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Théâtre en Normandie

Simon Vialle et « La Méduse : stupéfiant !

28 Février 2016 , Rédigé par François Vicaire

Simon Vialle et « La Méduse : stupéfiant !

Pour un peu on se croirait revenu au beau temps de 68 quand de jeunes comédiens lassés de trop d'habitudes s'employèrent à casser les codes et à refaire le monde et le théâtre.

Toute proportion gardée, c'est un peu ce que fait Simon Vialle avec « Simon, la méduse et le continent » qu'il présentait en petit comité la semaine dernière aux Deux-Rives.

En fait de continent, c'est un univers que trace à grands traits ce spectacle qualifié de « langagier ».

Derrière ce barbarisme se cache un travail véritablement stupéfiant par la vitalité dont fait preuve ce jeune comédien plein d'allant et certainement plein d'avenir qu'est Simon Vialle. La manière qu'il met à envahir le plateau et d'affronter le texte de Louise Emö qui joue avec une gourmandise un peu abrupte avec le langage et les idées est étonnante de punch et d'intelligence dans l'investissement d'un rôle écrasant.

Il réussit une remarquable performance d'acteur et porte à bout de bras un argument qui est une sorte de manifeste d'indépendance dans lequel les mots et surtout les idées se téléscopent sans, il faut bien le reconnaître, se rattraper toujours. L'extraordinaire, c'est que dans ce jeu dangereux où les idées, la parole et le geste se renvoient constamment la balle, Simon Vialle réussit le tour de force de maîtriser parfaitement l'exercice sans lui accorder un instant de faiblesse.

Cela dit, à force de vouloir trop prouver, le principe frôle le procédé et tout en l'admirant on en vient parfois à se demander à quoi il veut aboutir si ce n'est prouver la qualité de l'interprétation. Ce qui n'est déjà pas si mal.

Simon Vialle, en effet, donne libre cours à une superbe liberté qu'il maîtrise parfaitement. Toutefois, le spectacle pour convaincant qu'il soit globalement a les défauts de ses qualités. Ainsi, cette indiscutable virtuosité que l'on admire sans réserve prend le risque par trop d'intentions de tuer justement l'intention. Et cette imagination débordante se noie parfois dans trop d'effets.

Le fil narratif de l'histoire se perd dans la confusion d'une élocution dont le débit effrené part en saccades. Dans les méandres compliqués d'un texte qui fait un sort à la logique, émerge une autre construction mentale plus élaborée mais quelque peu systématique.

Cela dit, cela représente un excellent travail de laboratoire parfaitement mis en lumière par Clément Longueville. C'est une intéressante approche de la manière de penser autrement le théâtre mais c'est en même temps prendre le risque en voulant extérioriser le propos de sacrifier ce qu'il recele d'humain, de tendresse, de poésie.

C'est une question d'approche intérieure et on voit bien qu'au cours de ce spectacle, il suffit de quelques instants de repos – de répit devrait-on dire – pour que Simon Vialle fasse passer ce pourquoi le théâtre est fait : l'émotion.

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