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Théâtre en Normandie

La saison à l'Opéra de Rouen-Normandie : des bonheurs dispersés

8 Juin 2016 , Rédigé par François Vicaire

La saison à l'Opéra de Rouen-Normandie : des bonheurs dispersés

Avec l'arrivée des vacances, les théâtres en profitent pour faire leur bilan et surtout peauffiner leur saison à venir.

Traditionnellement c'est l'Opéra de Normandie qui ouvre le feu avec une présentation qui donne lieu, tout aussi traditionnellement, à des échanges de politesses entre l'artistique et le politique dont on sait qu'ils sont de circonstance sans qu'il faille pour autant en minimiser la portée.

Et en la matière Frédéric Roels a fait preuve de ce qu'on peut appeler un beau sens politique en mettant en exergue de son éditorial un extrait d'une ode de Théophile de Viaux (plus courtois que libertin) appelée fort apportunement « Elégie à une dame ».

En extrapolant un peu, on peut voir dans cette dame un appel à Catherine Morin-Desailly qui vient de prendre en main les rènes de l'opéra Rouen-Normandie et qui pourrait devenir la « dame » de ses pensées artistiques.

Pour beaucoup – et ils sont nombreux – les acteurs de la vie culturelle de Rouen et maintenant de la grande région se félicitent du retour d'un personnage dont l'attention aux choses de l'art, l'ouverture d'esprit et le sens de l'initiative se sont illustrés à Rouen au sein du conseil municipal et qui a étendu son action au Sénat où elle occupe une position stratégique quant à l'avenir de la culture.

Son but ? Celui de donner à l'Opéra de Rouen les moyens de devenir un phare pour la grande région : « L'Opéra de Rouen-Normandie doit briller non seulement pour l'ensemble des habitants de notre région mais au-delà comme un phare artistique servant de point de repère aux touristes d'horizons divers, aux mélomanes de toutes générations, aux amateurs d'un jour comme aux passionnés de toujours ».

Un vaste programme qui s'appuie sur la capacité des hommes à s'ouvrir plus encore aux autres à travers la culture et aux financiers celui de leur en donner les moyens .

La saison à l'Opéra de Rouen-Normandie : des bonheurs dispersés

D'un plaisir à l'autre ...

Dans la saison qui s'annonce, l'opéra compte sept ouvrages dont les choix sont sensés illustrer le libertinage qui est la tonalité de la programmation. Si le libertinage est d'aller d'un plaisir à l'autre sans s'arrêter vraiment sur aucun d'eux, la saison du théâtre des arts en est le parfait exemple. Il l'est moins si on prend les motivation qui ont présidé à sa construction. Il y a loin, en effet, du merveilleux petit bijou mozartien qu'est « Cosi fan tutte » à « Dédé » délicieux mais très mineur ouvrage de Christiné sans parler d'une manière encore plus surprenante de la « Mamzelle Nitouche » d'Hervé qui devrait, en principe, faire chanter la salle. Un prétexte « participatif » qui pourrait être intéressant si on le situait musicalement à un niveau plus pointu. Mais c'est ainsi et avouons que le principe dans le choix du sujet est un peu mince.

Heureusement, il y aura une grande reprise, celle du très beau « Dido and Aeneas » de Purcell dans la somptueuse production du « Poème Harmonique » que l'on a déjà apprécié avec Vivica Genaux et qui nous revient avec la belle et grande Mireille Delunsch. Ce sera un des moments forts de la saison avec le « Rake's progress » de Stravinsky dont l'intérêt vaut par la qualité de l'écriture musicale et par le choix de son metteur en scène. C'est en effet, David Bobée qui animera cette fresque picaresque dont le héros pourait être le frère en libertinage du Barry Lindon de Thackeray et le cousin de Fanny Hill dont les coquineries érotiques ébouriffèrent la prude Albion.

Il sera intéressant de voir comment Bobée qui aime avant tout jouer avec la liberté des mouvements, avec l'alacrité de distributions aux jeunesses bondissantes va s'accomoder du cadre plus stricte de l'opéra même si la musique de Stravinsky, dans son essence même, lui laisse de grandes latitudes d'originalité.

Et puisque libertinage il y a, on ne peut éviter une énième variation autour du couple Merteuil-Valmont des « Liaisons dangereuses ». On la doit au compositeur Luca Francesconi qui a conçu un opéra de chambre pour deux personnages.

Par contre dans le genre léger – très léger – on aura le « Dédé » de Willemetz et Christiné qui tentera de nous convaincre qu'on peut bien réussir « dans la chaussure » comme le chantait si bien Maurice Chevalier. Le tout sera complété par deux ouvrages pour la jeunsses : « Pinocchio » de Luccia Ronchetti et « Tistou les pouces verts » d'Henri Sauguet. Enfin, pour faire bonne mesure, c'est l'inusable « Bohème » de Puccini qui clôturera la saison.

Riche en concerts mais pauvre en création

Pour ce qui est des concerts, c'est une autre affaire. Face à la pléthore de manitestations qui sont prévues – 38 au total avec celles de la programmation de la Chapelle – l'art lyrique qui est en principe la raison d'être de la maison est singulièrement réduit. On assiste en effet à une sorte de mutation. L'opéra - mérite-t-il encore son nom ? – devient une salle de concert – d'autres dirons un garage - comme une autre avec des artistes invités et non plus une maison de création. C'est un parti pris auquel il faut se soumettre d'autant plus que dans ce patchwork il y a de quoi trouver son bonheur pour peu qu'on ne parte pas à l'aveuglette et qu'on admette des cohabitations qui vont de Marcel Azzola au Requiem de Gilles en passant par des solistes comme Nicolas Angelich, Anne Queffelec ou David Greilsammer (que l'on avait vu au Théâtre des Deux Rives » dans un spectacle d'Elizabeth Maccoco) mais aussi, et sans qu'on puisse y trouver une cohérence intellectuelle, passer de Bach aux chants soufis du Pakistan, du « Pierrot lunaire » au concerto pour clarinette de Mozart. Bref de l'esplanade des Arts à la chapelle Corneille, on a le sentiment que cette programmation est là pour convaincre d'un savoir-faire au niveau de l'utilisation du carnet d'adresse plutôt que d'une véritable démarche artistique et une volonté de donner un « ton » à la maison..

Il en est une pourtant qui s'inscrit dans son histoire, c'est Laurence Equilbey. Avec « Accentus », elle dirigera « Comala » une cantate pour soliste, choeur et orchestre de Niels Wilhem Gade, un compositeur du début du XIXeme qui s'inspira des poèmes d'Ossian qui bien qu'apocryphes eurent une grande influence sur les romantiques de Goethe (le fameux lied d'Ossion dans le « Werther » de Massenet) à Schubert en passant par Wagner. Laurence Equilbey dirigera cette œuvre peu connue et très significative d'une époque fièvreuse et toute imprégnée d'une culture gaêlique dont des auteurs comme Walter Scott firent leur profit. Ce sera un des moments forts de cette saison

Comme on le voit, les bonheurs à l'Opéra de Rouen (nous parlerons du ballet une autre fois) sont nombreux à être dispensés et quelque peu dispersés. Il suffira de trouver les bonnes passerelles pour éviter d'y perdre pied.

Quelques dates en référence :

« Cosi fan Tutte » : 30 septembre à 20 heures

2 octobre - à 16 heures, 4, 6 et 8 à 20 heures

« Dido and Aeneas » - 4 novembre à 20 heures – 6 à 16 heures – 8 à 20 heures.

« The rake's progress » - 11 décembre à 16 heures –13 et 16 à 20 heures

« Dédé » -27 et 28 décembre à 20 heures

« Pinocchio » - 8 février à 20 heures

« Tistou les pouces verts » - 3 et 10 mars – 5 à 16 heures

« Quartett » - 25 et 27 avril à 20 heures

« La Bohème » «- 4 juin à 16 heures – 2, 6, 8 10,12 juin à 20 heures

Nos photos : Catherine Morin-Desailly et Frédéric Roels (photo Jean Rouget)

"Dido and Aenaes" (photo Frédéric Carniccini)

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