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Théâtre en Normandie

« Le songe d'une nuit d'été » : le respect dans l'irrevérence

4 Juillet 2016 , Rédigé par François Vicaire

« Le songe d'une nuit d'été » : le respect dans l'irrevérence

Catherine Delattres nous étonnera toujours. Chaque année avec une régularité que rien n'arrête – même pas le temps – elle nous revient avec une production de sa compagnie en s'efforçant à chaque fois de donner une nouvelle manifestation de son talent de metteure en scène qui refuse les modes pour mieux respecter les auteurs.

Aller, pour ces dernières années, de Tchekov à Feydeau en passant par Ionesco et Corneille pour arriver à Shakespeare sans faute de goût ni démonstration d'intention superfétatoire est une gageure qu'elle assume avec une vraie crânerie.

Avec ce « Songe d'une nuit d'été » qui ouvre les séries estivales de l'Aître Saint-Maclou, elle s'est engagée dans une entreprise à double tranchant : celle d'abord de s'attaquer à un auteur que l'on a déjà beaucoup pratiqué dans la région et de manière spectaculaire mais celle aussi de prendre à bras le corps un dramaturge qui était resté jusque- là dans ses cartons comme si le respect que l'on doit à des institutions incontournables l'avait retenue par pudeur.

Mais le respect et la pudeur sont deux qualités intrinsèques que l'on retrouve constamment dans le travail de Catherine Delattres. Sans s'abandonner à la moindre concession, elle s'appuie toujours sur la déférence que l'on doit aux textes et sur l'attention, l'exigence devrait-on dire, qu'elle réclame à ceux qui les servent.

Sa manière de traiter Shakespeare, sans le maltraiter, est exemplaire, d'une démarche à la fois scrupuleuse et désinvolte.

Il faut dire que la superbe traduction de Jean-Michel Déprats relève de la même démarche. Elle est d'une grande fidélité (celle de François Hugo qui fit longtemps référence, n'est jamais très loin) mais s'en affranchit pour faire émerger les beautés lyriques d'une poésie qui côtoie, sans jamais la heurter, une saine verdeur.

Avec un ouvrage aussi contrasté, on ne peut pas employer de moyen terme.

Comme on dit, « il faut y aller » et Catherine Delattres « y va » de très bon cœur. Avec une imagination débridée, une fantaisie dévastatrice et une gourmandise inventive qui jonglent avec un comique de situations constamment entretenu, sa mise en scène donne à l'ensemble une dimension extravagante qui explose dans le dernier acte quand le théâtre donne de lui-même une impayable représentation.

Catherine Delattres y jette le feu de ses trouvailles et soumet sa distribution au rythme d'une succession de gags effrénés.

Il faut dire qu'elle est bien servi. Autour du « noyau dur » que sont Bernard Cherboeuf, Jean-François Levistre, Nicolas Dégremont, Florent Houdu et Frédéric Cherboeuf, on retrouve de jeunes comédiens dont certains font déjà parti du paysage rouennais et d'autres que l'on découvre avec bonheur.

Damien Avice, Emmanuel Gil, Julie Mouchel, Julie Bouriche, Taya Skorokhodova se livrent avec un enhousiasme bondissant à des performances « sentimentalo-chorégraphiques » - voire érotiques - qui ne les empêchent pas – et c'est tout l'art de Catherine Delattres – de ciseler leur jeu de manière à ce que le texte n'aille pas se perdre sous les frondaisons de l'Aître.

Et à ce propos, on nous permettra une digression autour de l'avenir de ce lieu magique. Il semblerait qu'un projet voudrait, ni plus ni moins, en faire une sorte de marché de Noël permanent avec boutiques, salon de thé et tout ce qui s'en suit. Une véritable entreprise de démolition intellectuelle qu'on peut contrecarrer en demandant le classement du lieu par l'UNESCO (les bâtiments le sont mais pas la cour dont on projéterait d'abattre les arbres).

Une pétition court en ce sens actuellement. Il ne faut pas la laisser passer sans quoi les songes de Saint-Maclou et les moments aussi magiques que ceux que Catherine Delattres nous y fait passer (avec le concours des lumières de Jean-Claude Caillard, les costumes de Corinne Lejeune et la scénographie de Ludovic Billy) risquent de tourner au cauchemar.

- A l'Aître Saint-Maclou

Du samedi 2 au mardi 12 juillet

- Abbaye de Bonport – Pont-de-l'Arche

Vendredi 15 et samedi 16 juillet

- Manoir de Villers – Saint-Pierre de Manneville

Vendredi 22 et samedi 23 juillet

- Andé – Le Moulin

Vendredi 29 et samedi 30 juillet

- Strasbourg – TAPS SCALA

du mardi 4 au samedi 8 octobre

- Eu – Théâtre du château

Jeudi 13 octobre 2016

- Saint-Etienne du Rouvray – Le Rive-Gauche

Mardi 8 et mercredi 9 novembre

- Duclair – Théâtre en Seine

Vendredi 25 novembre

- Lillebonne – Juliobona

Mardi 7 février 2017

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