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Théâtre en Normandie

Victime de l'arbitraire, « Mega Pobec » privée de subvention et de salle

2 Février 2016 , Rédigé par François Vicaire

Victime de l'arbitraire, « Mega Pobec »  privée de subvention et de salle

C'est une très mauvaise affaire qui est faite au théâtre .

Elle montre combien le spectacle vivant est tributaire d'instances qui décident avec une incroyable désinvolture de l'avenir d'une compagnie et peut ni plus ni moins la faire disparaître.

Le cas de « Mega Pobec » est un des plus criants et des plus injustes.

Cela fait 38 ans que Jean-Pierre Brière s'emploie à diffuser la bonne parole théâtrale dans L'Eure et même au-delà. Installée dans la chapelle de la Cavée Boudin, la compagnie a fait de ce lieu, à l'origine improbable, une salle de spectacle à part entière et un parfait lieu d'accueil. Equipée à 60 % avec ses fonds propres, elle est devenue progressivement une des étapes incontournables de la diffusion mais aussi et surtout de la recherche et de la création avec un important volet socio-éducatif coordonné avec des établissements scolaires.

Fort de son antériorité et de la qualité du travail réalisé, Brière n'avait aucune raison « raisonnable » de s'inquiéter d'autant plus qu'une nouvelle convention avait été signée en 2014. Aussi ce fut l'âme tranquille qu'il se rendit au rendez-vous qu'il avait pris avec son adjoint de tutelle pour lui présenter un projet concernant les jeunes. Mieux - et c'était à priori une bonne nouvelle digne de l'intérêt qu'on semblait lui porter - ce n'est pas par un adjoint qu'il serait reçu mais par deux, l'un chargé des associations, de la vie de quartier et de l’aide aux victimes et l'autre responsable de la culture et du patrimoine culturel

Autant dire qu'un tel déploiment de titres ronflants (on se croirait dans « Ubu ») ne pouvaient que le conforter dans une tranquillité d'esprit qui allait, pourtant et sans autre forme de procès, voler en éclat .

Une décision arbitraire

Car, ce n'est pas de projets en devenir qu'il fut question. En effet, avant même que la réunion commence, Brière s'entendit annoncer que les conventions régissant le fonctionnement de la chapelle étaient rompues et que cette décision s'accompagnait de la suppression totale de la subvention à la compagnie, le tout étant agrémenté de l'obligation pour elle de libérer les lieux dans les six mois à venir. Autant dire une mort annoncée pour « Mega Pobec » qui se retrouvant sans soutien financier et privé d'une salle dans laquelle elle avait investi de ses deniers, n'a pas d'autres ressources que de mettre la clé sous une porte de sortie qu'on lui claque au nez sans ménagement. Une décision totalement arbitraire. Jean-Pierre Brière tomba des nues : pas d'entretien préalable, pas de concertation, pas d'entrevues formelles ou informelles avec les intéressés.

Par le seul fait du prince, on a tiré d'un trait de plume sur 38 ans de travail au service du théâtre, de la communauté urbaine et d'un public composé en grande partie de jeunes.

Bien évidemment pour se justifier, la municipalité invoque des raisons budgétaires et l'obligation de faire des économies. On connaît le refrain à qui on fait chanter la musique que l'on veut.

C'est une mauvaise excuse brandie régulièrement par ceux qui manquent d'imagination et feignent d'ignorer la fonction réelle que la culture peut, à tous les niveaux, avoir dans une ville et sur sa population.

Dans l'état actuel des choses la ville d'Evreux campe sur ses pauvres arguments budgéraires sans les justifier. Il se pourrait toutefois que « Mega Pobec » soit victime de la mode du moment qui est de confier plusieurs lieux à une seule tête, donc à un seul budget et par voie de conséquence à une pensée unique.

A Evreux, on cherche celui qui prendra la direction du futur Etablissement Public de Coopération Culturelle (l'EPCC) qui regroupera le « Cadran », la Scène Nationale et la future scène de musiques actuelles (le SMAC) qui devrait ouvrir bientôt et qui entraînera dans son sillage la salle de « L'Abordage » qui, jusque-là, remplissait parfaitement son office. On comprend alors que « Mega Pobec », indépendant, curieux, entretenant une liberté qui ne conviendrait pas à une politique globalement réductrice, soit devenu le petit caillou dans la chaussure qui empêche d'avancer sur des terres politiquement déjà conquises.


Sans explication et sans état d'âme


Jean-Pierre Brière et son équipe ne se font aucune illusion. Un certain nombre d'élus de la majorité municipale siégeant aux Conseils régional et départemental, il y a des chances (si l'on peut dire) pour qu'un navrant jeu de dominos entraîne une cascade de défections de financement.

Lundi dernier, le conseil municipal se réunissait pour fixer les subventions locales. Et il ne fallait pas s'attendre à un revirement spectaculaire. En dépit du plaidoyer de deux élus de l'opposition, la subvention de « Mega Pobec » est passée à la trappe et avec elle tous les projets, toutes les productions, toutes les programmations qui étaient prévues. Sans explication et sans état d'âme !

On pourra discuter longtemps du bien-fondé de cette décision au plus haut point discutable. Mais on pourra s'interroger, surtout, sur le procédé. Il met, sans ménagement, devant le fait accompli une équipe qui est véritablement traumatisée par une désinvolture qui révèle un manque total d'élégance à l'égard de créateurs et de la structure culturelle qui faisaient partie du paysage depuis tant d'années.

Un exemple à méditer.

Car avec cette affaire, qui pourra demain se sentir à l'abri des déplaisirs de responsables qui ne voient dans la culture qu'un moyen et non pas une mission ? Autrefois on excomuniait les comédiens. Aujoud'hui on ne les voue pas aux gémonies mais on leur enlève le droit de vivre et de s'exprimer.

Répétons-le, au-delà du fait lui-même, la manière dont les décisions ont été prises est un très mauvais procédé, pour ne pas dire détestable, à l'égard de la Culture.

C'est le moment de reprendre le slogan de 68 : soyons vigilants !

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