Et pour rester dans le domaine musical, Bobée mettra en espace le sublime « Stabat Mater » de Pergolese dirigé par Laurence Equilbey, dans le cadre du « Festival Spring » dont le CDN se fait le relais tout comme il l'est pour « Arts et Déchirures » qui sera présent avec cinq spectacles.

Tout cela représente une approche extrêmement diversifiée. A la fois ludique et réfléchie, la saison du CDN s'annonce riche en surprises et en bonheurs brûlants.

Nos photos :

En haut : "Lulu" de Paul Desveaux (photo Kentin Denoyelle)

A droite : "Légendes de la forêt viennoise" de Yann Dacosta (photo Arnaud Bertereau)

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