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Théâtre en Normandie

Le harcèlement : un réquisitoire glaçant

13 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

Le harcèlement : un réquisitoire glaçant

Plus que jamais le théâtre devient le témoin de son temps.

Rarement en effet on aura donné autant la parole à ceux qui ne sont pas aux premiers rangs des spectacles. A la faveur de rencontres, de témoignages, d'expériences partagées, ils sont appelés de plus en plus à donner la représentation, adaptée ou tout simplement exposée, des problèmes que notre société leur impose.

Le procédé est l'affirmation d'un acte politique fort et la démonstration d'une nécessité chez ceux qui forment en quelque sorte les intermédiaires entre la fiction et la réalité, de libérer les consciences.

C'est une alerte et dans ce sens le montage que Thomas Rollin a réalisé autour du problème du harcèlement est exemplaire.

L'idée est née d'un tragique fait divers : celui d'un adolescent qui s'est immolé par le feu parce qu'il ne supportait plus les harcèlements dont il était l'objet de la part de ses camarades.

Thomas Rollin s'est immergé dans un établissement scolaire en avançant masqué afin de ménager les pudeurs ou les peurs et a recueilli une quarantaine de témoignages de harcelés mais aussi de harceleurs et dans lesquels la bêtise, l'ignorance, l'intolérance sont exposées chez certains avec ce qu'on pourrait appeler « l'innocence de l'âge » et chez d'autres avec une volonté réelle de blesser et une détermination à détruire celui ou celle que l'on a pris pour cible..

Cela va dans un premier temps avec les « p'tit gros », les p'tites bites », les « bougnouls» ou autres « pédés » qui deviennent presque des péchés véniels dans une population pour qui le sens des mots n'a pas encore sa valeur réelle et puis, les choses se gâtent très vite.

« Jean-Luc est pakistanais....Farid est tunisien... David est juif... Vladimir le porcinet est un bouffon »....

On en vient aux injures, à celles qui atteignent dans ce qui est le plus symbolique et le plus sensible comme l'image de la mère. Et puis, progressivement, insidieusement, de l'agression verbale on en vient à l'agression tout court, celle qui laisse des marques indélébiles dans le cœur et sur la peau.

Dans ce montage personne n'est laissé de côté. Les victimes d'abord mais aussi le personnel enseignant, les parents.

Tous les cas d'espèces sont passés au crible par une excellente équipe de comédiens (Sophie Caritté, Maryse Ravera, Bernard Cherboeuf, Alain Fleury, Thomas Schetting, Jean-Marc Talbot) qui sont les intermédiaires par lesquels passent des messages de méchancetés gratuites et de haines assumées.

C'est un florilège assez épouvantable de ce que nos « chers petits » - et, ne nous voilons pas la face, souvent leur entourage - sont capables de dérouler, parfois sans se douter du mal qu'ils font, d'autres fois conscients de ce qu'ils disent, et des dégâts qu'ils entraînent.

De la connerie à l'état pur au racisme et au fascisme revendiqués, ce réquisitoire nous offre une image absolument glaçante. Il mérite d'être vu, d'être médité et de rendre attentif à tout ce qui se dit, à tout ce qu'on entend !.

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