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Théâtre en Normandie

A l 'Opéra de Rouen : la course est lancée !

3 Novembre 2016 , Rédigé par François Vicaire

La partie n'est pas jouée, loin de là, mais les dés sont jetés.

En lançant le processus de recrutement d'un nouveau directeur pour 2017, l'Etablissement Public de Coopération Culturelle a mis en mouvement une opération qui devrait déboucher dans l'année à venir sur les perspectives de développement qu'elle entend donner à la maison.

C'est le jeu habituel. Le recrutement d'un nouveau « patron » entraîne une mise à plat des éléments susceptibles de séduire celui ou celle qui lui succédera.

Pour se faire l'Etablissement a concocté deux textes qui administrativement parlant mettent surtout en évidence les contraintes mais restent prudent quant aux implications qu'entraînera le choix du futur directeur (ou directrice). En effet, il - ou elle - devra concilier des impératifs artistiques (ce qu'on lui demande en priorité), administratifs et, préoccupation essentielle, répondre aux attentes d'un public qui s'est quelque peu éparpillé.

Au demeurant, il se dégage deux points forts de ce « cahier des missions et des charges » qui est jeté sur le tapis : une candidature au label « opéra national » et l'élaboration d'un projet artistique pour la chapelle Corneille .

Le premier ambitionne de redonner ce qui fut le Théâtre des Arts la place qu'elle occupa longtemps et qui la réintégrerait dans le peloton de tête des maisons d'opéra. Elle sont cinq actuellement à se prévaloir d'un label  qui engage de nouveaux moyens mais aussi de nouvelles sources de revenus par subventions interposées. Ce sont l'Opéra du Rhin, les opéras de Lyon, de Montpellier et de Bordeaux et l'Opéra National de Lorraine.
Pour ce faire l'EPCC met en avant les atouts que le théâtre possède : une maison en état de marche, un orchestre permanent, un solide ancrage territorial, un rayonnement régional et national – voire international - et la perspective de la création d'un pôle lyrique régional dans lequel s'intégreraient d'une manière plus affirmée le théâtre de Caen, l'orchestre régional de Normandie, les conservatoires à rayonnement régional de Rouen et de Caen. Avec bien sûr, la mise en évidence d'une fréquentation des publics qui constituent le nerf essentiel d'une construction ambitieuse se justifiant par son histoire et la volonté des politiques de redorer quelque peu le blason culturel de Rouen et de la région.

La chapelle : une identité "singulière"

Quant au deuxième point fort, il s'appuie sur la même démarche de rayonnement et sur la réputation toute neuve et déjà incontournable de la chapelle Corneille. En intégrant l'Etablissement Public de Coopération Culturelle, elle trouverait enfin un statut qui lui permettrait, selon les termes du cahier des charges, de « lui donner une identité culturelle et artistique singulière ».

En fait, ces deux textes n'apportent rien qui soit nouveau. Ils expriment des désirs et des attentes. Il appartiendra à la personnalité choisie de les concrétiser ensuite. C'est d'une part, une affaire de choix et de l'autre, de confiance.

D'où une certaine prudence dans le contenu de l'ordre de mission qui trace les grandes lignes de ce qu'on attend du futur directeur général.

Pour faire court, il aura  la responsabilité générale de la direction de l'Opéra de Rouen-Normandie. Il/elle devra mettre en œuvre le projet artistique et culturel avec une programmation artistique se donnant pour objectif 100 levers de rideau par an dans ses différentes salles. Avec pour chaque saison un minimum de cinq productions différentes pour trente représentations, en faisant vivre les œuvres lyriques du XVIIème au XXIème siècle avec au moins une œuvre contemporaine en menant une politique de commandes, de reprises d'œuvres, de recherches patrimoniales etc.Le tout prenant l'orchestre pour appui dans le cadre d'un véritable projet artistique sur le territoire régional, dans la dynamique du Pôle lyrique. Enfin, on demandera aux postulants de tracer le grandes ligne de l'identité culturelle et artistique de la chapelle Corneille dont il conviendra d'entretenir et de développer la singularité.

D'ailleurs le véritable challenge sera justement de faire de la chapelle une réalité qui lui soit propre et qui ne soit pas une succession d'événements collés arbitrairement et sans réelle philosophie.

Et on demandera à la nouvelle direction qui aura la responsabilité de deux salles importants de s’associer, dans le même temps, aux établissements culturels normands afin de s’inscrire dans la dynamique de la création d'un Pôle Lyrique Régional.

Enfin, on ne va pas manquer de lui demander de favoriser les partenariats en développant une politique d'artistes associés et/ou d'artistes en résidence, notamment avec les ensembles et compagnies présents en région.

Sur ce point précis, le cahier des charges « gomme » étrangement dans ses attendus, les deux résidences importantes qui apportent à la maison une grand part de son rayonnement national, à savoir « Le Poème harmonique » de Vincent Dumestre et « Accentus » de Laurence Equilbey.

Certain y verront la reconnaissance tacite de leur participation déterminante dans le paysage normand tandis que d'autres iront peut-être chercher des raisons dont celles de mettre en porte-à-faux d'éventuelles candidatures.

Qui peut savoir ?

Bref, en assortissant ces desiderata des recommandations habituelles concernant le développement d'une politique d'action culturelle en direction du jeune public et la recherche et le développement des financements publics et privés, l'EPCC esquisse le profil requis pour diriger la maison : être un(e) professionnel(le) confirmé(e) du spectacle vivant, apporter une expérience dans la gestion d’un équipement du même type ou comparable et d’une équipe pluridisciplinaire... Avoir une parfaite connaissance des réseaux du secteur lyrique, musical et chorégraphique sur le plan national et international à tout le moins offrir une très grande disponibilité.

La fin du contrat de Frédéric Roels arrivant au 1er octobre 2017, son successeur aura à gérer une fin de saison qui ne sera pas la sienne et devra déposer sur son bureau les éléments de sa saison 2018-19.

La date butoir pour le dépôt des candidatures est le 31 décembre 2016. Il n'y a donc pas de temps à perdre. On peut imaginer qu'ils sont déjà nombreux à se presser sur la ligne de départ. La commission présidée par Catherine Morin-Desailly et au sein de laquelle vont se retrouver les représentants de la « Culture », de la Région, de la Métropole et de la ville de Rouen devra choisir la personnalité qui engagera pour cinq ans (la durée du contrat) l'avenir de la maison.

Ce n'est pas une petite affaire.

photo : Jean Pouget

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