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Théâtre en Normandie

A l'Opéra de Rouen en 2017/2018 : de Mozart à Cherubini en passant par Bach et Offenbach

27 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Il y avait comme un petit air de nostalgie qui flottait à l'Opéra de Rouen pour la présentation de la saison 2017/2018 par Catherine Morin-Desailly et Frédéric Roels. Il était difficile qu'il en fût autrement. En effet, les usages veulent que le directeur d'une maison d'opéra laisse à son successeur une saison préparée à l'avance.

Même si le principe, est admis et prorogé par les habitudes et surtout par la raison – une saison ne se construit pas en trois mois de temps – il n'en reste pas moins vrai qu'en la circonstance des regrets planaient sur la présentation d'une programmation construite par un intéressé qui n'aura pas droit de regard sur elle.

Bref, c'est la dure loi du spectacle et le contenu primant  avant tout autre considération, il appartenait au directeur encore en exercice de dresser les grandes lignes d'un avenir qui ne lui appartient déjà plus.

Auparavant, comme il se doit, on parla finances pour se féliciter qu'elles soient restées stables même si le désistement du département de l'Eure creuse dans le budget un trou de 300.000 euros que sont venues compenser en partie les co-productions, les recettes, les ventes de spectacles et le mécénat

Cultiver les bonheurs à venir

Et Frédéric Roels de souligner que la maison tout le temps de sa direction s'était strictement tenue dans les cordes d'une gestion rigoureuse. C'est un point extrêmement positif dont Catherine Morin-Desailly ne pouvait que se montrer satisfaite, ce qu'elle ne manqua pas d'exprimer avec les regrets qui accompagnent généralement ce genre d'exercice de convenance.

Frédéric Roels ayant bien mis en évidence les impératifs d'une gestion qui l'oblige, comme la majorité de ses confrères, à adapter ses ambitions artistiques aux moyens dont il dispose, passa au vif du sujet en donnant les grandes lignes des bonheurs à venir.

On nous pardonnera de nous arrêter sur ce qui intéresse en particulier une maison d'opéras, c'est à dire la saison lyrique.

Elle est composée de sept productions si l'on y adjoint la Passion selon Saint-Jean qui n'entre pas à proprement parler dans le genre mais dont la conception avec des interventions parlées et une mise en images qui fait la part belle à la vidéo répond aux exigences d'un spectacle total dont il n'est pas évident que Bach en sorte indemne. Mais il faut voir et se préparer au pire en espérant le meilleur (le 14 avril à 20 heures et le 15 à 16 heures).

Parler autant que faire se peut à la jeunesse en cultivant de nouvelles couches de spectateurs est un véritable problème de survie pour l'opéra. D'où des initiatives qui se font de plus en plus nombreuses à l'intention des jeunes générations. « L'ébloui » qui sera présenté le 13 février à 20 heures répond à cette exigence. C'est un petit opéra dan lequel des comédiens-chanteurs, des musiciens et des marionnettes racontent le voyage initiatique d'un enfant qui a des trous noirs à la place des yeux et qui au fil des expériences et des découvertes va progressivement s'ouvrir au monde et à la lumière. C'est une féérie musicale destinée avant tout à un jeune public mais à laquelle les parents ne devraient pas rester insensibles.

Dans la préoccupation de s'adresser à tous les publics, « Le Barbier de Séville » (les 15 et 16 décembre à 20 heures et le 17 à 16 heures) sera donné dans un esprit participatif auquel Frédéric Roels est sensible. Le principe est de faire chanter au public – en l'y préparant à l'avance - quelques éléments des choeurs d'un ouvrage. L'idée est bonne mais le « Barbier » ne recele pas de grandes pages qui permettent ce genre d'expérience. A part le choeur des musiciens au premier acte et ceux des soldats au second et au dernier, il n'y a rien qui soit très exaltant. Cela dit l'ouvrage en lui-même est un feu d'artifice qui depuis sa création (à « L'Argentina » de Rome où ce fut un « bide » retentissant) fait exploser des gerbes d'inventivité musicale et vocale.

Dans le domaine de l'inventivité, Offenbach ne fut pas en reste. Père de l'opérette classique, il a commis également deux ouvrages se référant directement à l'opéra-Comique. On connaît « Les contes d'Hoffman »... on avait oublié « Fantasio » dont la partition avait disparu dans l'incendie de l'Opéra-Comique en 1887. Une version en a restitué les merveilles de fraîcheur et de musicalité et c'est Thomas Jolly, abandonnant pour un temps les fureurs shakespeariennes qui l'avait mis en scène pour la salle Favart et c'est cette version que sera présentée à Rouen. Une occasion de redécouvrir une œuvre rare et un metteur en scène qui se frotte, maintenant, à la mise en scène lyrique (vendredi 26 et mardi 30 janvier à 20 heures et le dimanche 28 à 16 heures).

Dans une saison qui se respecte on retrouve toujours un Mozart. Celui que propose l'Opéra de Rouen est le délicieux « Enlèvement au sérail » qui pour la circonstance se transforme en cabaret. Il est de mode aujourd'hui d'opérer des transpositions d'intentions toutes plus hasardeuses les unes que les autres comme si la musique ne se suffisait pas à elle-même et qu'il faille l'habiller de considérations annexes. Mais les metteurs en scène, jaloux sans doute de la part qu'on laisse aux compositeurs, veulent imposer leur « patte ». Ils le font parfois avec légèreté et c'est sympathique, d'autres fois avec des intentions moins discrètes et moins louables. Mais l'essentiel est dans la beauté de la partition et la qualité des distributions. Qu'on le veuille ou non, c'est là qu'on reconnaît la pérennité d'un chef d'oeuvre.

Deux « monuments » du Bel Canto

Enfin le « gros » de cette programmation passe par le bel canto et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de deux œuvres majeures, la « Norma » de Bellini et la « Médée » de Cherubini.

La premiere ouvrira la saison et on attend avec intérêt la mise en scène de Frédéric Roels mais la vraie surprise sera dans l'inversion des tessitures pour les deux rôles féminins. En effet, Norma sera chantée par une Mezzo et Adalgise par une soprano. Il est vrai qu'à l'époque romantique les frontières vocales étaient plus élastiques. Des chanteuses comme Pauline Viardot ou la Malibran naviguaient dans des tessitures qui pouvaient passer allègrement du grave à l'aigu sans que l'on sache vraiment quel en était le résultat. Mais des compositeurs comme Bellini ou Rossini connaissaient si parfaitement les voix qu'ils laissaient une grande latitude à leurs interprètes. Entre une mezzo colorature et un soprano dramatique les limites dépendent surtout des ressource vocales des chanteuses. Le bel canto en lui-même est le plus brillant exemple de cette somptueuse ambiguïté vocale immortalisée par Callas (vendredi 29 septembre à 20 heures, dimanche 1er octobre à 16 heures, jeudi 5 et samedi 7 à 20 heures)

Enfin, Cherubini fermera la saison lyrique avec sa «Médée » sommet du bel canto dans lequel, comme chez Bellini la palette vocale du rôle-titre est exemplaire d'un style à la fois dramatique et acrobatique. Resté longtemps dans l'oubli, il faudra que Callas (encore elle!) en donne une version vertigineuse pour que ce personnage tragique revienne sur le devant de la scène avec ce long et admirable monologue du dernier acte qui se suffit à lui-même pour assurer la gloire de l'ouvrage (le mardi 22 mai et le vendredi 25 à 20 heures, le dimanche 27 à 16 heures).

A cette saison lyrique d'une belle densité et qui réserve des surprises, voire des raretés, vient s'adjoindre une programmation de ballets dans laquelle on retrouve, entre autres, Sidi Larbi Cherkaoui, Bianca Li, Emmanuel Gat etc …. et une saison de concerts et de récitals qui se partagent entre la scène de l'Opéra et la Chapelle Corneille.

Et gardons pour la fin et avec une tendresse particulière une opération « Musique et doudou » réservée aux bambins de 0 à 4 ans... de quoi avoir envie de retomber en enfance !

Notre photo : « Médée » - photo Gilles Abegg

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