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Théâtre en Normandie

Les points de suspension de la Culture

3 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Lu dans « l'Express » du 2 au 8 décembre dans une grande enquête concernant le FN une petite phrase lourde de sens qui devrait interpeller tous ceux qui pensent que la culture doit rester un espace de liberté qu'il faut défendre.

En effet, à la question posée par Michel Feltin-Palas sur sa réaction devant une association culturelle s'opposant au Front National si elle se retrouvait à la tête d'une assemblé régionale Madame Le Pen a répondu : « Je commencerais par lui rappeler qu'une association culturelle n'a pas à prendre de positions politiques. Si elle continue … ».

Trois petits points qui en disent long sur la manière dont le Front National considère le fait culturel et la manière de le juguler si, par malheur, il n'entrait pas « dans les rangs ».

Trois petits points qui donnent à réfléchir et pas seulement aux électeurs que nous sommes mais aussi aux élus, qu'ils soient de droite ou de gauche, qui ont une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à leur tête avec la culture et- pas assez avec leur cœur et- leur raison.

Cette enquête montre bien qu'il y a de la désaffection qui traîne dans les coursives du théâtre vivant et en général, dans tous les domaines qui concernent l'élévation de l'esprit au bénéfice de l'événementiel là où il faudrait de l'événement.

Il n'est pas facile il est vrai d'accommoder les exigences et le plaisir.

C'est une question de formation, de philosophie, d'utilisation intelligente des deniers publics. C'est aussi, et surtout, une réflexion de longue haleine s'inscrivant dans le temps et qui ne doit pas privilégier la toquade de l'instant.

Un exemple parmi d'autres, ce « Panorama XXL », verrue dispendieuse qui défigure les quais de Rouen alors que dans le même temps on s'emploie à les aménager.

Si on voulait jouer à un petit exercice de comparaison, on pourrait se poser la question de savoir si le coût de ce luna-park à la petite semaine mais à grands frais, n'aurait pas été mieux utilisé dans la remise en état du Hangar 23, fermé purement et simplement pour raisons de sécurité, au bénéfice d'une anachronique installation « bon chic bon genre » à la chapelle du lycée Corneille où son public ne s'y retrouvera pas. Pour être juste, l'argument de la sécurité n'est pas nouveau. On l'a utilisé à très mauvais escient à Duchamp-Villon pour le résultat que l'on connaît mais aussi en son temps, par Jean Lecanuet pour justifier de la destruction du cirque.

Quant à l'Ecole des Beaux-Arts, elle aurait pu trouver sa place dans l'ancienne école normale de jeunes filles de la route de Neufchâtel. La situation et la capacité d'accueil et de développement des lieux auraient très bien pu l'accueillir plutôt que de l'exiler à la Grand-Mare et laisser ainsi la place à une réalisation touristico- hôtelière.

Même si on parle sous le manteau d'une éventuelle opération immobilière dans ses entours immédiats, l'Aître Saint-Maclou classé monument historique échaperait à la boulimie immobilière qui s'est abattue sur le patrimoine rouennais (exemple, le couvent des Dominicains, rue de joyeuse, où la DRAC pensa un temps s'installer) mais deviendrait un genre de marché de Noël avec boutiques en tout genre. La classe !

Tout cela relève, on nous pardonnera de le dire, d'un sérieux manque d'imagination et d'une cruelle absence d'anticipation sur le devenir de la Métropole. Il en va de même pour la politique culturelle en tant que telle. Des opérations de colmatages, comme la mise à disposition à qui la demande (sans moyens il faut le préciser!) de l'Aître Saint-Maclou ou des trottoirs musicaux pour sympathiques qu'ils soient, sont des succédanés destinés à meubler les calendriers mais non pas à remplir les têtes. L'enquête de « L'Express » montre bien que la réactions d'une partie de l'électorat est motivé par une « déception » à l'égard de ceux « qui détiennent les leviers de commande ».

Autrement dit ce n'est pas seulement de Marine Le Pen dont les politiques doivent avoir légitimement peur, mais aussi un peu d'eux-mêmes et fassent en sorte que les points de suspension de Madame Le Pen ne se transforment pas en points… de consternation !

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