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Théâtre en Normandie

Flaubert : quand les femmes s'en mêlent !

20 Décembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Flaubert : quand les femmes s'en mêlent !

On le sait, la vie affective de Gustave Flaubert fut pour le moins complexe.

Dominé par un amour maternel exclusif et par celui plus exclusif encore qu'il portait à sa nièce Caroline, le père de Madame Bovary sera, en dépit de sa carrure, un grand fragile dont le cœur battait selon une logique qui lui était bien particulière ….

Entre la fréquentation des filles de mauvaise vie et des tendresses familiales possessives, ses amours seront sinon inexistantes du moins secouées par des contradictions dont Louise Collet, la seule de ses maîtresses qui ait vraiment compté, fera les frais.

Ils avaient fait connaissance chez le sculpteur Pradier dont l'atelier/salon était un endroit destiné à favoriser les rencontres d'exception puisque c'est là que Victor Hugo « emballera » Juliette Drouet. Avec la belle Louise Collet – tous les contemporains s'accordent à lui reconnaître une beauté dévastatrice – les choses iront vite.... si vite que le fiacre qui les emportera sera le théâtre de leurs premiers ébats.

Quand elle rencontre Gustave, elle est une poétesse en vue, qui tient salon et qui est auréolée de sa liaison avec Victor Cousin, un universitaire, académicien distingué et un temps ministre de l'Instruction publique qui lui restera assez fidèle du moins dans l'esprit pour assurer une partie de l'éducation de la fille qu'ils auront ensemble.

De cette rencontre expéditive née sous le regard bienveillant de Louise (Ludovica) Pradier qui avait eu elle aussi des bontés pour ce jeune provincial venant de temps à autre s'encanailler dans la capitale naîtra une aventure qu'on pourrait qualifier d'excentrique tant elle fut tumultueuse, faisant alterner les ruptures fracassantes et les réconciliations enflammées et qui se termina dans les invectives le jour où Louise lira dans Madame Bovary (un « roman de gare » en dira-t-elle aigrement) des épisodes se rattachant directement à elle dont la fameuse scène du fiacre.

Tout cela se retrouve dans le livre, en forme du roman biographique que lui a consacré Joëlle Gardes. Ecrit à la première personne, on y retrouve Louise dans toutes ses contradictions impétueuses.

Elle eut de nombreux amants dont, excusez du peu, Vigny et Musset ce qui lui vaudra de la part de George Sand l'animosité grinçante de l'amante trahie et de l'écrivaine jalouse des quatre prix de poésie de l'Académie Française, décernés à sa rivale de coeur et de plume.

Joëlle Gardes dessine avec une grande tendresse et une précision attentive, les contours de cette âme sensible, impulsive jusqu'à la violence. Il faut dire qu'avec Gustave, rien n'était simple. Elle ne goûtera en définitive aux joies de l'amour avec son Flaubert qu'au cours de rencontres sporadiques et pratiquement clandestines au point que décidant un jour de venir à Croisset, elle y sera reçue très cavalièrement à la barrière du jardin avec la défense expresse de venir obscurcir l'horizon bien ordonné de Madame mère .

Ce sont les épisodes d'un vie exceptionnelle de femme et d'auteure que fait défiler Joêlle Gardes dans ce livre passionnant où se croisent à chaque coin de page tout ceux qui furent les sommités de l'époque.

Mais pour amoureuse qu'elle fût – et plusieurs parfois d'une manière presque concomitante - Louise Collet était une femme de tête. Pour vivre, il lui fallait écrire. Elle mènera de front des carrières d'écrivaine et de journaliste allant même « couvrir » comme envoyée spéciale pour Le Temps l'inauguration du canal de Suez faisant d'elle une sorte de précurseur dans une profession qui s'est depuis largement féminisée. Sa fin de vie sera difficile. Elle végétera chichement ne recevant que de rares visites qui seront comme les témoignages des rendez-vous manqués avec le bonheur.

C'est dans le cadre intime et trop étroit pour la circonstance de la grande salle du musée Flaubert et de la Médecine que Joëlle Gardes, environnée des sculptures en textile de Rébecca Campeau, est venue présenter son livre, aidée dans cette promenade fascinante, par la participation de Juliette Douillet et Gilles Cléroux et surtout d'Andréa Ferreol qui fit passer sur l'assistance le souffle de cette passion contrariée dans laquelle se consuma une des figures parmi les plus romantiques, pour ne pas dire romanesques, et les plus méconnues du XIXème siècle.

Sous l'autorité éminente de Yvan Leclerc à qui rien de Flaubert n'échappe, Michelle Guigot chargée de la programmation de l'association, sa présidente Marie-Odile Simottel et Sophie Demoy, responsable du musée étaient les ordonnatrices de cette rencontre au cours de laquelle Flaubert, environné d'un aéropage qui ne pouvait que le séduire, révéla, grâce à ce livre, les secrets d'un coeur qui n'était pas aussi simple que celui de la tendre Félicité.

Notre photo :Entre Andréa Férreol et Joëlle Gardes, Flaubert est sous bonne garde !

Les prochains rendez-vous au Musée (à 14 heures 30) :

- Le 9 janvier : « Les Flaubert, les Pouchet et le museum de Rouen » par Bénédicte Percheron

- Le 30 janvier : « Les masques mortuaires » par Philippe Charlier et Philippe Sorel

- le 27 février : « Crimes, folies et phrénologie » par Thierry Frébourg

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