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Théâtre en Normandie

« Les Ténèbres » à la chapelle Corneille : la splendeur et l'humilité

6 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

On ne le dira jamais assez : la chapelle du lycée Corneille n' est pas un lieu comme les autres. On ne peut pas y faire n'importe quoi. Les institutionnels qui vont se pencher sur son avenir ont intérêt à venir s 'imprégner de cette combinaison subtile, propre à l'inspiration jésuitique, faite tout à la fois de splendeur et d'humilité pour trouver la bonne « tenue » convenant à ce cadre exceptionnel.

On en a eu la démonstration avec ces « leçons de ténèbres » que le « Poème Harmonique » dispensait il y a quelques jours en associant aux extraits des œuvres de compositeurs comme Couperin, Lebègue et Clérambault, quelques grands textes de Pascal dits par Benjamin Lazar.

On le sait, le tandem Dumestre-Lazar est d'une parfaite connivence intellectuelle dans la manière d'aborder un travail qui va bien au delà de la restitution pour ainsi dire historique pour atteindre, en la circonstance, cette vérité intérieure qui conduit l'auditeur à une réflexion intime relevant presque de la célébration.

C'est ce à quoi voulait parvenir ces grandes pièces liturgiques qui, avant de devenir des évènements profanes, offrait au XVIIème siècle l'opportunité de faire un salutaire retour sur lui-même.

Le « Poème » met superbement en évidence cette exigence. Chacune de ses productions s'emploie à maintenir une authenticité permettant d'aborder avec un rare bonheur les facettes d'un répertoire aux richesses incomparables et des interprètes qui ne le sont pas moins.

Sophie Junker, Eva Zaïcik et Lucile Richardot, dans une parfaite accordance de timbres et de subtiles élégances dans les ornementations, savent éviter un lyrisme trop évident pour maintenir à son plus haut niveau les rigueurs de la réflexion. Le tout étant porté par un discret et solide « continuo » composé de Sylvia Abramowicz, Frédéric Rivoal au clavecin et à l'orgue et, bien sûr, Vincent Dumestre au théorbe.

Et puis il y a Benjamin Lazar qui fait passer le souffle de la pensée pascalienne dans une approche de reconstitution phraséologique tout à fait fascinante.

Dans le dernier texte, Pascal replace l'homme à sa vraie place face à la nature.

Et s'il est un « roseau pensant », ce soir-là à la lueur vacillante des cierges, il était aussi une âme qui chante.

 

Notre photo : Vincent Dumestre par Matthew Murphy

 

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