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Théâtre en Normandie

Jacques Petit ; le mamamouchi du « Grand Turc »

11 Avril 2017 , Rédigé par François Vicaire

 

Dans sa folle mais laborieuse jeunesse au Conservatoire National Supérieur de musique de Paris, en plus de tous les prix qu'il remporta haut la main, Jacques Petit avait présenté lors de son concours une variation pour orchestre sur les exercices de style de Raymond Queneau qui avait enthousiasmé Olivier Messiaen.

C'est dire si celui qui fut pendant des années professeur d'écriture et de composition au Conservatoire de Rouen savait déjà allier la rigueur à la fantaisie.

Depuis, mieux que personne, il a su s'affranchir – sans jamais les renier – des beautés formelles d'une partition pour se livrer à une sorte de folie ordonnée dans laquelle les exigences inhérentes à sa formation classique se plient au gré d'une vision quelque peu irrévérencieuse .

L'orchestre du Grand Turc en est le témoignage le plus éclatant.

Son nouveau programme, présenté dernièrement à Dullin, est un véritable manifeste d'humour et d'intelligence. Porté par la grande qualité de musiciens rompus aux aventures musicales auxquelles leur chef les soumet avec une autorité à la fois souriante et détachée, l'ensemble catapulte les genres avec un bonheur jubilatoire.

Mais il ne faut pas s'y tromper, dans cette succession de numéros loufoques qui tient tout à la fois d'Hellzapoppin, de Hoffnung et même d'une « Nuit à l'opéra » des Marx Brothers, la musique garde droit de cité même si l'esprit joyeusement saccageur de Jacques Petit la pimente sans que le procédé ne devienne jamais indigeste.

Il faut dire que les gags musicaux, mais aussi visuels et vocaux se succèdent à une vitesse qui permet juste d'attraper ça et là des réminiscences passées à la moulinette d'un esprit irrémédiablement potache. Avec un irrespect total, le Grand Turc affronte de périlleuses approximations d'intention et opère des enchaînements d'une grande subtilité musicale qui rappellent que Jacques Petit n'est pas seulement un compositeur de talent mais aussi un orchestrateur hors-pair.

Et tout cela se déroule dans un joyeux désordre soigneusement maîtrisé.

Il faut du toupet et une grande maîtrise de son métier pour faire se rencontrer la quarantième de Mozart avec le « Ne me quitte pas » de Brel ou passer de Schubert à Beethoven sans autre transition que le plaisir de jouer avec quelques modulations barbares (mais très bien venues) et de se livrer à des parodies d'opéra dont l'incroyable duo de « La Mascotte » qui est en lui-même un véritable gag.

Et en même temps, revenant à des amours pas si lointaines, l'ensemble puise aussi ses références dans un univers très « jazzi » qui fait penser souvent aux « Collégiens » de Ray Ventura.

Tout cela est remarquable, drôle, improbable et pourtant toujours parfaitement dosé entre cocasserie et authentique musicalité.

Le « Grand Turc » avec son « Mamamouchi » en meneur de jeu, fait passer un souffle de liberté et d'impertinence sur une époque où le spectacle a la tentation de se prendre trop souvent au sérieux.

C'est rafraîchissant et d'une certaine manière, rassurant.

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