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Théâtre en Normandie

Le « Molière » d'Emmanuel Noblet : la consécration

30 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

On l'attendait !

La nuit des « Molières » en a apporté une formidable confirmation en attribuant le prix réservé aux spectacles « Seul(e) en scène » à Emmanuel Noblet pour son extraordinaire interprétation de « Réparer les vivants ».
C'est une réussite personnelle qui vient récompenser un artiste qui cultive avec élégance la vraie discrétion des gens de talent.

« Réparer les vivants » n'est pas seulement la reconnaissance d'une performance mais aussi l'intelligence et la pertinence de l'adaptation du livre de Maylis de Kérangal et surtout sa mise en espace. Rien n'était simple dans cette entreprise et en premier la manière dont pouvait être traité le sujet si délicat de la transplantation cardiaque. Le livre fut une révélation et Emmanuel Noblet s'en empara immédiatement en remportant les droits d'adaptation que l'auteure lui confia sans restriction. Ce qui était déjà un tour de force en un temps où les sollicitations étaient nombreuses devant le succès du livre.

L'aventure commençait. Non seulement il fallait empoigner le sujet à bras le corps et lui donner une cohérence théâtrale mais ensuite faire en sorte que ce projet difficile à monter du fait même de sa conception puisse se réaliser. C'est avec l'appui du Centre Dramatique de Normandie et de David Bobée qu'il pourra aboutir. Lundi soir en recevant son prix, Emmanuel Noblet ne manqua pas de souligner combien cette aide et cette attention avaient été déterminantes dans une entreprise qui pulvérise aujourd'hui les records d'affluence.

Sans vouloir régionaliser à tout prix une réussite qui est avant tout nationale, on ne peut s'empêcher d'être un tantinet chauvin en notant que les dieux tutélaires qui ont veillé sur Noblet sont normands et plus encore rouennais.

Alors qu'il faisait des études de droit à Mont-Saint-Aignan, il découvrit le théâtre chez Nathalie Barrabé dont on ne dira jamais assez le rôle de révélateur qu'elle mène au sein de son école. Tout ira ensuite selon une progression professionnelle patiente, laborieuse, exempte de facilités, ponctuée de rencontres et d'expériences qui petit à petit permettront au jeune homme de construire tout à la fois une carrière et une personnalité.

Un passage au conservatoire de Limoges, puis à celui de Rouen avec Maurice Attias le mettront véritablement en selle (et en scène!). S'en suivront de multiples collaborations avec des compagnies rouennaises, entre autres, chez Yann Dacosta, Sophie Lecarpentier, Alain Bézu, avec Catherine Delattres pour « Poésie en Bray » qui ne laisseront pas passer un talent qui prenait de la densité au fil des aventures qu'on lui proposait, y compris au cinéma dans de petits rôles. Après une série de « Bourgeois » à la porte Saint-Martin avec François Morel dans une mise en scène par Catherine Hiegel, surviendra le choc, reçu en plein cœur c'est le cas de le dire, à la lecture de « Réparer les vivants ».

Avec l'appui du CDN, il se lancera dans une entreprise qui s'affirmera comme la révélation du festival d'Avignon et qui frôle maintenant les 300 représentations avec une reprise parisienne en automne au Petit Saint-Martin.

Lors de la remise de son prix, Emmanuel Noblet qui cachait mal son émotion, ne manqua pas de relever ce qu'il devait à Maylis de Kérangal qui lui avait immédiatement fait confiance en lui confiant l'adatation de son livre et à David Bobée et Philippe Chamaux qui, en produisant le spectacle, ont été les artisans d'une réussite dont ils peuvent à une juste titre prendre leur part.

Il ne reste plus maintenant qu'à attendre le « Beaumarchais » dont les résultats seront proclamés le 12 juin.

Jusque-là il faut attendre …. et croiser les doigts !

Photo Aglaé Bory

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