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Théâtre en Normandie

Au « Rive Gauche » , Shakespeare revu et sublimé par Thomas Jolly

26 Avril 2017 , Rédigé par François Vicaire

Depuis un certain temps déjà, Thomas Jolly se faisait rare dans notre région. Ce n'était pas le fruit du hasard mais l'évolution logique d'un talent que l'on suit depuis pas mal de temps maintenant avec un intérêt soutenu.

Jusque-là, la compagnie s'était imposée en apportant de nouvelles couleurs au paysage artistique normand. Ses trois premiers spectacles, « Arlequin poli par l'amour », « Toa » de Guitry, et « Piscine (pas d'eau )» de Ravenhill avaient été autant de révélations dans une manière de vivre le théâtre et ont dépassé largement les frontières haut-normandes. Beaucoup d'idées, un sens de l'esthétique très sûr, une maestria dans sa manière d'ordonnancer des situations inextricables et une phlétore de comédiens gérés dans un esprit à la fois très libre et pourtant parfaitement construit, apportèrent   la confirmation d'une audace remarquablement maîtrisée.

Et ce n'est pas un hasard si son « Henry VI » lui a valu un  « Molière » pour une mise en scène dont la démesure opulente s'apparentait à une sorte de grand opéra tragique. Tout naturellement son sens du spectaculaire et son goût pour un certain gigantisme l'ont conduit à mettre en scène à Garnier un « Eliogabalo » qui porte en lui tous les ingrédients fantasmagoriques avec lesquels Jolly sait jouer admirablement.

Sur sa lancée, notre jeune homme s'est senti pousser des ailes et s'est lancé depuis dans une nouvelle aventure shakespearienne qui est en quelque sorte le prolongement de son « HenryVI ».

Ainsi, avec « Richard III », la compagnie rouennaise poursuit une incroyable épopée dans laquelle Jolly endosse lui-même le rôle-titre.

« Richard III » est le quatrième et dernier volet d’un cycle d’horreur et de barbarie, qui traverse la guerre de Cent Ans puis celle des Deux-Roses pour finir par la chute de la maison d’York et l’avènement des Tudor ; c’est la peinture d’une société meurtrie et dévastée, propice à l’éclosion d’un monstre qui est de tous le temps. D'où le parti-pris d'avoir transposé l'action à notre époque. Richard III, au look de punk à plumes, apparaît comme un manipulateur politique, une sorte d'oiseau de proie aux allures de rock star.

« A bien des égards, conclure la trilogie Henry VI par ce dernier sursaut de noire politique me semble urgent. Car voici qu’une quatrième génération poursuit les conflits amorcés par leurs aïeux. Une génération désolée d’enfants nés dans la guerre, sans autre repère que le sang et d’autre logique que la violence, élevés pour combattre, venger et tuer.
Si Richard peut évoluer avec tant d’aisance à la cour et que ses plans se concrétisent avec une facilité déconcertante, c’est certes par sophistication stratégique mais aussi par  une complète absence de règles et un climat d’angoisse permanent dans lequel évoluent tous les personnages.
Reconsidérer Richard III dans la continuité d’Henry VI permet d’accéder à la lecture que fait Shakespeare de l’Histoire. Il traduit traduit le resserrement de la notion de conflit : d’abord à l’échelle de deux royaumes (guerre de Cent Ans) puis dans l’opposition de deux familles rivales (guerre des Deux-Roses) pour atteindre la confrontation d’un seul personnage avec lui-même. »

Photo : Nicolas Joubard

Au Rive-Gauche de Saint-Etienne du Rouvray

les jeudi 4 et vendredi 5 mai à 19 heures (en co-accueil avec le Centre Dramatique National de Normandie-Rouen)

 

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