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Théâtre en Normandie

Aujourd'hui chez Catherine Delattres... demain chez Yann Dacosta Le grand écart intellectuel de Florent Houdu

19 Octobre 2016 , Rédigé par François Vicaire

C'est un transfuge du dernier compagnonnage du théâtre des Deux-Rives du temps d'Elisabeth Macocco.

Très vite, il a fait irruption sur les scènes normandes et s'est imposé dans cette génération de jeunes comédiens dont l'apparition renouvelle le paysage culturel normand avec bonheur.

Il faut dire que Florent Houdu possède deux atout maîtres : un physique dont on se rappelle et un talent qui ne s'oublie pas.

En fait ce jeune rouennais qui a pris son envol dans la capitale avec une solide formation technique de monteur tout en suivant des cours d'art dramatique au conservatoire du XXème arrondissement a trouvé sa vocation en assistant aux ateliers dirigés par Yann Dacosta sur « le baiser de la femme-araignée ».

C'était ce qu'on peut appeler une belle entrée en matière et elle fut déterminante.

Le choc fut, en effet, assez immédiat pour qu'il intègre la pépinière des jeunes espoirs issus de la formation du théâtre des Deux-Rives.

De cette expérience décisive est née chez Florent Houdu une détermination à se lancer dans le métier.

Il a eu la chance, alors, d'être remarqué par Yann Dacosta et Catherine Delattres deux personnalités qui, chacune dans son style, lui ont apporté la science du mouvement et la discipline des mots.

En se frottant à des personnages qui a priori sont assez éloignés l'un de l'autre dans la vision qu'ils ont du théâtre encore qu'ils aient tous deux une approche sensible – même si elle peut sembler contradictoire – de le vivre, il s'est construit une personnalité avide de découverte.

Cette double appartenance lui a permis de se mettre en danger en passant sans transition mais non pas sans effort, d'un monde à un autre.

Il faut dire que d'aller de Fassbinder à Marivaux, de Daniel Keen à Cocteau, d'Horwath à Shakespeare représente un exercice de haut-vol qui demande de bien maîtriser cet art du grand écart intellectuel avec les risques qu'il comporte mais aussi les enrichissements qu'il procure.

En un mot il refuse d'être tributaire d'aucune chapelle, d'aucun style, d'aucune expression et de rester un artiste libre de naviguer au gré de ses envies et de ses exigences, mais aussi des propositions qu'on lui fait. Ainsi David Bobée aurait bien aimé le voir dans son « Fée », mais Titania (Delattres en l'occurence) avait déjà tendu ses filets magiques et Shakespeare l'emporta sur Ronan Chéneau.

Cette liberté revendiquée, mise au service d'une nature généreuse, instinctive, authentique, il  en a  trouvé son application à travers un collectif de comédiens et de techniciens qui, grâce à l'appui de Simon Fleury (parti depuis diriger « l'Eclat » de Pont-Audemer) se réunit régulièrement pour réfléchir sur la manière de mener leur métier sous une forme d'indépendance d'esprit et d'action qui a déjà débouché sur un spectacle « Les tombées des nues ». On y retrouve, toutes générations confondues, Mélissa Rayé, Hélène Francisi, Jean-François Levistre, Nicolas Dégremont, Valérie Diome, Pierre Delmotte, Aure Rodenbour. Ensemble, ils mènent un véritable travail de recherche qui s'articule cette année autour de trois laboratoires, à Duclair, à Saint-Valéry au « Rayon Vert » et au DSN de Dieppe.

Pour l'instant Florent Houdu travaille à la technique sur le « Loveless » de Yann Dacosta. Quand il ne joue pas, il crée lui-même des univers avec les sons et la vidéo comme il l'a fait pour « Le songe d'une nuit d'été».

En attendant, il s'apprête à endosser le rôle du beau Lysandre et celui du menuisier Snug... là encore deux univers qui se croisent et qui se catapultent dans leurs intentions.

Une dualité sur laquelle repose la carrière de Florent Houdu qui s'avoue plus comédien des corps que comédiens des mots.

Il a oublié l'essentiel : c'est aussi un comédien de cœur.

 

« Le songe d'une nuit d'été » - Mise en scène de Catherine Delattres

Au Rive Gauche les 8 et 9 novembre à 20 heures 30

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