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Théâtre en Normandie

Jacqueline Caffin : la « Dame de Mortemer »

11 Juillet 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il y a des coups du sort qui se transforment en coups de cœur !

En effet, quand Max et Jacqueline Caffin achetèrent le beau château de Fleury-la-Forêt (devenu depuis un délicieux Musée des poupées) pour en faire – le croyaient-ils, alors - leur résidence privée, ils ne se doutaient pas qu'à quelques encablures de là, dans la forêt de Lyons, les fantômes de l'abbaye de Mortemer leur faisaient déjà signe et allaient changer une grande partie de leur vie.

Il faut dire que ce lieu, tombé dans l'oubli même si son propriétaire y organisait des visites sporadiques, avait de quoi exciter des ambitions assez cartésiennes pour les inciter à se lancer dans son sauvetage et en même temps suffisamment aventureuses sur le plan de l'esprit pour faire de ce lieu qui avait connu des heures prestigieuses le point de rencontre de l'imaginaire et de l'histoire.

Il y a l'Histoire tout d'abord … celle qui se rattache aux péripéties anglo-normandes que secouèrent la France.

Henri 1er Beauclerc, un des fils de Guillaume le Conquérant, avait son château à Lyons-la-Forêt et, surtout, une fille Mathilde qu'il maria toute jeune à l'Empereur d'Allemagne. Sa succession semblait assurée par un fils qui disparut dans ce qu'il est convenu d'appeler le naufrage de la « Blanche Nef » au cours d'une de ses nombreuses traversées entre la Normandie et la France.

Peu de temps après, Mathilde devenue veuve revint à Mortemer à la demande de son père puis épousa un Plantagenet. Cette maîtresse femme eut un fils, le futur Henri II, et batailla ferme pour lui préserver ses droits sur les royaumes de France et d'Angleterre. Sans y parvenir, elle sera quand même un des éléments majeurs d'une unité « introuvable » qui aboutira à placer les Plantagenêt parmi les premiers de la dynastie anglaise et fera d'elle la grand-mère du fameux Richard-coeur-de-Lion.

Mathilde gardera toujours à Mortemer une attention sans défaut et y séjournera fréquemment.

Et c'est là où la légende prend le pas sur la réalité tout en y collant étroitement.

Depuis toujours, en effet, il se disait que le fantôme de « l'Emperesse » continuait de courir dans les ruines et avait été rejoint par ceux des cinq moines qui furent assassinés dans le cellier du monastère sous la Révolution.

Max et Jacqueline Caffin, en prenant possession des ruines de cette abbaye cistercienne démantelée à la révolution et toute bruissante des traditions orales qui se perpétuaient sous les frondaisons de la forêt, trouvèrent les ingrédients permettant à l'imaginaire et aux éléments les plus authentiques de l 'Histoire de représenter un potentiel qui pouvait redonner à Mortemer l'oubliée, un peu de son lustre d'antan et surtout celui qui permettrait à sa nouvelle vocation de s'épanouir.

Des perspectives que les Caffin en s'en portant acquereurs évaluèrent très vite et s'employèrent avec une obstination éclairée à développer.

Mortemer étant Monument Historique les ruines de l'abbaye et le beau bâtiment conventuel étaient dans un état relativement satisfaisant mais il fallait tout refaire au niveau de son histoire (sans parler de la totalité des toitures dont le réfection prit plusieurs années) et redonner une signification à un site admirable.

C'est par le théâtre, par le texte, par la connaissance profonde qu'elle a de ce lieu unique et qu'elle a acquis au fil des découvertes que Jacqueline Caffin a trouvé les moyens de faire de Mortemer un lieu de rencontre, de loisirs et de rêve. Elle a eu la chance de rencontrer un jour Vytas Kraujelis, véritable homme-Protée de Mortemer qui monte, met en scène, crée les costumes et règle les combats pour des spectacles qui sont à chaque fois une véritable plongée dans l'Histoire de Mortemer.

Cela fait des années maintenant que le duo Caffin/Kraujelis concocte des manifestations qui, au fil des années, déploient de nouvelles performances racontant l'histoire de l'abbaye et celle des personnages – en particulier Mathilde – qui la hantent. A travers des fastes médiévaux ou populaires qui reviennent cet été, c'est l'histoire de Mortemer qui resurgit des brumes du passé grâce à des rendez-vous qui flirtent entre la vraisemblance et le supposé: le premier, les samedis 15 et 22 et les dimanches 16 et 23 juillet, à 16 heures, consacrés à l'histoire de « Mathilde l'Emperesse », le second les lundi 14 et mardi 15 août, toute la journée avec des fêtes médiévales données à la gloire de Mathilde et, enfin, le troisième qui entraînera les spectateurs pour une nouvelle création dans laquelle les fantômes peupleront les nuits de Mortemer le samedi 16 août et les samedis 2, 9, 16 et 23 septembre à partir de 21 heures.

Et pour être encore plus près du personnage de Mathilde, le spectacle qui lui est consacré sera donné le 29 juillet à 16 heures sur le parvis de la cathédrale de Rouen à l'intérieur de laquelle une plaque rappelle que « l Emperesse » y est enterrée sans que l'on sache où pouvait être sa sépulture. Mathilde continue, par delà la mort, d'entretenir son mystère.

Ainsi, du musée des fantômes et des légendes en passant par la visite des appartements qui retracent les grandes lignes de histoire de l'abbaye, en flânant dans le beau parc dont les ruines forment un décor somptueux et en allant jusqu'aux étangs où il est possible désormais de se livrer aux joies de la pêche à la mouche, ce lieu magique offre des ressources d'animations et de bonheurs divers sur lesquels veille Jacqueline Caffin, véritablement nouvelle « dame de Mortemer ».... et ce n'est pas un fantôme !

 

Pour en savoir plus : www.abbaye-de-mortemer.fr

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