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Théâtre en Normandie

Monteverdi et Rossini pour l'ouverture de la Chapelle Corneille

8 Février 2016 , Rédigé par François Vicaire

Monteverdi et Rossini pour l'ouverture de la Chapelle Corneille

Pour l'inauguration officielle de la chapelle du Lycée Corneille les congratulations ont été particulièrement méritées.

Il faut dire que dans cette entreprise, le fait politique a rejoint admirablement les ambitions culturelles que l'on pouvait mettre dans un lieu qui dormait depuis tant d'années. En son temps Laurent Langlois – il faut lui en accorder le grand mérite – avait su le réveiller avec « Octobre en Normandie » en lui offrant de beaux et grands moments d'exception.

Depuis, les fées restèrent inopérantes quant à l'avenir de cet éblouissant édifice jusqu'à ce que la Région de Haute-Normandie, sous l'impulsion d'Alain Levern, lui accorde une attention particulière tant sur le plan de sa restauration que de son aménagement.

Rarement, en effet, l'adéquation aura été aussi parfaite entre la mugnificence des lieux et le traitement technique qui l'accompagne.

La Chapelle – ou si l'on veut l'auditorium Corneille – est certainement la plus belle réalisation que Rouen se soit offerte depuis de nombreuses années.

Depuis le somptueux parvis qui met merveilleusement en valeur, en le dégageant, l'harmonie de l'édifice jusqu'à la qualité logistique d'accueil, tout est fait pour que l'éblouissement soit total quand on découvre la chapelle dans une splendeur qui n'est pas sans rappeler, toute proportion gardée, la « Gesù » » de Rome.

Selva Morale

De toutes les spectacles qui composent sa programmation, ceux que proposent « Le Poème Harmonique » s'inscrivent sans conteste dans un ton et un style à la mesure du décor grandiose des lieux.

La soirée inaugurale qui s'est déroulée devant un public enthousiaste en a été la plus belle manifestation.

En choisissant des oeuvres de Monterverdi, Vincent Dumestre s'est inscrit dans la logique même d'une époque où l'ornementation et la spiritualité allaient de pair... où l'exigence des sentiments passait par l'altière beauté qui les inspirait. L'harmonie et l'élégance permettent au « Poème » d'exprimer dans sa plénitude la grandeur d'une inspiration musicale qui rejoint les sommets musicaux que sont, entre autres, le « Couronnement de Popée » et « L'Orfeo ».

Une instrumentation d'une remarquable ampleur harmonique sonnait somptueusement dans l'édifice dont Vincent Dumestre sut utiliser les caractéristiques en plaçant, par instant, les chanteurs et le choeur d'abord dans les tribunes du Transept puis dans la totalité de l'espace pour un jeu de « répons » tout à fait admirable. Le beau sextuor de chanteurs rompus à un style alliant l'intériorité à la belle sobriété de l'expression lyrisque porte les élans de la passion mystique telle que le XVIIème la concevait. L'extrême dépouillement et la beauté des timbre du choeur « Accentus » maintenaient l'équilibre entre l'intimité du propos et son grandiose déploiement vocal.

Un grand moment qui a été accueilli frénétiquement et qui augure bien de ces « saisons baroques » mises en place par Vincent Dumestre dont l'élégance discrète et la précision portent à son plus haut niveau la richesse expressive et l'extrême rigueur de cet art du contraste qu'est le baroque.

« La petite messe « de Rossini

Le lendemain on était dans un autre style. En programmant « la petite messe solennelle » de Rossini, le Théâtre des Arts qui ouvrait le feu de ses propres animations avait opté pour une heureuse diversion qui malheureusement est restée en deçà des promesses qu'elle comptait offrir.

La faute en revient, on nous pardonnera de le penser, au père du « Barbier ».

Rossini à la fin de sa vie se lança soudainement dans l'expression religieuse. Mais homme d'opéra avant tout, il n'arriva pas – tout comme Verdi d'ailleurs avec son « Requiem » - à sortir de ce qui fait l'essence même de son univers, c'est à dire le lyrique dans ce qu'il a de plus époustouflant sur le plan de la technique vocale. Mais là où Verdi avait fait passer le souffle de la grandiloquence inspirée, Rossini s'est contenté, pour cette « petite messe » d'une succession de petites pièces d'une élégance un peu vaine.

La version offerte à Rouen a été présentée dans une version pour un piano et un harmonium. Un moyen terme qui se conçoit aisément tant Nicolaï Maslenki et Christophe Henry s'y montrent excellents et apportent le soutien de leur technique dans une œuvre à laquelle les choeurs de l'opéra de Rouen/Accentus participent sans se départir jamais de cette flamme lyrique qui leur va si bien.

La direction de Stéphane Grapperon pousse les effets plus qu'elle ne les retient et relève d'avantage d'un ouvrage léger que de l'esprit d'une messe si ce n'est dans la toute dernière pièce qui laisse s'installer un climat plus proche de la spiritualité que du brillant exercice de style. Et c'est bien d'exercice de style qu'il faut parler pour les quatre solistes, excellents qui s'emploient à donner du sens à une succession d'airs que rien ne relient entre eux et qui s'apparentent plus à la mélodie de salon qu'à un discours spirituel.

Mais que ce soit avec Monteverdi ou avec Rossini, la Chapelle remplit, si l'on peut dire, son office même si ses fidèles ne seront pas tous portés par les mêmes attentes.

Mais les exigences de la Foi (musicale, s'entend) s'adressent à toutes les oreilles.

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