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Théâtre en Normandie

A l'Abbaye du Grestain, Nicolas Wapler cultive les bonheurs de l'instant

23 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

Au pied du pont de Normandie, noyée dans une verdure qui la protège des animations industrielles toutes proches, l'abbaye du Grestain est un hâvre de paix qui après des siècles de solitude, voir d'oubli, a trouvé une nouvelle jeunesse grâce au théâtre .

Le maître des lieux Nicolas Wapler s'est fait le dépositaire d'une philosophie construite autour de deux notions qui pourraient paraître contradictoires mais qui sont parfaitement complémentaires pour peu qu'on veuille faire découvrir l'objet de sa passion sans qu'elle soit pour autant dénaturée.

Le Grestain est un de ces endroits privilégiés dont l'histoire se perd dans la nuit des temps et qui grâce à ceux qui l'animent se régénère.

Pourtant l'abbaye a connu bien des vicissitudes. Fondée en 1050, elle a fait partie de ces grands grands centres spirituels et intellectuels qui ont fait passer le souffle de l'esprit et de la connaissance sur les rudesses de l'épopée médiévale.

Rayonnant sur toute la région, possédant d'immenses domaines dont beaucoup lui avaient été concédés par Guillaume le Conquérant, elle fut victime de la marche de l'histoire et se retrouva, sous la Régence, dans un tel état d'abandon que c'est l'Eglise elle-même qui en ordonna la destruction. La Révolution fera le reste

Il n'en subsista, alors que quelques vestiges dont une très belle salle voutée, un mur d'enceinte impressionnant et des témoignages de restaurations réalisées au XVIIIème, dont le logis du chapelain et la chapelle.

Le Grestain s'endormira dans un navrant état de ruine jusqu'à ce qu'en 1960, Arnauld et Julie Wapler ne se prennent de passion pour ce lieux déserté et n'en deviennent les propriétaires. A l'époque, Arnauld Wapler était ambassadeur en Pologne et son épouse était sculpteur. Entreprenants, imaginatifs, dotés d'une volonté jamais remise en question, ils se lancèrent dans un titanesque travail de restauration en commençant par des travaux de terrassement qui permirent de retrouver les bases des bâtiments enfouis dans la glaise et de mettre l'ensemble à niveau avec la charmante façade XVIIIème située à l'arrière des vestiges du XIème siècle.
Pendant ce temps le jeune Nicolas Wapler poursuivait ses études de littérature en Sorbonne avant de bifurquer vers l'économie et de s'y faire un nom. Il faudra qu'à la faveur d'amours balkaniques (son épouse est croate) et de la guerre en Yougoslavie, il découvre l'âpreté des affrontements entre des communautés qui jusque-là vivaient dans une fragile mais tacite bonne intelligence. Dans le journal intime qu'il écrivait depuis sa jeunesse, il se lança alors dans une série de notes qui prirent rapidement la forme d'une pièce de théâtre « La guerre ou conversation familiale par un jour de grand vent ».

Le grand vent de l'écriture

Le grand vent le poussera alors à revenir à l'écriture d'une manière plus approfondie et, dans la foulée, il s'attaquera au mythe d'Antigone que de multiples adaptations s'étaient approprié sans vraiment lui rendre justice. Tout naturellement la théâtralité naturellement authentique du Grestain ne pouvait que l'inciter à faire de ce lieu à la fois spectaculaire et si particulier un élément déterminant dans sa vie d'homme et de créateur.

Le premier spectacle qu'il y présentera sera « la cantate à trois voix » de Claudel.

Ce sera, se rappelle Nicolas Wapler, « un enchantement ».... enchantement que celui qui l'avait provoqué entendait prolonger avec Claudel qui fut un des éléments fondateurs du lieux. Il y eut « Le soulier satin » par la compagnie que dirige Alica Roda et qui revient pour « La jeune fille Violaine », « L'Echange » présenté par Jean-Christophe Blondel qui créa également au Grestain un « Oedipe à Colone » dont Nicolas Wapler avait fait l'adaptation. Actuellement se déroule le tournage de « Violaine » qui prépare en quelque sorte la représentation qui en sera donnée le 27 mai à 20 heures. Viendra ensuite, les 10 et 11 juin, « Partage de Midi ».

De Claudel à George Sand en passant par Sophocle

Mais outre la sérieuse prédilection que Nicolas Wapler porte au père d'Ysé, la saison de l'abbaye est riche en rebondissements. Le mois de juillet fera un saut dans le passé avec le délicieux « Aucassin et Nicolette (les 14 et 25 juillet) puis la « Chanson »de Roland » (les 22 et 23 juillet) et le 5 août « Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc » pour rappeler que c'est là que Charles prit la décision de faire rouvrir le procès de la pucelle. Les 26 et 27 août, les « Echos du Moyen-Age » réveilleront quelques fantômes enfouis dans les ruines du Grestain.

Entre temps (les 28 et 29 juillet) George Sand investira les lieux, puis il y aura «  Le mariage » une pièce d'actualité qui s'interroge sur les problèmes de l'identité sexuelle (le 8 août), puis « Le souffle de l'enfer » qui fait revire les grands moments de la mythologie grecque (les 9 et 10 septembre) et dont les prolongement viendront en résonnances avec « La barque est pleine », une pièce de Nicolas Wapler dans laquelle les préoccupations actuelles liées aux problèmes de la migration se rejoignent avec le droit d'asile évoqué chez Sophocle.
Cette saison est à l'image de Nicolas Wapler pour qui l'histoire et le théâtre, en se confrontant par-delà les siècles, procurent à de jeunes comédiens et à un public averti l'occasion de cultiver les bonheurs de l'instant.

Pour le détail de la programmation : www.abbaye-de-grestain.fr

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