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Théâtre en Normandie

Marie-Hélène Garnier : un« grand déballage » entre poésie et politique

19 Avril 2016 , Rédigé par François Vicaire

Marie-Hélène Garnier : un« grand déballage » entre poésie et politique

Si sa compagnie s'appelle « La dissidente », ce n'est pas un hasard !

Comédienne, metteure en scène, femme de conviction, Marie-Hélène Garnier est un électron libre qui est au théâtre ce qu'elle est dans la vie : indépendante, lumineuse et constamment préoccupée de la manière d'amener le théâtre au plus près du coeur des spectateurs. Un procédé qui l'éloigne des rêveries illusoires mais la rapproche des êtres et du monde. Aux frontières fragiles où la réalité et la fiction peuvent parfois se côtoyer, elle est de ceux et de celles pour qui un acte théâtral doit relever tout à la fois du poétique et du politique, ce qui fait d'elle d'une certaine manière la petite sœur de Ken Loach.

Un journaliste lui a dit un jour qu'il lui arrivait parfois de faire du « théâtre documentaire ». Une formule qu'elle revendique sans problème. Elle lui permet de prendre ses distances avec l'acte théâtral lui-même pour se donner les possibilités de faire passer des visions militantes qui, artistiquement et intellectuellement, correspondent à ses attentes et à ses exigences :

« les gens m'intéressent d'où qu'ils viennent, où qu'ils soient et où qu'ils aillent»

Et c'est exactement le sens de la démarche de ce « grand déballage » qu'elle a mis en place, dans la continuité de ce que Jack Lang avait entrepris il y a quelques années et qui était destiné à resociabiliser des personnes déplacées ayant besoin de retrouver une raison d'exister.

Le principe est simple, même si dans son application il demande beaucoup de doigté, d'intelligence du cœur et surtout une capacité d'écoute qui ne soit pas de l'ordre de la confession mais de la réciprocité de pensée.

Dans les faits, Marie-Hélène Garnier « s'abat » si l'on peut dire sur une communauté urbaine dont elle extirpe, avec la collaboration des responsables locaux un certain nombre de personnes de quelque génération, d'âge ou de milieu qu'elles soient. Cinq d'entre elles sont choisies pour se livrer au jeu de l'interview devant la caméra d'Olivier Brunet. Le point de départ de l'entretien repose sur la question à priori anodine : « Que pensez-vous de votre ville ?.... ». Anodine mais pas innocente car très rapidement les intervenants en viennent à évoquer leur propre vie, à jouer le jeu de l'introspection et de la découverte d'eux-mêmes et de leur entourage.

Quand le "déballage" devient révélation

Marie-Hélène Garnier, dans le respect et sans jamais intervenir directement, laisse se dérouler le fil rouge d'histoires individuelles qui peuvent être, et selon les villes où elles se situent, tour à tour cocasses, attendrissantes, voire dramatiques.

Mais les choses ne s'arrêtent pas là. En effet, à travers les projections qui en sont faites devant les spectateurs, les intéressés restés jusque là anonymes et le public essentiellement constitué de familiers ou tout simplement d'habitants de la ville, se révèlent des natures, des sensibilités, des joies simples, des fragilités cachées et des détressses authentiques. Tous ces témoignages forment en quelque sorte l'interface d'une ville et de ses habitant qui se surprennent à découvrir leur réalité existencielle à travers celles de leurs voisins.

Dans cette confrontation étonnante, les comédiens et les metteurs en scène trouvent là aussi leur part d'aventure. Ils sont soumis à un véritable challenge. Choisis par Marie-Hélène Garnier, ils doivent, en effet, tirer au sort des tranches de vie dont ils ne savaient rien au départ et qu'ils leur faut, en cinq jours, inscrire dans une réalité dramaturgique et esthétique. A partir de cette suggestion rigoureuse, ils leur faut construire une continuité théâtrale restant fidèle à un propos original dans lequel il n'est pas rare qu'ils se retrouvent eux-mêmes dans une sorte de dédoublement qui est, quelque part, le propre même du théâtre.

C'est une performance de haut vol qui aiguise les capacités de réflexion et en même temps qui se prolonge à travers des expériences débouchant chez les uns et les autres, sur une véritable découverte humaine et théâtrale.

Ce « grand déballage » qui fait le ménage dans les têtes et dans les cœurs, devient alors un véritable déclencheur personnel pour les comédiens. Mais c'est aussi, pour ceux dont ils ont pris en charge l'histoire, un incitateur qui peut les inviter à pousser les portes d'une salle de spectacle afin d'aller voir derrière ce qui s'y passe et surtout ce qu'on y ressent.

Et le "déballage" devient pour beaucoup révélation.

Au « Rayon Vert » - Saint-Valéry-en-Caux - le 29 avril à partir de 19 heures

A Fécam – Au « 'Passage » le 13 mai à 20h30

Au CSN à Petit-Quevilly, le 3 juin à 20h30

A Louviers le 4 octobre à 20h30

A Grand-Couronne, le 14 octobre à 20h30

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