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Théâtre en Normandie

« L'île des esclaves » : l'élégante lucidité de Marivaux

13 Mars 2017 , Rédigé par François Vicaire

C'est par-delà les siècles une pièce d'une étonnante actualité.

La manipulation, les retournements de situation, les mensonges consentis et les travestissements de l'esprit, pourraient trouver leur application dans notre propre actualité faite de faux-semblants et de rebondissements pour le moins théâtraux.

Dans le jeu des pouvoirs mit en place sur cette île dont les esclaves sont les maîtres, des naufragés voient les rapports de force s'inverser radicalement et sont soumis aux règles d'une république dont les citoyens voudraient qu'elle soit harmonieuse.
Nous somme au cœur de ce XVIIIème qui commence progressivement à s'ouvrir aux « lumières » et « L'île des esclaves » répond d'une manière très directe aux préoccupations sociales sous-jacentes qui se trouvent dans l'oeuvre de Marivaux. D'une certaine manière, le propos s'apparente par bien des points à celui que Beaumarchais mettra en évidence avec une violence quasi révolutionnaire..
Mais Marivaux est un tendre. Son discours se veut dénonciateur sans être pour autant insolent et il est imprégné de résonances rousseauistes dans la volonté de construire un univers pour ainsi dire équitable et en fin de compte singulièrement idéalisé.
En réalité, cette île est assez éloignée de la Cythère de Watteau même si le réquisitoire s'enrobe d'une galanterie courtoise qui joue habilement avec les situations convenues d'un procédé cher à l'époque.

Dans la vision qu'en donne la compagnie « AKTE », et qui a fait les beaux soirs des Deux-Rives, Anne-Sophie Pauchet parvient à garder l'essentiel du fond en s'affranchissant quelque peu de la forme.

Elle le fait en jouant avec toutes les ressources qu'offre le lieu.

A l'aide de panneaux télévisuels qui font éclater l'action sans lui faire perdre pour autant son unité, portée par un climat sonore très bien venu et qui n'alourdit pas l'ensemble, sa mise en scène, à la fois innovante et respectueuse, baigne dans une alacrité qui convient parfaitement à une distribution que dominent Valérie Diome et Arnaud Troalic. Ils sont les pivots d'une jeune équipe de comédiens dont l'enthousiasme tempère les approximations de style qu'on pourrait trouver dans ce spectacle juvénile qui dérrière l'élégante désinvolture propre à Marivaux jette sur le monde de son temps – et sur le nôtre – un regard d'une lucidité incisive.

Au Rayon Vert - Saint-Valéry-en-Caux le jeudi 23 mars

Photo : Roger Legrand

 

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