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Théâtre en Normandie

« Réparer les vivants »… la mesure et l'intelligence

17 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Réparer les vivants »… la mesure et l'intelligence

Pour parler de ce spectacle présenté au « Rexy » de Mont-Saint-Aignan par le Centre Dramatique National et qui s'y joue depuis une bonne quinzaine de jours quasiment à guichet fermé, comme ce fut déjà le cas en Avignon, on pourrait tomber sans difficulté dans la dithyrambe. Mais ce serait en fin de compte trahir ce moment rare d'humanité tant il est traité avec une pudeur extrême et dont la rigueur exclut les commentaires superfétatoires..

Quand on ressort de ce qui est beaucoup plus qu'un simple acte théâtral aussi parfait qu'il soit – et il l'est – on ne sait pas très bien ce qui faut admirer le plus, si c'est la pertinence, l'intelligence aiguë, le style limpide, rapide et incisif d'un texte remarquable ou la qualité de l'adaptation qu'en a faite Emmanuel Noblet et surtout la manière dont il l'aborde.

Il y a entre l'auteure et le comédien une connivence évidente, une même approche sensible d'un sujet périlleux. On sent de part et d'autre la préoccupation majeure d'échapper à la réalité dramatique de la situation pour atteindre cette distance qui permet à un acte médical majeur de se transformer, soudain, en un véritable moment de poésie.

Et pourtant tout est là. On ne nous épargne rien des étapes progressives qui conduisent à une transplantation cardiaque. De la mort d'un jeune homme jusqu'à son aboutissement ultime, on suit toutes les étapes de cette démarche extraordinaire. On accompagne les parents dans leur drame, dans leurs doutes, dans ces interrogations qui sont aussi, en contre-point, celles de la patiente qui va recevoir un coeur de vingt ans dont elle ne saura jamais rien et qui pourtant lui offre une seconde vie.

Le problème de la transplantation est posé sans pathos inutile. A côté de la famille, on côtoie l'intimité d'une équipe médicale qui avant de traiter le sujet lui-même se voit dans l'obligation de convaincre les proches que celui qui vient de mourir va continuer de vivre par procuration. Et là encore on reste dans une grande simplicité d'intentions avec le souci d'échapper à la description clinique que seules quelques projections rendent explicites sans sombrer dans le morbide… ce qui aurait bien pu être avec un tel sujet.

Tout cela tient évidemment à une interprétation exceptionnelle de mesure et d'intelligence. Emmanuel Noblet traite avec une remarquable fraîcheur d'intention ce sujet difficile. Il y met beaucoup de tendresse qui n'est jamais de l'apitoiement et des grands moments d'émotions retenues, dégagées d'affectations larmoyantes.

Avec quelques accessoires, des interventions de voix off et des lumières qui sont plus des ponctuations que des effets, sa mise en espace est d'une totale sobriété, jeune, enthousiaste. Pas un instant on ne sent le poids du drame qu'il esquisse. Il met dans son jeu une grande légèreté, une sorte d'innocence teintée d'humour tendre avec, quand il le faut, des velléités de violence réfrénées.

On connaissait son talent, sa sensibilité, son élégance … avec son spectacle, il entre de plain-pied dans le monde des grands interprètes !

Attention : ce spectacle est programmé à Juliobona à Lillebonne le mardi 2 février à 20h30 et de nouveau à Rouen au Théâtre des Deux-Rives en mai les Mardi 24, mercredi 25, jeudi 26, vendredi 27 à 20h, Samedi 28 à 18h

Photo : Aglaé Bory

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