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Théâtre en Normandie

Sylvie Habault et « les saisons « de Maurice Pons : L'autopsie d'une création mythique

19 Février 2016 , Rédigé par François Vicaire

Sylvie Habault et « les saisons «  de Maurice Pons :  L'autopsie d'une création mythique

Quand Sylvie Habault s'installa un beau jour au Moulin d'Andé pour faire son nid avec Guy Faucon, elle laissait derrière elle une expérience de photographe qui l'avait conduite, en trois ans de temps, à bourlinguer aux hasards de l'Orient pour réaliser des portraits de femmes.

Arrivant sur les bords de ce bras de Seine, elle déposa, alors, son appareil sans jamais penser le reprendre un jour.

Il faut dire que les activités multiples de « La Pie Rouge » où elle cumule les rôles de comédienne, de chanteuse, de décorateur, de sculpteur et de quelques autre occupations théâtrales et humaines avaient de quoi remplir sa vie sans qu'elle se sente d'une quelconque manière tenaillée par un retour à ses lointaines premières amours.

Il faudra la rencontre à Andé avec Alain Cavalier qui mettait la dernière main à son film « Thérèse » auquel l'équipe de « La Pie Rouge » collabora activement pour que se réveillent des tentations depuis longtemps enfouies d'autant plus que Cavalier lui-même sut convaincre le couple, qu'elle à l'image, lui à l'écriture « était fait pour le cinéma ».

C'était un signe qu'il ne fallait pas laisser passer. C'est ainsi que naîtra, dans la foulée, « Le jardin des veuves », première réalisation de Sylvie Habault dans lequel reconnaît-elle le style était au cordeau dans sa construction mais très imprégné encore par d'évidentes influences théâtrales.

Ayant mis le doigt dans l'objectif, il n'était plus question de le retirer surtout que dans le même temps Sylvie et Guy feront la connaissance de Rachel Paux. Cette toute jeune fille qui fait pratiquement partie de toutes leurs distributions affirmait une personnalité quelque peu en marge mais qui fit valoir très rapidement des capacités d'adaptation et une réceptivité telles qu'elle devint en quelque sorte un des pivots de « La Pie ». Dès lors, sous l'oeil attentif de sa maman Fabienne Bahin, entre ce personnage qui sut vaincre par l'expression théâtrale une grande partie de ses problèmes de comportement et les Faucon va s'établir une amitié soudée par une réciprocité affective et professionnelle. Elle débouchera sur un film, « La jeune fille à la pie rouge », une extraordinaire preuve d'amour et de confiance à l'égard d'une personnalité qui s'éveillait progressivement au monde par le théâtre.

Dans le même temps, l'évolution des techniques et leurs souplesses d'utilisation, confortait Sylvie Habault dans le sentiment que, sans abandonner le théâtre, elle pouvait ajouter le cinéma aux multiples cordes de son arc artistique.

Dans ce cheminement bien particulier le Moulin d'Andé tient une place particulière. En effet, parmi les nombreux amis de Suzanne Lipinska, il y a Maurice Pons qui s'est installé à demeure sur la propriété depuis de très nombreuses années.

Personnalité majeure de la vie littéraire, il s'est détourné des mondanités trop bruyantes pour venir trouver dans ce cadre privilégié une paix propice à la réflexion et à l'écriture. Tout naturellement, entre la « Pie Rouge » et l'écrivain se sont établis des liens d'affection et une complicité intellectuelle qui se rejoignent dans le même regard, à la fois tendre et ironique, mélancolique et cruel, porté sur le monde.

Le livre de Maurice Pons, « Les saisons » qui, depuis cinqnante ans n'en finit pas d'élargir le cercle des privilégiés qui se plonge avec délice dans les méandres labyrinthiques d'une pensée profondément originale ne pouvait que fasciner Sylvie Habault. Avec Guy Faucon, elle a construit un scénario qui n'est ni un reportage sur l'auteur, ni un résumé d'un livre qui, de toute manière, ne se résume pas mais plus exactement une circonvolution poétique qui sert de prétexte à jeter des bribes d'impressions et de situations autour de ces « saisons » devenues mythiques. Elles constituent une sorte de poème onirique qui rejoint l'univers esthétique si particulier avec lequel Sylvie Habault se sent en phase. Avec une parfaite maîtrise de l'image, sa caméra plonge avec délectation dans des variations qui savent être tour à tour douces et saccageuses comme un poème dont les strophes parfois contradictoires construisent un monde dont le livre de Maurice Pons est le bouillonnant argument.

Pour la circonstance, « La Pie » a fait appel à ses comédiens favoris dont bien évidemment Rachel Paux mais aussi à des amis de cœur venus de l'extérieur comme Denis Lavant ou Michael Lonsdale.

« Une saison pour Maurice Pons » est une grande promenade dont on découvre les clés au fur et à mesure que l'on avance dans une histoire qui ne ressemble à aucune autre. Elle permet d'aller à la découverte d'un auteur, de son œuvre et de suivre sur grand écran – en l'occurrence celui de « l'Omnia » le jeudi 25 février à 20 heures – la démarche extrêmement personnelle et innovante d'une réalisatrice qui met en images ce qu'elle appelle elle-même « l'autopsie truculente d'un grand récit mythique ».

- A l'Omnia le 25 février à 20 heures - « Une saison pour Maurice Pons » - Entrée 4€ et 5,50€ – Réservation au 06 89 10 99 78

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