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Théâtre en Normandie

Pour Simon Fleury à Duclair : le théâtre est une réalité vivante

4 Mars 2016 , Rédigé par François Vicaire

Pour Simon Fleury à Duclair : le théâtre est une réalité vivante

C'est certainement le plus jeune directeur de théâtre de Haute-Normandie et celui qui se trouve à la tête d'une salle de spectacle qui, elle aussi, fait ses premières armes puisque c'est la troisième saison avec elle que Simon Fleury aborde à Duclair.

Duclair.... une charmante bourgade qui s'étale le long de la Seine et dont les 4000 habitants vivent au rythme des bateaux qui passent et des bacs qui rejoignent les deux rives

Si l'été, l'air ambiant incite à renouer avec la tradition des guinguettes au bord de l'eau, par contre la vie hors saison est plus monotone ce qui ne veut pas dire, pour autant, qu'elle soit morne.

La preuve, elle possède un théâtre qui tourne à plein rendement avec un directeur dont la trentaine éclairée a su donner à la salle une véritable identité culturelle.

Ce qui n'était pas évident au départ. Il fallait remplir en effet une jauge de 250 places avec une programmation évitant la facilité. Faire la part belle aux compagnies régionales en se battant contre l'idée reçue qu'un public local pouvait se satisfaire de « boulevards » médiocres et racoleurs avec des têtes d'affiche au talent télévisuel approximatif. C'était un pari.

Il a été tenu. Le théâtre de Duclair remplit parfaitement son office d'interlocuteur culturel avec un environnement qui dépasse largement les limites de la ville.

C'est une belle histoire qui est en même temps celle d'une salle et celle de quelques passionnés qui ont façonné un esprit d'aventure et de curiosité dont Simon Fleury est l'héritier et le prolongateur.

Un support moral et administratif

On s'en souvient peut-être, Duclair a souffert particulièrement de la guerre. Les bombardements ne l'ont pas épargné. Quand est venue l'heure de la reconstruction la municipalité de l'époque décida de construire un théâtre. C'était d'autant plus intéressant – surprenant pourrait-on dire – que l'initiative ne reposait sur aucune antériorité. Pourtant, la petite ville aura son théâtre ou plus exactement un cinéma qui fera office de salle de théâtre et qui, avec son balcon et sa fosse d'orchestre, accueillera des spectacles d'opérette.

C'était un début et d'une certaine manière une promesse qu'un passionné de théâtre, Jean Sénard, mettra en application en organisant un embryon de saison qui sera en quelque sorte le point de départ de l'aventure. Elle se poursuivra avec Jean-Marc Guerrion qui en 1995 créera « Théâtre en Seine », une association qu'il préside toujours et qui est le support moral et administratif sur lequel repose l'action de Simon Fleury.

La structure ayant pris une allure plus logique avec la suppression de son balcon et de la fosse, il fallait lui donner une existence stable avec une politique s'inscrivant dans la continuité si on voulait qu'elle corresponde à une réalité.

Pour ce faire, Simon Fleury joue avec sagesse la carte de la participation. A côté de sa programmation, son théâtre reste ouvert et à l'écoute du public qu'il lui fallait constituer de toute pièce. Il a reçu sans réserve l'appui de la ville (le maire Jean Delalandre est trentenaire comme lui, ce qui facilite singulièrement le dialogue), des institutionnels comme l'ODIA, la CREA, la Région et le Département. Le théâtre ayant gardé sa forme associative, le directeur a les coudées franches dans ses entreprises. Ce qui lui a permis, en moins de trois ans, de trouver sa vitesse de croisière et en même temps son public .

« Il a fallu créer des réseaux... faire un travail en profondeur sur le territoire. Notre public n'est pas constitué des seuls habitants de Duclair mais aussi des alentours et parfois de ceux qui traversent la Seine. Il y avait à réussir à trouver la bonne formule qui permette de réunir des composantes multiples et qui n'avaient que très rarement l'occasion d'aller au théâtre et leur faire des propositions qui le séduisent sans être trop élitistes et en même temps surtout pas complaisantes ».

C'est une question de mesure, d'approche intellectuelle et surtout une bonne appréciation d'un « terrain » que Simon Fleury cultive en faisant des choix artistiques qui font appel à des valeurs sûres comme la compagnie Catherine Delattres, ATKE, Eugêne Guignon, le théâtre des Crescites avec leur « Macbeth » présenté chez David Bobée au CDN ou à des comédiens comme Karine Preterre et Bruno Bayeux etc … avec des partenariats avec les établissements scolaires, le conservatoire du Val de Seine et l'Atelier-Théâtre.

En tout, douze dates pour lesquelles, jusque-là, la location a fonctionné au maximum.

Avec un budget global de 100.000 euros Simon Fleury gère sa maison en accordant les exigences de son bilan à ses désirs de développement. Il voudrait bien que les premières puissent au fur et à mesure rejoindre les seconds pour les étoffer plus encore.

Mais en moins de trois ans de temps, il a déjà prouvé que faire du théâtre intelligent dans un environnement ou personne à priori ne l'attendait était une réalité vivante et non pas une gageure.

Attendons les années à venir.... elles pourraient vite nous surprendre encore.

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