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Théâtre en Normandie

Oswald Sallaberger ou les sortilèges de la maison illuminée

18 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Oswald Sallaberger ou les sortilèges de la maison illuminée

C'est certainement le plus viennois des rouennais …. encore que Vienne ne soit pas la ville d'élection d'Oswal Sallaberger. Il lui a toujours préféré les profondeurs mystérieuses de son Tyrol natal où il s'est imprégné de traditions qui lui permettent aujourd'hui d'alimenter ses références artistiques. Mais la Normandie a pour lui des bonheurs qui datent maintenant de vingt ans et qu'il a envie de continuer de partager.

« La maison illuminée », du nom de l'association qu'il a créée, en est la concrétisation puisque, pour une grande part, elle va prendre ses assises à la Chapelle Corneille qui devient d'une certaine manières sa référence affective :

« Dans les contes, du petit Poucet à Hansel und Gretel, il y a toujours des enfants qui se perdent dans la forêt jusqu'au moment où au bout d'un chemin sombre, ils découvrent dans une clairière une petite lumière qui brille et qui leur permet de ne pas se perdre…. C'est la maison illuminée. ».

Une jolie définition pour faire de cette nouvelle salle de concert, un point de rencontre autour duquel tous les publics auront l'occasion de se retrouver dans les élégances subtiles - ce qui ne les empêche pas d'être aussi parfois téméraires - de la musique de chambre.

« La musique de chambre est à la musique symphonique ce que la mélodie est à l'art lyrique »

Une maxime qui est comme une profession de foi . Elle permet à celui qui a été le « refondateur » de l'orchestre de l'Opéra de Rouen de revenir en quelque sorte à des amours plus intimistes. C'est en même temps l'occasion de puiser dans les ressources inépuisables d'une expression musicale dans laquelle Rouen ne s'était pas jusque-là véritablement illustrée et dont la programmation donne un bel exemple nimbé d'un éclectisme qui fait bonne mesure entre le contemporain et l'impressionnisme.

Paul Ethuin, on le sait, préférait l'ombre de la fosse où il était impérial aux lumières du pupitre… question de forme, d'éthique et surtout de culture, d'où il faut bien l'admettre, une carence symphonique que l'on demanda à Sallaberger de combler.

Avec une fougue qui ne pouvait pas – et c'est évident – faire mouche à tous les coups, il porta véritablement à bout de bras une formation qu'il a placée en tête de ligne des meilleures.

Bien évidemment cet emballement, ce besoin de prouver, l'ont poussé à en faire beaucoup. Trop penseront certains. Mais en fait-on jamais trop quand il s'agir d'insuffler un nouvel esprit et d'affirmer sa compétence dans une période agitée et parfois contestée.

Emporté par le « maëlstrom Léonard de Vinci », Oswald Sallaberger s'est attelé à la tâche avec enthousiasme :

Mon rêve était d'avoir un orchestre à ma disposition et de pouvoir travailler avec lui sur le long terme. C'était aussi l'occasion d'aborder la tradition lyrique française que je découvrais tout en continuant de puiser dans des répertoires plus vastes que la qualité de l'orchestre m'autorisait d'ouvrir.

Il était déjà venu à Rouen pour deux « Octobre » : la première fois en dirigeant la Camerata de Strasbourg puis l'année suivante avec l'orchestre de la Radio Bavaroise.

Quand Laurent Langlois lui a demandé de prendre en main l'avenir de l'orchestre, il s'est lancé dans l'aventure avec un investissement sans réserve qui aura permis à la formation de prendre son envol mais d'une certaine manière aura bloqué celui de son chef sans que pour autant il ne s'en plaigne :

« C'est vrai j'ai eu des propositions, certaines très flatteuses comme celle de l'orchestre de Vienne mais j'avais des engagements avec mes musiciens à Rouen. Mon calendrier était très chargé et je ne pouvais pas – en réalité, je ne voulais pas – partager. C'est un regret qui est effacé devant les résultats que j'ai obtenu ».

Les passerelles de la découverte

Depuis les choses ont évolué. Sallaberger a quitté, du moins à Rouen, le pupitre de ce qui fut son orchestre pour revenir à ses premières amours, c'est à dire le violon et la musique de chambre. C'est un domaine qu'il possède sur le bout de l'archet et avec lequel il se sent d'autant plus à l'aise qu'il peut jouer avec des programmations qui sont de véritables passerelles entre les styles et les époques.

Ainsi, si son concert pour l'ouverture officielle le 4 février sera consacré au Divertimento de Bartok, le suivant (le 21 mars) programmera Beethoven, Malhler , mais aussi Mozart, Fauré, Schubert, Ligeti et même Mascagni avec un « Ave Maria » que n'aurait pas renié la Santuzza de « Cavalleria ».

Suivront ensuite, le 29 mars, un concert construit autour de la célèbre frise de Klimt que l'on peut voir à la maison de Sécession de Vienne et qui associera Beethoven et Marcel Dupré dont il était temps que sa ville natale le redécouvre. Le 21 avril, Sallaberger proposera un bel itinéraire autour de la « Transat » avec Scott Joplin, John Cage, Dvorak , Gerchwin, Bartok et même Jean Wiener avec son concerto franco-américain. De là, le public sera entraîné dans un grand périple impressionniste en Normandie (le 24 juin) avec des étapes menées en compagnie de Laurent Lefrançois un jeune compositeur caennais, Debussy, Caplet, Ravel, Honegger, Satie etc ...

Avec ce cycle de concerts à la chapelle du Lycée Corneille, Oswald Sallaberger se donne l'ambition d'emmener son public sur les chemins de la découverte en traçant des parcours qui seront autant d'étapes heureuses et surprenantes pour mieux accéder aux sortilèges de la maison illuminée.

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lenormand 18/12/2015 14:59

article très positif et optimiste en ces temps où chacun a besoin d'espoir.