Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Théâtre en Normandie

Les « Labos » du CDN : accorder les attentes aux désirs des jeunes comédiens

27 Avril 2016 , Rédigé par François Vicaire

Les « Labos » du CDN : accorder les attentes aux désirs des jeunes comédiens

Il y a eu Alain Bézu et Diderot, Yann Dacosta et « Loveless » d'après « La vie d'une putain, Il y a Shagalov et Levgueni Zamiatine pour « Nous autres » . Il y a eu les « Nuits chaudes » de Sophie Cadieu et il y aura bientôt « Fées » de David Bobée...

Le CDN n'en finit pas de dérouler le cycle des auteurs et des textes dans une série de « labos » qui impliquent les jeunes comédiens de la région. Sélectionnés sur audition, ils représentent d'une certaine manière le « nec plus ultra » des nouvelles générations dont les éléments, pour certains, sont en train d'émerger et, pour d'autres, confirment les promesses que l'on avait en eux.

Cette fois – jeudi et vendredi prochains – c'est Corneille qui est d'une certaine manière sur la sellette. Le Corneille de la jeunesse, celui qui en attendant une maturité plus prudente face au pouvoir, ne s'embarrasse pas de périphrases et c'est lui que voulait privilégier Philippe Chamaux avec un « Un héros qui s'éveille doit avoir la splendeur du soleil levant »... un titre splendide et qui se réfère au héros magnifique qu'est par excellence le Rodrigue du « Cid » :

« Quand Corneille écrit le « Cid », il a trente ans. Il a terminé « L'illusion comique » juste l'année précédente. De la tragédie aux pièces de jeunesse en passant par tous les écrits qui ne sont pas appelés à être joués comme les préfaces, ses adresses au roi et aux grands et ses lettres, on retrouve l'impétuosité du jeune loup, qui assume – et il l'assumera toujours même dans sa vieillesse - ce qu'il dit, ce qu'il écrit, ce qu'il fait... Dans ce sens il reste très moderne et il parle directement à des comédiens qui ont son âge et ceux de ses personnages. Il préfigure ce que nous vivons actuellement face à l'intolérance, à ce qu'on pourrait appeler les adhésions intellectuelles et religieuses qui sont d'une force qui peut être aussi destructrices que positives.»

Le choix de Philippe Chamaux s'est dont attaché à des pièces de jeunesse « La place royale », « L'illusion comique », puis sur « Le Cid ». Et enfin, « Polyeucte », à peine plus tardif, mais qui porte en lui toutes les complexités du sentiments amoureux et du devoir social :

« Observer les textes et le théâtre de Corneille dans ces années là, c’est regarder l’histoire d’une époque qui privilégie encore les héros, un monde dans lequel ils évoluent sans tristesse, ou alors sans s’y complaire mais en la sublimant pour la transformer et l’exalter en une héroïque allégresse ».

C'est peut-être cette notion que notre monde a quelque peu perdue et dont il a détourné la fonction du héros pour en faire un fanatique. Autant de raisons que Philippe Chamaux développe avec ces jeunes qui ne sont plus des stagiaires mais pas encore des comédiens totalement aguerris. Ils sont en quelque sorte à la lisière du professionnalisme et ces « labos » leur donnent la possibilité d'approfondir un art qu'ils ont déjà expérimentés dans les conservatoires ou dans des compagnies.

L'intérêt de ces expériences théâtrales est de ne pas être figé dans un répertoire. De Diderot à Zamiatine, c'est toute une palette d'impressions, de découvertes, d'approches de textes et sur la manière de les porter qu'ils ont l'opportunité d'explorer. En ce sens ce « labo » Corneille est exemplaire.

Il demande aux jeunes de jongler avec les pièges de la versification, de la respecter tout en lui apportant une nouvelle vérité :

Nous menons un travail très précis sur le texte... sur le fond mais aussi sur la forme.... ces jeunes doivent accorder la rythmique imposée par le vers. Il leur faut chercher à s'affranchir du vers dans jamais le trahir. C'est un peu comme la pratique d'un instrument de musique … une fois que l'on a apprivoisé la technique, il ne reste plus – et c'est le plus difficile – qu'à trouver le ton juste dans son interprétation ».

C'est tout le travail auquel s'attachent les « Labos » du CDN : donner aux jeunes comédiens les moyens de trouver la bonne tonalité dans lequelle ils mèneront une carrière qui soit à l'unisson de leurs attentes et de leurs désirs .

Avec Vladimir Delaye, Dorine Hermier, Radouan Leflahi, Yohan Manca, Victor Ovigne, Lisa Peyron, Charlotte Ravinet, Augustin Roy, Kim Verschueren

(photo Jacob Chetrit)

- Théâtre de la Foudre Jeudi 28 et vendredi 29 avril à 20 heures

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article