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Théâtre en Normandie

Maurice Attias et les élèves du Conservatoire « Tout est tellement simple quand on est jeune ! »

1 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

Maurice Attias et les élèves du Conservatoire  « Tout est tellement simple quand on est jeune ! »

Comme tous les ans en cette fin de saison Maurice Attias présente les travaux de sa classe d'art dramatique du Conservatoire de Rouen.

Travaux est une expression impropre quand on voit la qualité de ce que réalisent tous ces jeunes en passe de devenir comédiens et qui ont déjà dans les jambes et dans la tête des qualités solidement aguerries.

On ne vous donnera pas le détail des prestations de chacun d'eux. C'est le travail d'un jury qui a fort à faire. Contentons-nous (si l'on peut dire) de mettre l'accent sur l'intelligence d'une formation qui se construit autour de la maîtrise du geste et la manière d'apprivoiser les textes.

Cette fois le spectacle s'est déroulé à « La Foudre » où le plateau répond aux exigences d'une mise en espace qui se déploie tout autant sur scène que dans la salle.

En choisissant le « Platonov » de Tchekov, Attias a fait un choix particulièreent pertinent dans les multiples moyens qu'il offre à ses jeunes élèves de se « sortir les tripes ».

Cette pièce-fleuve dans laquelle il a opéré de bonnes coupes a été écrite par Tchekov à l'âge de dix-huit ans. Il y avait déjà en lui ce regard acéré qu'il portera toute sa vie sur ses contemporains. C'est donc une pièce de jeunes et il était logique de la confier à des jeunes.

Tchekov sait décortiquer les tribulations du coeur, triturer les sentiments et mettre à nu des personnages tout imprégnés des contradictions de cette nature slave que Platonov illustre douloureusement.

Le goût de la villégiature est un art que la Russie du XIXème entretint avec passion. Dans les champs clos et pourtant si vaste de leurs propriétés, les protagonistes de « La Mouette », des « Trois soeurs » ou du « Un mois à la campagne » de Tourgeniev se heurtent aux vertiges de leurs propres contradictions et de leurs aspirations confuses. Ce microcosme vit ses derniers grands moments de quiétude avant les départs, les ventes ou les mariages forcés et, un peu plus tard, la grande poussée révolutionnaire qui verra s'envoler les dernières illusions d'une société qui se « déliquéfie » doucement.

Il y a dans ce théâtre un arrière-goût de fin d'un monde qui pousse les êtres à s'abandonner aux excès de l'âme et dont les bonheurs, aux rires trop forts, se fracassent sur des nostalgies trop longtemps réprimées.

« Platonov » avec sa distribution pléthorique est un merveilleux champ d'exploration pour de jeunes acteurs chez qui la nécessité de s'extérioriser rejoint le goût naturel de leur professeur à les y pousser. Car dans le travail d'Attias, il n'y a pas de place pour la demi-mesure. C'est la meilleure façon de mettre en évidence des ressources de passion, de tendresse et de révolte qui permettent de bien appéhender globalement les capacités des comédiens-élèves et de mesurer la manière dont ils peuvent s'insérer dans un métier de plus en plus sollicitant.

Sa mise en scène est dynamique, vivifiante, pleine de trouvailles et d'effets. Bien évidemment le procédé est quelque peu démonstratif mais c'est le but du jeu et c'est une réussite.

Il se dégage, en effet, de ce spectacle étourdissant une fébrilité juvénile et une belle ardeur enthousiaste.

Comme pour donner raison à ce fou de Platonov quand il dit :

« Tout est tellement simple quand on est jeune ! »

Photo de Lèna Kuhlanek

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